‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 29 sur 76 · PLU · texte numérisé non relu

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Éloigner les Jésuites de tous les établissements d'instruction publique n’était qu'un fait très-vulgaire ; il montrait le Libéralisme tuant la liberté ct se faisant une

tégés individuellement dans cette union, exigent que leur union même soit protégée, qu'elle ait une existence légale, des droits à part, des priviléges avoués : si c'est à ceux-là que vous en voulez, que ne parliez-vous ? Cette affaire-ci est.une autre affaire. Puisque ces hommes sollicitent vos grâces, permis à vous de les refuser, Puisqu'ils vous demandent d'approuver leur Société, permis à vous de leur nier votre approbation, La différence est grande entre laisser faire et faire soi-même, La loi peut être obligée de tolérer des choses qu'elle ne peut pas être obligée d'aut: viser. — Je conclus de là que, s'il y a des Jésuites épars en France, dusiez-vous en sécher de dépit, il faut le souffrir ; que, s’il y eu a qui se soient réunis pour vivre ensemble et qui ne vous demandent rien, il faut le souffrir ; que, s'il y en a qui enseignent la Religion ct les lettres dans les lieux. dont l'aceës est interdit aux i:auisitions de l'Université , il faut encore le souffrir; que, s'il y en a qui voulussent ve as contraindre à les recon. naître comme Ordre religieux et comme corps collectif, vous seriez les maîtres de les repousser, même saus motifs et sans examen, Pour les premiers, cela va sans dire : on n’est comptable envers la loi que de ce qu'on fait, quoiqu'elle l'ait défendu, où de ce qu'on ne fait pas, quoiqu'elle l'ait ordonné. Or, je ne sache aucune loi qui défende de promettre à Dicu de le prier et de le servir suivant les Constitutions religieuses que vous n'aimez pas, bien que ce soient aussi des Constitutions.

» Vous me dites : Mais des arrêts et même des édits les ont expulsés du royaume! — Oui, l'Institut des Jésuites, l'Ordre religieux des Jésuites; mais ce n'est pas de cela qu'il est question. On sait bien , et je l'ai dit moi-même plus haut, qu'indépendamment de ces édits et de ces arrêts, une loi serait nécessaire pour fonder de nouveau cet établissement religienx, Mais le domicile, le domicile commun, le domicile considéré par rapport à de simples individus qui l’occupent sans affecter d'autres titres et sans prétendre à d’autres avantages que ceux qui appartiennent à tous les sujets du Roi, que font à cela vos édits ? que font-ils surtout maintenant avec les lois que la Révolution nous a imposées et l'État politique que la Restauration a fondé? La Révolution, plus libérale de proscription que M. de Choiseul et les Parlements, a remplacé l'abolition particulière de l'Ordre des Jésuites par l'abolition générale de tous les Ordres religieux; mais en même temps, plus conséquente peut-être et plus équitable au moins à ce point, elle a rendu’ aux Religieux de tous les Ordres abolis la plénitude de leurs droits civils. La Révolution et surtout la Restauration ont effacé jusqu'aux dernières traces des interdictions civiles et politiques qui s’attachaient autrefois à de certains vœux religieux; et elles y étaient condamnées à peine de scandale et d'absurdité. Car, si le Juif fait tout ce qu'il veut, quoique Juif, si le Protestant fait tout ce qu'il veut, quoique Protestant, à plus forte raison le Catholique, füt-il Religieux, à plus forte raison l'homme de la Religion de l'État, fût-il Dominicain ou Jésuite. 1l y

arme de ses calomniés pour rendre le plus magnifique témoignage aû prodipieux pouvoir de l'absurde. On essaya de tenter une chose moitis commune; on voulut renverser les Jésuites par le Roi très-chrétien, par ses conseillers et par les Évêqiies de France, Le comte de Villèlé avait sacrifié les intérêts moraux du pays au dé“. veloppement des intérêts matériels et de l’agiotage. La juiverie commençait, sous la protection de ce Ministre, l’apprentissage de soh règne usuraire; cé Ministre tomba devañt une nouvelle Chambre que lui-même avait in-

avait dussi sntrefois des édité contre les Protestants et Jeë Juifs ; ils ét disparu : n'est-ce pas ces € its devant les lois qui 6nt äccordé indistitictement à tous les Français la liberté civile, la liberté politique et la libertë de coniètience ? et vous réclamer courâgeusement une exception de servitude et dé dépendance aû frivilégé d'intolérance et d'interdiction en faveur de ces édité de prédilection qui avaient frappé les Jésuites ? Allez, alles, homimes libres, apprenez donc qu'il n'est pas vrai que vous le soyez, si votre égal ne l'est pas.

» Vous dites encore : Mais les Jésuites se souihettent par des serments, des éngagemedts, des promesses à un sduverain étranger.— Je ne le crois pas, et celà n'est pas. Mais d’ailleurs de deux choses l'une : ou ces engagements seraient iticompatibles avec leurs devoirs envers leur séuverain naturel, ou bien ils ne le seraient pas, S'ils ne l'étaient pas, qu'auriez-vous à dire? S'ils l'étaient, qu'auriez-vous à faire ? Voüdriezvous en conclure que celui qui aurait contracté cet engagerhent aürait perdu la qualité de Français ? Quand je l'accorderais, malgré que'ques difficultés qui viennent de l'article 17 du Code civil, qu'y gagneriez-vous ? Let homnie serait étranger? Prétendriez-vous donc interdire aux étrangers la Faculté d’avoir en France des habitations communes? Déchireriez. vous l'article 11 de votre Code civil? Humilieriez.vous votre haine au point de les expulser comme étrangers, n'osunt et ne pouvant les expultser comme Jésuites ?.. Songez-y.., e. puis, je reviens au serment : où est-il? ét que contient-il? — Vous dites aussi : Leur ambition est extrême. — Quelle pitié ! de quel siècle nous parlez-voiis, s'il vous plait? l'ambition des Moines avec des jourtiaux, des élections et dés chambres ? l'ambition des Moines avec l'esprit de ce temps! l'ambition! puissant motif en effet pour empêcher les gens de vivre paisiblement chez enx et d'y prier Dieu comme il leur convient! Cette passion-là est aujourd'hni si faible et si rare! si peu de gens en sont possédés ! les ennemis des Jésuites surtout en ont si parfaitement purgé leur âme simple et modeste !

» Vous n'en voulez point! Cela est bien superbe et bien absolit. Mais, si les pères de famille en veulent, eux qui sont quelque peu intéressés, je pense, à cette question, sera-ce au nom de la liberté que vous les contraitdrez à y renoncer? Vous n'en voulez point! et si les Évêques en veulent, eux, ou pour desservir leurs églises, où pour diriger les écoles qui sont sous leur dépendance, serâ-ce an nom des franchises de l'Église gallicane et par respect pour les droits de l'Épiscopat que vous leur résisterez? Vous n'en voulez point! et si l'on vous moutre l'institut-ur protestant, juif, mahométau, que vous approuvez et encouragez, sera-ce au nom de la tolérance et de l'égalité constitutionnelle que vous repousserez et que vous proscrirez l’instituteur catholique qui sera Jésuite! Oh! que nous sommes libres, et que votre impartialité m'édifie! »

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 291 considérément évoquée. La Royauté avait perdu sori dernier prestige; on disait que Charles X s'était fait Jésuite, et que, pat ses vœux, il devait une obéissance aveugle au Général de la Compagnie. Le gouvernement, battu en brèche par la Révolution, qu’il n'osait maîtriser, harcelé par les Royalistes, dont il ne satisfaisait aucun des besoins légitimes et peut-être aussi aucune des ambitions passionnées, était menacé dans son existence. Après six ans de prospérité, il se trouvait épuisé d'inaction; il mourait, parce qu’il n'avait pas su vivre et qu'il avait laissé grandir les questions religieuses en dehors de lui. Le choc du Libéralisme avait spécialement porté sur les Jésuites. On personnifiait dans l'Institut de saint Ignace la Papauté, l’Épiscopat , le Sacerdoce et les Catholiques; on était Jésuite par cela seulement qu'on répugnait à marcher sous le drapeau de la Révolution. Il fallait en finir avec les difficultés accumulées autour du trône; Louis Lambruschini, nouveau Nonce du Saint- Siége à Paris, essaya d’arracher le pouvoir à sa somnolence. Homme d’énerpie et de conciliation, Lambruschini était depuis long-temps rompu aux affaires. Théologien et diplomate, il savait résister et céder à propos; c'était la politique romaine dans toutes les traditions de sa courageuse patience, opposée aux précipitations irréfléchies du caractère français. Lambruschini s’effrayait à des tumultes constitutionnels dont il était témoin; il en connaissait la source, et il savait le moyen de la tarir. Il le proposa au baroti de Damas, ministre des affaires étrangères.

Il n’était plus possible de nier que la cause des Jésuites devenait la cause de la Religion et de la Monarchie; on attaquait les principes sociaux sous le nom de la Compagnie; Lambruschini conseille de porter aux deux

232 HISTOIRE Chambres un projet de loi qui assurera aux enfants de saint Ignace leur droit d'existence et celui de se former en corporation. Le résultat de cette tentative n’eût pas été douteux. Les Députés auraient adopté le projet, et les Pairs, qui cherchaient à se rendre populaires aux dépens du Roi, se seraient contentés d’une opposition toute prête à se laisser désarmer. Ce fut sur ces entrefaites que le comte de Villèle prit le dangereux parti d'en appeler aux élections générales. Il se trompa dans ses calculs ainsi que dans ses espérances, et sa chute amena celle du trône.

La plupart des hommes qui arrivaient aux affaires après lui étaient dévoués à la monarchie; mais, venus dans des circonstances difficiles et désirant à tout prix plaire à la Révolution, ils partirent du faux principe des concessions pour rétablir le calme dans les idées. Les chefs du Libéralisme profitèrent adroitement de cette disposition. Ils firent espérer leur concours au ministère Martignac si les Jésuites étaient sacrifiés. Le ministère s’engagea à vaincre les répugnances de Charles X en lui exagérant les périls de la situation, et il contracta une alliance coupable. Lambruschini suivait avec anxiété la marche des esprits; il voyait le gouvernement, dominé par son besoin de popularité, pousser le trône vers l’abîme : il crut de son devoir de prémunir le Monarque contre les embüches tendues à sa candide honnêteté. La conscience royale était inquiète. Lés paroles de Tambruschini portaient la conviction dans son âme; mais, toujours incertain, toujours ébranlé, Charles X ne savait à quel parti s'arrêter. Il fit enfin ce que font tous les princes timides : il consulta des hommes plus timides que lui. Il réunit secrètement Frayssinous, évêque d’Hermopolis, Charles Brault, archevêque d’Alby, et Jean de

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 233 Cheverus, archevêque de Bordeaux, Ces trois Prélats, dont les talents ne faisaient pas plus doute que les vertus, donnèrent au Roi une réponse conforme à leur caractère. Ils déclarèrent que, « si Sa Majesté, par des raisons d'État et dans sa haute sagesse, regardait les mesures proposées par le ministèr: comme indispensables à la conservation de la tranquillité publique, le Roi pouvait les adopter sans otfenser sa conscience. » Cette décision, faite pour lever les derniers scrupules de Charles X, abandonnait les Jésuites aux coups du Libéralisme, Sous un Roi très-chrétien, trois Prélats hési.… taient à dire à un fils de saint Louis ce que le savuut abbé Émery, restaurateur de la Congrégation de Saint- Sulpice, écrivait au cardinal Fesch pour être mis sous les yeux de Bonaparte : « Très-sérieusement je pense, mandait Émery à Fesch le 28 octobre 1803, et je suis convaincu que vous ne pourriez rendre un plus grand service à l’Église et au Saint-Siége que de procurer le rétablissement de cette Société, Si elle avait des défauts, elle doit en être bien corrigée. Je sens que le moment peut n'être point encore venu où le premier Consul pourrait rétablir l'Ordre en France; mais il peut ne point s'opposer à ce qu'on l’établisse ailleurs. Aucune Société n'est plus favorable aux gouvernca-nts, et c’est la plus puissante digue qu’ils puissent opposer au torrent de l’impiété. Si le gouvernement présent est stable en France, certainement cela n’est dû qu'aux talents éminents et à la fermeté du premier Consul; mais tout

Etat où régnera l’impiété sera nécessairement sujet à des secousses et à des révolutions continuelles, »

L'on sentait que le sceptre vacillait dans la main des Bourbons; Charles X, comme Louis XVIIE, se faisait une loi de courtiser ses ennemis. Il les flattait afin d’en

234 | HISTOIRE être aimé; le Monarque s’appuya sur la condescendance des trois Évêques. La ruine des Jésuites et l’anéantissement des espérahces catholiques étaient en germe dans les mesures prévues. Lie 20 janvier 1828, une commission fut nommée nour faire une enquête sur les écoles ecclésiastiques. Elle se composa de MM. de Quélen, archévêque de Paris, Feutrier, évêque de Beauvais, Lainé, Mounier, Séguier, de la Bourdonnaie, Dupin, Alexis de Noailles et Courville, membre du conseil de l'Université. l'äns des intentions louables sans doute, mais qui n’atteignirent point le but qu'elles se proposaient, l’Évêque d'Hermopolis avait essayé de conjurer la tempête en accusant le jeune Clergé d’un zèle qui n’était pas toujours selon la science. Ses paroles furent accueillies à la Chambre des députés avec des cris de joie. La majorité de la commission ne voulut pas, à l'exemple du ministère Villèle, descendre au fond des consciences. Elle déclara que les Prêtres auxquels les Évêques, conformément à l'ordonnance réglementaire du 5 octobre 1814, avaient confié la direction et l’enseignement de leurs petits Séminaires, étaient choisis par eux, soumis, comme tous les autres Prêtres de chaque Diocèse, à leur autorité et juridiction spirituelles et à leur administration temporelle. Ce n’était donc pas à une corporation, mais à des individus révocables à la volonté des Évéques, que la direction des écoles se voyait confiée. l’Université de France n'existait qu’en vertu d’un décret impérial du 17 mars 1808; une ordonnance royale constituait ies petits Séminaires. L'Empereur dé:sirait que les enfants appartinssent à l’État, qu'ils fussent mou.es à l’image de l'État. Louis XVIIL, à la demande de l'Épiscopat fratitais, avait dérogé à cet insultant monopole; il accorda quelques droits aux pères de

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 235 famillé et un peu de liberté ax Évêques. Selon Foùrcroy, le père de l'Université impériale, cette Université est une administration qui dépense, c’est-à-dire une caisse qui, pour se remplir, prélève la dîme dans les champs qu’elle n’a pas cultivés, rânçonne les cités, les parents et les instituteurs. Lés Bourbons l'avaient acceptée; mais, dans la pensée de limiter ses empiétements, ils avaient concédé aux Évêques le privilége d'établir des pétits Séminaires en dehors de sa juridiction. Les Jésuites n’en possédaient que huit. L'éducation qu'ils y donnaient éveilla les jalouses susceptibilités d’urie agrégätion d'intérêts se prétendait l'État enseignant. L'Université se révoltait à l’idée d'être primée par des établissements rivaux ou de se trouver dans l'obligation de forcer au travail ses professeurs, afin de ne point être vaincue. Elle s’imagina qu’elle ne pourrait soutenir la concurrence, et, au lieu de jouter à armes égales, elle se retrancha derrière l'arbitraire que la corruption appelait à son secours.

La minorité de la Commission du 20 janvier 1828 discutait les Jésuites; là majorité, plus constitution nelle, ne voyait que ce que la loi l’autorisait à voir. Le Libéralisme de cette époque y avait quatre représentants. Ces hommes, qui exigeaient à grands cris la Charte, toute la Charte, rien que la Charte, refusaient aux autres la liberté qu’elle consacrait. La majorité avait décidé « qu'il n’est permis à personne de scrutér le for intérieur de chacun pour rechercher les motifs de sa conduite religieuse, des règles ét des pratiques auxquelles il se soumet, du moment que ces pratiques et cette conduite ne se manifestent par aucun signe extérieur et contrairé à l'ordre et aux lois; qu'autrement ce serait se permettre une inquisition et une persécution

236 HISTOIRE que nos institutions réprouvent. » Lainé, Séguier, Dupin ‘et Mounier n’en jugèrent pas ainsi ’

Le rapport, à la date du 28 mai 1828, contenait néanmoins plus d’une trace de faiblesse. L'Université ne cessait de réclamer contre l’admission dans les petits Sémiminaires d’un certain nombre d’élèves qui ne se destinaient pas au Sacerdoce. Les plaintes formulées par le monopole universitaire avaient été écoutées; mais dixneuf jours après, le ministère, tenant et au delà l’engagement pris avec la Révolution, publiait les ordonnances du 16 juin.

La première, contresignée par le comte Portalis, ministre de la justice, statuait qu’à partir du 1‘ octobre, les maisons d'éducation dirigées par les Jésuites seraient soumises au régime de l’Université, et que dorénavant nul ne pourrait enseigner s'il n’affirmait par

‘ Dans une note manuscrite du vicomte Alexis de Noailles, membre de cette commission, nous trouvons le récit des débats intérieurs et des espérances secrètes qui animaient la minorité. Les Universitaires furent abandonnés par un membre de l'Université au moment où ils allaient sacrifier les Pères de Ja Société de Jésus. On lit dans cette note :

«“ On peut dire de la commission des petits Séminaires qu’elle a donné lieu à une nouvelle journée des Dupes.

» C'est monseigneur l'Archevêque qui a été le plus habile ; dès le commencement, il avait eu soin de compter toutes les chances de succès et dé se bien assurer qu'on ne le choisissait pas pour tirer les marrons du feu; ce furent ses expressions.

» Il ne voulut s'embarquer dans cette affaire qu'après avoir assuré sa position, exigé des promesses formelles, et fait répéter, pour que la chose füt bien entendue, que la décision à intervenir ne tournerait pas en mystification.

» Le Roi et M. Portalis, garde des sceaux, finirent par lever toutes les difficultés à force d'assurances et de promesses, Choge assez remarquable , il ne cacha ni à l'un ni à l'autre quelle était sa manière de voir sur le fond de la question ; ce qui n'empêcha pas M. le garde des sceaux de devenir de jour en jour plus pressant au nom du Roi et au sien,

» Les quatre dissidents croyaient leur coup assuré contre les Jésuites, Aussi, jnsqu'à la dernière séance, parurent-ils faciles et coulants sur tous les points secondaires; ils accordaient aux Évêques plus qu'on ne leur demandait, c'est-à-dire qu'ils donnaient à pleines mains pour améliorer le régime des petits Séminaires et pour fournir aux Évêques tous les moyens imaginables de se passer des Jésuites, C'était exactement l'affaire de la rhubarbe et du séné ; pour avoir leur séné, ils prodiguaient la rhubarbe,

» Jusqu'au dénoûment, ils démeurèrent convaincus que c'en était fait des Jé-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 237 écrit n'appartenir à aucune congrégation non légalement établie en France. C'était ressusciter en pleine Charte les billets de confession et les déclarations de civisme, commander l'hypocrisie et tuer la liberté de conscience. Le Globe, dans un article signé par M. Dubois, aujonrd’hui député de la Loire-Inférieure et membre du conseil de l’Université, le sentit si bien que, deux jours avant la publication de ces firmans, il ne craignait pas de dire :

« Quant aux Jésuites considérés comme individus, ainsi s'exprime le journal de MM. Duchâtel, Guizot, de Rémusat et Cousin, nous l’avons mille fois prouvé, et même on ne nous le conteste plus, ils sont libres de leur croyance; aucune puissance humaine ne peut désormais les atteindre. Considérés comme Congrégation religieuse, ils sont libres encore, pourvu qu’ils ne réclament point

suites. Quel coup de théâtre et quel mécompte quand ce derrier point se présenta tout rédigé pour la signature :

« Il appartient exclusivement aux Évèques de faire diriger leurs petits Séminaires » par les Prêtres dans lesquels ils trouvent les capacités requises, Ils sont juges des » qualités qui peuvent régler et déterminer leur confiance, Les motifs naturels de » cette confiance résultent suffisamment de ce que lesdits Prêtres sont soumis à la » juridiction spirituelle et à l'administration temporelle des Évêques, de ce qu'ils sont » éligibles et révocables à volonté, etc,

» La qualité de Prêtres vivant selon la règle de saint Ignace, de saint Benoît ou » de saint Bernard, ne fait point obstacle à ce que les Évéques puissent les choisir, » sous leur responsabilité, pour enseigner et être employés dans leurs petits Sémi- » naires à tels titres qu'ils jugent convenables, »

» Voilà le sens exact et à peu près les termes de la décision, Elle est tellement combinée qu'on la croit à l'abri de toute attaque raisonnable devant les Chambres législatives, comme devant tous les tribunaux et tous les Conseils d’État où elle serait examinée,

» Si la commission a reconnu quelques autres points fondés en droit ou en raison , ils ne sont point de nature à gêner la conscience et à troubler le repos des Jésuites.

» Quand le résultat s'est présenté à la signature, les dissidents sont devenus furieux, Ils bondissaient de surprise comme des gens pris pour dupes. La commission a clos ses sé .::s au milieu des menaces et des protestations de la minorité, 1} est clair que cette minorité se croyait sûre d’une voix qui lui 4 manqué au dénouement et qui a fait son mécompte.

» Monseigneur l'Archevêque parait sûr que la décision tiendra. M, de Courville s'est honoré à jamais par sa droiture et son désintéressement, Plus tard il recueillera le fruit de sa conduite et de son courage. Ainsi parle monseigneur l’Archevêque, »

238 HISTOIRE les bénéfices des corporations, bénéfices qui ne peuvent être concédés que par une loi. Considérés comme prafesseurs de mauvaises doctrines, comme affiliés 4 un Souverain étranger, il faut, pour les poursuivre, des délits et son pas dés délits anciens; il fant upe enquête, un procès nouveau ch la preuve des délits soit administrée, les individus personnellement coupables cités, etc. Tout l’attirail des arrêts parlementaires n’est rien ici; il n'y a plus identité de personnes, et, quant à l'identité des doctrines, elle est niable. Il faut de nouveau mettre les doctrines en cause, et, paurvu qu'il n'y ait pas provocation directe à la révolte, la destruction de l’ordre établi ou atteinte aux mœurs, les doctrines des Jésuites ne peuvent pas plus être condamnées que les systèmes d'Helvétius et de Spinasa, de Cahanis et des physialogistes modernes, du Sacinien et du Péiste ur. »

L'Évêque d'Hermopolis, refusant de s'associer aux mesures que le ministère se proposait de prendre, avait abdiqué le pouvoir, On lui choisit pour successeur aux

1 Le vénérable Évêque d'Hermopolis, dans des notes manuscrites qui ont été publiées après sa mort, rend lui-même compte de ses entretiens ayec le roi Charles X sur ce grave sujet. Le Monarque avait la main forcée par son Ministère. Frétre et Prélat, connaissant toute l'étendue de ses devoirs, M. Frayssinous recula devant les exigences de la position telle qu'on la faisait, et, en parlant au Roi des ordonnances du 16 juin, il les caractérisa ainsi : « Sire, on ne s'est pas donné le jemps de réfléchir; on dirait que les Ministres étaient dans un état d'oppression quand ils ont signé l'ordonnance Portalis, et qu'elle a été arrachée par violence; il ble qu'elle ait été conçue dans un esprit de défiance et de haine contre l'Égiscopat et lu Religion catholique, tant, dans chacune de ses dispositions, elle est dure, humiliante et pleine, dans son ensemble, de précautions et d'entraves contre les Évéques.… Je l'avoue, pour rien au monde, je ne voudrais contresigner une pareille ordonnance ; je n'aurais pas le courage de me perdre à jamais dans l'esprit du Clergé et des gens de bien, » °

Après ayoir soutenu que les Jésuites avaient le droit de vivre en France et de suivre dans leur particulier la règle de saint 1gn :2, l'éloquent grand-maître de l'Université ajoute : « Sire, ils sont Français comme moi, Ce sont des Prètres irréprochables qui élèvent très-bien la jeunesse, et ici on peut s’en rapporter à cette multitude de pères de famille de toutes les parties de la France qui, depuis quatorse aus, leur ont confié leurs enfants. Quels sont leurs ennemis acharnés ? Ce sont

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