‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 62 · SES · texte numérisé non relu

SES

pèces de salles d'asile de l'enfance un développement extraordinaire. La bienfaisance des femmes aidait la charité du Jésuite : il triomphe en peu de temps des préventions et des instincts mauvais.

Coince avait rendu chaste et pieuse la génération naissante, il voulut la faire libre. Des lois iniques pesaient depuis trois siècles sur les Catholiques, dont les Protestants de Suëde étaient parvenus à nier les droits de citoyens. Pour ces émancipateurs de la pensée humaine, les Catholiques ne sont plus que des Juifs du quatorzième siècle, auxquels on refuse les priviléges de la patrie et même l'honneur de mourir sous le drapeau national. Le Jésuite entreprend de détruire cet abus de la force. Le marquis de Pallucei se trouvait gouverneur de Riga au nom du Czar. Le Père Coince lui communique ses plans de réhabilitation; Pallucci les adopte, il s'engage à les favoriser. I1 assemble les notables de Livonie, il leur soumet les propositions que le Jésuite a inspirées; un cri de répulsion s'échappe de toutes les bouches. Le Jésuite est accusé de semer la perturbation dans ce pays et de tendre au renversement des lois ecclésiastiques et civiles. La meace ne l’effrayait pas plus que les insultes : on songe à lui susciter d’autres obstacles. Un procès lui est intenté ; mais, après six mois de débats judiciaires, l'Empereur publie un décret qui garantit aux Catholiques la liberté de croire et de prier en commun.

Jusqu'alors ils n'avaient pas même eu le triste privilége de faire ouvrir à leurs pauvres ou à leurs malades les portes des hospices publics. Coince avait triomphé du Protestantisme, il conçoit l'idée d'offrir un asile aux souffrances dont il est le seul consolateur. Tous les moyens lui manquent; néanmoins cet homme sait espérer contre toute espérance , et, sans autre levier que son zèle , mener à bonne fin les entreprises les plus ardues. Un hôpital était par lui jugé indispensable : il intéresse le marquis de Pallucei à ses projets. Le Jésuite parle, il fait parler ; il émeut les cœurs, il réveille dans les âmes le sentiment de la pitié, et le 16 juillet 4814 la première pierre de l'édifice était posée. Le 15 août 1815 , cette demeure de l'indigence rc

queillait tontes les misères,

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d0 CHAP. 1, — HISTOIRE

Mais l'orage dirigé par les Sociétés b:bliques commençait à gronder sur la Compagnie de Jésus. Le Père Coince était l'un des adversaires de leur système : le premier il reçoit ordre d'abandonner cette nouvelle patrie que ses sueurs ont arrosée et où, par la puissance de sa volonté, il a fécondé tant de miracles de civilisation. Il faut renoncer à ces œuvres si laborieusement enfantées ou abjurer l’Institut de saint Ignace. Les Jésuites compagnons du Père Coince et Coince lui-même n'hésitent pas un seul instant. Ils étaient entrés proscrits dans l'empire de Russie, ils en sortirent proscrits. Les Catholiques se pressaient autour d'eux avec des prières et des larmes. Coince et Krukowski pleurent avec leurs fidèles, mais le sacrifice était consommé ; les Jésuites partirent. Le peuple leur témoignait sa tristesse par de touchantes eflusions. Le gouverneur de Riga ne craint point de s'associer à ces regrets; le 13 juillet 1820 il adresse au disciple de l’Institut la lettre suivante, touchant résumé des bonnes œuvres accomplies.

« Mon très-révérend Père,

» Si je n'ai pas répondu jusqu'à ce moment à la lettre dont vous m'avez honoré le 4‘ avril dernier, c’est que j'ai toujours espéré voir retarder l’époque de votre départ; mais, puisqu'il vient d’être fixé, je m’empresse, mon très-révérend Père , de vous prévenir que j'ai donné tous les ordres nécessaires pour qu’il vous soit fourni , ainsi qu'aux autres Pères qui partent avec vous, tout ce qui est nécessaire pour votre voyage. Les sentiments que vous me témoignez, mon très-révérend Père, dans votre lettre, m'ont rappelé le vif chagrin que j'ai souvent éprouvé de n’avoir pas été à même de contribuer comme je l'aurais voulu àtout le bien que vous avez fait et que vous avez voulu faire ici, et m'ont sensiblement pénétré de douleur pour la perte que non-seulement la communauté catholique va éprouver par votre départ, mais tous les habitants de Riga en général, les écoles que vous avez établies ici pour les deux sexes, l'hôpital et la Société des dames séculières de la Miséricorde, tous monuments qui par eux seuls sufliraient pour attester de votre zèle et de vos soins infatigables pour la ville de Riga, si d'ailleurs toute votre

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LE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 37 conduite et celle de vos Péres ne vous eussent donné les plus grands droits aux regrets bien sincères que cause votre éloignement. Persuadé que, sensible à l’attachement que l’on vous a témoigné ici, vous éprouverez, mon très-révérend Père, quelques regrets de quitter le bien que vous avez fait, je crois les adoucir par l'asssurance que je vous donne de faire tous mes efforts pour maintenir dans. leur état actuel tous les établissements dont cette ville vous est redevable. Les vœux bien sincères que je forme pour votre bonheur vous suivront partout, et si jamais vous pou- “ez me croire propre à vous être utile, disposez de moi comme d'un ami qui vous est sincèrement attaché.

» P., marquis DE PALLUCCI. »

Le même dévouement à l'humanité éclate sur les points les plus reculés de la Russie. C'est là que de préférence les Jésuites fixent leur séjour, c'est de là aussi qu’ils veillent comme des mères attentives sur ces douleurs de l’âme et du corps dont personne, en dehors d'eux, ne semble se préoccuper. Il existe à Mozdok , sur le Caucase, une colonie formée de prisonniers et du rebut de différents peuples. Celte colonie croupit dans l'ignorance, ne songeant qu'à satisfaire ses vices et ses haines. La force elle-même n’a pu assouplir ces natures rebelles. L’empereur Alexandre veut que les Jésuites tentent un dernier essai. Ils ont à subir des vicissitudes de toute sorte, des outrages de toute nature ; mais enfin, vers l’année 4810, ils arrivent à la solution du problème. Les colons de Mezdok, vaincus par la persévérance des Missionnaires, leur rendent les armes, et déjà le Père Woyzevillo se jette dans le Caucase pour annoncer aux indigènes le Dieu mort sur la croix. Des obstacles insurmontables semblent conspirer pour frapper leurs travaux de stérilité. Les Pères Suryn et Gilles Henry en triomphent par des merveilles de patience et de courage. Ils sont les Apôtres de ces hommes à demi barbares; ils deviennent les Anges protecteurs des troupes russes cantonnées au milieu de ces régions, chaque jour exposées au double fléau de la peste et de la guerre.

D'inénarrables privations, d’affreuses souffrances étaient réservées aux Jésuites dressant leur tente dans ces montagnes. A

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la voix de leur chef, aucune’ ne recule, et, dans l'abandon de leur correspondance intime, voici de quelle manière ils acceptent cette vie de tribulations. Le Père Gilles Henry, Jésuite

belge, écrit de Mozdok, le 29 juin 4814 : « On vient de publier .

ici l'ordre de renvoyer tous les Polonais. Tout en entrant dans leur joie , je me sens le cœur singulièrement affligé de voir partir ces pauvres malheureux, que nous avons comme régénérés en les transformant en agneaux, d'ours qu'ils étaient. Maintenant mes dépenses me paraissent agréables, et je ne prévois qu'avec peine le moment où je ne devrai plus me priver de mon pain, de mon diner pour en nourrir l'affamé, de mon manteau, de mes bottes et même de mes bas pour en revétir les

membres précieux, les frères bien-aimés de mon Sauveur. Il

me semblera qu'ilme manquera quelque chose lorsque je n'aurai plus l'occasion de revenir couvert de vermine. Si j'avais quelque chose à regretter, c'est de m'être trop défié de la Providence , c'est de ne pas m'être privé davantage de mon repos pour alléger leurs douleurs. »

Dans une autre lettre du 43 juillet 1814, ce même Jésuite écrit encore : « On a été dans de grandes alarmes à Astracan, on a cru que le Révérend Père Suryn était tombé entre les mains des païens. Depuis sept ans, j'ai, chaque jour, de pareilles craintes sur le compte de notre Supérieur. Mais serait-ce donc un malheur, si l’un de nous, en exerçant le saint ministère, était fait prisonnier ? Heureuse captivité qui probablement briserait les chaînes par lesquels l’enfer tient les montagnards en captivité! Serait-ce un malheur si l’un de nous était dévoué à la rage des païens? Nous voulons arborer l'étendard de la Croix , etle sang des Martyrs n'est-il pas la semence des Chrétiens ? »

Le 10 août de la même année , le Père Henry n’ambitionne plus le martyre. Il raconte les calamités auxquelles ses pauvres Chrétiens et ses soldats captifs se voient en butte. Ici ce sont des nuées de sauterelles qui dévorent les moissons et empoisonnent l'air; là c'est la peste avec toutes ses horreurs; puis, après le récit de ces fléaux, le Jésuite ajoute en sollicitant grâce pour sa charité : « Il me reste à demander pardon des dépenses que

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j'ai faites. Comment agir? Quelle règle observer lorsqu'un malade meurt faute de pain, sort de l'hôpital sans.chemise ? Qu’auriez-vous fait si vous eussiez rencontré le fils de M. le comte Potocki sans bas, sans souliers, sans culottes, sans chemise ? Pourrait-on me reprocher d’avoir demandé son mouchoir à la première dame que je rencontrais, ses bottes à un cosaque, sa chemise à un autre? Mille cas semblables se présentent. Depuis Pâques je suis sans argent, et je dépense par mois trois cents roubles, Grâce à la divine Providence, je n'ai pas de dettes. Personne ne serait resté en vie pour porter de nos nouvelles en Pologne; mais j'ai fait instance auprès du général, et, quoiqu'il n’y ait ici aucune troupe pour les remplacer, il vient d'envoyer par une estafette ordre de faire partir de suite tous les Polonais de Mozdok, les malades mêmes sur des voitures. Quels douloureux adieuxje vais recevoir! J'en reçois de plus consolants des moribonds qui, «1 moment derendre l'âme, tournent encore les yeux. vers moi, comme s'ils voulaient me dire : « À vous revoir dans le ciel, mon cher Père, »

Telles sont les vastes conspirations dont les Jésuites s’occupent sans cesse. Ce que le Père Henry retrace avec tant de naïveté, tous les autres , dispersés dans l'empire de Russie , le confirment par leurs écrits et encore mieux par le“rs actes. Le jour et la nuit ils sont entre les désespoirs de la peste et la pénurie de secours humains. Ils suhviennent à tous ces maux; et, lorsque l’arrêt de proscription leur est signifié sur cette terre désolée, le Père Gilles Henry adresse au Père Grivel sa dernière lettre. Elle est ainsi conçue :

« Depuis seize ans que nous sommes à Mozdok, au pied du mont Caucase, nous avons tenté inutilement de pénétrer dans l'intérieur des terres occupées par des gens barbares, Païens ou Mahométans, qui regardent comme une bonne œuvre le mas-

. sacre d’un Chrétien. Cependant nos travaux n’ont pas été in-

utiles pour les colons du pays, et surtout pour les troupes qui passent sans cesse en ce pays, de la mer Caspienne à la Mer Noire et de Mozdok à la Géorgie. Depuis l'invasion de la Rassie par les Français, nous r’avons pas eu un moment de repos. Le gouvernement russe a envoyé ici douze mille Polonais pri-

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sonniers, sans foi, sans mœurs ; mais l'exil et les maladies les ayant attaqués, nous en avons profité pour les ramener à de meilleurs sentiments, et Dieu a béni nos travaux.

» À Mozdok, nous avons deux cents Catholiques, Arméniens fidèles ; et, comme il passe ici beaucoup d'étrangers qui vont ou reviennent de Russie en Géorgie ou en Chine, et qu'on ne trouve ni hospice ni hôtellerie, nous avons bâti un grand hospice où tous les voyageurs sont admis indifféremment, et gratis autant que nous pouvons. Nous avons eu occasion de donner l'hospitalité à plusieurs Anglais. Nous avons élevé une grande église. Après avoir tant travaillé pour le bien de cet État, on veut nous renvoyer comme tous les autres Jésuites. Mais, non contents de nous chasser, on voudrait nous déshonorer en nous rendant apostats. On nous a fait des promesses et des menaces. Nous avons répondu qu'avec la grâce de Dieu, nous voulions vivre et mourir dans'la Compagnie de Jésus. »

On les expulsait du Caucase au moment où l'Asie allait se rouvrir devant eux. Les Arméniens, délivrés du joug des Perses et tombés sous la domination de la Russie, montraient une vive répugnance à embrasser le schisme des Grecs. Ils invoquaient des Missionnaires pour se confirmer dans leur Foi. La Perse faisait le même vœu; elle demandait les membres de la Socièté de Jésus que l'empereur Napoléon lui avait fait entrevoir un jour. Lorsque le Général Gardanne conclut, au mois de janvier 1808, alliance avec la Perse, Napoléon, qui voulait se faire accepter en Asie comme l'héritier direct des rois ses prédécesseurs, fit insérer dans le traité une clause vraiment extraordinaire. Il exigea protection pour les Jésuites que la France aurait le droit d'envoyer en Perse, et cela au moment même où ils étaient bannis de son empire et où le Pape ne les avait pas rendus à l'existence *. Mais ce nom de Jésuite retentissait au

‘ Le traité conciu entre la France ct la Perse contient, à l’article 45, les clauses suivantes :

« Les Prètres qui se trouveront en Perse pour instruire et diriger les Chrétiens seront honorés de toute la bienveillance de Sa Hautesse, à condition qu'ils ne s’ingéreront point dans ce qui regarde la Foi musulmane, et qu’ils ne se permettront rien de contraire à cette Religion. Les Prètres, Moines et Religieux de la loi de

” Jésus qui habiteront la Perse pour remplir les fanctions de leur culte, se trouvant à l'ombre de la protection impériale, ne seront vexés ni lourincutés par personne, et eux-mêmes ne meltroat jamais le pied hors du sentier du devoir, et ils ue de=

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loin ; il rrrtait avec lui une signification que les Orientaux se montraient heureux d'admettie. Napoléon, au témoignage du colonel Mazorewicz, ambassadeur de Russie à Téhéran, se garda bien de laisser échapper ce moyen d'influence.

On avait calomnié les disciples de Loyola passant leur vie dans les glaces de la Sibérie et dans les montagnes du Caucase, entre la misère des indigènes et les langueurs des exilés. Lorsque le gouvernement apprit que la détermination de ces Pères était aussi immuable que celle de leurs compagnons, Galitzin, qui sent le besoin de les conserver, leur propose une dernière transaction. Ils sont libres de rester fidèles à leurs vœux, on les accepte come Jésuites ; ils doivent seulement se dépouiller de leur habit et de leur nom. Les Missionnaires, encore pius attachés à leur Institut qu'au Calvaire sur lequel ils se placent volontairement, calvaire qui ne leur manquera pas ailleurs, refusent le compromis. Les négociations durèrent plus d'un an; et, lorsqu'ils partirent de ces lieux, où ils avaient adouci tant de souffrances, les gouverneurs-généraux les comblèrent de témoignages d'estime. Dans la Crimée comme sur les bords du Volga, la séparation fut aussi cruelle. Le marquis de Pallucei avait déploré leur retraite, le général del Pozzo, qui commandait à Astracan, mourut de douleur, et les Chrétiens du Caucase essayérent de désobéir à l’ordre de l'Empereur. On chercha en Allemagne et en Pologne des Ecclésiastiques pour remplacer les Jésuites qui évangélisaient ces montagnes, il ne s’en présenta point.

Les affiliations bibliques triomphaient en Russie sur les débris

vront jamais ricn faire qui puisse blesser et contrarier la croyance musulmane; ei si uu Musulman, des Arméniens ou des Européens se comportaient avec irrévérence envers des Prètres, le juge de l'endroit, après la vérification des choses, les punirait et les remettrait dans le devoir, de façon que dorénavant ils ne leur manquassent plus de respect. Les juges ue trouveront pas mauvais que les Chrétiens habitant les contrées du Daghestan, de Tauricz et de Kara Bagh, de l’Yrak, du Farsistan et autres provinces de l’Empire, portent du respect aux Prètres. Personne non plus ne contrariera les Arméniens et enfants d’Arméniens qui seront auprès des Prètres, soil pour s’instruire, soit pour les servir, Si les Prêtres désirent construire soit une église, soit une chapelle, personne ne les en empêchera , et on leur donnera aussi un terrain, conformément à ce qui est énoncé en l’article 3, » (Recueil des traités de commerce et de navigation entre lu France et les puissances étrangères entre elles, par M. le comte d’Hauterive.)

Le Père Gilles Henry, dans une lettre en date du 29 mars 4829, écrit au Père Raymond Brzozowski que le colonel Mazorewicz lui avait assuré qu’on lisait dans le traité : Gallium habiluram jus miltendi Jesuitas in Persidem,

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de la Compagnie de Jésus ; leur victoire ne fut pas de longue durée. Sous le règne d'Alexandre, elles avaient pris de vastes développements, mais peu à peu le Czar s'avoua qu'il s'était donné des maîtres. Son âme inquiète cherchait partout la vérité comme un aliment nécessaire à ses pensées ; il essaya de comprimer l'essor de ces Sociétés, dont le but n’était plus pour lui un mystère. Lorsque, aux portes du tombeau , il confessa, diton, la divinité et la prééminence du Catholicisme *, il léguait en

4 Ce retour vers l’unité catholique ne se trouve confiriné par aucun acte officiel, par aucun témoignage public. Le caractère d'Alexandre, son penchant pour la vérité religieuse, et les tristesses de ses dernières années ont sans doute contribué à accréditer un bruit qui jusqu'ici n’a peut-être d’autres fondements que l’entrevue du Czar avec le prince abbé de Hohenlohe, dont le nom est si célèbre en Europe. Dans ses Zichtblirken und ergebnissen, le Prince raconte ainsi lui-même celte entrevue :

« S. M. l’empcreur Alexandre vint à Vienne au mois de septembre 4822. Co Monarque, qui avait voué une amitié sincère à la famille princière de Schwarzenberg, mauifesta au prince Joseph de cette illustre maison le désir de me conpaltre. !

» L'audience que S. M. devait me donner fut fixée au 21 septembre, à sept heures ct demie du soir. Ce jour sera toujours pour moi un des plus remarquables de ma vie. J’adressai la parole en francais à S, M., et je lui dis :

« Sire, la divine Providence a placé V. M. sur un des degrés les plus élevés de » la grandeur terrestre; c’est pourquoi le Seigneur exigera aussi beaucoup de » V.M.; car la responsabilité des rois est grande devant Dieu. 11 a fait choix de » V. M.comme d’un instrument au moyen duquel il a voulu donner le repos et » la paix aux nations européennes, De son côté, V. M. a répondu aux vues de la » Providence, en exallant la Hénédiction de la Croix et en relevant par votre » puissante volonté la Religion qui était renversée. Je regarde le jour d’aujour- » d’hui comme le plus heureux de ma vie, parce que j'ai le bonheur, dans ce » moment, de témoigner à V. M. le profond respect dont je suis pénétré pour » elle. Que le Seigneur vous confirme par sa grâce, et qu’il vous protége par ses » s1ints anges! Telle sera l’humble prière qu’à partir d'à présent j'adresserai au » Ciel pour V, M. »

» Ces paroles furent suivies d’une pause pendant laquelle l'Empereur ne cessa de me regarder ; puis il se jeta à genoux en me demandant la bénédiction sacerdotale. 11 me serait difficile d'exprimer par des paroles l'émotion que j'éprouvai dans ce moment. Voici tout ce que jé pus lui dire de la plénitude du cœur :

«Je .ois permettre qu’un aussi grand Monarque s’abaisse de la sorte devant » moi, parce que le respect que V. M. me témoigne ne s'adresse pas à moi, mais » a cœlui que je sers et qui vous a délivré par son sang prévieux, à grand prince, » comme il nous a délivrés tous. Que le Dieu triple et un répande donc sur » V. M. la rosée de sa grâce céleste! Qu'il soit votre bouclier contre tous vos en- * uemis, votre force dans chaque combat! Que son amour remplisse votre cœur, » et que la paix de Notre-Seiguneur Jésus-Christ demeure sur vus en tout temps. »

» C’est tout ce que je pus dire, parce que les larmes s’échap} aient de mes yeux de tous côtés. S. M. me pressa contre son cœur ; après quoi, ému moi-même & une manière inexprimable, je le serrai à mon tour contre mon sein palpitant.

» Notre entretien roula ensuite sur divers événements qu’il ne m'est pas permis de raconter ici, l'Empereur m'ayant imposé le silence en me les confiant, Jo demeurai auprès de Sa Majesté jusqu'a onze heures moins un quart. Comme mon cœur saigna lorsque j'appris sa mort. deux ans après! « Non, il ne se passe point de jour que je ne me souviepne de lui dans mes prières au Tout-Puissaut. »

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