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intolérance cruelle, minent les fondements des Etats, l'attaehement à la Rel'gion de la patrie, et détruisent le bonheur des familles en y portant l'esprit de discorde. Toutes les actions des Jésuites ont pour mobile l'intérêt seul, comme toutes elles ne se sont dirigées que vers l'accroissement illimité de leur pouvoir. Habiles à excuser chacun de leurs procédés illégaux par quelque réglement de leur Compagnie, ils se sont fait une conscience aussi vaste que docile.
» D'après le témoignage du Pape (lément XIV, « les Jésuites, dès leur établissement, s'étaient livrés à de basses intrigues, avaient des disputes continuelles en Europe, en Asie, en Amérique, non-seulement entre eux, mais encore avec les autres Ordres monastiques, comme avec le Clergé séculier et les établissements de l'instruction publique; ils agissaient même contre les gouvernements. On se plaignait de leur doctrine, contraire aux bonnes mœurs ct au véritable esprit du Christianisme; on les accusait surtout d’être trop avides des biens de ce monde. Toutes les mesures prises par les Papes pour mettre fin à ce scandale ont été inefficaces. Le mécontentement croissait, les plaintes se succédaient, les esprits se révoltaient, et les liens mêmes du Christianisme se relàchaient. Quelques-uns des monaraues catholiques, ne voyant point d’autres moyens de détourner l'orage qui menaçait de destruction leur Eglise, se virent obligés d'expulser les Jésuites de leurs Etats. » C'est dans ce sens que s’exprimait alors le Pape, dont la pénétration découvrit la cause de tant de maux dans les principes fondamentaux de la Compagnie des Jésuites, et qui s'est décidé, en conséquence, à dissoudre cette Compagnie pour rendre l'ordre et la paix à l'Eglise.
» Lors de l'éloignement des Jésuites de Saint-Pétersbourg, il fut déjà question de les renvoyer tous hors de la Russie; mais Votre Majesté Impériale a décliné cette mesure, par la raison qu'avant de l’effectuer il fallait trouver des Ecclésiastiques connaissant les langues étrangères, afin de pouvoir remplacer les Jésuites dans les colonies ainsi que dans d’autres endroits.
» Maintenant qu'il appert des renseignements pris par moi que les autres Ordres monastiques du culte catholique romain peuvent fournir le nombre suffisant de Prètres capables de remplir
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les fonctions de leur sacerdoce dans les colonies, et qtie, de l'antre côté, les Jésuites se montrent plus coupables que jamais, j'ose proposer à Votre Majesté Impériale d'ordonner ce qui suit :
» Les Jésuites, s'étant mis par leur conduite hors de la protection des lois de l'Empire, comme ayant oublié non-seulement les devoirs sacrés de la reconnuissance, mais encore ceux que le serment de sujet leur imposait, seront renvoyés hors des frontières de l'Empire, sous la surveillance de la police, et ne pourront jamais y rentrer sous quelque forme et dénomination que ce soit. »
Dix autres articles, réglant, expliquant ou corroborant le décret d'expulsion, s’attachent dans leurs détails à rendre plus dur cet exil, qui ne se base sur aucun fait certain. Puis le ministre des cultes conclut ainsi :
» En cas que Votre Majesté Impériale daigne agrécr ces propositions, j'oserais la supplier de charger les ministres de l'intérieur, des finances et moi, chacun pour ce qui le regarde, de l'exécution immédiate des articles ci-dessus.
» C'est ainsi qu'un terme sera mis en Russie à l'existence des Jésuites indociles aux lois et aux autorités de l'Etat, auxquelles ils doivent, d’après la parole de saint Paul, être soumis, non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par le devoir de la conscience. Ainsi seront éloignés des hommes privés de ces véritables lumières qui viennent d'en haut, sourds à la voix de saint Jacques, dont les saintes paroles terminent la bulle par laquelle le Pape Clément XIV a supprimé la Compagnie de Jésus : « Ÿ a-t-il quelqu'un qui passe pour sage et pour savant entre » vous? qu'il fasse paraître ses œuvres dans la suite d’une bonne » vie avec une sagesse pleine de douceur. Mais, si vous avez » dans le cœur une jalousie pleine d'amertume et un esprit de con- » tention, ne vous glorifiez point faussement d’être sages, et ne » mentez pas contre la vérité. Ce n’est pas là la sagesse qui vient » d'en haut; mais c'est une sagesse terrestre, animale, diabo- » lique. Car où il y a jalousie et un esprit de contention, il y a » aussi du trouble et toute sorte de désordres. Mais la sagesse » qui vient d'en haut est premièrement chaste, puis amie de la » paix, modérée et équitable, docile, pleine de miséricorde et » des fruits des bonnes œuvres: elle ne juge pas, elle n’est pas
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» double et dissimulée. Or, les fruits de la justice sé sément » dans la paix par ceux qui font des œuvres de paix. »
Voilà encore un édit de bannissement contre les disciples de l'Institut ; la Russie les chasse de son sein, comme la France, l'Espagne, le Portugal, Naples et le duché de Parme le firent au dix-huitième siècle. Un petit-fils de la grande Catherine applique aux Jésuites, préservés de la mort par son aïeule, les paroles que Clément XIV leur jetait en licenciant le corps d'élite de l'armée chrétienne. Par une de ces anomalies auxquelles l'histoire de la Compagnie nous a forcément habitué, tous les Monarques qui se laissent entraîner dans les voies de l'arbitraire, tous les ministres qui signent des décrets de proscription, tous les peuples qui regardent passer ces exilés ne songent pas à se demander de quels crimes on les accuse. Il existe une loi qui sert de base à chaque Code criminel et qui est le fondement de toute justice, Cette loi, aussi vieille que le monde, üeïena de punir qui que ce soit avant de l'avoir fait juger et d'avoir précisé les imputations portées contre lui. Les Jésuites n'ont jamais pu jouir du bénéfice de cette loi. À Lisbonne, le marquis de Pombal les condamne de son chef; en Espagne, Charles IIL et d'Aranda, son ministre, les suppriment; les Parlements de France, aux ordres de Choiseul et de madame de Pompadour, fabriquent des arrèts où l’iniquité le dispute à l'ignorance. À Rome même, dans une heure de cécité pontificale, Clément XIV brise la Société dont les plus saints, dont les plus grands de ses prédécesseurs sur la Chaire de Pierre ont glorifié les services et honoré les vertus. Chez ces peuples de mœurs si diverses, mais qui tous tiennent à la législation naturelle comme à la garantie de leurs droits, la Compagnie de Jésus a souvent trouvé des accusateurs , des proscripteurs ct des bourreaux, elle réclame encore des magistrats intègres. Elle a été condamnée, flétrie, exilée, décimée; elle n'a jrraais été jugée.
Le rapport du prince Galitzin, œuvre du conseiller Tourgucneff et du comte Capo d'Istria, ne porte pas l'empreinte de cette haine vivace qui se rencontre seulement dans des hommes appartenant au même culte. On ne charge pas les Jésuites de crimes imaginaires, on ne dénature point leurs correspondances ;
on semble invoquer le prétexte le plus plausible pour les sacrifier au triomphe des Sociétés bibliques et des rêves de fédération d'Alexandre; mais le document officiel reste dans les bornes d’une modération calculée. Le gouvernement possède les papiers de la Compagnie, ses correspondances avec Rome et avec les Jésuites de tous les pays. On a dit et accrédité à Pétersbourg que les Russes embrassant le Catholicisme recevaient par l'entremise des Jésuites un bref du Saint-Siége qui leur accordait la faculté de paraître schismatiques lorsque, dans le for iniérieur, ils étaient unis à l'Eglise romaine. On a même prétendu que le gouvernement moscovite avait entre les mains des preuves de cette hypoevisie. Le rapport n’en fait aucune mention; on n’en découvre nulle trace dans les archives impériales ; tout tend même à établir qu’à cette époque, si les Sociétés bibliques et le néo-christianisme d'Alexandre eussent pu tourner une pareille arme contre Rome, ils n'auraient pas manqué de s’en servir.
Nous avons sous les yeux des copies de ces brefs, copies qu'on affirme authentiques et levées sur l'original. Mais , comme l’historien doit se tenir en garde et se défier des falsifications ainsi que des documents apocryphes suggérés par l'esprit de parti ; comme, d'un autre côté, le Saint-Siége et les Jésuites se sont toujours inscrits en faux contre de semblables documents, nous ne pouvons y ajouter foi jusqu’à preuve plus décisive.
De ce rapport, accepté par l'Empereur , il surgit bien quelques excès de zéle catholique, mais ces faits individuels, en supposant leur véracité démontrée, mérilaient-ils la peine sévère appliquée à tout un Ordre ? L'autorité ne les signalait que depuis trés-peu d'années ; est-il présumable que les Jésuites aient cherché à se compromettre, précisément lorsqu'ils se savaient en butte aux méfiances de Galitzin, aux intrigues des Sociétés bibliques et des Universités, sur lesquelles l'Empereur venait de sanctionncr leur triomphe ?
À la nouvelle de l’ukase qui brise les liens existants depuis plus de deux siècles entre les Catholiques de la Russie-Blanche et Ja Compagnie de Jésus, la consternation fut générale. Des larmes coulent dans les églises; chacun accourt du fond des steppes
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Catholiques. Dans toutes les villes où s'élève une maison de l’Ordre, des commissions furent nommées par le gouvernement ; elles se composèrent d’un Magistrat, d’un Ecclésiastique séculier et d’un Religieux. Ces commissions avaient ordre d'interroger inviduellement chaque Jésuite, de lui premettre des avantages sans bornes et la faveur du pouvoir , s’il voulait renoncer à l'Institut. Trois ou quatre vieux Pères, sur près de sept cents, se laissérent séduire.
Pour se former une idée , même imparfaite , de l'existence à laquelle les Jésuites s'étaient voués, il ne faut pas seulement les étudier au milieu des cités ou parmi les enfarits qui bénissaient leur nom et acquittaient, par une reconnaissance dont les preuves subsistent encore, les bienfaits de l'instruction chrétienne ou de l'éducation première. Ce ne fut point là qu'ils apparurent plus grands par le sacrifice de toutes les joies humaines que par le travail; mais il importe de jeter un regard sur les Missions que le gouvernement leur donna à défricher. Dès le 5 avril 1805, le Père Fidèle Grivel écrivait des bords du Volga à un de ses amis de France : « Il n’y a que vingt mois que la Compagnie est chargée de ces Missions, et déjà il y a un changement notable. Il y a cent mille Catholiques répandus dans le gouvernement de Saratof ; ils sont divisés en dix Missions, dont six sur la rive gauche et quatre sur la rive droite du Volga. Chaque Mission est composée de deux, trois, quatre ou cinq colonies ou villages. Ma Mission est à Krasnopolis, sur la rive gauche. J'ai neuf cent soixante-deux communiants en quatre colonies ; chacune a une assez jolie église de bois. ‘
» Ce n’est pas ici un Japon, ni un pays de Hurons, ce n’est pas non plus un Paraguay; c’est un diminutif de l'Allemagne quant au moral, et jusqu'ici il n’y a pas d'apparence que nous mourrions martyrs. Je suis satisfait et disposé à rester ici volontiers le reste de ma vie. »
Les Jésuites n'avaient pas en Russie l'attrait du péril pour les exciter, l'enthousiasme ou la résistance des peuplades sauvages pour les animer. Leur zèle ne devait éclater qu'aux yeux des autorités militaires. Il était circonscrit dans d'étroites limites; les
franchir eût été un crime irrémissible. Il fallait être modéré dans VI. 3
son ambition de civiliser par la Foi. Ils avaient à vaincre les vices invétérés de ces populations sans patrie, les défiances des Grecs ; souvent, comme à Riga, les susceptibilités protestantes refusant aux Catholiques un peu de cet espace et de cet air libre qu'elles savent si bien conquérir pour elles. La capitale de la Livonie était toujours la cité intolérante par principe : au nom de Luther, elle tendait à opprimer la Religion romaine. Chaque culte pouvait élever son temple dans les murs de cette ville; il était interdit aux seuls Catholiques de jouir d’une prérogative qu'ils sollicitaient depuis trois siècles. Vers 1802, ils osèrent s'adresser à l'empereur Alexandre et lui demander des Jésuites. Le Père Gruber reçut ordre d’en faire passer trois en Livonie : il désigna Joseph Kamienski, Marcinkiewiez et Puell, qui arrivèrent le 10 février 1804. Le prince de Wurtemberg et les magistrats moscovites accucillirent ayec empressement ces Religieux ; mais bientôt ils n’eurent pas de peine à s’apercevoir des inimitiés secrètes ou patentes auxquelles leur ministère allait être en butte. La plupart des Catholiques de Riga s'étaient laissé gagner par cette fièvre de débauche qui épuise les grands centres commerciaux. Les trois Missionnaires succombaient à la peine sans espérance de succès, lorsque, en 4806 , le Père Joseph Coince se fit leur auxiliaire.
À peine a-t-il pris connaissance de la position morale dans laquelle languissent les habitants de Riga, qu'il s’ingénie pour y remédier. Par une de ces inexplicables corruptions dont il ne faut accuser aucun culte, car aucun n’est responsable de pareilles monstruosités, le catéchisme luthérien que les pères de famille se voyaient forcés de mettre entre les mains de leurs enfants n’était qu’un code d’athéisme et de lubricité. Coince en oppose un qui reçut la sanction de l'autorité ; mais il devenait urgent de le faire accepter aux familles , plus urgent encore d'arracher la jeunesse des deuxsexes à tous les vices précoces dont elle portait le germe en elle. Coince avait mesuré l'étendue du mal : il le conjure en publiant des livres de morale adaptés à l'intelligence abâtardie de ces peuples ; il crée des écoles. Afin d'attirer la confiance des parents, il charge des fonctions d’institutrices de nobles dames françaises et allemandes. Sous la direction de la comtesse de Cossé-Brissac et de la baronne de Holk, elles donnent à ces es
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