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252 HISTOIRE tendue de la juridiction divine de l'Épiscopat, j'ai cru
pouvoir vous adresser, ainsi qu'à tous messeigneurs les
Archevêques et Évèques, quelques réflexions sur l'or-
donnance du 16 juin, sur les écoles secondaires ecclé-
siastiques.... Je ne puis me défendre d’être effrayé des
dangers d’une résistance même passive, et que des craintes imaginaires ne produisent des maux trop réels.
Dans tous les temps le Clergé de France s’est distingué par sa circonspection dans tous ses rapports avec l'autorité royale. Ses respectueuses doléances n’arrêtaient
point sa soumission quand la Foi, le dogme, la discipline générale de l'Église n'étaient pas évidemment attaqués. Dans une circonstance qui a bien des rapports avec les circonstances actuelles, en 1762, lorsque les Jésuites furent bannis de France, le Clergé fit connaître combien il regrettait une Congrégation qu'il jugeait si utile à la Religion: mais, loin de chercher à paralyser par une résistance passive, par un refus de coopération, des mesures que le gouvernement avait prises pour réorganiser les Colléges, il y concourut de tout son pouvoir. Ce que le Clergé de France crut pouvoir faire alors, pourquoi ne pas le faire aujourd’hui, et, par une coopération franche aux ordonnances, calmer une irritation que des journalistes imprudents excitent? »
Un silence plein de dignité fut la seule réponse du plus grand nombre; quelques autres lui firent comprendre que l'Épiscopat n'avait pas besoin de ses remontrances, et l’Archevêque d'Amasie lui manda le 16 août : « Monsieur l'Abbé, je ne puis m'expliquer l'irrégularité de votre démarche. Quelle entreprise !'car vous ne pou-
vez ignorer que les Evèques et Archevêques ont prononcé presque à l'unanimité sur ces ordonnances, aue leur Mémoire au Roi a été envoyé au chef de l'Église,
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 253 que nous sommes dans l'attente d’une décision pontifiale, et vous avez cru devoir devancer cette décision par une circulaire adressée à l'Épiscopat tout entier, et en opposition de principes avec la très-grande majorité des Évêques et Archevêques du Royaume.
» Vous êtes étonné de l’effroi général des laïques et des journalistes voués à la cause de la Religion et du Roi, qui par un cri unanime ont proclamé les nouvelles invasions qui menacent l’autel et le trône au sujet des ordonnances du 16 juin et du 21 avril. Saint Hilaire vous aurait répondu : Quels temps sont les nôtres; sanctiores ares plebis quäm corda sacerdotum.
» J'ai la confiance, monsieur l'Abbé, que ma franchise ne vous déplaira pas. Je vous ai cru capable d’entendre la vérité et de vous y soumettre. »
Les événements se précipitaient, ils allaient presque aussi vite que les circulaires administratives. Le Clergé se sentait blessé au cœur par la dispersion des Jésuites et par les défiances qu’un ministre de Charles X lui témoignait. Rome ne s’était pas encore prononcée; l’'Épiscopat et le gouvernement faisaient appel au Saint- Siége. Lambruschini était pressé des deux côtés; mais déjà, comme dans tous les cas épineux, le Clergé de France tournait les yeux vers Rome.
» On vient de me mander de Paris, écrivait Soyer, Evé-
que de Luçon, à l'Évêque de Nancy, que le respectable Nonce de Sa Sainteté près la cour de France avait compté sur la noble démarche qui vient d'être faite auprès du Roi par les Évèques de son royaume, et qu’elle a consolé son cœur, navré de douleur à la vue de ce qui se passe aujourd’hui et de l'avenir dont nous sommes menacés. L’on ‘ajoute que le Souverain Pontife en aura été sans doute pleinement satisfait, et que son cœur pa-
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ternel doit avoir éprouvé une bien vive et bien douce jouissance en lisant dans le mémoire les consolantes paroles par lesquelles les Prélats de son Église chérie montrent tant de respect et de soumission pour sa divine autorité. Ah ! mon cher Seigneur, entrons chaque jour encore plus avant, s’il se peut, dans la barque de Pierre, et jamais nous ne ferons naufrage. »
L’agitation arrivait cependant à son comble. Afin de l’apaiser, on jugea que l'intervention du Souverain Pontife serait nécessaire. M. Lasagny, conseiller à la Cour de cassation, fut envoyé à Rome, sans caractère officiel, mais avec mission de faire secrètement connaître au Pape le véritable état des choses et d'obtenir de lui qu'aucune censure émanée du Saint-Siége ne vint, sur les instances des Évèques, attiser le feu de la discorde. Le choix de M. Lasagny était une garantie pour les deux partis. Léon XII, à l’infaillible autorité de qui le Roi et les Évêques avaient recours dans ces circonstances, devait écouter la voix de son Nonce à Paris; le 15 septembre, Lambruschini adressa cette dépêche au cardinal Bernetti :
« Quoique jusqu’à ce jour je me sois borné à informer Votre Éminence, comme il était de mon devoir, des démarches faites par les Évêques contre les ordonnances et de l'impression qu’elles avaient produite dans l'esprit du Roi et dans celui du gouvernement, toutefois, d’après les observations semées çà et là dans mes dépêches précédentes, Votre Éminence aura pu remarquer quelle était ma maniere de voir et mes sentiments à l’épard de ces fâcheux événements. Dès qu'ils eurent lieu, je n'ai pas négligé d’en étudier l'esprit, et, après avoir fait avec calme et maturité les observations convenables sur les deux ordonnances malheureusement pu-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUSs. 255 bliées par le Roi, j'ai bien dû m'affliger pour des actes si déplorables; mais je n'eus pas, et je n’ai pas encore le courage d'engager le Saint-Siége à se prononcer sur cette affaire, Il me semble que le moment n’est pas encore arrivé où Notre Saint-Père le Pape puisse ou doive parler, Dans tous les cas, afin de pouvoir décider avec maturité et sagesse quel parti il faut prendre, il servira beaucoup d’avoir sous les yeux | eignements relatifs au droit et au fait qui peuv ‘écier la présente controverse; controrcrse qui conséquences qu’elle est de nature à produire, devient aussi délicate qu’elle est grave. J’exposerai ici avec liberté ces conséquences, afin que Votre Éminence en fasse l'usage qu’elle jugera à propos.
» Et d'abord, quant au droit que la puissance laïque peut avoir ou ne pas avoir de s’ingérer dans les petits Séminaires, il faut en premier lieu se rappeler la différence que l’on met ici entre les grands et ce qu’on appelle les petits Séminaires. Dans les premiers, on enseigne les sciences sacrées seulement; tandis qu'aux seconds appartient l’enseignement des langues jusqu’à la philosophie inclusivement. L'origine des premiers fut tou-
jours et est encore (même après les ordonnances) re-
gardée en France comme purement ecclésiastique, et, par conséquent, tout à fait indépendante du gouvernement. Les seconds, au contraire, doivent leur existence à l'autorité royale, qui, à divers temps, en décréta ou en permit l’établissement. Il convient de dire qu’au temps de Louis XIV il y avait bien peu de ces petits Séminaires en France, puisque, d'après une ordonnance de ce temps-là ,:on voit que ce Souverain autorisa les Evéques de son royaume à ériger des petits Séminaires, et appliqua à ces établissements piasieurs bénéfices ecclé-
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