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affaires ecclésiastiques un homme vertueux, mais d’une bienveillance qui allait jusqu’à l'abandon des droits de l'Épiscapat. L'abbé Feutrier, Évêque de Beauvais, ayait eu plus d’un rapport avec les Jésuites. Il les appelait dans son diocèse, et les enfants de saint Ignace y apéraient un bien que le Prélat constate avec une vive reconnaissance. 1] n’en accepta pas moins la succession de Frayssinous, et, tout en évoquant dans son âme les craintes manifesiées par son prédécesseur, il se disposa à donner au Libéralisme un gage de sa recannaissante ambition’. M. Portalis s'était chargé de sacrifier les Jésuites, M. Feutrier immola l'enseignement clérical. Par une seconde ordonnance, il déclara que le nombre des écoles serait l'inité dans chaque diocèse, que celui des élèves ne dépasserait jamais vingt mille, qu'aucun externe n’y serait admis, et qu’au bout de deux ans chaque élève serait tenu à porter l’habit sacerdotal. D’autres précautians, aussi impolitiques dans la forme qu'illégales pour le fond, furent prises par la même or-
les oi les Jansénistes, les impies, les révolutionnaires, les plus grands ennemis de la Religion catholique et des Bourbons. Ce sera un grand triomphe pour ces derniers en particulier que de voir les Jésuites détruits. »
1 S'il faut s’en rapporter au récit de Frayssinous, l'Évêque de Reauvais, son successcur, aurait long- -lemps utté avec sa conscience avant d'accepter la responsabilité de l'orlonnance du 16 juin. « ‘M. l'Évêque de Beauvais, raconte l'ancien Ministre, est efi: :yé du danger d’encourir un blâme universel; il se trouve dans de cruelles perplexités , fondées, non sur la crainte d'offenser Dieu en contresignant l'ordonnance, mais sur la certiçude de se déshonorer aux yeux du Clergé, de beaucoup de gens de bien et des nombreux amis des Jésuites, et de se mettre dans le cas de ne pouvoir être utile ni au Roi ni à l'Église. En conséquence, il prend son parti avec , courage , s'explique devant le Roi en plein conseil, refuse de contresigner et donne sa démission, »
Ce loyal scrupule doit tenir une place honorable dans la vie de Feutrier. 11 refasait d'adhérer à la proscription des Jésuites; le comte Portalis vint à son aide; il offrit de prendre sous sà rèrponsabililé les mesures #-clésiastiques qui répugnaient à deux consciences d'évêque, Il n’y avait qu'une seule ordonpunce , on en prépara deux, et c'est par ce subterfuge que l'on fit illusion à l'Évêque de Beauvais.
Tel est le récit de M. Frayssinous. 11 pallie, il atténue les torts de M. Feutrier , mais il ne les efface pas aux yeux de l'histoire,
240 HISTOIRE donnance. Un Évêque se faisait l'exécuteur de l'Épiscopat, et, par une dérision dont il ne comprit pas alors la portée, en échange de la liberté que les lois accordaient, il promit d'enlever aux Chambres douze cent mille francs annuels pour subvenir aux besoins de l’éducation ainsi garrottée.
A la lecture de ces ordonnances, la stupeur des Catholiques égala à peine la joie des Constitutionnels. Les uns frémissaient, les autres éclataient en transports d’allégresse. Tous sentaient, en effet, que la Religion et la Monarchie ne se relèveraient jamais du coup qui les frappait. Les Catholiques répétaient avec enthousiasme les paroles que M. Tanneguy Duchâtel avait fait entendre dans le Globe du 17 mai 1828. L'écrivain, qui ne songeait pas à cette époque qu'un jour il pourrait devenir ministre, se présentait comme défenseur de la liberté d'enseignement , et il disait :
« Le principe fondamental des gouvernements représentatifs, tels que -elui sous lequel nous sommes destinés à vivre, c’est la liberté de la pensée et de tous ses modes de publication : la prédication religieuse est libre; aucune autorité n’enchaîne la science; la discussion politique ne reconnaît d’autres limites que les bornes imposées par le besoin de protéger les droits des citoyens et de maintenir la tranquillité de l'État. Pourquoi donc, tandis que partout ailleurs la liberté règne, l'enseignement seul est-il esclave ?
» Supprimez la liberté d’enseigner et placez l'instruction tout entière entre les mains du gouvernement, puis voyez quels vont être les résultats de cette belle organisation. Du côté des maîtres, plus de concurrence, plus d'émulation ni de désir de perfectionnement; leur sort ne dépend que de l'approbation de leurs Supérieurs; il
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 241 se décide dans des bureaux : or, on sait à quel degré l'esprit des bureaux est favorable aux améliorations. Quant aux Supérieurs eux-mêmes, aux fonctionnaires chargés de diriger l’enseignement, croit-on, quelque éclairés qu’on les suppose, que leur surveillance présente autant de garanties que l'autorité des parents ?
» Donnez au gouvernement le monopole de l’enseinement, vous attribuerez à une partie de la société le droit de faire triompher ses opinions par la force et d’opprimer les opinions contraires; vous livrerez l'instruction à toutes les chances des vicissitudes politiques : sa fortune, qui ne devrait dépendre que des progrès de la société, changera avec les majorités et les ministères.
» Affranchir l'enseignement est le seul moyen de lui rendre de la vie et de le relever de l'abaissement où l’a jeté la servitude. »
C'était le principe de la libre concurrence, la consécration des droits de la famille maintenus à côté de ceux de l’État. Les Catholiques et les Jésuites n'avaient réclamé que cela. Le Libéralisme triomphant s’appréta à leur donner des fers en échange de cette faculté si éloquemment définie par M. Duchâtel. On savait les résistances du Roi; les hommes monarchiques blâämaient hautement le ministère ; les Libéraux le provoquaient à persévérer. Les plus sages ou les plus habiles du parti désiraient que l’on s’en tint pour quelque terips à ce premier triomphe; les exaltés aspiraient à tirer de leur victoire toutés les conséquences. Il importait d’effrayer Charles X et d’apprendre à la France de quels dangers les Jésuites menaçaient son honneur et son repos.
Le 21 juin 1828, Labbey de Pompières s’écria à la tribune : « Des religieux, que les lois du royaume désignent comme ennemis de l'État, n’ont-ils pas été rap-