‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 35 sur 76 · DER · texte numérisé non relu

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aux ordonnances du 16 juin, et m'ayant invité à vous en donner connaissance, j'ai l'honneur de vous informer que Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans réserve des Évêques de France envers Sa Majesté, ainsi que de leur amour pour la paix et tous autres véritables intérêts de notre sainte Religion, a Fait répondre que les Évêques doivent se confier en la haute piété et en la sagesse du Roi pour l'exécution des ordonnances et marcher d'accord avec le trône. »

Les jourhaux avaient été indiscrets; le cardinal de Latil fut malavisé en donnant à la note une extension qui n’était ni dans ses termes ni dans son esprit. Cet acte de courtisan devait froisser les Évêques. Ils se plaignirent de cette intrigue, qhi leur paraissait à juste titre un piége tendu par l'administration sous les noms du Pape et du Roi. Latil s'était prononcé ainsi qu’eux contre le principe et la fin des ordonnances; il allait au delà du texte de la note émanée dé la chancellerie romaine, note dont quelques-uns mettaient en doute l'authenticité, puisqu'elle ne leur était connue que par un commentaire inexact. L'Épiscopat se sentait engagé; on prétendait que Bernetti et Lambruschini avaient cédé avec trop e facilité. Les feuilles quotidiennes s'enivrèrent de leur colère; elles furent injustes à force de vouloir être justes, Confondant les intérêts de parti et la question religieuse, la presse incrimina avec véhémence', car il est dans

: Les choses furent poussées si loin que le Nonce du Saint-Siége, répondant à l’Archevêque administrateur de Lyon qui lui demandait des instructions, ne put s'empêcher de lui mander : « Je me permets de vous dire que j'ai la certitude que mouseigneur le Cardinal Beruetti, secrétaire d'Etat du Très-Saint-Père, a réellement écrit une lettre de réponse à M. le Ministre des affaires étrangères du Roi. Cela est un fait; mais je dois vous déclarer trés-positivement que des articles que Votre Grandeur aura pu lire dans quelques journaux de Paris, et. particulièrement dans la Quotidienne, par rapport à cette lettre, sur la persanne très-respectable du Cardinal Bernetti et sur la mienne aussi, sont pleins non-seulement d'inexactitudés et de faussetés, mais des plus noires et plus perfides calomnies, Monseigneur le Cardinal

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l'essence même de sa vie de se nourrir de soupçons, de se passionner sans cesse et de chercher à expliquer les affaires auxquelles on ne l’initie point par des défiances dont ia rapidité de l'improvisation ne lui permet pas toujours de calculer la portée.

Bernetti est le plus honnête personnage du monde, et moi je n'ai pu que hautement frémir par rapport aux abominables insinuations qu'on n'a pas rougi de répandre sur son compte, »

Cette note du Cardinal Lambruschini sert à prouver quelle fut alors l'amertume des jouruaux, Le mème désespoir s'exhale avec encore plus de liberté dans une lettre écrite par le Père Antoine, abbé de la Trappe de Meilleraie, Ce Religieux, dont les vertus sont connues de la France entière, écrivait à un Évêque sous le cou» de ses premières impressions, et nous ne citons sa lettre que pour démontrer jusqu'a quel point d'injustice l'irritation peut égarer les plus nobles natures, C'est du Dalmate de saint Jérôme ; mais ce langage étrange servira à dessiner la position, « Combien il serait à désirer, écrivait le Trappiste, que tous nos seigneurs vissent comme vous le danger que l'on court et les piéges que l'on tend à la Religion et à l'Épiscopat. La réunion de tous les Évêques de France formait une masse si imposante, qu'elle écrasait tous les prétendus Libéraux ; ils avaient d'ailleurs prononcé unanimement un mot solennel qui semblait devoir fermer accès à toute concession indigne de leur carartère et de leurs principes : Non possumus ; et voilà que les menées du Ministère, le tripotage d'un petit avocat, le bavardage d'un favori, d’un curdinal-clerc, qui peutêtre a été gagné comme les Caprara ou les Consalvi, vient semer l'alarme, le trouble et la division. Mais rien, Monseigneur, comme vous me le dites très-bien, n'est audessus de là circulaire de Monseigneur le Cardinal de Latil; c'est un mouument de plate adulation, de faiblesse, d'ignorance et de sottise. Sans examiner une question délicate en litige de ce ton tranchant dont sait si bien se couvrir la médiocrité, sans citer, comme vous le remarquez très-justement, Monseigneur, une autorité, une lettre dont il serait bon d’avoir le texte, il a l'air de faire dire au Souverain Pontife, ru au moins à son confident, qu'il faut que les Évêques de France marchent avec le ‘25e. Cette proposition, aussi ridicule que fausse, est, dans sa généralité, oil. le toutes les qualifications dont la vieille Sorbonne écrasait autrefois une assertion erronée. Monseigneur, qui a de la mémoire, aura lu dans quelques mauvais pamphlets cette phrase aussi ridicule que triviale, qu'il faut ER VE avec son siècle, et, par une heureuse imitation, il dit à l’Épiscopat français d'un air d'autorité qu'il faut marcher avec le trône; c'est le trône alors, comme de raison, qui est enseignant, et le corps épiscopal écoutant et suivant, Oh! combien nos bishops anglais vont être réjouis d’une pareille doctrine! Voilà nos Prélats à leur niveau; bientôt nous ferons le Roi, comme George 1V, defensorem Fidei, Le grand malheur, Monseigneur, c'est que beaucoup de respectables Évêques ne feront pas ces réflexions, et qu'avec les meilleures intentions ils jureront in verba magistri, De là schisme, division, séparation , et c'est là ce que nous avons seulement à craindre ; la persécution n'est rien quand on demeure unis... Je demanderais volontiers, Monseigneur, à Son Éminence si saint Ambroise marchait avec le trône, quand il excommuniait uu pieux Empereur; saint Thomas de Cantorbéry, quand il résistait à Henri Il, et le saint Évêque Fisher à Henri VIII, Marcher avec le trône c'est marcher avec le Ministère, avec le Constitutionnel, c'est marcher avec Crammer, c'est nous mener au schismé et à l'hérésie, Les Évéques de France marchaient-ils, en 1790, avec le urône, bien qu'ils aimassent ct respectassent Louis XVI? »

Le Roi avait dit que les ordonnances ne seraient pas rigoureusement exécutées; mais les Évéques pensaient , et avec raison, que le Ministère trouverait moyen d’éluder cette promesse. Le Ministère voulait vivre; pour cela il lui fallait l'appui du Libéralisme. Les Royalistes s'étaient séparés de lui, les Catholiques le combattaient à outrance : il n’avait donc de partisans que parmi les adversaires de la Religion et de la Monarchie. Son plan et sa marche étaient connus. Il devait s’opnoser à toutes les volontés du Roi afin de conquérir dans les Chambres une majorité quelconque. Cette majorité ne lui serait aumônée qu’à la condition d’être inflexible dans les mesures à prendre contre les Jésuites et contre le Clergé. La dépêche du cardinal Bernetti modifiait sensiblement les dispositions de l'Épiscopat. L'Archevêque de Paris, le Nonce du Saint-Siége et les autres Prélats réunis dans la capitale jugèrent qu'il importait de mettre un terme aux dissentiments. Sans accepter néanmoins la légalité des ordonnances, il fut décidé qu’un projet de lettre au Ministre des affaires ecclésiastiques serait soumis à chaque Évêque. Le 8 octobre, les Prélats firent passer à leurs collègues une note secrèté qui expliquait le but de cette démarche. Elle est ainsi conçue :

« La note adressée à NN. SS. les Évêques, sous la date du 8 octobre 1828, n’a point été numérotée, parce que, ayant été communiquée au gouvernement, elle n’a point paru devoir être comprise dans la série des notes purement confidentielles.

» On croit utile d'envoyer celle-ci pour mettre NN. SS. mieux à même de juger la position des choses, et de continuer, autant que possible, cette précieuse unanimité de conduite et d’expression de sentiments en des actes d’une si haute importance. Sans doute il reste libre à

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