‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 36 sur 76 · SS · texte numérisé non relu

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 265 chacun de penser que l'opinion du Souverain Pontife a pu être influencée par les envoyés du gouvernement; que Sa Sainteté a pu ne pas être informée bien exactement du véritable état politique et religieux de la France et de l'effet plus ou moins favorable de la résistance des Évêques, comme aussi des conséquences probables qui en résulteraient pour l'avenir. Mais, indépendamment de ces réflexions (et de plusieurs autres qui peuvent faire naître des craintes bien légitimes), toujours est-il que l'Épiscopat semble à couvert par les insinuations et les désirs qu'a manifestés la cour de Rome. On sait que, dès le commencement de ces tristes affaires, le zèle et la fermeté des Évêques ont été loués par le Souverain Pontife; toutefois, l'espèce d’obscurité qui enveloppe les motifs de la conduite présente du Saint-Siége a bien son avantage, en ce que les Évêques ne feraient maintenant, par leur déférence, qu'honorcr l'autorité prépondérante du chef de l’Église ct conserveraient intacts leurs droits pour l'avenir, Ce ne serait qu’une condescendance temporaire, qui répondrait à une nécessité actuelle ou présumée telle par le Souverain Pontife. La question de droit demeure entière, puisqu'il est certain qu'il n’est intervenu, de la part du Saint-Siége, ni jugement ni décision qui combatte ou redresse les principes posés par les Évêques dans leur Mémoire, ct que Rome u’a fait non plus aucune concession réelle, rien qui puisse légitimer ou consacrer pour la suite les derniers empiétements du pouvoir civil sur les droits incontestables de l'Épiscopat. Le parti proposé dans la note et la lettre du 8 octobre, signées par monscigneur l’Archevêque de Paris, semble offrir l’avantage de conserver plus facilement l'unité dans le corps des Évèques de France, et de retrouver aussi plus facilement cette presque unanimité

266 HISTOIRE de conduite et de défense dans tous les graves intérêts religieux qui pourraient encore nous menacer.

» Il est d’ailleurs facile d'apprécier à combien peu de choses se réduisent les concessions des Évêques s'ils suivent le mode indiqté (mode qui a été communiqué au gouvernement , ét dont on sait qu'il se contentera s’il est généralement adopté), surtout si, comme le jugent nécessaire les sept Prélats dont les noms sont inscrits, on s’en tient rigoureusement à ne se servir d’aucun des tableaux du Ministre, mais à donner, par forme de lettre, les seuls renseignements désignés dans la note du 8 octobre, savoir : un exposé libre de la situation du ou des petits Séminaires, qui contiendrait le nombre actif des élèves, le nombre présumé nécessaire, le nom des Supérieurs ou Directeurs qui seraient qualifiés de prêtres séculiers; enfin une note générale sur les ressources pécuniaires du diocèse, qui ferait connaître que la plus forte somme de secours serait encore bien audessous des besoins. »

Dans la position où l’Église gallicane se débattait sous une funeste condescendance du pouvoir, le plan adopté par les Évêques était le seul praticable. Ils consentaient bien à ne pas entraver le ministère; ils faisaient tous les sacrifices que le besoin de la paix leur imposait; mais, en s’épargnant la responsabilité d’un avenir chdrgé de nuages, les Prélats s’arrétaient à la limite de leurs droits et de leur conscience. C’était, pour ainsi dire, un armistice que l’Épiscopat accordait au gouvernement afin de lui laisser le temps de réparer le mal ou de se précipiter plus ävant dans la voie des concessions. Le Cardinal de Croi et l'Archevèque administrateur de Lyon furent les seuls qui refusèrent toute espèce d'adhésion au projet conciliateur; d’autres, tels que les Évêques de Chartres,

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DE LA COMPAGNIE DEF JÉSUS. 267 de Nevers, de Nantes et de Rennes, s’en rapportèrent à la majorité.

. Rome avait parlé d’une manière indirecte; néanmoins la cause fut finie. L'Église de France écouta des conseils que le Souverain Pontife ne donnait que sous forme diplomatique, afin de laisser au Clergé toute sa latitude d'action dans’üne affaire qui n’intéressait hi le dogme ni la morale. Les Évêques ne reculaient devant aucune des exigences administratives; mais ils s’opposaient à ce que de nouvelles atteintes fussent portées à la liberté des consciences. Le gouvernement ne sut pas s’en tenir

à ce triomphe négatif. Il avait soif des applaudissements .

libéraux : il brisa les huit maisons d'éducation que, de l'aveu même de l'Université, les Jésuites rendaient prospères. Sous l'empire d’une Charte proclamant la liberté, M. de Vatismenil réalisa une idée qui avait échappé au génie ombrageux de l'Empereur; il obligea tous les professeurs à déclarer qu'ils n'äppartenaient à aucune Congrégation non autorisée par les lois. Le besoin d'ouvrir les petits Séminaires était flagrant; MM. Vatismenil et Feütrier pressaient Les Évèques de se soumettre, il fallut subir dvec une douloureuse résignation ce dernier attentat à l'indépendance du Prêtre et de l'homme. Il y eut des letires pleines de dignité adressées au Ministre; le Cardinal de Clermont fit entendre son célèbre : etiamsi omnes, ego non, et Feutrier répondit souvent avec autant de convenance que d'esprit à ce blâme universel. Le ministère Martignac-Portalis croyait avoir enfin rattaché à sa fortune l’opposition révolutionnaire; le Globe ne lui laissa pas long-temps cette pensée de satisfaction intime. Les Constitutionnels avaient poussé le gouvernement de Cliarles X à mutiler l'Église; 11 allaient attaquer le gouvernement lui-même, et ils insultaient le

Clergé avec des paroles que l'histoire ne peut omettre. « La querelle des Évêques, disait la feuille doctrinaire le 10 septembre 1828, touche à sa fin; cette petite fronde de sacristie meurt sous le ridicule, comme toutes les insurrections sans force et sans nationalité, qui débutent par des cris de : Vaincre ou mourir! et désarment paisiblement au premier choc. Il ÿ aurait, en vérité, trop de bonhomie à se battre ‘plus long-temps contre ce spectre de l'Épiscopat ; car, si ses clameurs peuvent encore troubler quelques âmes pieuses et crédules perdues çà et là dans la foule, si quelque danger peut venir de ses intrigues et de ses menées, il y a bien un autre danger à se laisser prévenir et à détourner notre attention des actes du ministère, C’est avec le ministère que nous avons affaire. »

Au milieu de ces débats, les Jésuites, que le Libéralisme représentait comme les dominateurs de la France et comme des casuistes toujours prêts à tourner la loi ou à violer les serments, se retiraient de leurs Colléges sans proférer une plainte.

L'Épiscopat avait soutenu une lutte qui était un glorieux témoignage de leurs services; ils jugèrent opportun de ne s’y mêler en aucune façon. Ils se séparèrent de leurs élèves, qui versaient des larmes et qui protestaient publiquement contre l'œuvre de destruction; ils entendirent le Clergé rendre hommage à leurs vertus; ils virent les cités les plus importantes du Nord et du Midi s'associer au deuil de l’Église. et de la jeunesse; ils ne trouvèrent partout qu'estime et regrets. Cette douleur eut une manifestation si saisissante qu’elle se refléta jusque dans les travaux et les vœux des Conseils généraux, les véritables représentants des besoins du Royaume, et elle n’échappa point au Constitutionnel lui-même. Le

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 269 4 août 1828, il la signale avec terreur :« Ce qui contraste, dit-il, d’une manière bien plus choquante avec les sentiments du pays, c'est l'expression des votes d’un trèsgrand nombre de Conseils sur l'instruction publique. Ils sollicitent une loi pour qu’elle soit exclusivement selon les uns, ou en concurrence selon les plus modérés, livrée à des corporations religieuses. Le Conseil général du Doubs demande que les Congrégations déjà existantes soient autorisées légalement. Celui du département de Vaucluse est plus franc : il vote pour que l'instruction publique soit confiée notamment aux Jésuites, dont l'intérêt de la Religion et de la Société réclame le rétablissement. »

Ainsi cette persécution de dix ans, organisée par le Libéralisme et sanctionnée par un ministère immolant la Religion et la Monarchie pour vivre quelques jours de plus sous la protection des idées démagogiques, n’aboutissait qu’à faire glorifier la Compagnie de Jésus. La presse libérale la calomniait, le pouvoir essayait de la bannir, et le Clergé, la jeunesse, ies pères de famille, les Conseils généraux s'unissaient pour proclamer sa nécessité, La France chrétienne adoptait les Jésuites, la France révolutionnaire les flétrissait. Pendant ce temps, voilà les mesures qu'ils prenaient pour résister à l'assaut permanent que l’impiété leur livrait. Le Père Godinot, Provincial de France, écrivait, le 7 août 1828, aux Supérieurs des huit petits Séminaires : « Après votre distribution de prix, qni doit être faite sans éclat et sans discours qui tendent à faire des allusions ou à exciter des regrets, vous donnerez à tous les huit jours de vacances pleins que permet l’Institut; puis, tous feront la retraite annuelle avec le plus de recueillement et le plus de ferveur qu’ils pourront. »

Ce fut ainsi que les Jésuites sortirent des établissements que les Évèques leur avaient confiés sous la protection des lois.

La Révolution venait ‘de faire une large plaie au Catholicisme. Elle avait pu mesurer jusqu’à quel degré Charles X pousserait les sacrifices. Après ce premier succès, elle résolut de tenter une campagne décisive contre la Royauté. Le Monarque, ayeuglé par de menteuses déférences, hésitait devant les Libéraux ne tirant leur audace que de la pusillanimité des admipistrations. On espéra amener le Roi à briser de ses propres mains le sceptre que sa loyauté trop débonnaire n’osait changer en épée de justice. La Révolution avait dit, même sous les ministères Villèle et Portalis, que les Jésuites régnaient et gouvernaient'. Quand le prince de Polignac fut appelé aux affaires, elle ne mit plus de bor-

‘ Un homme qui a été calomnié lui-même, mais qui, à force de courage et de talent, a contraint ses ennemis à l'honorer et à lui décerner publiquement des témoignages d'estime, le comte de Peyronnet, ancien ministre de la justice et de l'intérieur, résumait ainsi, dans ses Esquisses politiques publiées en 1829, la situation faite aux Jésuites, Ce passage était vrai à cette époque; nous croyons qu'il aura long-temps encore un intérêt d'actualité : |

« On a dit que les Jésuites nuisaient à la Religion : et qui a dit cela ? des hommes qui n'aspirent qu’à la ruine de la Ke‘igion,

» On a dit qu'ils étaient ennemis des Rois : et qui a dit cela? des hommes qui n'aspirent qu'à la chute des Rois.

» On a dit qu'ils étaient ennemis de la Charte : ct qui a dit cela ? des hommes qui la violaient ouvertement à leur détriment.

x On a dit qu'ils exerçaient une influence pernicieuse dans l'État : et qui a dit cela * des hommes dont la funcste influence fait depuis trente ans tous les malheurs de l'Etat,

» On a d4 qu'ils n'étaient pas tolérants : et qui à dit cela? des hommes qui sont animés envers eux de la plus coupable intolérance qui fût jamais ; intolérance des hommes qui ne croient point.

»* On à dit qu'ils étaient ennemis de la liberté : et qui a dit cela? des hommes qui les chassent de leurs églises, de leurs écoles et de leur pays; des hommes qui blessent à la fois dans leur personne la liberté religieuse, la liberté politique et la liberté civile, |

» Ni la sottise de l'accusation, ni l'effronterie des accusateurs n’ont suffi, On savait bien qu'on était trompé, mais on voulait l'être,

» Quand je haïrais et redouterais les Jésuites autant que leur plus fanatique ennemi, je croirais encore que le maintien de la liberté de conscience est d'un plus grand prix que leur expulsion, »

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DE :.A COMPAGNIE DE JÉSUS. 271 nes à ses débauches d'intelligence. Les Jésuites devinrent les promoteurs des coups d'État; ils furent les conseillers, les agents invisibles de la réaction; ils formèrent avec le nonce Lambruschini une-camarilla * de Prélats

* On sent bien que ce n'est ici ni le lieu ni le temps d'expliquer l'insurrection de juillet et les causes qui ponssèrent le Ministère Polignac à son ceup d'État. Il importait aux conspirateurs d'associer la cour de Rome aux manœuvres occultes qu'ils signalaient chaque matin, afin de frapper de la même calomnie le Saint-Siége et la Royauté. Ils s'emparèrent du nom de Lambruschini pour en faire le chef de Ja Camarilla, Ils accusèrent sans preuves, même sans premiers indices, mais ils accusèrent, Leurs allégations furent acceptées, comme plus tard on jeta en pâture à la crédulité publique que les Chanoines septuagénaires de la métropole de Notre Dame de Paris avaient fait feu sur le peuple et que Charles X à Saint-Cloud avait ordonné aux Suisses de passer par les armes trois compagnies de Ja garde royale. Ces audacieuses impossibilités ne devraient avoir cours qu'au moment de la lutte; il y a des écrivains qui les recueillent dans la rue et qui leur donnent une espèce de sanction en les publiant dans leurs ouvrages. L'Histoire de la Restauration par M. Capefigue s'est faite l'écho de quelques-unes de ces rumeurs, et à Ja page 303 du dixième vo Jume, on lit: « Le Dauphin, la Dauphine, et même, dit-on, le duc d'Orléans, dans les rares et secrètes occasions où Charles X lui parlait affaires, l'engageaient à se montrer Roi, 11 fallait en finir avec la Révolution; c'était le cri de cette petite Camarilla qui entourait le vieux Roi et sur laquelle commençait à prendre influence le Nonce du Pape. » |

Ainsi, d’après le chroniqueur qui se prétendait homme d'Etat, et qui, au lieu d'écrire l'histoire, se contentait de l'inventer, la Dauphine, dont tous ceux qui l'ont approchée connaissent les défiances à l'égard de M, de Polignac, se laissa séduire par l'idée d'un coup d'État et le duc d'Orléans le conseilla, Louis-Philippe en a profité ; Mais nous, qui ne tenons de lui aucun emploi, aucune faveur, aucun salaire, nous croirions être injuste envers ce Prince en Jui accordant si légèrement un E’evet d'hypocrisie, M, Capefigue se trompe pour le duc d'Orléans comme pour le Cardinal Lambruschini, La Camarilla fut un nom de guerre créé afin d'attaquer la Royauté, Cette Camarilla n'existait pas; grâce à la fécondité d'imagination des journalistes et des écrivains politiques , il n’y eut rien de plus aisé que de la voir partout. M. Capefiguc n'en a cependant point fini avec le Saint-Siége; et à la page 386 du dixième volume, il affirme que « le Nonce Lambruschini fut seul dans la confidence des ordonnances, »

Ainsi que Îles ambassadeurs étrangers et les hauts fonctionnaires de l'État, Lambruschini ve connut que par le Moniteur les mesures adoptées. Tout le monde sait aujourd'hui que les Ministres eurent le tort de garder trop fidèlement le secret qui leur était imposé, et ceux qui vivent encore sont les premiers à aveuer qu'ils en firent mystère à leurs copfidents les plus intimes. Tandis qu'on se battait dans les rues de Paris, Lambruschini peusa qu'il était de son devoir d'aller offrir ses services au Roi et de lui parler franchement de la situation menaçante dans laquelle le repos de la France se trouvait conipramis ayec celui de l'Europe. 1] se rendit à Saint- Cloud, bravant tous les dangers qué son costume et son nom allaient Jui faire courir, Il exposa à Charles X les conséquences qui surgiraient, Il reçut pour toute réponse que le Roi avisait à mettre le duc de Bordeaux sous la garde de la Veudée Militaire, et que lui songeait à se placer de sa personne à la tête du camp de Saint-Omer, Charles X voulait marcher contre la capitale, Ces résolutions, ainsi annoncées ct mises en avant comme un remède in extremis, parurent impraticables

et de courtisans qui n’exista jamais que dans l’imagination de la presse; ils furent les incendiaires® qui cou-

au Nonce. 11 le fit comprendre au Roi, dont il connaissait le caractère; et ce fut la seule part que Lambruschini prit aux événements, en dehors des réunions diplomatiques qui eurent lieu alors,

‘ Pendant l'instruction du procès des Ministres signataires des ordonnauces de juillet, M. Bérenger, commissmre-accusateur près la chambre des pairs, reçut de Toulouse une lettre datée du 1° octobre 1830, Cette lettre était ainsi conçue :

« Monsieur, des malheurs inouïs me forcèrent à devenir l'instrument d'un parti dont j'étais un principal agent dans les incendies qui désolèrent la Normandie , et qui devaient s'étendre sur la France entière si j'avais rempli les instructions données à ce sujet,

» Mais le cri d'alarme des journaux, le tableau qu'ils présentaient du déplorable état de ces victimes, et, si j'ose le dire, mes propres sentiments, m'inspirèrent une horreur de moi-même, Je saspendis mon infâme mission; je pris la fuite pour me soustraire à la rage de ceux qui comptaient sur moi et arrêter ainsi le cours des dévastations que je devais organiser dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, etc. ;

» Je n'ai pas jugé à propos de livrer la majeure partie des pièces à l'appui de ma déclaration, Une seule lettre, qui prouve mon affiliation avec la Congrégation de Montrouge, qui me transmettait les ordres qu'elle recevait du prince de Polignac, m'a été saisie,

» Ma volumineuse correspondance , les instructions écrites, les listes qui désignaient les propriétés à incendier et le nom des personnages qui devaient me donner de plus amples renseignements, ainsi qu'une espèce de sauf-conduit , interprétatif, il est vrai, mais dont il est facile de deviner le but par l’ensemble de toutes les pièces, et signé prince de Polignac, toutes ces preuves authentiques sont à ma disposition; mais je ne les livrerai entre vos mains qu'alors qu'un homme d'entre vous, messieurs, m’aura donné sa parole qu'il ne sera rien fait à la personne qui en est le dépositaire, et que j'obtiendrai quelque adoucissement aux peines qui pourront être prononcées contre moi, Je demande cette assurance de votre part, car vous aurez le pouvoir de la tenir, »

L'auteur de cette dénonciation, qui allait si bien aux idées du temps, se nommuait Charles-Théodore Berrié; c'était un repris de justice, un voleur condamné en 1824, condamné de nouveau en 1826, En 1830, il se trouvait dans les prisons de Toulouse sous le poids de plusieurs accusations, lorsqu'il s'imagina que les feuilles libérales avaient assez menti à la France sur le compte de la Société de Jésus pour l'autoriser lui-même à continuer leur œuvre, Ancien détenu de Bicêtre, il y avait vu les Pères prêcher et consoler les prisonniers ; il avait lu sans aucun doute les impostures dont le Constitutionnel, le Courrier français et le National se repaissaient ; il crut qu'en se portant l'aceusateur des disciples de l'Institut il obtiendrait quelque allégement ou que peut-être il passerait grand citoyen. 1 écrivit donc la lettre citée plus haut. La chambre des pairs, comme la presse libérale, n'avait plus besoin des Jésuites pour battre en brèche la Religion et la Royauté; il ne lui restait plus qu'à savoir être équitable, Le comte Bastard de l’Estang, rapporteur de la commission d'accusation, ne put s'empêcher de dire en parlant de ce misérable, qui avait si mal choisi son moment : « Tous les autres points de sa déclaration sont également éclaireis, et partout le mensonge est constaté. S'il se fût agi d'une affaire moins grave, un paveil incident eût été écarté sans examen; mas il vaut mieux encore qu'il ne le soit qu'après une complète vérification des faits. »

Berrié était reconuu menteur par la Cour des Pairs; mais ce qu'il ne disait pas,

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 273 vrirent la Normandie de deuil et de ruines; puis, au moment où les ordonnances du 25 juillet 1830 éclatèrent comme la foudre, on oublia les Jésuites pour renverser le trône. La tempête les avait dispersés : ils erraient çà et là. On pillait leurs maisons pour se donner le droit de les accuser encore; mais le triomphe du libéralisme devait enfin amener celui de la vérité. La Révolution était victorieuse; elle eut l’audacieuse franchise de proclamer elle-même ses impostures. Le Globe, dont MM. Duchâtel, Cousin, Charles de Rémusat et Dubois s’étaient fait une arme contre les idées religieuses et monarchiques, s’écria, le 24 octobre 1830, en s'adressant aux vaincus :

« Tout ce que vous invoquez, tous ces articles de la Charte et de nos Codes que vous citez avec profusion, tout cela n’est que des fictions ingénieuses. Lorsque nous avons juré fidélité à Charles X et obéissance à la Charte; lorsque nous avons étourdi ce Monarque imbécile de nos protestations d'amour, lorsque nous couvrions pour lui nos routes d’arcs de triomphe, lorsque nous rassem-

c’est qu'il avait trouvé des dupes ou des complices, et que ce fameux brevet d'affilié à la congrégation de Montrouge était tout simplement un diplôme falsifié et orné de la prétendue signature de l'abbé Desmazures , lui conférant le titre de gardien du Saint-Sépulcre. Ce diplôme avait été saisi sur lni, le 8 mars 1830, lorsque le commissaire de police Lamarle l'arrêta à Bordeaux. Les faits étaient constants, apurés même par la Cour des Pairs ; la presse libérale ne resta cependant pas moins convaincue que cet homme avait eu des relations inceudiaires avec les Jésuites, Plus tard, il obtint la liberté avant l'expiration de sa peine, et, il faut être juste, l'on n'accusa pas les enfants de saint Ignace de cette grâce.

Dans ce temps-là, plusieurs coupables espérèrent se faire acquitter en se donnant les Jésuites pour instigateurs de leurs crimes, Ils voyaient que la calomnie avait si bien réussi en faveur de plus audacieux, qu'ils calomniaient à leur tour et à leur manière. Berrié se proclamait incendiaire du fait de la Compagnie ; un jardinier de Verrières, nommé Troclet, imagina de se justifier ainsi de l'assassinat qu'il avait commis sur la personne de Bellaure, habitant d'Antony, son créancier, Il'accusa le Père Jennesseaux et deux autres Jésuites, qui, le 28 juillet 1830 , l'avaient, prétendait-il, chargé de leur cacher une malle pleine d'objets précieux. Devant la Cour d'assises de la Seine, présidée par M, Agier, Troclet reproduisit sa fable, Le Père Jeunesseanx ne l'avait jamais connu, jamais vus cela resta démontré, L'assassin fut condamné à mort le 23 mai ISA et le Jésuite mis hors de cause,

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