‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 15 sur 76 · EE TE · texte numérisé non relu

EE TE

86 RISTOIRE Loyola, une solidarité sanctionnée par le temps, par les services et par la reconnaissance. L'autorité du Vicaire apostolique n’avait jamais été contestée ; mais, transitoire dans les personnes, elle restait par cela seul exposée à des mécomptes d’amour-propre. Quelques-uns des délégués du Saint-Siége s'étaient roidis contre cette position précaire; ils avaient, comme Richard Schmitt, essayé d’affaiblir le prestige dont les Jésuites se voyaient environnés, pour ainsi dire, malgré eux. T’action du Vicaire apostolique, funeste au Catholicisme, n'avait servi qu’à rehausser l'Institut. Les Jésuites eurent des adversaires très-prononcés dans quelques-uns de ces Prélats; ils en rencontrèrent qui, à l’exemple de l’illustre Milner, s'identifièrent complétement avec eux.

Dans la situation actuelle, de pareils conflits ne sont ‘plus possibles. En Angleterre tout passe sous le niveau de la publicité. Cette publicité a sans doute ses erreurs volontaires, ses fraudes même, comme toute espèce de liberté qui vit de monopole; mais la presse anglaise, jusqu'alors si hostile aux Jésuites et si intolérante, parut enfin, dès l’année 1810, revenir à des sentiments d’équité. C'était le temps des intrigues politiques : elles devaient plus tard se multiplier et se proclamer comme une puissance. Dans ce mouvement de passions et d’idées, qui marquera les commencements du dix-neuvième siècle, les Jésuites ne sont mélés à aucun des événements qui remuent l'Europe. Tant que les Anglais n’ont pas vu la Compagnie libre de son action et agissant au soleil, ils eurent de sourdes imputations à faire rejaillir sur elle. Du jour où l’on permit aux Pères de l'Institut de prier, d’évangéliser et d'instruire en n’ayant de comptes à rendre qu’à la loi, les Jésuites ne furent plus soupçonnés de conspirer, et les sectes les plus hostiles

eu anus UE

faite on se une glais, ne vo gueil bien il ser Les J britar préte:

eux.

La deux encor a poste ciété.

se cor intent de rec lui-m Souve ccclesi

d’ième éne- ’ont t au

illir titut t de plus

tiles

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 87 s’empressèrent de leur donner ce témoignage. On allait, en défigurant l’histoire des disciples de saint Ipnace, les trouver coupables à tous les coins du globe. La France constitutionnelle, l'Espagne libérale, Yitalie, l'Allemagne, la Suisse et la Belgique révolutionnaires devaient pousser contre eux un long cri de malédietion, et dans le pays le plus opposé aux tendances catholiques ce cri était condamné à rester sans écho.

C’est qu'avec leur bon sens pratique les Anglais n’avaient pas tardé à comprendre qu’une guerre éternelle, faite à des hommes innocents de tous ces crimes dont on se plaisait à les charger, entraînait nécessairement une guerre contre les idées qu’ils patronaient. Les Anglais, se plaçant à la tête de la civilisation européenne, ne voulurent pas faire subir un pareil échec à leur orgueil national. Ils acceptèrent les Jésuites tels quels, bien persuadés que, puisqu’ils réclamaient le grand jour, il serait toujours facile de les atteindre dans l’ombre. Les Jésuites ne s'y précipitèrent point, et le cabinet britannique et la presse anglaise n’inventèrent jamais de prétextes pour se donner l’occasion d’y descendre sans eux.

Ea position que nous venons de décrire, et que les deux partis ont maintenue de 1810 à 1845, n’était pas encore aussi nettement dessinée, lorsque les Vicaires apostoliques essayèrent d'attirer des embarras à la Société. Avec les méticuleuses précautions que la peur de se compromettre inspire souvent aux hommes les mieux intentionnés, certains délégués du Saint-Siége refusaient de reconnaître comme Jésuites les Prêtres que Pie VII lui-même encourageait à se proclamer tels. Quand le Souverain Pontife, par sa bulle So/liritudo omnium ecclesiarum du 7 août 1814, eut vaincu les difficultés,

ces mêmes délégués se retranchèrent derrière une chimère qu’on leur fit caresser comme une réalité : ils s’imaginèrent que l'existence des Jésuites au sein des Trois- Royaumes réveillerait les anciens ferments de discorde, et que déjà le pouvoir s’apprétait à susciter contre les Catholiques de nouvelles persécutions. Il n’en était rien, il n’en pouvait rien être; mais ces hostilités, divisant le même parti, ne tendaient qu’à l’aftaiblir. Il est bien malaisé en effet qu'un parti, lors même qu’il serait une fraction de l’unité catholique, puisse grandir ou subsister en ayant chez lui la guerre intestine. Pour la faire cesser, les Jésuites sé soumirent à toutes les conditions. Ils se savaient nécessaires; ils ne firent pas sentir leur importance.

Au milieu de ces démêélés, !‘ur zèle ne se ralentissait pas. Le 31 juillet 1810, jour de la fête de saint Ignace, Thomas Weld, le bienfaiteur de l’Institut, expira saintement dans le Collége qu'il avait fondé. Chaque année augmentait le nombre des élèves de cette maison; chaque année aussi les Jésuites gagnèrent du terrain. Ils avançaient sans bruit, étouffant leur triomphe d’aujourd’hui sous leur espérance de demain et ne donnant rien an hasard. En 1817, le Père Grivel, nommé Visiteur de la province par Bzrozowski, n’eut qu'à approuver ce qui était déjà fait et les plans en voie d’exécution. Le Père Charles Plowden fut par lui choisi pour Provincial. En 1820, Plowden mourut, et Nicolas Lewall le remplaca. Six années après, le Père Brooke était appelé à succéder à Lewall.

Mais, durant cet intervalle, de notables changements s’introduisirent dans la législation anglaise. Les Catholiques, tolérés jusqu'alors, avaient revendiqué leurs droits d’hommes libres et de citoyens. C'était une réparation

chis s’irOiS— rde, ntre était divi- L est serait r ou ur la ondisentir

Lissait nace, sainannée : chan. Ils jourt rien ur de er ce n. Le ovinall le t ap-

ents atho- Iroits ration

RSS

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 89 des iniquités passées, la consécration d’un grand principe. Les orateurs du Parlement, à la tête desquels brillaient Georges Canning et lord Grey, soutinrent la justice des demandes adressées par les Catholiques. Ces demandes blessaient au vif l'Église anglicane; néanmoins elles étaient exigées par la raison d’État ct par La raison publique. L’émancipation, long-temps ajournée, long-temps discutée, fut enfin prise au sérieux et peu après admise comme loi du royaume. Mais en 1829, quand ces discussions formidables étaient dans leur cffervescence, un bill fut promulgué qui sembla tout remettre en question. Ce bill défendait aux sujets de la Couronne britannique de prononcer des vœux de Religion en Angleterre ou de revenir s’y fixer après les avoir prononcés dans un autre pays. La peine d’exil frappait tous les contrevenants. Les Jésuites sentirent qu’une pareille loi était spécialement dirigée contre eux, et ils en tinrent peu de compte, parce qu'ils ne se déguisèrent pas qu'elle naissait au contact des passions, surexcitées par le bill d'émancipation, devenu le champ-clos des dernières colères du Protestantisme.

Ils avaient à démontrer que, libres ou esclaves, rien ne les pousserait dans l’arène des intrigues. Ils voulaient prouver qu’ils accomplissaient aussi ponctuellement leurs devoirs de Prètres et de Jésuites sous le coup de la persécution que sous celui du bienfait. Ils restèrent donc muets et inébranlables au poste confié à leur vigilance. Ce poste était si bien gardé que, de 1826 à 1835, onze églises s’élevèrent par leurs soins. Alors même commença ce mouvement vers le Catholicisme qui, imprimé aux classes doctes ou nobles, progresse avec tant de rapidité qu'il est impossible d'en calculer la portée. En face de l’idée catholique, qui n'a

rien perdu de sa sève première, la Grande-Bretagne n’est ni émue ni alarmée. Elle voit les Jésuites fonder des Colléges, bâtir des églises dans la capitale mème des Trois-Royaumes; elle mesure le degré de ferveur qui aceueille le Puséysme'; elle entend les maîtres les plus

‘ Le Puséysme désigne le système moderne de théologie anglicane devenu si célèbre depuis quelques années, C'est une école de savants distingués, presque tous professeurs ou élèves de l'Université d'Oxford. Ce nom lui vient du docteur Pusey, et elle le reçut en 1833. Dès cette époque, certains projets touchant la réforme de l'Église établie furent agités dans la presse britannique. Ce n'était pas de ces déclamations banales sur la splendeur et l'opulence du Clergé, de ces théories inapplicables que les charlatans religieux ou politiques inventent pour dresser un piédestal à leur vanité toujours gonflée des éloges qu'ils sont sans cesse en travail de se donner à eux-mêmes; mais au contraire des plans sérieux, discutés par les amis avoués ou par certains membres de l'Église anglicane, Ils rs à en modifier les constitutions, la liturgie et les formulaires. Ceux qui parlaient de cette sorte ne s'entendaient pas sur tous les points; la discorde régnait sourdement parmi eux: de ce conflit naquit le Puséysme. En 1833, l'école nouvelle, encore peu nombreuse, commença à publier les traités pour les temps présents, Tracts fort the times, et d'autres écrits polémiques, les uns destinés à la défense de l’Auglicanisme, les autres dirigés coutre Rome ou contre les Protestañts dissidents, Le British critic, revue trimestrielle, devint l'organe de cette secte, qui, à l'inverse de toutes les autres, cherchait de bonne foi la lumière.

En 1836, le docteur Hambden, nommé par le cabinet de Saint-James à la chaire de théologie d'Oxford, fut ceusuré par le conseil aniversitaire, accusant de rationalisme les précédents écrits du docteur. A la tête de l'opposition que son systène soulevait dans Oxford, on distinguait Pusey, Vaughan, Thomas et Newmau. Pusey était en évidence, il s'y mit encore davantage en publiant un ouvrage remarquable pour défendre ses idées, C'est cette initiative qui contribua à faire donner son nom au parti.

Dans le principe, les chefs du Puséysme semblent n'avoir d'autre but que de soutenir et de reconstituer l'Anglicanisme, D’après les Tracts et leurs autres écrits polémiques ou dogmatiques, les Puséystes partaient alors du point fondamental que les anciens réformateurs étaient des hommes à tendance relâchée, et qu'eux au contraire s'efforeaient d'être exacts en dogme ainsi qu’en discipline. Ils disaient aux Anglicans : « Maintenez le symbole d'Athanase et toutes les règles du baptême, Point d’accommodement avec l'esprit du siècle. A temps et à contre-temps, ne transigez jamais avec vos obligations, N'oubliez pas les devoirs que, lors de votre régénération en Christ par le saint baptême, vous avez contractés envers l'Église. L'Église ne doit jamais dépendre de l'État, mais son alliance, est un honncur pour l'État. Ravivez la discipline tombée en désuétude ; réchauffez l'intelligence par le souvenir des vertus que notre Église a malheurensement négligées, mais qu'elle n'a jamais perdues. Observez les jours d'abstinence et les fêtes des saints; soumettez-vous aux rubriques ; tenez les temples ouverts, et notre Église apparaîtra ce qu ‘elle est réellement, pure, apostolique et rejetant les corruptions ‘doctrnales ainsi que les pratiques superstitieuses, sinon idolätriques de Rome, sa sœur infortunée, pratiques clairement réprouvées par l'antiquité, dont nous invoquons le témoignage avec respect, »

Telles furent les doctrines primitives des Puséystes. Hs se mirent à l'œuvre; ils étudièrent le Christianisme et l'état constitutif de l'unité catholique, non plus dans les théologiens protestants des trois derniers siècles, mais dans les saints Pères, tradition

vivante avait so qu'il se elles-m Quoiqu ecclésia la polé trines e doctrin pour la de modi séysme, mençaie l'antiqui La fome:

chaient e Univers sultac de Seager et rechereh, démarche Pusey re et, dans:

ue déguis ct la fon discours, à trois ce même des:

cure de S tiques de pu avance ne craigu sommes t« nement to:

Les Pu:

daient bie saient de | de leurs 1841, la p ne manqu il s'étenda œuvre trini ses savante revue sont

ne ler des qui lus

u si tous 18e Y »

e de éclapplilestal de se amis er les te ne x: de euse , s, et autres revue utres,

chaire tionastène Pusey uable nom

e soupoléue les traire cans :

Lomme amais nu en doit ez la ertus . Obques ; pures PPstint ré-

es ils ns les lition

honorés de ses Universités proclamer leurs doutes anglicans ou abriter leur croyance nouvelle sous l'égide du SaintSiége, la seule autorité immuable sur la terre. Comme le gouvernement britannique a posé les prémisses du principe de liberté, il en adopte toutes les

vivante de l'Apostolat, L'ardeur au Puséysme égalait sa science et sa candeur, Il avait souvent attaqué avec violence la Chaire de Pierre dans ses premiers Tracts, parce qu'il se proposait beaucoup moins d'inculquer les vérités catholiques considérées en elles-mêmes que de vivitier le système anglican tel que cette école le comprenait, Quoique entreprise dans les conditions d'un milieu décoloré, l'étude des antiquités ecclésiastiques produisit des découvertes tout à fait inattendues, La nature même de la polémique engagée par les Puséystes les força d'étaler au grand jour des doctrines et des actes dont ils ne pouvaient nier la sainteté, bien que ces actes et ces doctrines appartinssent à l'Église romaine, Sur des esprits réfléchis et se p'ssionnant pour la vérité, de pareilles découvertes eurent pour etfet de tempérer l’amertume et de modifier les idées, Les Tracts avaient fait école ; les premiers disciples du Puséysme, comme cela arrive toujours, mal à l'aise dans la for mule originelle, comwençaient à pousser plus loin leurs investigations. On les avait conviés à l'étude de l'antiquité : jeuues et sincères, ils s'y étaient appliqués à loisir'et consciencieusement,. La fameuse question : 4 Aomä potest aliquid boni esse? leur avait été posée ; ils marchaient eu avant pour inventer ds raisons plus concluantes que celles dont les vieux Universiaires stéréotypaient dans leurs chaires limpnissante logique, Ce fut le résultat de ces études qui rameua au Catholicisme les docteurs Sibthorp, Grant, Seager et plusieurs autres. Pusey et Newman, au centre même de l'Anglicanisme , recherchaient la vérité avec une ardeur toute juvénile; ils faisaient eux-mêmes des démarches éclatantes en faveur de la Foi catholique, apostolique et romaine. En 1843, Pusey reconuaissait le dogme de la transsubstautiation tel que le proclame l’Église; et, dans un sermon préché devant l'Université d'Oxford, à la cathédrale du Christ, il ue déguisa point sa peusée. Ce discours était une révolution. On en censura le fond et la forme. On frappa d'interdiction universitaire le courageux orateur ; mais ce discours, imprimé sous le titre de La sainte Eucharistie comfort du penitent, se vendit à trois cent mille exemplaires, 11 provoqua des multitudes d'adhésions de la part même des régents de l'Université, Pendant ce temps, le docteur Newman résignait la cure de Sainte-Marie d'Oxford pour s'adonner plus librement à l'étude et aux pratiques de la vie ascète. 11 rétractait même les assertions que, de 1833 à 1837, il avait pu avancer contre l'Église catholique, et le Statesman, jourual protestant de Londres, ne craignait pas de dire : « C'est là un événement grave daus la crise dont nous sommes témoins, » En 1845, NeWmau et une foule de ses amis ont donné à cet événement toute sa portée en rentrant dans le sein de l'Unité,

Les Puséystes, entraînés malgré eux par l'évidence vers la Foi romaine , prétendaient bien, 1l est vrai, qu'ils n'iraient jamais au Romanisme, Néanmoins ils embrassaient de fait une partie de ses dogmes et même de ses pratiques, Un certain nombre de leurs disciples revenaient franchement au Catholicisme, Depuis le mois d'avril 1841, la publication des Tracts avait été suspendue, mais les moyens de propagation ne manquaient pas à ce parti, H régnait dans plusieurs universités ou séminaires; il s’'étendait en Amérique et méme aux Indes. Le British critic continuait son œuvre trimestrielle ; et, renons'ant peu à peu à ses attaques contre Rome, il faisait peser ses savantes hostilités sur les réformateunrs du seizième siècle. Les écrivains de cette revue sont Anglicans, e3, du haut de leur raison, ils j jugent avec une implacable équité

conséquences. Les Jésuites sont citoyens anglais; à ce titre, qu’ils revendiquent avec orgueil, il leur est permis d’enseigner la jeunesse, de répandre leur Foi et de guider les autres hommes dans la voie que chacun a le privilége de se tracer. Ainsi les Hérétiques de la Grande- Bretagne, comme ceux d'Allemagne et de France, se montrent plus tolérants à l'égard du Catholicisme, leur adversaire naturel, que les hommes nés dans le sein de l'Église romaine et qui aspirent à la tuer sous leur sceptique indifférence ou à la garrotter dans des constitutions dont ils s’établissent les seuls interprètes et les uniques modérateurs.

tous les hommes qui secondèrent Luther, Calvin et Henri VIE dans leur séparation avec le Saint-Siége,

Cette École, dont l'attitude pacifiquement progressive ébranle l'Anglicanisme j jusqu'en ses fondements : ; ne demande rien qu'à la vérité. Elle exerce une notable iufluence par l'étendue de ses rapports et de sa littérature ; elle fait de nombreux prosélytes, et les moyens qu’elle emploie sont tous avonés au grand jour, Elle arrive par la discussion, Aux hommes instruits, elle consacre des traités d'érudition originaux ou réimprimés ; aux lecteurs ordinaires, des écrits moins élaborés; aux pauvres et aux ouvriers, des faits et des dissertations à leur portée ; aux enfants, des contes familiers. Il n'y a pas sans doute dans tout cela une pensée identique ni un système régulier, on y reconnaît néanmoins tn but, Ce but prouve manifestement combien les nouvelles doctrines propagées par le Puséysme exercent d'empire sur les croyances anglaises. Il a pénétré partout, au Parlement, dans la magistrature et principalement dans les classes moyeunes, 11 affecte de se mettre sur le pied d'égalité fraternelle avec les Catholiques du continent ; quelquefois il représente l'Église universelle comme divisée en trois branches, grecque, romaine et anglicane; puis il se berce de l'espérance qu'il existe une communion invisible sanctionnée par l'Esprit- Saint,

Étrange contradiction! à ceite bienveillance pour les Catholiques du continent se joint chez quelques Puséystes une sorte d'antipathie pour les Catholiques anglais, Les Puséystes ne voient pas sans peine leurs frères rentrer dans le giron de l'Unité,

et lorsq'r'en 1845 le docteur Newman et ses principaux disciples firent ce dernier

pas, Pusey lui-même ne put s 'empécher de témoigner publique ment ses regrets, On croirait que la nouvelle École s'est flattée de la pensée qu'un jour elle sera suivie par les Fidèles des Trois-PRoyaumes; on dit même que plus d’une fois certaines insinuations furent faites en ce sens. Les Catholiques restèrent inébr ranlables ; mais plusieurs Puséystes, entraînés par la vérité, ne tardèrent pas à renoncer aux théories dont ils étaient épris. Is cherchaient un tout logique ; l'Église romaine le leur offrait :

ils l'ont accepté. Cette École se trouve donc aujourd'hui dans an inextricable embarras, 11 faut qu'elle recule ou qu’elle avance sous peine de suicide, Le système d'examen a sapé l'Anglicanisme, et il n'ose pas se réfugier dans le Catholicisme, auquel ses tendances ont rendu presque en méme temps de bons et de mauvais services, La mission du Puséysme a commencé par des études sérieuses ; elle doit continuer par la science et s'achever par la Foi,

Ï auss s'att don rend asse l'inid Dès avai toute stitu pros gret cette liser aucu si pri ane t bref .

de Jé ne se Rome jour point tifical leur £ Ils nûme quiét:

en tra ils at Callag les me

à ce pert de a le ndee, se leur in de

sceptitut les

paratiou

inc jusable iu- »mbreux e arrive n origipauvres s contes système ombien oyances brincipalité frauniveris il se "Esprit-

inent se anglais.

l'Unité, dernier ets, On a suivie 1es insiais pluthéories offrait :

ble emsystème me, äll= ais serle doit

L’Irlande n'avait jamais été placée dans des conditions aussi favorables que l'Angleterre catholique; les Jésuites s'attachèrent à sa destinée par les persécutions même dont elle fut l’objet. Contrée que l'énergie de sa Foi rendait la privilégiée de la souffrance, l'Irlande, toujours asservie et toujours fidèle, était un témoignage vivant de l'iniquité protestante et de la longanimité chrétienne. Dès les premiers jours de sa fondation, l'Ordre de Jésus avait eu pour elle des consolateurs et des apôtres ; à toutes les époques il sut lui en offrir. Mais, quand l’Institut vit son existence menacée, les Irlandais, dont la proscription durait toujours, eurent des larmes de regret à donner aux Pères qui les avaient soutenus dans cette épreuve de trois siècles. Les Jésuites n’ont pu réaliser en ce pays qu’un bien sans retentissement, sans aucun de ces avantages sociaux dont le monde les croit si préoccupés. Cependant ils ne renoncèrent jamais à une terre où tout semblait condamné au désespoir. Le bref Dominus ac Redemptor ayant anéanti la Compagnie de Jésus, les enfants de Loyola, à l'exemple du troupeau, ne se laissèrent pas décourager par l'abandon du berger. Rome licenciait sa meilleure milice la veille même du jour où le Saint-Siège allait être attaqué sur tous les points à la fois. Les Jésuites, en obéissant au bref pontifical, ne crurent pas devoir déserter le poste cunfié à leur garde.

Ils étaient pauvres comme un Irlandais; mais ce dénûment, qui prenait sa source dans la charité, ne les inquiéta guère. Ils mirent en commun leur indigence, et, en travaillant à la moisson que Dieu réservait à leur zèle, ils attendirent des jours plus sercins. Le Père Richard Callaghan, un vieux Missionnaire des Philippines, dont les mains et la langue portent les traces du martyre enduré

94 HISTOIRE pour la Foi, dirigeait les Jésuites sécularisés. Ils n'avaient pu fonder en Irlande un établissement afin de recevoir les jeunes gens que, dans un avenir prochain, ils espéraient agréger à leur Ordre sorti de ses ruines; le Collége de Stonyhurst dilata son sein. D’autres se rendirent à Palerme, où ils achevèrent leurs études. En 1807, Richard Callaghan était mort chargé d’années et de bonnes œuvres; en 1811, le trépas du Père Thomas Betagh rompit la dernière chaîne qui, en Irlande, attachait les nouveaux Scolastiques à l'ancienne Compagnie. Betagh, dont le nom est encore populaire à Dublin et dans les campagnes de l'Irlande, avait trouvé dans son cœur l’éloquence qui remue si vivement les instincts de ce peuple. Le Père Kenney lui succède au mois de novembre. Avec cette patience que rien ne peut abattre, les Jésuites se mettent à l’œuvre comme si déjà le Souverain Pontife avait rendu la vie à leur Institut.

Ils s’avouaient les inconvénients de cette éducation cosmopolite qui déplace les igdividus et leur donne dans la jeunesse des idées moins patriotiques. L’Irlande, selon eux, avait le droit de voir élever ses enfants sur sa terre proscrite, afin qu’un jour, nourris de ses malheurs, ils pussent avec plus de force réclamer son affranchissement. Ce fut cette pensée qui inspira à Kenney le projet d’un collége national. Il le créa à Clongowes, non loin de Dublin. La restauration de l’Institut augmenta tellement ses prospérités qu'en 1819 il comptait déjà plus de deux cent cinquante disciples. Dans la même année, les bienfaits de Marie O’Brien permirent d’en bâtir un autre dans le district de King’s-County.'Il fallait relever les Irlandais de l’abâtardissement moral dans lequel la politique anglaise essayait de les tenir. A ce peuple ayquel la grande voix de Daniel O'Connell, un élève des

sion à pe pèce tou) 0 l’autc saint dais la te et le de le ou sc ment.

aurai!

lorsq toire :

plans

Les dans ] lectue mains et il ét si fort n’avai

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 95 Jésuites, apprenait ce que c’est que la liberté, il importait de donner l'intelligence de ses devoirs d'a bord, de ses droits ensuite. La Compagnie de Jésus se chargea de la première tâche, O’Connell remplit la seconde,

Depuis Henri VII jusqu’à Cromwell, et de Cromwell aux rois de la maison de Hanovre, tout avait été mis en œuvre afin de dégrader les Irlandais et de les asservir par une ignorance calculée, On avait abusé de leur passion pour les boissons enivrantes; on les plongeait peu à peu dans cet état de torpeur qui fait de la vie une espèce de sommeil bestial. On habitua ces. populations, toujours catholiques par le cœur, à des débauches que l'autorité eut l’art de placer sous l’invocation de quelque saint populaire dans l’île, Pourva qu'il reste aux Irlandais assez de vigueur corporelle réservée à féconder la terre dont les fruits et les moissons payeront le luxe et les plaisirs de l'Angleterre, on ne s'occupe ni de leur bien-être, ni de leurganté, ni de leurs familles, ni de leur existence. On les fait ouvriers sans aucun salaire, ou soldats dans les Indes sans espérance d'avancement. Tout fut combiné contre eux, et cette situation aurait pu, en se prolongeant, amener de cruels résultats, lorsqu'un concours de circonstances inouïes dans l'histoire força le gouvernement britannique à rougir de ses plans de démoralisation.

Les Pères Kenney, Esmund et Aylmer confessaient, dans la tristesse de leurs âmes, cet abrutissement intellectuel. Ils sentaient que le remède était entre leurs mains; mais ce remède, il devenait urgent de l’appliquer, et il était difficile de corriger tout d’un coup tant d'abus si fortement enracinés. Jusqu’alors la Religion proscrite n’avait eu ni temples ni autels; les Irlandais ne connais-

96 HISTOIRE saient pas la pompe de ses fêtes, ils ne s'étaient jamais rendu compte de l'effet produit sur les masses par ces processions solennelles où Dieu semble se méler aux hommes pour bénir leurs travaux et se mettre de moitié dans leurs douleurs. Ils n’avaient été Catholiques qu’à la dérobée, ne communiquant avec les anciens Jésuites ou avec le Clergé séculier qu’à travers mille dangers. Les nouveaux disciples de l’Institut profitent de la tolérance qu'une politique plus sage laisse établir; ils se décident à initier le peuple irlandais à ces joies triomphales de l'Église. La Fête-Dieu est célébrée dès 1822 à Clongowes, au milieu d’une foule immense. Le culte extérieur réveillait dans les âmes des idées de Foi, il y porta un besoin de réforme intérieure. Des églises furent bâties, des Missions s’ouvrirent, des associations religieuses se créèrent. Bientôt les enfants des martyrs retrouvent dans la piété et dans l’éducation la vigueur nécessaire pour arriver pacifiquement à leur régénération sociale.

Il avait fallu de pénibles travaux, de longs sacrifices afin de réaliser le projet conçu; les Jésuites les accomplirent tous sans se laisser rebuter par les obstacles. On les a souvent accusés de ne vouloir jamais participer à des institutions dont quelques-uns de leurs Pères ne seraient pas les promoteurs. En Irlande, le fait donne un démenti à l'imputation. En 1840, au moment où, pa des retraites et par des Missions, ils apprenaient aux multitudes à <élébrer la troisième fête séculaire de la fondation de ! Ordre de Jésus, c’est en popularisant l’œuvre d’un autre ils obtiennent le plus éclatant succès. Le Capucin S'héobald Mathew a, deux années auparavant, jeté les bases de sa Sociéié de tempérance. Les Jésuites saisissent tuut ce que ce renoncement volontaire aux liqueurs enivrantes peut avoir d’utile dans un pays tel que

l'Irl pen elle de Pérc leur E dan dèle néra l’Irle Pro Robe tion Colle çois-!

accrc était bre d vaieh leurs heure Chaa:

leure loi. F libert droit

Par cues, maine vus el éléme Eu H

un lies, s se dans Jour

nces

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 97 l'Irlande. Ils se font les propagateurs les plus zélés de la pensée chrétienne du révérend Mathew; par leurs soins, elle s'étend avec une rapidité inconcevable, Cette Société de tempérance était l'auxiliaire de la mission que les Pères se donnaient, mais elle ne les détourna pas de leur but particulier.

En 1829, leur nombre s’augmentait avec leur ascendant : ils étaient le bras droit des Évêques, les modèles vivants proposés au Clergé par les Prélats. Le Général de la Compagnie juge opportun de détacher alors l'Irlande de la Province d’Angleterre. 11 nomme un Vice- Provincial pour gouverner les Jésuites, Ce fut sur le Père Robert Saint-Léger que tomba son choix; la séparation devait produire de fructueux résultats. En 1841, un Collége fut créé à Dublin sous les auspices de saint François-Xavier, et l'Angleterre ne s’épouvanta pas de cet accroissement d'influence catholique. T’Anglicanisnie était ébranlé par le retour vers l’unité d’un grand nombre d’esprits droits qui, dans les Trois-Royaumes, arrivaient, à l’aide de l'étude, à se démontrer le vide de leurs croyances officielles. Un travail lent, mais toujours heureux, se révélait au milieu de la société britannique. Chacun sentait que les Jésuites y prenaient la meilleure part, tout en se renfermant dans les limites de la loi. Le pouvoir n’y vit qu'une des conséquences de la liberté; il donna le salutaire exemple de respecter le droit qu’il axait lui-même proclamé.

Par un étrange renversement de toutes les idées recues, ce fut ans les pays séparés de la communion romaine que ds Jésuites %e perpétuèrent. Nous les avons vus en Russie et dans la Grande-Bretagne conserver des éléments de reconstitution et rattacher l’avenir au passé.

En Hollande le même phénomène s’accomplit. De même VE 7

ps HISTOIRE

que l’Angleterre, la république des Provinces-Unies fit une guerre ouverte à cet Ordre religieux, dont l’action sur le peuple était manifeste. A peine fut-il anéanti, que les vieilles insultes, que le souvenir même des anciennes défiances s’effacèrent. Les Protestants comprirent que ce n’était pas à eux qu’il appartenait de poursuivre leurs adversaires accablés. Ils laissèrent ce soin aux cours catholiques et aux écrivains qui aspiraient à détruire tous les cultes. |

Cette situation inattendue permit aux Prêtres de la Compagnie disséminés en Hollande de continuer l’œuvre à laquelle ils s'étaient voués. Leur chef les avait placés en sentinelles perdues au milieu des ennemis de l'Église; personne ne songeait à les relever; ils y demeurèrent sous la direction du père Thomassen. C'était un vieillard. Adam Beckers vint à Amsterdam pour le soulager dans les labeurs de l’Apostolat. Aussitôt qu’il fut possible de se rattacher par de nouveaux vœux à la Compagnie, Beckers, Henri Groenen, Luyten et Verbek s’y rallièrent. Les Jésuites de Nimègue et de Culembourg suivent cet exemple; mais à Culembourg, le père Huberti, qu’un héritage a fait riche, consacre sa fortune à améliorer la Mission. Le père Arnold Luyten développe ce germe, et l’Internonce apostolique Ciamberlani seconde si bien ses projets, qu’en 1818 il fut possible de fonder dans la ville nn petit séminaire. Le Pape, Léon XIT, avait voulu faire recouvrer aux Jésuites tous les postes occupés par eux avant la suppression. Ils rentrèrent donc à La Haye.

Vers le même temps, les Pères de la Foi, dont nous avons indiqué l’origine, vivaient en Belgique depuis le commencement du dix-neuvième siècle. Le plus ardent de leurs vœux était de pouvoir être incorporés

A run À

gore

al EÔ VE Foi tey adr un roy cou prix pas ann:

un © tou cour Nap.

naiss rice thou.

napa décla scien sentir de Vi de Br de ses d'état Il leu s'ouvr entre ces al peut r

es fit tion , que nnes que leurs cours > tous

l’œuavait nis de y de- C'était our le t qu'il x à la :

erbek | bourg e Huortune k dévember- ÿ pssible Pape, bs tous ls ren- "

RE 2 oo À

nous epuis plus rporés

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 99 à l'Institut de saint Ignace. Les événements militaires de 1814 allaient trancher une grave question. La chute de l'Empire de Napoléon était imminente; les Pères de la Foi, dirigés par Bruson et Leblanc, s’adressent à Fonteyne, alors supérieur des Jésuites en Hollande. Ils sont admis dans la Compagnie; mais il faut les soumettre à un noviciat, et dans le bouleversement de tous les royaumes, la Société de Jésus se trouve, comme beaucoup de Rois, sans autre appui que ses espérances. Le prince Maurice de Broglie, évêque de Gand, ne la laissa pas long-temps dans cette incertitude.

Ce Prélat, dont le nom retentit si souvent dans les annales de cette époque, était un spirituel courtisan et un orateur, un homme de Dieu et un homme du monde, toujours prêt à secourir l’infortune, à faire acte de courage, ou à donner aux autres un noble exemple. Napoléon l'avait pris en affection. Il aimait en lui sa naissance et ses vertus, sa piété et son enjouement. Maurice de Broglie se montra plein de gratitude et d’enthousiasme pour l'Empereur; mais, au moment où Bonaparte, aveuglé par l’ambition ou par la colère, se déclara le persécuteur du Souverain Pontife, la conscience de l’Evêque de Gand l’emporta sur tous les sentiments humains. Dans le Concile de Paris, au donjon de Vincennes et dans l'île Sainte-Marguerite, le prince de Broglie ne recula devant l’accomplissement d’aucun de ses devoirs. Il venait à peine de sortir de sa prison d’état lorsque les Jésuites sollicitèrent son concours. Il leur fut promptement acquis. Le diocèse de Gand s’ouvrit à leur demande; à dater de ce jour, il y ev’ entre le Prélat et les disciples de saint Ignace une de ces alliances contractées par la vertu, et que rien ne peut rompre sur la terre. Le Noviciat était résolu en

100 HISTOIRE principe; la marquise de Rhodes fournit les fonds de premier établissement; le comte de Thiennes mit son château de Rumbeke à la disposition de la Société; puis les exercices commencèrent. A uelques mois d’intervalle, la Belgique se voyait le théâtre d’un suprême combat. L'Europe attendait Napoléon à Waterloo. Ses armées approchaient de Courtray et de Roulers; le Père Fonteyne songe à faire retraite devant elles. Le bruit des camps ne convenait pas au recueillement exigé des Novices; Fonteyne les place dans une maison de campagne, à Distelberg, que M. Gobert lui a offerte. Les événements marchèrent avec tant de précipitation que, peu de jours après, il ne resta plus sur la Belgique que des débris d'armée et un nouveau trône.

Guillaume-Frédéric de Nassau, fils du dernier Stathouder de Hollande, allait l'occuper. Ce prince, dont les qualités ainsi que les défauts seront sévèrement jugés par l’histoire, car il fit abus des uns ainsi que des autres, avait long-temps vécu en Angleterre dans un obscur exil. Chassé par la révolution française de ses états héréditaires, appelé par les vainqueurs de cette révolution à régner sur deux peuples, dont les mœurs et le culte n'avaient aucun point de similitude, Guillaume ne sut pas tenir la balance égale entre ses affections et ses devoirs. Il était roi légitime par le fait des traités, il se fit révolutionnaire par ambition. La France des Bourbons repoussait de son sein les jèges et les bourreaux de Louis XVI; elle proscrivait quelques obscurs meneurs des Cent-Jours, qui avaient renversé le ‘rône même de Guillaume; Guillaume accueillit dans son palais les répicides et les conspirateurs. 11 rêva la couronne de Saint-Louis pour son fils par un complot protestant. Sur une terre catholique, il essaya de séduire la Foi du

Nm Be pt on

eni cult rec tent le n dev« criat mai Le déba la lo Guil sépat répo dispe force habit après comr la réf il écr abanc ne pe traits même

xigé erte.

tion

rique Statdont jugés tres, exil.

rédion à culte sut

s dese fit bons

x de eurs

ke de s les

e de

tant.

pi du

AS QE Eh Po 0

2 Fra

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 101 peuple et de rendre odieux le Clergé. Des différends s’élevaient entre les Belges fidèles à l'Église romaine et le nouveau Monarque. Chacun interprétait à sa manière les droits conquis, les promesses faites et les lois acceptées. Cette lutte, naissant dans les fêtes d'une intronisation, devait amener Guillaume à résipiscence. |

Conseillé par les fanatiques de Protestantisme, ou enivré des éloges intéressés, dont les ennemis de tout culte ne cessaient de le combler, le Roi des Pays-Bas recula devant les charges de la couronne. Il avait à contenter deux nations rivales que le hasard réunissait sous le même sceptre; le Hollandais s’obstina à ne jamais devenir Belge. Dans les premiers jours de son règne, de 1814 à 1815, il avait proclamé la liberté et abrogé de criants monopoles; bientôt il chercha à renverser d'une main ce qu’il établissait de l’autre.

Les Jésuites vivaient sans prendre aucune part aux débats religieux et’ politiques sur l'interprétation de la loi fondamentale. Tout à coup, le 3 janvier 1816, Guillaume ordonne aux Pères de Distelberg d’avoir à se séparer immédiatement. À cette injonction, les Jésuites répondent : « Un seul mot de l'Évêque suffit pour nous disperser; si le Prélat ne prononce pas cette parole, la force armée saura bien, sans effort, expulser les paisibles habitants de cette maison. » Le Père Vanderbiest, qui, après la mort de Fonteyne, a été nommé supérieur, communique à l’abbé Lesurre, Vicaire-général de Gand, la réponse qu’il a faite. Maurice de Broglie est absent; il écrit que c’est le devoir d’un capitaine de ne point abandonner, sans les défendre, ses fidèles soldats; qu’il ne permettra point que les Jésuites soient exposés aux traits de leurs ennemis, et qu'il faudra le percer luimême avant d'arriver à ceux. Puis il ajoute : « Je veux

102 HISTOIRE que toutes les portes de mon palais leur soient ouvertes, afin qu’ils s'y retirent en aussi grand nombre qu’il pourra en contenir, »

Le Prélat n’est pas encore satisfait de cette déclaration. Il accourt à Distelberg, il encourage les Jésuites, il les fortifie dans leur dessein. Guillaume apprend cette résistance, il en redoute l’éclat pour ses plans ultérieurs, il se détermine à la vaincre. Des troupes marchent contre le Noviciat: les Jésuites se dispersent à ler approche: le palais épiscopal les reçoit. Ce premier ferment d’opposition attire sur la tête du prince de Broglie les tenaces colères de Guillaume. L'Évêque de Gand, dès le mois d'octobre 1814, avait prévu ces difficultés ; il les avait soumises au congrès de Vienne : le 28 juillet 1815, les autres chefs des diocèses réclamaient encore par une lettre au Roi. Le 2» août, Maurice de Broglie adresse à son troupeau une instruction pastorale *, Dans cet acte, où, à chaque ligne, apparaissent le courage et lc besoin de prévenir les maux dont est menacée l’Éplise belge, le Pontife s'élève avec force contre la nouvelle Constitution. Elle est à ses yeux inadmissible pour des Catholiques, et il proteste. Les Évêques avaient dit que ce pacte législatif était « d’un sinistre augure pour l'avenir. » Maurice de Broglie le démontrait. Les étrangers, qui ont capté la confiance de Guillaume de Nassau, n’eurent pas de peine à l’irriter contre ce Prélat factieux, que ses collègues dans l'Épiscopat, et Pie VIE lui-même félicitaient de son zèle. L'arrestation préventive de l'Évèque de Gand est décidée. Il se réfugie en France avec le Recteur du Noviciat des Jésuites. On s'empare de ce fait pour proclamer que les Pères de l’Institut doivent ètre

la Cour de cassation, t, 1, p. 313.

‘ Histoire du royiume des Pays-Bas, par M. de Gerlache, premier président de-

DR np 28 AR

rêve Jésu L'év on 1 effr:

arré glie.

pro:

cau:

eux D

dest

ertes, purra

lara-

uites,

cette

ieurs,

ontre

oche;

d’op-

naces.

mois avait 5, les r une esse à t acte, pesoin lge, le ution.

s,etil rislatif ice de pté la 10 de s colfélicivèque Rece fait t ètre

ident de-

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 103 seuls accusés de la résistance du Prince. Le Prince était mortel; l'Ordre de Jésus se renouvelait; les adversaires de l’Église catholique le rendirent responsable de l’intrépidité de Maurice de Broglie.

Ce dernier ne nourrissait aucune pensée hostile au pouvoir, mais ses combats et ses souffrances pour la Foi l'avaient rendu populaire; mais surtout il défendait avec fermeté les droits de la conscience. Les Belges virent en lui un martyr; Guillaume et ses courtisans révolutionnaires le peignirent comme un fanatique suppôt de la Compagnie de Jésus.

« L’oppression par voie légale, dit M. de Gerlache’, est peut-être la pire de toutes, parce que la fraude s’y mêle à la violence. » Guillaume de Nassau, en montant sur le trône, avait caressé le Clergé, on l’avait vu même chercher à se bien faire venir des enfants de Loyola. En 1817, il se sentait emporté par ses idées protestantes; il entrait à pleines voiles dans la réaction religieuse que l’écume de tous les partis s'efforçait d'imposer à ses rêves d’orgueil. On ne pouvait encore sévir contre les Jésuites que par la calomnie, on ne s’en fit point faute. L'évêque de Gand était une victime bonne à immoler, on ne l’épargna pas, dans l'espérance que sa punition effraierait les autres Prélats. La Cour de Bruxelles, par arrêt du 9 octobre 1817, « condamna Maurice de Broglie, fugitif ou latitant, à la déportation et aux frais du procès. » Ce drame judiciaire, où les Jésuites sont en cause sans paraître devant le jury, où tout se fait contre eux et à cause d'eux, ne devait pas se terminer là.

Deux coupables, convaincus de vol avec effraction et destinés à l'exposition publique ct aux travaux forcés

* Ibidem, p. 341.

104 RISTOIRE

à perpétuité, se trouvent dans les prisons de Gand. Le jugement rendu contre le Prince-Évéque doit, aux termes de l'arrêt, être affiché à un poteau sur la place publique. On viole la loi du pays pour se donner le droit de violer les convenances sociales; le nom vénéré du Pontife fut attaché au pilori entre les deux forçats. Ce temps-là était l’âge d’or du journalisme; on avait de la conscience même contre son parti. L’Obserrateur Belge, feuille hostile à la Foi romaine, ne put s'empêcher de manifester son indignation'. Cette flétrissure est acceptée comme un honneur par tous les Catholiques.

Il n’était pas dans la nature de ce Guillaume, héritier du Taciturne, de compromettre l'autorité par de semblables excès; mais on avait réussi à lui persuader que les Jésuites étaient, depuis Philippe IT d’Espagne, les ennemis de sa famille et le Prince-Évêque les soutenait de tout son pouvoir : ce fut sur lui que tombèrent

" L'Observateur belge s'exprimait ainsi au tome X1V, p. 181 de son recueil : « On eût certainement pris pour insensé, on eût peut-être persécuté comme un scélérat celui qui, après le 18 brumaire ou à l'époque du Concordat, mais surtout en 1814 et au commencement de 1815, eût cru possible qu'avant 1818 un Évéque serait condamné en Belgique, sous un Prince non catholique et par un tribunal séculier, à une peine criminelle, infamante, pour avoir souscrit avec tous ses coordinaires et rendu public un: jugement doctrinal sur Ja question de la licéité ou de l'illicéité d'un serment; écrit deux lettres au Saint-Père relativement aux prières publiques que le Prince pourrait demander; reçu une réponse conforme au vœu du gouvernement; donné immédiatement de la publicité à cette réponse avec le double avantage de tranquilliser par là tous les esprits, et de justifier la demande que le gouvernement avait faite et l'acte public et solennel par lequel il ÿ déférait.

» Bien moins encore eût-on pu croire que sans nécessité, que sans utilité, contre toute raison, on eût exécuté de la condamnation ce qu'elle pouvait emporter de plus iguominieux pour la personne du condamné, de plus outrageant pour la Religion dout il est le ministre et de plus insultant pour la nation restée fidèle au culte de ses pères. » |

« — Cette insulte publique au Catholicisme, raconte M. de Gerlache à la page 345 du premier volume de son Histoire du roy aume des Pays-Bas, cette profanation d'un Caractère vénérable et sacré me firent qu’exciter un sentiment général d'indignation et de dégoût pour ses auteurs, Quant à l' É “vêque de Gand, il dut se trouver trop honoré d'une flétrissure qui rappelait involontairement à chacun le supplice de son divin maître, Nous n'avons pas besoin de dire à qui l'on comparait ses pérsécuteurs. »

ce p pose surr quis ente La ( fron ciles cree; amis elle « La S vince duisi

Fa n’éta de ce des j< ces je pour réalis le co:

étaier les di entre

AN RFA ME C0 RL EN ms ré >

révol rance ailleu pend:

Le Lux ace le véeuiX

on C1" — put flé-

les

éri- * de ader one, uterent

: «On célérat \ 1814 serait ulier, ires et é d'un ue le ment; ge de ement

rontre e plus ligion

lie de

ce 345 d'un ation

trop e son urs. »

RRRELE

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 105 les premiers effets de sa colère. Le 24 février 1818, il s’en prit aux disciples de l’Institut. Réfugiés dans la de: meure épiscopale, ils y vivaient sans bruit ; une troupe de soldats, ayant à sa tête le procureur du roi, envahit ce palais. On interroge les livres et les papiers, on appose les sceliés sur les meubles, on arrête l’ubbé Lesurre; puis, arrivant enfin au but principal de ces perquisitions, on expulse les Jésuites, en leur donnant à entendre qu'il en sera partout ainsi dans le Royaume. La Compagnie ne se jugeait pas assez forte pour affronter la tempête. Ses commencements étaient difficiles, elle’ avait des obstacles de toute espèce à vaincre; elle ajourna la lutte, et, avec une prudence que ses amis blâmérent sans essayer d’en pénétrer ies motifs, elle se soumit à l'exil que le despotisme lui infligeait. La Suisse et les Pays-Bas formaient alors une seule province; ce fut vers les cantons catholiques que l’on conduisit les Novices.

Faire voyager et entretenir à l'étranger ces proscrits n’était pas chose aisée. Madame de Gizighem se charge de ce soin. Elle 1 ’y met qu’une condition; c’est que, si des jours plus screins viennent à luire sur la Belgique, ces jeunes gens. seront tenus de rentrer dans leur patrie pour y faire, comme Jésuites, le bien qu'ils cspéraient réaliser par leur vocation. Le Général de l'Ordre accepte le contrat dans ces termes. Quelques enfarts de Loyola étaient néanmoins restés sur le sol. Le Père Lemaistre les dirigeait; mais, en face de la lutte violente ouverte entre les deux pouvoirs, lutte qui doit aboutir à une révolution par l’entêtement du Prince ct par la persévérance du Peuple, les Jésuites se décident à transférer ailleurs leur Noviciat. Il n’y en eut aucun en Belgique pendant treize ans.

Il n’y restait plus qu’un petit nombre de Profès. Enrôlés sous les drapeaux de l'Église, ils combattirent avec Lemaistre en qualité de volontaires. Leurs armes furent la prière et l'étude, la résignation et l'exercice de la charité. La Belgique osait à peine résister au Souverain qui prenait à tâche d’obscurcir ses qualités royales par le plus inconcevable des égarements. Elle avait des instincts catholiques, et Guillaume s’efforçait de les froisser tous les uns après les autres. Chaque mot de liberté sorti de sa bouche était une nouvelle provocation au despotisme. Les Jésuites, quoique peu nom-— breux, exercaient sur les masses une réelle influence. Leurs paroles, leurs conseils, leur attitude, leur silence même, tout était matière à soupçon et, par conséquent, à incrimination. Les agents hollandais investis par Guillaume des emplois publics, les réfugiés de tous les pays auxquels il accordait une impolitique hospitalité ne cessaient de représenter les disciples de Loyola comme les ennemis de son gouvernement. On les accusait de réguer eri France sous le manteau fleurdelysé des Bourbons, Guillaume de Nassau ne voulut pas qu’il fût dit que la Compagnie tenait un autre royaume entre ses mains. Elle avait ouvert des retraites où les prêtres séculiers et les laïques confondaient leurs prières et se faconnaient à la pratique des vertus chrétiennes. En 1824, le Monarque

enjoint aux Évèques d’avoir à prohiber ces exercices.

spirituels. La querelle religieuse était assoupie; les Belres avaient courbé la tte, les ministres de Guillaume lui persuadent qu'il faut en finir avec l’enseignement catholique.

Moins d’une année après, le Collége de Liége, offert aux Jésuites par M. de Stas, se fermait à l’instant où le Roi allait en donner l’ordre. Le petit séminaire de Cu-

les lil de sa Frère même

En— rent mes cice Soulités Elle rçait mot OVO— om— Pnce.

lence uent, Guilpays e cese les.

e réourtque nains.

etles t à la arque cices.

Belaume ment

offert où le

Cu-

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 107 lembourg était réservé au même sort, quand les Archiprêtres d'Amsterdam et d’Utrecht, unis aux Vicaires apostoliques de Hollande, résolurent de ne céder qu’à la violence. Guillaume était parvenu à fatiguer l'opposition même catholique : il pouvait régner tranquille. Cette espèce d’apathie, ce sentiment d'’indifférence qu’à une heure donnée on signale dans les partis les plus vivaces, se faisait jour. Le Roi ainsi que Goubau et Van Maanen, ses confidents, crurent que le moment était venu d'asservir la Belgique au profit de la Hollande et d’écraser l’Église romaine sous le joug du Protestantisme.

La création du Collége philosophique de Louvain, les mesures vexatoires, les entraves mises à la liberté d'éducation et au droit imprescriptible des pères de famille réveillèrent dans les cœurs une espérance que de nouveaux déboires avaient fait ajourner. Les Frères de la doctrine chrétienne distribuaient aux enfants des pauvres et aux jeunes ouvricrs une instruction appropriée à leurs besoins; ils leur apprenaient à être sobres, pieux, actifs et soumis. Ils en faisaient des fils obéissants, afin que plus tard ils pussent devenir de bons citoyens. On accusa les Instituteurs de l'indigence de répandre l'Ultramontanisme dans la Belgique, et d'y comploter une révolution. Aux yeux de la cour de Guillaume, ils ne furent que des Jésuites déguisés'. Les Jésuites étaient la terreur de ce Roi, qui contractait alhance avec les lit éraux de toutes les sectes pour assurer le triomphe de sa pensée hérétique. Il fit fermer les Écoles des Frères; les Colléges de la Compagnie avaient eu le même sort. Cette royale déloyauté, que les journaux

1 Histoire du royaume des Pays-Bas, par M, de Gerlache, t, 1°r, p. 377.

108 HISTOIRE anti-catholiques de France et des Pays-Bas saluëèrent avec des cris d’allégresse, rendit une nouvelle force à l'opposition parlementaire et aux familles chrétiennes. Des lois étaient portées pour tuer l'avenir de l’enfant qui aurait étudié ailleurs que dans les écoles salariées par le gouvernement. L'ambition et l'intérêt particulier passèrent après le besoin de sauvegarder la Foï et les bonnes mœurs. Guillaume s’obstinait, le peuple commença à murmurer, Il se faisait en France contre les Jésuites une guerre si inconcevable, que les Belges avaient cru pouvoir sacrifier leurs compatriotes, membres de l’Institut de Loyola, aux préjugés des Ministres et à la nécessité de maintenir la paix. L'alliance signée entre les Constitutionnels et les Catholiques n'allait pas jusqu’à froisser le Souverain dans son attentc. Ils proclamaient les Jésuites dangereux, tout en déclarant qu'ils n’ajoutaient aucune foi aux calomnies dont les accablaient la presse libérale et le gouvernement des Pays-Bas. Cette déviation au principe de vérité ne porta point bonheur à l'opposition coalisée. M. de Gerlache lui-même, qui avait appuyé une pareille tactique dans ses discours, ne tarda pas à s’en repentir ".

Guillaume avait espéré qu'il pourrait donner force et durée à son gouvernement en tâchant de se créer une popularité que les révolutionnaires de France avaient conquise à si bon marché. Comme eux et avec eux, il s’efforça d’exploiter le nom des disciples de saint Igrace;

" On lit dans le tome n, p. 80, de la première édition de l'Histoire du royaume des Pays-Bas, par ce magistrat : « Que l'on veuille bien se souveuir encore une fois que ceci (ceci est le propre discours de M, de Gerlache) fut écrit en 1825; que, pour l'amour de la paix, nous voulions faire au Gouvernement, que nous supposions jusqu'à un certain point sincère dans ses appréhensions du Jésuitisme, toutes les concessions imaginables, afin de prévenir de grandes calamités, "ous commettions néanmoins nue faute grave, dont nos adversaires surent tirer parti, En restreignant le principe, nous affaislissions notre cause, bien loin de la rendre meilleure. »

il pre et d créd Au par s ber Jésui sitio bien nous mont Fran nous pas d —N ponsa voir j anti-p Il est :

derais tirer ( on cri mun.

homr Juger, devier dités.

Ce

+ Guilla

stitut :

ils ser

rent ce à nes.

fant riées ulier t les om- > les elges nemstres gnée t pas proarant it les

des porta ache dans

ceet

une aient x, il LACE ;

byaume ne fois ; pour ns jus= es conettions ‘ignant »

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 109 il prétendit les rendre responsables de tous les désastres et de toutes les erreurs. Les Belges ne furent pas'aussi crédules que les partisans de la Charte de Louis XVII. Au mois de novembre 1827, un écrivain alors célèbre par ses ouvrages anti-catholiques, M. de Potter, fit tomber des mains du Monarque protestant cette arme du Jésuitisme : « Maudits Jésuites, s’écriait le chef de l’opposition constitutionnelle dans les Pays-Bas :, ils ont fait bien du mal! car pour nous défendre contre eux, on nous a, comme le cheval de la fable, sellés, bridés et montés. C'était si commode de pouvoir répondre aux Français qui, après quinze jours de séjour à Bruxelles, nous disaient : « Quoi ! pas de jury ? — Non, mais aussi pas de Jésuites. — Quoi! pas de liberté de la presse ? — Non, mais aussi pas de Jésuites. — Quoi! pas de responsabilité ministérielle? pas d'indépendance du pouvoir judiciaire? un système d’imposition accablant et anti- populaire, une administration boiteuse, etc.? — Ilest vrai, mais point de Jésuites. — Comment, demanderais-je volontiers à nos voisins, pouvons-nous nous tirer de là? Dès que nous nous mélons de nos affaires, on crie aux Jésuites! et nous voilà hors du droit commun, — Dites-moi, messieurs, de ce qu’on appelle un homme Jésuite, s’ensuit-il qu’il faut l’emprisonner, le juger, le torturer et le condamner? toutes ses actions deviennent-elles des crimes et ses paroles des absurdités, »

Ce langage était celui de la raison; il fut puni par

Guillaume et compris par le peuple. Les Pères de l’In-

stitut se trouvaient malgré eux le levier de l’opposition; ils servaient de griefs au Roi pour refuser les concessions.

Lettre au Courrier des Pays-Bas, par M, de Potter.

ee

TT one I EE, 2 2 = TER pm

même les plus équitables. Ils se voyaient exilés comme Société et réduits à vivre à l'état d'individus. Leur nom était un cri de guerre, et, en descendant au fond des

choses, on ne signale jamais leur impulsion sur les évé-

nements qui se précipitent. Le chef de la Compagnie leur écrivait ces mots significatifs : « Pour Dieu, qu’on ne se méle pas de politique.» Tels étaient les conseils qui partaient du Gésu; ils furent si hien suivis que deux Jésuites ne purent user qu’une fois de leur préroyative électorale. Le général de l'Ordre et Van de Velde, évêque de Gand, mirent obstacle à l’exercice d'un droit qui pouvait fournir des armes aux Ministres hollandais. Guillaume proscrivait les Pères de ses États, les Belges se prirent à les’ y rappeler. Tout était depuis long-temps mûr pour une révolution ; elle éclata au mois de septembre 1830.

Elle se faisait au nom des Catholiques et des Jésuites ; son principe était avoué de tous ceux qui, à Paris, assistant au triomphe d’une autre, sous un drapeau et avec des projets différents, ne craignirent pas de chanter la victoire remportée par les Belges. Tant que Guillaume de Nassau eut assez d'autorité pour chasser les Jésuites et pour affaiblir le Catholicisme, ce Monarque fut offert par les inconséquences libérales comme le type du roi tolérant, philosophe et éclairé. Les adversaires des Jésuites lui devaient au moins dans sa chute quelques ménagements. Il n’était plus qu'uà prince légitime mis dans l'impossibilité de proscrire la Foi; les panégyristes de 1825 se changèrent en insulteurs; ils l’accablèrent d’outrages. La Révolution belge fut chose grande et sainte, parce qu’elle s’abritait sous celle de juillet, dont les canses et le: résultats étaient diamétralement opposés. La malédiction contre les Jésuites tonuait en France,

lorsd riqu l'esp du ré neme leurs press recud fruits chaq dante étaie ils s’é de to la rés chés à maîtr bach ner ur intére

« L le réta que v avec | que te bien :

verne!

sans d tarder Père (

Dar

popul

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 111 lorsque, dans le même moment, on les saluait en Belgique comme les martyrs de la liberté religieuse et l’espérance des familles. Guillaume les avait chassés du royaume des Pays-Bas ; à peine un nouveau gouvernement fut-il décrété que les Pères reprirent le cours de leurs travaux.

Le coup porté à l’éducation de la jeunesse par la suppression de l'Ordre de Jésus, avait retenti au loin, On recueillait dans les désespoirs du foyer domestique les fruits amers que cette mesure avait provoqués, et de chaque point de l’Europe il s'élevait des voix indépendantes pour réclamer la Compagnie. Ses derniers Pères étaient partout investis de la confiance publique; mais ils s’éteignaient peu à peu, et les Catholiques ne cessaient de tourner les yeux vers le Saint-Siége pour implorer la résurrection de l'Institut. En Suisse, les cantons attachés à l'Unité n’avaient pas consenti à se séparer de leurs maîtres dans la Foi. Vacquerie, Muller, Joseph de Diesbach et le comte Sinéo della Torre travaillaient à donner une nouvelle vie à la Société. Le Conseil de Soleure, intéressé dans la question, écrivait au Père Vacquerie :

« Le gouvernement de Soleure désire si ardemment le rétablissement d’un Ordre si salutaire, qu’il n'a attendu que votre avis pour s'adresser directement au Saint-Père, avec lequel la correspondance est entamée depuis quelque temps par le canal du Nonce apostolique, qui veut bien appuyer avec ardeur les intentions de noire gouvernement ; et, comme on est sûr que le Pape acquiescera sans difficulté aux vœux de notre gouvernement, ils ne tarderont pas à être exécutés si le très-cher révérend Père Général veut bien y prêter ses bons offices. »

Dans le Valais, c’était le même zèle de la part des populations, le même dévouement de la part des Jé-

112 HISTOIRE suites. Le 31 juilet 1810, les Pères Godinot, Drach, Rudolph et Staudinger se sont agrégés à la Compagnie; sous l’égide de Joseph Sinéo della Torre, renonçant aux grandeurs et aux richesses pour courir la carrière des humiliations et du travail, ils se livrent à l’éducation de la jeunesse dans le Collége du chef-lieu. Le Valais, annexé à l’Empire, formait alors le département du Simplon. Bonaparte est en guerre avec le Souverain Pontife; ses préfets et ses universitaires ouvrent les hostilités contre ces Jésuites. L'État ne leur reconnaît pas cette qualité, mais, en dehors des actes officiels, personne ne la leur conteste. Ils ne demandaient äucun secours, aucun traitement à l'administration. Trois ans s’écoulèrent dans un abandon qui, pour les enfants de Toyola, fut un bienfait. Ils avaient prononcé le vœu de pauvreté; l’indigence à laquelle on les réduisait ne les effraya donc pas. Cependant le Grand-Maitre de l'Université impériale s’émeut au tableau que Nompère de Champagny, recteur de l’Académie de Lyon, lui trace du dénûment et de la vertu des Jésuites. Il adresse au Préfet la lettre suivante :

« La position pénible des principaux et régents des colléges dans le département du Simplon excite mon: intérêt le plus vif. Le retard qu’ils éprouvent dans le payement de leurs traitements ne peut ètre que passager. Je vais tendre de tous mes moyens à le faire cesser. Cet objei occupera le conseil de l’Université dans une de ses plus prochaines séances, et, dès que Sa Majesté aura statué sur les propositions qui lui seront soumises, je m’empresserai d'exécuter sa décision.

» Je vous invite, monsieur le Préfet, à encourager de tous vos efforts et de toutes vos espérances, les hommes

instruits qui sont chargés de l’enseignement dans les q 6 6

ront tané com

les | en c je w téres rem la ca enga, sité € mira celle vous sur l’ donn rera prése

») | de vo peutvos it

Te de Fr

ayant

gouve tant p et Ch:

Ramb

événe

des

mon hs le nSSA— sser.

une jesté isS ,

kr de mes

les.

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 113 Colléges du Valais. Les preuves de dévouement qu’ils auront données dans cette circonstance difficile ne seront pas mises en oubli. C’est un sacrifice momentané dont il me sera fort doux de pouvoir leur tenir compte. »

Cette lettre de Fontanes fut un encouragement pour les Jésuites; le 2 décembre 1812, Champagny écrivit en ces termes au Père Sinéo: « Monsieur le Principal, je n’ignore pas votre zèle, votre dévouement et le désintéressement religieux avec lequel vous avez jusqu'ici rempli vos fonctions, et vous rentrez aujourd'hui dans la carrière éminemment utile dans laquelle vous êtes engagé. Vos soins ne seront pas perdus. Déjà l’Université est instruite, et ne se bornera pas à une stérile admiration. Mais quelle récompense plus précieuse que celle que vous trouvez dans votre cœur pourrait-on vous offrir? Quand on a, comme vous, les regards fixés sur l'éternité, la terre paraît être d’un bien vil prix. Vous donnez dans l’Université un exemple dont elle s’honorera et qu’elle citera avec orgucil à tous les membres présents et à venir.

» Pour moi, monsieur le Principal, qui ai l’avantage de vous connaître personnellement, je serai moins étonné peut-être, mais je serai plus particulièrement dévoué à vos intérêts, que vous savez si bien sacrifier. »

Telles furent les premières relations de l'Université de France avec la Compagnie de Jésus. L'Université,

ayant Fontanes à sa tête, protégeait contre les vexations

gouvernementales ces quelques Religieux, ne s’épouvantant pas plus de la misère que des persécutions. Fontanes et Champagny les honoraient de leur estime, le comte de Rambuteau, préfet du Simplon, veut les expulser. Les événements furent plus forts que la volonté de l’Empe- VI. 8

114 HISTOIRE reur, En 1814, le petit Collége de Sion devint le berceau de la Province de la Haute-Allemagne. Les compagnons du Père Sinéo avaient été éprouvés par de longues souffrances, ils s'étaient dévoués pour le Valais, le Valais leur en tient compte. Le baron de Stockalper, un des premiers magistrats du canton, propose de rendre aux Jésuites leur ancien Collége de Brig, converti en forteresse par les Français. Ta proposition est accueillie avec enthousiasme; cet enthousiasme se propage parmi les Catholiques. Pierre-Tobie Yenni, Fvêque de Lausanne, tourne ses regards vers la Compagnie; il va l’introduire à Fribourg, lorsqu'il reçoit de Goeldlin de Tieffenau, Vicaire apostolique, une lettre qui le confirme dans sa pensée. Tieffenau lui mandait :

« Fordé sur l'expérience, je suis intimement persuadé qu'il n’y a pas de remède plus efficace à opposer aux maux de notre siècle que de rappeler dans nos cantons suisses la Compagnie de Jésus, nouvellement rétablie par notre saint Père Pie VIT, Cette Société fournirait une

seconde fois des défenseurs à la puissance ecclésiastique, des instituteurs à la jeunesse chrétienne; elle réglerait les sciences, ferait fleurir la piété et la continence parmi le Clergé, et serait pour le peuple un rempart contre les corruptions du siècle. Quant à moi, je désire ardemment de voir les Jésuites'introduits dans le diocèse qui m'est confié. Je vous souhaite de tout mon cœur le même bonheur pour lé vôtre. »

Canisius avait évangélisé la Suisse. Son tombeau à Fribourg était l’objet de la vénération générale; ce fut en s'appuyant sur ce souvenir que les Catholiques invoquèrent des Jésuites. Les Prélats helvétiques les réclamaient comme des coopérateurs indispensab'es; le baron d'Aregger, avoyer de Soleure, marche sur les traces du

Cle cette réu ton.

duel entre poin broe desh gne point les F douta les p.

gue n faire :

Ils tà

ter les

vétie |

les cer plan, nemis L’ar dissem tholici pour | caux s elle de eu le cç avait p:

tres, d ronna ne pou

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 415 Clergé. Il forme le projet d’appeler la Compagnie dans cette ville. Au mois de juin 1816, le grand Conseil se réunit; il décrète qu'elle est à tout jamais exclue du canton. Cet échec, qu’avaient inspiré des répulsions individuelles, des rivalités locales et des craintes habilement entretenues par les adversaires de l’Institut, ne refroidit point le zèle de Fribourg. Le Père Corneille Van Everbroeck offre aux proscrits de Belgique un asie à Hildesheim; d’autres se livrent à la prédication et à l’enseignement. Cette activité, dont les résultats ne tardent point à se faire sentir, était pour les Hérétiques et pour les Radicaux un perpétuel sujet d'inquiétude. Ils redoutaient l’ascendant que les Pères savaient prendre sur les populations; une pareille influence devait à la longur nuire aux desseins dont ils commençaient à ne plus faire mystère. L'acte fédéral de 1815 leur était à charge. Ils tâchaient de fomenter les mécontentements, d’irriter les esprits, afin d’arriver plus tard à dominer l’Helvétie par une liberté dont ils seraient seuls les apôtres, les censeurs et les usufruitiers. Pour mieux dépuiser leur plan, ils se tracèrent une voie que les plus habiles ennemis de l’Institut ont suivie depuis.

L'ancienne Société de Jésus était tombée aux applaudissements de ceux qui se proclamaient hostiles au Catholicisme, chacun avait apporté son tribut d’efforts pour la battre en brèche. Elle n'existait plus; les Radicaux suisses se prirent à la regretter. Ils eurent pour elle des bénédictions et des louanges. Elle seule avait eu le don de rendre l’enseignement aimable ; elle seule avait pu voir naître dans son sein des martyrs, des apôtres, des orateurs, des poètes et des savants. On couronna la victime de fleurs, lorsqu'on s’imagina qu’elle ne pourrait plus se relever sous le couteau; puis, à l’aide

Page 1