‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 34 sur 76 · VI · texte numérisé non relu

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les dispositions des derniers Concordats que le Saint- Siége a faits ayec la F rance. Votre Éminence sait que malheureusement le Concordat de 1817 (ans lequei rien ne | fut stipulé pour les petits Séminaires) n’a pas été sanctionné par les Chambres : de sorte que le seul Copncordat de 1801 continue à être en vigueur, et le Saint- Siége le tolère. Or l’article 11 de ce Concordat n’ac-

corde aux Évêques qu'un seul Séminaire par diocèse,

et, de plus, décharge le gonvernement du poids de toute dotation. Sous Napoléon, on ne pouvait obtenir davantage, et c’est beaucoup que, dans ces temps trèsdifficiles, on ait tant obtenu. Mais cependant, même sous les Bourbons, les choses vont de la même manière, et ce Concordat est aujourd’hui encore la seule convention qui ait force de loi. Cela soit dit pour la partie qui regarde le droit dont la puissance laïque pourrait se prévaloir, et qu elle prétendrait soutenir en sa faveur dans la question présente.

» Pour ce qui concerne le fait ou le mode de la destination actuelle des petits Séminaires, on ne peut nier qu'ils servent encore plus à l’éducation jeunes séculiers que de ceux qui ont des dispositi,.:s ou l’intention de se consacrer à l état’ eccl‘siastique. Ce système de convertir les petits Séminaires en colléges d'éducation fut adopté par les Évêques pour deux raisons :

» 1° Pour procurer aux familles yertueuses les moyens de faire élever relipieusement leurs enfants, et de les soustraire ainsi à l'infection universitaire, où, autrement, ils auraient été contraints de chercher l'instruction néçessaire ;

» 2° Pour l'avantage économique des petits Séminaires eux-mêmes, parce que le profit qu'ils tiraient des pensions des élèves nobles leur fournissait les moyens de

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 259 conserver ceux qui étaient élevés également pour le sanctuaire. Tel est le fait dont la conservation aurait été souverainement désirable pour l'avantage de la Religion et de la société.

» Toutefois le Ministère actuel est extrêmement faible. Il ne veut point le mal, et l’on croit communément qu'il a de bonnes intentions, et qu'il profitera du premier moment favorable pour adoucir le système adopté

sur les petits Séminaires, et même pour le faire cesser entièrement. Il est certain que Je Roi a dit à monseigneur l'Archevêque et à d’autres que, si la très-imprudente publication du Mémoire des Prélats n’avait pas eu lieu, les trois demandes qu'il contient auraient été admises.

» Or maintenant il convient d’attendre encore un peu pour voir le parti auquel .s'arrêteront les Prélats. J'incline à penser que, si plusieurs d’entre eux persévèrent à ne pas vouloir exécuter les ordonnances, d’autres cependant, pour ne pas perdre leurs petits Séminaires, y adhéreront. |

» Dans cet état de choses, il me parait que le parti le plus sage auquel le SaintSiége puisse s'arrêter pour le moment, c’est de suivre le cours des événements, et d’ attendre les développements ultérieurs, avec la pensée de profiter du premier moment favorable pour parler à propos et ayec utilité. »

Cette lettre de Lambruschini, si pleine de lumineuse modération, entrait dans le but de la mission de M. Lasagny. Le magistrat la remplit avec tant d’intelligente probité, que, chose assez rare dans l’histoire de la diplomatie, il mérita les éloges des deux cours. Le cardinal Bernetti passa la note suivante au comte Portalis, ministre des Affaires Etrangères par la retraite du comte de la Féronnays :

« Sa Sainteté, se confiant d’un côté en la haute piété du fils aîné de l’Église, et de l’autre, persuadée du dévouement sans réserve des Évèques de France envers Sa Majesté et de leur tendre amour pour la paix et pour tous les véritables intérêts de notre sainte Religion, ne sait pas prévoir que des circonstances malheureuses puissent l’obliger à rompre un silence si conforme aux vœux de Sa Majesté très-chrétienne. Mais si ce malheur arrivait, j'ose répondre que le Saint-Père ne s’adresserait assurément à personne sans avoir auparavant indiqué à Sa Majesté la nouvelle position que son devoir sacré pourrait lui avoir marquée, et il n’oubliera jamais tout ce qu’il doit au maintien de l’ordre et de la tranquillité en France, ainsi qu'à la dignité du trône de saint Louis. »

La fermeté de Léon XII et celle du cardinal Bernetti ne faisaient doute pour personne. On les savait aussi disposés que Fambruschini à ne point transiger avec l'erreur ou la mauvaise foi, mais toujours prêts, comme le Saint-Siége l’a si souvent prouvé, à pacifier les esprits par cette temporisation dont Rome ne s’est jamais départie. L'Épiscopat s'était engagé à couvrir d’un voile impénétrable son Mémoire au Roi, et le Pape voyait cet écrit distribué à profusion. Fa Cour pontificale ne se rendait pas un compte bien exact du besoin que certains peuples éprouvent de faire entrer l’univers dans leurs querelles de famille. Les nécessités d’un journal, ses intempérances de zèle, son désir de paraître mieux informé que les autres, la manie constitutionnelle de déconsidérer l'autorité au profit des passions, tout cela était ignoré à Rome, la ville de la discrétion et des ménagements. Un grand conflit éclatait entre le gouvernement et les Évêques français sur la question des Jésuites. Le Pape, que les deux opinions établissaient juge, pensa

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 261 que la réserve du successeur des Apôtres amènerait peutêtre la modération entre les Évêéques et les Ministres de France. La publicité intempestivement donnée au Memorandum épiscopal blessa la cour de Rome dans ses usages. C'était, par une espèce d’oubli des promesses contractées, accorder au Ministère gain de cause dans la forme. Léon XIL prévit que le pouvoir allait profiter de ectte imprudence : il chercha à l’atténuer en se renfermant dans les bornes d’une note diplomatique.

A cette époque, soixante-dix Prélats sur quatre-vingts adhéraient pleinement au Mémoire; six n’avaient pas fait connaître leurs intentions; trois seulement se montraient disposés à exécuter les ordonnances’. La majorité était constatée : les lvêques se sentaient forts de leur unanimité; mais, dans la crainte qu’on ne tentât de les diviser ou d’affaiblir la vigueur de leur opposition, ils se tenaient plus unis que jamais, tout en condamnant les premiers la funeste précipitation de la Gazette de France. Sur ces entrefaites arrive à Paris la note secrète de Bernetti; elle est communiquée par le Roi au cardinal de Latil; le Ministre Ja fait lire à l’Archevêque de Paris et au duc de Rohan, nommé à l’archevêché de Besançon. Ce fut l'abbé de la Chapelle qui la porta à Reims. De quelles instructions était-il chargé? Quels conseils donnat-il? C’est ce qui reste un mystère. Toujours est-il que le Cardinal s’empressa de notifier à ses suffragants et aux Métropolitains du Royaume la dépêche suivante, en date du 25 septembre 1828 : « Le Roi ayant daigné me faire communiquer les réponses de Rome relatives

1 Par un singulier concours de circonstances , ces trois Prélats ont rcçu des mains du Gouvernement de juillet la récompense de leur soumission. L’Archevêque de Bordeaux et l'Évêque d'Arras sont devenus les Cardinaux de Cheverus et de Latourd'Auvergne, M. Raillon, ancien Prêtre jureur et Évêque de Dijon, fut transférc sur le siége d'Aix.

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