VI
82 HISTOIRE soumirent en gémissant. Il était bien difficile de les remplacer dans la Grande-Bretagne ; les Vicaires apostoliques, qui plus d’une fois s'étaient trouvés en guerre avec eux sur des points de juridiction, furent contraints de leur permettre l'exercice du ministère dans leurs résidences. Les Jésuites ne l’étaient plus de fait ainsi que de droit; les Catholiques ne veulent pas, autant
u’il est en eux, s'associer au suicide que la peur inspire à Ganganelli. Les Colléges où leurs enfants sont élevés, à Saint-Omer, à Bruges et à Gand, tombent sous le coup du bref Dominus ac Redemptor ; la maison que les Jésuites ont fondée à Liége n’est pas aussi malheureuse ; elle survit à la destruction de l'Ordre. Le Père Howard, encouragé par le Prince-Évêque, peut y continuer le bien dont ses prédécesseurs jetèrent le germe.
Ce Collége, dans la pensée des Catholiques, devait être une pépinière d'ouvriers évangéliques, destinés à succéder aux Jésuites. Quaod Pie VI le prit sous sa protection et sous celle du Saint-Siége, il ne cacha pas dans son décret que son but était de faire de ces nouveaux Prêtres « les continuateurs et les soutiens de la Mission primitive ; » la Révolution française dérangea ce plan. Son premier soia, en débordant sur la Belgique, fut d’anéantir le Collége et de chasser en même temps les maîtres et les disciples. Ils allaient se voir sans asile et sans espérance de développer le Catholicisme dans la Grande-Bretagne, lorsqu'un noble et riche Anglais, Thomas Weld, se sent touthé des malheurs dont ses coreligionnaires sont menacés. Le continent se ferme aux anciens Jésuites qui ne renencent pas à former un Clergé indigène, afin de les remplacer dans leur patrie; Thomas Weld leur ouvre l'Angleterre. Cette famille, qui attache son nom à toutes les hautes infortunes, et
qui trer
Lul pos:
non
de J peir les € s’oc:
fait aussi dans etre ne $ parc:
Ils se les f, persé d’im raien Gang la me les b.
treter l Gr:
tre le vaien!
le Vic sante.
comm Pères nonce
e les 1posnerre aints leurs
ainsi utant spire levés, coup « Jéeuse ; ward,
1er le
devait inés à DuS SA | a pas s noude la gea ce ique , temps s asile + dans plais, nt ses ferme er un batrie ; mille, es, et
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 83 qui, après aVoir reçu les Jésuites proscrits, viendra, trente-sept ans plus tard, mettre son vieux château de Lulworth à la disposition de Charles X banni de France, possédait une terre dans le Lancashire. Cette terre se nommait Stonyhurst.
Thomas Weld la consacre aux débris de la Société de Jésus et aux élèves qui les suivent dans leur exil. A peine installés dans ce lieu devenu cher à la Religion, les enfants de Loyola, qui ne peuvent plus se renouveler, s'occupent avec ardeur à combler les vides que la mort fait en éclaircissant leurs rangs. Ils forment des Prètres aussi dévoués qu’instruits, des jeunes gens qui porteront dans leurs familles le courage et la foi dont ils offrent et reçoivent l'exemple. Les Pères de l’Institut supprimé ne s'étaient pas condamnés au silence et au trépas, parce que Clément XIV avait frappé l’arbre de stérilité. Ils sentaient en eux un principe de vie dominant tous les faits accomplis. Avec la plupart de leurs Frères dispersés, ils croyaient que de nouveaux événements, que d'immenses désastres et de plus mûres réflexions amèneraient tôt ou tard le SaintSiége à révoquer le bref de Ganganelli. Ce qui se passait en Prusse et en Russie, la merveilleuse conservation de l’Ordre de saint Ignace, les bonnes dispositions dont Pie VI était animé, les entretenaient dans cet espoir. Dès 1786, les Jésuites de la Grande-Bretagne, qui n’avaient point eu à lutter contre le gouvernement, et qui, en dehors du bref, se trouvaient dans la même situation qu'auparavant, supplièrent le Vicaire-général de les incorporer à la Société renaissante. La chose n’était possible qu’en transgressant les commandements du Pape. Le Vicaire-général signifie aux Pères de l’ancienne Province britannique qu’il faut renoncer à ce projet. En 1800, lorsque Pie VIL eu publi-
84 HISTOIRE quement autorisé l'existence des Jésuites en Russie , les Anglais réitérèrent la même demande. Les obstacles étaient aplanis; Gruber sollicite du Saint-Siége le droit d’agréger à l'Institut ceux qui désirent y mourir après avoir voué leur vie au triomphe de l'Église. Le Souverain Pontife leur accorda cette faveur. Le Père William Strickland fut chargé d’élever au degré de Profès le Père Marmaduch-Stone, recteur du nouveau Collége anglais, et de l’établir Provincial. Le 22 mai 1803, cette solennité eut lieu. |
A peine la nouvelle de la reconstitution de l'Ordre en Angleterre est-elle divulguée, que l’on voit accourir à Stonyhurst tous les anciens Jésuites, heureux encore de reprendre le joug des règles de saint Ignace. Parmi les plus empressés, on distingue les Pères Thomas Stanley, Pierre O’Brien, Lawson, Jenkins, Édouard Church et Joseph Recve, dont les noms sont chers aux Catholiques et précieux à la jeunesse. Charles et Robert Plowden, Thomas Recve, Lewis, Jacques Leslie, Édouard Howard, Price , Johnson et un certain nombre de jeunes Prêtres viennent renforcer la cohorte qui se réunit. La Compagnie sortait du tombeau; elle veille à se perpétuer. Les Trois-Royaumes étaient alors engagés dans une terrible lutte avec Napoléon. Le sang et les trésors du pays se prodiguaient sur les champs de bataille et dans les intrigues diplomatiques. Il y avait du patriotisme et de l'ambition, de la haine et une pensée égoïste au fond de ce duel d’empire à empire. L’Angleterre était ébranlée ; mais elle semblait grandir avec le danger. Pitt n’avait ni le temps ni la volonté de s’opposer au rétablissement de l'Institut. L’Angleterre était restée indifférente à sa mort; elle se croyait assez puissante pour ne pas s’occuper de sa résurrection. Tous les yeux se tournaient vers
, les cles lroit près rain liam >s le lége
cette
"€ en rir à e de i les nley, h et ques den, vard, êtres mparible ys se intrit de d de nlée ; ait ni ntde à sa occuvers
le continent : les Jésuites mirent à profit ces sollicitudes, et, afin de ne pas être pris au dépourvu, ils déci-
. dèrent qu’un Noviciat serait créé.
Il ne fallait qu’une maison et un jardin, la générosité de Thomas Weld y pourvut. Le Père Charles Plowden tut chargé de la direction de l’établissement. Thomas Weld n’avait encore offert aux Jésuites que le superflu de :a fortune; il fit mieux : il donna son fils à la Compagnie. Avec ce jeune homme entrérent au Noviciat Gualter, Clifford et Thomas Tate. Dans de pareilles conditions d’existence, l’Institut allait se propager rapidement; un obstacle surgit de l’autorité même qui devait concourir à cette propagation.
A diverses reprises, de sérieux conflits avaient éclatéentre les Missionnaires et quelques Vicaires apostoliques. Les Jésuites s’y étaient vus mélés plutôt pour les besoins de la cause catholique que par esprit de domination. Les droits des uns et des autres n’avaient pas été bien définis ou bien compris, et dans l'administration de l’Église d'Angleterre, il surgissait de temps à autre des dissentiments qui plus d’une fois compromirent le présent et l'avenir. En face de la position faite aux disciples de saint Ignace, on aurait pu croire que ces débats ne se réveilleraient point et que chacun, dans la sphère de ses pouvoirs, travaillerait à l’œuvre commune. Il n’en fut pas ainsi. Le nom de la Compagnie était populaire parmi les Catholiques des Trois-Royaumes. Son sang avait coulé sur les échafauds avec le sang de leurs ancêtres. Les Jésuites avaient .vécu , avaient souffert sous leur toit; ils étaient les hôtes, les maîtres des générations passées et de la génération nouvelle. Ce double lien, que les prisons et la hache du bourreau resserrèrent si souvent, établissait, entre les Catholiques et l'Ordre de
EE
2e RD Se Es EE
gun