‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 37 sur 76 · VI · texte numérisé non relu

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blions les populations sur son passage pour le saluer de mille acclamations, lorsque nous semions l’adulation sur ses pas; lorsque les temples, les académies, les écoles retentissaient d’un concert parfumé d’éloges, de bénédictions pour lui et pour sa race; lorsque nos poëtes chantaient ses vertus, lorsqu'ils s’épanchaient en allusions lotahgeuses sur la bravoure de ce nouvel Henri IV,

la grâce de cet autre François 1", tout cela n’était qu’une feinté à l’aide dé laquelle nous tâchions de nous dérober aux chaînes dans lesquelles il s’efforçait de nous enlacer. Vous avez été comme ün de ces spectateurs novices qui, dssis au parterre pour la première fois, prennent pour la réalité la scène que l'on joue devant eux. Détrompez-Vous; pairs, députés, magistrats, simples citoyens, nous avons tous joué une comédié de quinze ans. »

Les Jésuites étaient chassés de France, les véritables hÿpocrites s’y révélèrent. Cette déclaration fut une leçon significative, Ze National ne resta pas en arrière de semblables épanchements. 11 était devenu républicain sous la rédaction de Carrél, de Béquet, de Passy, d'Émile Pereire et de Chambolle, comme ses anciens associés s’improvisaient ministres, pairs de France ou dipnitaires de l'Université. Le 17 octobre 1832, il étala aux yeux de l'Europe les mensonges convenus qui avaient été mis en jeu pour perdre les Jésuites:

« La Restauration est tombée, disait-il, et avec elle les Jésuites, On le croit du moins. Cependant toute la France a vu la famille dés Bourbons faire route de Paris à Cherbourg et s’embarquer tristement pour l’Angleterre, Quant aux Jésuites, on ne dit pas par quelle porte ils ont fait retraite; personne n’a plus songé à eux le lendemain de la Révolution de juillet ni pour les attaquer ni pour les défendre. Y at-il, n’y a:t-il pas encore

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 275 des petits Séminaires, des Congrégations non autorisées par la loi? Il n’est pas aujourd’hui de si petit esprit qui ne se croie avec raison au-dessus d’une pareille inquiétude, et de très-prands esprits s'étaient consacrés, sous la Restauration, à inspirer à la France la baine et la peur de cette fameuse Congrégation jésuitique qui n'existait peut-être point ou ne valait pas la peine qu’on s’enquît de son existence.

» Était-ce donc une comédie que cette infatigable polémique de la presse patriote contre les Jésuites? était-ce pure. manie de persécution, si l'on trouvait mal que M. Dupin portàt les cordons du dais à Saint-Acheul? Non, on savait bien que la Société de Jésus proprement dite n'offrait pas de bien grands dangers; on n’en voulait qu’à l'esprit jésuite, l’esprit dévot, l'esprit tartufe : c'était l’esprit de la dynastie régnante. On s’entendait à merveille sur la valeur du mot jésuitisme : il était synonyme de dévouement à la légitimité. On disait dans ce temps-là jésuite pour royaliste : il eût été dangereux de s'attaquer à la légitimité en l'appelant par son nom; on la saisissait dans l’une de ses manières d’être, et la plus odieuse, qui était l'esprit jésuite.

» La France, petit à petit, se prit d’une haine implacable, universelle, immense, pour ce qu’on appelait la faction, quelquefois même la coterie jésuite , et il arriva un moment où, pour perdre Charles X, il suffit d'affirmer qu'il était Jésuite; que, comme Jésuite, il professait la doctrine des restrictions mentales; qu'en prétant à Reims serment à la Charte, il avait dans sa poche l'absolution de ce parjure, et qu’ainsi le coup d’État était sa pensée favorite.

» C'est comme cela que raisonnent et parlent les

masses dans tous les temps; elles donnent à leurs soup-

276 HISTOIRE cons unc forme matérielle qui les aide singulièrement à soutenir le combat. »

Devant cette cynique théorie de l'imposture qui, révélée à la France, sera encore mise plus tard en œuvre avec Île même succès, il ne reste à l’histoire que le droit de flétrir tant d’impudence et de prendre en pitié la crédulité des hommes.

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