‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 28 sur 76 · GC · texte numérisé non relu

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jrosse , ment, je pris le parti de continuer ma route; je me ici en contentai de lui dire que je lui pardonnais de bon cœur. crit au » Étant arrivé à la maison, on visita les parties de

mon corps qui avaient été atteintes par les coups qu’on aient m'avait portés. On trouva que ma soutane était coupée ans les à l'épaule gauche, mais qu’elle l'était beaucoup plus à étaient l'épaule droite, où l'instrument avait percé non-seuleigneur ment la soutane, mais encore tous les vêtements de deson. Le sous, et ce qui est à remarquer, le collet en carton de il était mon mauteau Jong, Le fer avait pénétré jusqu’à la peau, Enfer, et fait une blessure d’un pouce environ de long sur ng des quelques lignes seulement de profondeur. Il est évident uartier que c’est le collet de mon manteau qui m'a préservé épaule d’un coup plus dangereux et peut-être même mortel. m'avait

» Je désirais bien sincèrement que ce crime non-seu-

vois à lement ne fût pas puni, mais encore qu'il demeurût

s pour secret et qu'il fût, s’il était possible, entièrement ensecrois- veli dans l'oubli. Mais il était difficile qu’un fait de cette r six à nature pût demeurer caché; d’ailleurs, le Seigneur ne oup de voulait pas laisser impuni un attentat commis sur la , et je personne d’un de ses ministres, et on verra bientôt s, d’où comme il exerça sa justice contre le coupable. En effet, up qui le lendemain, vers midi, le commissaire de police du ré ces quartier de l'Observatoire se rendit auprès de moi, et ur me m'enjoignit de lui faire ma déclaration. Je lui témoignai pas. f: d’abord la peine que j'éprouvais à céder à sa demande; si cet mais comme il observa que je ne pouvais m'en dispeneux ou ser, j'y consentis, et j’obtins de lui qu’il insérerait dans rrêter. son procès-verbal : 1° que je ne faisais ma déposition c rap- que pour obéir à l'autorité; 2° qu'aucune poursuite ne paroles serait faite en mon nom; 3° enfin, que je pardonnais de nte de : bon cœur à cet homme.

éraire- » Ce fut le commissaire de police qui me raconta de

quelle manière la chose était parvenue à sà connaissance. Il me dit donc que cet homme n’était rentré chez lui que le lendemain vers les quatre heures du matin; que, s’étant jeté sur son lit, il poussa des cris de douleur, et que les personnes de la maison étant accourues au bruit qu’il faisait entendre, il leur dit qu’on avait voulu l'assassiner; elles virent en effet couler le sang de plusieurs blessures qu’il avait à la poitrine. Le commissaire du quartier étant averti, se rendit chez cet homme qui lui fitla même déclaration; mais on s’aperçut bientôt qu’il ne s’agissait pas d’un assassinat qu'on eût tenté de commettre sur sa personne, puisque la partie de vêtements qui répondait aux plaies n’était pas percée : il ne fut donc pas difficile de le convaincre que c'était lui-même qui avait fait des tentatives pour se donner la mort. C'était sans doute la crainte de tomber entre les mains de la justice qui l’avait porté à ce nouveau crime. Il avait fait confidence à l’un de ses enfants de l’attentat qu’il avait commis la veille’, et celui-ci en fit l’aveu au commissaire. Un chirurgien fut appelé; il déclara que les plaies ne lui paraissaient pas mortelles ; mais il s’était trompé. Le Seigneur avait déjà, pour ainsi dire, évoqué cette cause à son tribunal redoutable.

» Après avoir montré les soins que la Providence prend de ceux qui sont consacrés à son service en ordonnant, selon sa promesse, à ses Anges de détourner les coups mortels qui allaient m'être portés; il voulut donner ensuite un exemple terrible de sa justice contre

* Il fut avéré dans le temps que l'assassin du Père de Brosse se trouvait à une table de cabaret, devisant avec d’autres ouvriers de la guerre d'Espagne, dont on prétendait que les disciples de l’Institut étaient les moteurs. Au moment où le Père de Brosse passa dans la rue, un des hôtes de‘l'estaminet s’écria : « Tiens, en voilà un de ces calotins! » Le meurtrier à ces mots saisit son arme et se précipite sur le Jésuite,

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 221 les persécuteurs de ses Ministres. 11 n’ent besoin pour cela que de livrer le coupable aux remords de sa conscience. Il fut donc à la fois son accusateur, son juge et son propre bourreau; il ne survécut qu'environ vingtquatre heures aux coups qu’il s'était portés. Heureux s’il a su profiter de ces moments précieux que Dieu lui a laissés dans sa miséricorde! On m'avait caché sa mort pendant plusieurs jours, et je n’en fus instruit qu’au moment où je me disposais à aller le voir pour l’aider à rentrer en lui-même. Voici quelle avait été l'occasion de son premier crime : il était dans un cabaret avec plusieurs autres ouvriers. Lorsqu'ils me virent passer, ils se dirent l’un à l’autre : Voici un Missionnaire, il faut s'en défaire, etc. C’est d’après le défi qui lui en fut fait que ce malheureux se mit à me poursuivre. Il était âgé de soixante-cinq an, et avait passé pour honnête komme jusqu'ici.»

C’est avec ces miséricordieuses paroles qu’un Jésuite s’entretient de l’homme qui menaça ses jours. Cet attentat aurait dû éloigner le souvenir de Montrouge des discussions que la presse alimentait, de même qu’un incendiaire alimente le feu qui consume la demeure de son ennemi. Il n’en fut pas ainsi. On prit le Noviciat à partie, comme on prenait chaque maison séparément. L’audace croissait avec le succès. On avait graduellement habitué le peuple qui se prétend le plus spirituel de la terre à une nourriture de mensonges. On abusa de cette crédulité sans exemple, et on monta jusqu’au sublime de l'absurde. Les Jésuites disposaient des grands pouvoirs de l'État, et cette impérieuse Société n'avait Jamais osé forcer ses esclaves à reconnaître l’existence légale de l'Institut. Ils vivaient subrepticement, presque de raccroc, quand un mot de leur bouche pouvait briser le trône et

222 HISTOIRE miütiler la Constitution. Personne ne fit cette remarque; ellé était si naturelle que chacun l’oublia.

Montrougé füt représenté comme ün château-fort, une placé dé guerré environnée de fossés, flanquéé de bästiohs et hérissée d’artillérie. Les oreilles du Constitutiônhel y entendirent l'exercice à feu et au canon, que ïés innombrables Jésuites, renfermés dans ses caves, faisaiént chaque nuit. Le Général de la Con:vagnie y résidait avéc sa Cour. Des souterräins communiquaient de Motitrouge aux Tuileriés. L'on y entassait à pleins coffres l'or et l'argent de la Francé. L'on y érigeait la corruption en principe; l’on ÿ fabriquait des armes pour les Turcs en guérré avec les Hellènes; l’on y faisait comparaître à

la bâtre les ministres et les députés fidèles, qu’on censu-

raît ou qu’on r'écompensait ; l’on y déstituait sâns merci les fonctionnaires dont la Foi était chancelante. C'est là que s’élaboraient les lois de l’indemnité, de la réduction des réntes,du sacrilége, du droit d’aînesse, de la presse et des communautés religieuses ; là qu’on asservissait le Clergé, et que, par des intrigues habilement ourdies, on Sémait la division parmi les l‘vêques, afin de les régenter tous ‘; là qu’on forcait les nouveaux chevaliers des Ordres du Roi à venir attacher à leur cordon bleu le

1 Nous étudions la Compagnie de Jésus sur pièces officielles, et nous n'y découvrons aucun vestige de ces intrigues, Cependant une lettre du Père Fortis, Général de l'Ordre, sémblerait faire aflasion à des faits de cette nature, Le 17 janvier 1824, il écrit au Père Godinot, en lui apprenant sa nomination de Provincial : « On se plaint à moi de ce que plusieurs des nôtres à Paris se répandent trop au dehors et se mêlent d’affaires qui ne nous regardent pas. On a même dit que l’Archevêque de Paris n'était pas content de nous, parce qu'il s’imagine ‘que la Compagnie favorise et séntient les prétentions du Grand-Aumônier contre Îles siennes. S'il'en ‘est ainsi, c'est un très-mauvais service que ces Pères rendent à l'Institut, 11 est du devoir de Votre Révérence de préparer et d'appliquer sur-le-champ un remède ferme et efficace à un si grand mal.» Avec une léttre du Père Richardot'engageant le Père de Maccarthy à ne pas s'occuper des affaires ecclésiastiques du diocèse de Strasbourg, c'est la seule trace que nous puissions trouver de ce réseau de münæœuvres qui eniveloppait, disait-on, toute l'Église de France; encore cette trace est-ce le plutôt un avertissement ou une précaution qu'une réalité,

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 298 scapulaite iiipôsé par les Jésuites; là qu’on préchait la mofalé relâchéé, là qu'on enseignait publiquement le régléide: Devant cés iiculpations, les Conventionnels de 1703 et lés héritiers de la Révolütion se sentatent saisis äu cœuf d’une tendre pitié pour les Rois. Montrouge était ui Müt cabälistiqué qui frappait d'épouvahte les démagogurs les plus farouthes, Ils gravaient le plan fantastique dé cétté citadelle’ sur les täbatières et dans les bonbonnières; ils surexcitaient les colères et la térreur jusqu’à la démence. Cétté démence eut quelque chôse de si rétl, qué le Père Gury, supérieur du Noviciat, recut un câriel où un insensé lui proposait de se battre à mürt avec lui à l’épée où au pistolet.

5 + ‘é feu roulant de cés exagérations, Montrouge act; une célébrité qui remplit le monde entiér. Les étrangers actouraient pour voir cé licit fameux. Après l'avoir parcouru, ils restaient stupéfaits de l’impudetice des feuilles libérales, plus stüpéfaits encoré dé la sinplicité de leurs dupes. Mais cet étonnement n'allait pas at delà d’un cérclé particulier : la rénomméeé dé Montrouge n’y perdait donc rien. Des écrits de toùte nature, suppliques de recommandation, lettres de menaces", affluaient à cette maison. Ses habitants restaient en dehors

1 Nous croyons devoir ne-citer qu'une seule de cek lettres, Son contenu fera jiger des autres, Elle est datée et timbrée de Limoges. On y lit :

« Tremblez, satellites de Loyola, votre dernière heure va sonner, Vile canaille, infâmes corrupteurs de la jeunesse, monstres de perfidie, tremblez, La France vous regarde comme l'ennemi du genre humain, Tartufes, scélérats, le colosse de votre puissance va s'écrouler, et il vous écrasera sons ses ruines, Race maudite, ennemis de la patrie, vous périrez chargés de vos crimes, votre nom sera ‘en exécration à tous les peuples futurs... 40 mille défenseurs de nos libertés ont juré votre perte,,, encore quarante jours et Montronge n'est plus,

» Geoffroy, nini de Ja Constitution; » Houvillier, ami de la liberté;

» Mironhel, ami de l'égalité ;

» Gardeau, ami de la République; » Sournilly, ennemi des traîtres, »

224 ; HISTOIRE des bruits du monde, nc sachant peut-être pas ou déplorant dans la sérénité de leurs consciences les misérables outra , qu'on jetait à la tête du peuple français. Lainé, Mon’ : ier, Portalis, Dupin poursuivaient dans l’Institut de Lx ola une pensée hostile à leur ardeur janséniste où à leur ambition parlementaire. Il se présenta sous leur drapeau des alliés dont ils durent souvent rougir en secret, mais qu’en public il fallut subir avec reconnaissance.

L’un de ces auxiliaires se nommait Martial Marcet de La Roche-Arnaud. Il avait passé quelques années à Montrouge, vivant de la vie de Jésuite et se disposant à le devenir. Il renonça à cette carrière, et, lancé dans le tourbillon de Paris, il s’imagina qu’il n’avait qu'à calomnier ses anciens maîtres pour se placer au niveau des gloires constitutionnelles. Nous ne savons quel honteux traité intervint entre ce jeune homme et les chefs du parti. L'histoire, par bonheur, n’est pas condamnée à fouiller dans cette fange; mais tout à coup apparut un ouvrage sous ce titre : Les Jésuites modernes, pour faire suite au Mémoire de M. le comte de Montlosier.

Martial Marcet franchissait du premier pas les bornes du possible; et à cette génération de 1826, si fière de sa force d’esprit, si glorieuse de ses lumières, il infligeait le plus humiliant des opprobres intellectuels. Cet homme peignait les Jésuites vivants ; quelle que soit notre répugnance à citer de pareils écrits, il faut bien donner enfin satisfaction à la raison publique outragée. L'apostat de Montrouge, réchauffé dans le sein du Libéralisme , faisait ainsi le portrait du Père Gury.

« Sa volonté, un seul regard même peuvent mouvoir mille bras armés de poignards pour assassiner les princes et détruire les empires. Depuis dix ans les provinces

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 225 se remplissent de ses esclaves redoutables, et tous les jours de plus terribles encore sortent de ses maius.. Dans un appartement obscur de Montrouge, tous les huit jours, à l’entrée de la nuit, les Novices se rendent, à la suite du Père Gury, au pied des statues d’Ignace et de François-Xavier, pour entendre les mystères de la Société. Là chaque Novice est obligé de dénoncer toutes les fautes et les discours de ses confrères ; cLaque Novice, à genoux, est obligé de déclarer ses goûts, ses penchants, ses défauts, son caractère et ses dispositions à l'égard de la Compagnie. Ils jurent tous d’immoler leur volonté propre, de n’épargner rien pour exterminer la race des méchants et d'abattre aux pieds de leur l'ère Ignace toutes les couronnes de l'univers. Ils vont à la suite de leur Père maître, fouler aux pieds les vanités du monde, représentées par un roi revêtu de ses ornements royaux, environné de sceptres brisés, de couronnes fracassées et de débris de trône. Tout autour on voit les nations du monde chargées de chaînes, figurées par trois animaux, le taureau, le lion et l’aigle, et par un génie sublime qui représente en particulier les nations de l'Europe.

».… On remplit de haine pqur le monde tous ces jeunes cœurs déjà pervertis par le barbare fanatisme. On dit même, et je ne l’écris qu'avec effroi, que le Vendredi- Saint, après la cérémonie de la Passion de Jésus-"" “st, tous les Novices vont frapper d’un coup de poignard la statue de Ganganeili, qu’ils croyent enchaîné par des liens de feu dans les enfers ; celles d'unroi de France etile son ministre Choiseul, et encore celles de Pombal et ile son Roi faible qui laissa opprimer la Société.

» Voulez-vous une idée de la puissance du Père Gury sur ces pauvres Novices ? Lisez l’histoire du Vieux de la VI. 15

Montaigne; encore trouverez-vons peut-être que ce Vieux de la Montaigne avait de la modération. A l’aspect du tyran de Montrouge, tout tremble; il parle, et tout se tait. Son &v rophétique, ses regards menaçants, ses paroles mys -.euses, son ton tranchant et impérieux exaltent les esprits de ses Novices, au point qu'ils tenteraient de réduire en cendres tout l'univers pour avoir le mérite d’une rare obéissance. »

Les Jésuites dédaignèrent de répondre à cet assemblage de monstruosités. Leurs élèves, les amis de la vérité et surtout de la dignité nationale protestèrent avec énergie. Les publicistes catholiques essayèrent de rappeler l’opposition au respect qu’elle se devait à ellemême. L'opposition avait le vent en poupe. Les princes s’effrayaient de ses clameurs, les ministres et les magistrats ne les réprimaient qu’en se laissant forcer la main. Les Royalistes se divisaient comme toujours, car leur salut ne vient jamais d’eux. En face de cet assaut sans trêve ni merci, qui sera un des phénomènes dont la postérité ne pourra jamais se rendre compte, une fraction d'hommes monarçhiques dévouait les Jésuites à la dent des journaux. On sacrifiait l’Institut pour sauver le reste, comme si, dans la question, les Jésuites étaient antre chose que le nom de guerre offert aux ennemis de la royauté. Personne ne conçut ce soupçon. Charles X était devenu pour une heure l'objet des hommages intéressés du Libéralisme. Le Souverain avait reculé une fois, on espérait l’entrainer à d’autres concessions. On jeta quelques fleurs sur son passage dans le même moment qu’on exaltait jusqu’au délire l'opinion contre les Jésuites. Alors le Constitutionnel du 26 uctobre 1826 osait dire de Martial Marcet, son correspondant, dont il vantait la véracité et le courage :

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.« Nous avions bien prévu que le livre de M. l’abhé

de La Roche-Arnauld exciterait les fureurs de la faction qu’il a dévoilée. A la vérité, il arrache le masque d’une main vigoureuse; son indignation ressemble quelquefois à la colère ; un peu plus de modération aurait peut-être plus de force. Il semble en convenir lui-même dans la lettre qu'il nous adresse aujourd'hui; mais la manière dont il se justifie ajoute peut-être à l'importance de ses révélations. Au reste, quoi qu'on puisse penser de la forme de son livre, le fond n'en est pas mains extrémement curieux; les faits qu'il rapporte, et qu'il défie ses adversaires de démentir, ne sont pas moins de nature à produire la plus profonde sensation ". »

Après de pareilles turpitudes, il n’y avait plus qu'à arrêter la presse dans ses déhordements ou qu’à mourir de honte sous ses coups. Les Bourbons et le ministère Villèle acceptèrent les fourches caudines qu'elle dressait devant eux. Le cabinet auquel le vicomte de Martignac

prête son nom acquitta le legs que ses prédécesseurs lui avaient imposé.

1 Vingt années après, Martial Marcet s'est repenti du crime contre Île bon sens que le Libéralisme lui avait inspiré; et, le 27 avril 1845, il a publié spontanément unc rétractation dans laquelle on trouve des aveux et des remords que l'histoire doit enregistrer : « Je déclare que je désavoue entièrement et de boune foi tous les écrits que j'ai publiés contre les Jésuites en 1827, 1828, 1829, non point comme n'étant pas de moi, mais comme les fruits honteux d'une vengeance pleine d'imposture; et, comme tels, je les livre, ainsi que dès loug-temps je les ai livrés, au bläme ou plutôt à l'oubli de tous. |

» Je déclare sans détour, et c'est bien volontiers que je l'avoue pour ne pas laisser même quelques doutes à cet égard, que ce fut l'esprit de parti qui me iméla dans ce déchaïnement dont les Jésuites furent les victimes, me dicta les extravagantes hc:. reurs que je débitai au public, et que ce fut à cette honteuse condition de multiplier les plus incroyables faussetés que je dus ce succès populaire d’un jour dont jouissaient alors ces déplorables produ-tions. |

» Je déclare le plus hautement possible, très-sincèrement honteux d'avoir été capable de le faire, que c'est avec aussi peu d’honnéteté que de vérité qu'à peine sorti de l'Ordre des Jésuites, où tous les soins de l'amitié m'avaient été prodigués, je les ai accablés d'injures de gaieté de cœur, sans raison, sans respect, par des personnalités tellement indignes qu'en pensant bien je ne comprends pas comment un

peuple honnête a pu seulement les tolérer, et comment un pouvernement sage et fort ne lés a pas sévèrément punies, »

Dans ce combat, dont les esprits prévoyants ne se déguisaient pas les conséquences, les écrivains indépendants ne s’abandonnèrent pas au moment même où tout les abandonnait. Il y avait prostration de la force royale, épuisement chez les gouvernants. On craignait de froisser des préjugés dont la source étsit connue, on essayait d’atermoyer avec les difficultés que tant d’impérities avaient créées; il se rencontra des hommes qui s’exposèrent intrépidement au choc. Dans ce duel suprême, ils jouaient plus que leur vie. Bonald, Bellemare, Picot, Saint-Chamans, Laurentie, Martainville ne redoutèrent pas d’affronter les sarcasmes que le Libéralisme leur tenait en réserve. La Gazcite de France elle-même monta sur la brèche; par une discussion où l'esprit rehaussait la logique elle défendit les Jésuites’. Au milieu de cette

‘ La Garette de France, qui dans ce temps-là voulait des Jésuites, publia, le 24 mai 1828, un article où se trouvent les fragments qu'on va lire :

« Enfin votre sentence est portée ; vous ne voulez point de Jésuites. Expliquons-nous là-dessus : il peut y avoir premièrement des hommes dispersés dans le monde qui observent isolément la règle de saint Ignace. Est-ce à ceux-là que vous en voulez? S'il est ainsi, que faites-vous de la liberté civile et de la liberté de conscience? Il peut y avoir secondement des hommes qui aient fait société pour vivre ensemble dans une maison qui leur appartient, des hommes à qui la vie cénobitique convienne, et qui préfèrent peut-être la règle de saint Ignace à toutes les autres; des hommes à qui il plaise de se vêétir du même habit, de prendre leur repas à la même table, de faire abstinence aux mêmes jours, de se lever à la même heure pour faire à Dieu les mêmes prières? Est-ce à ceux-là que vous en voulez? S'il est ainsi, que reprenez-vous ? la règle de vie ? Qu'est-ce alors que la liberté civile? la règle des prières? Qu'estce alors que la liberté de conscience ? Il peut y avoir troisièmement quelques hommes qui aient fait .ussi de certains vœux religieux, ceux de saint Ignace, par exemple, et qui aient d’ailleurs consacré leur vie à l'éducation de la jeunesse. Est-ce à ceux-là que vous en voulez? S'il est ainsi, prenez garde : ou ces hommes enseignent dans les Colléges qui vous sont soumis, et, dans ce cas, à qui la faute, si c'est une faute? ou ces hommes enseignent dans les établissements soumis à la juridiction exclusive des Évêques, et, dans ce cas, de quoi vous occupez-vous ? Zélés protecteurs des maximes et des libertés de notre Église de France, n'oubliez-vous que les franchises de l'Épiscopat ? ou bien enfin ces hommes instruisent des tils de famille au sein de la famille même qui les leur confie, et, dans ce cas, où prenez-vous le droit de vous enquérir des règles qu'ils suivent et des prières qu'ils font? Vous prétendez, je crois, que tout soit libre dans vetre pays, n'y aura-t-il précisément que l'éducation de famille qui ne le soit pas? Il peut y avoir enfin d’autres hommes qui, ayant formé une Société religieuse, prétendent vous obliger à la reconnaître, à la favoriser, à lui imprimer un caractère public et civil, qui, non contents de s'unir quand il leur plaît et d’être pro-

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