‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 40 sur 76 · LEE · texte numérisé non relu

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avait en effet pris ouvertement parti contre les Pères. On le savait attaché à ses idées, juste, mais inflexible dans sa volonté. Il n'avait aucune chance de s'asseoir sur la chaire de saint Pierre. Néanmoins, le 28 septembre 1823, il fut élu, malgré les puissances et surtout malgré Consalvi. Annibal, ainsi que le disaient les Conclavistes, Annibal était aux portes de Rome; il y entrait en m'üître, et son intronisation faisait trembler les Jésuites. Aucun d’eux n'avait oublié les événements qui précédèrent la Congrégation générale. Dans la tristesse de leurs àmes, tous s’avouaient qu’un ennemi leur était né, Cependant la réflexion vint avec le temps, et, dès le 11 octobre 1823, le Père Rozaven, faisant au Père Billy l'historique du Conclave, s’exprimait ainsi sur Léon XI :

« Ce nom promet beaucoup, et il paraît vouloir r'emplir l’attente commune; car en peu de temps il a fait beaucoup de choses, et des choses très-utiles; mais je ne puis entrer dans ces détails. Ce que vous désirez de savoir et ce que vous attendez que je vous dise, ce sont ses sentiments pour la Compagnie. D’après certaines choses, qui se sont passées il y à trois ans, nous avions sujet de craindre qu’il ne fût pas très-bien disposé pour nous; mais Dieu tient dans ses mains le cœvr des Rois, et surtout celui des Papes est en la main de Dieu. En se revêtant de cette dignité, ils prennent un nouvel esprit. Jusqu'à présent, notre Père Général n’a pas pu lui être présenté, mais nous savons certainement qu'il nous est favorable, et qu’il ne tardera pas à nous donner une preuve publique et manifeste de sa bienveillance. Une personne pour laquelle il a beaucoup d’amitié, et qui en a beaucoup pour nous, ayant pris la liberté de lui recommander la Compagnie, il lui répondit ‘ « Vous

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 287 vous intéressez donc à la Compagnie, eh bien! sachez que je m'y intéresse plus que vous. »

« Je sais, de science certaine, plusieurs autres choses que je vous dirais volontiers, mais que je n'ose pas écrire, En somme, la Compagnie peut beaucoup espérer de notre nouveau Pape, que Dieu daigne conserver de longues années! mais il a des préventions contre quelques personnes. Si mon chétif individu, qui lui est fort peu connu, est du nombre de ceux qui n’ont pas le bonheur de lui plaire, c’est ce que je ne saurais dire certainement; on m’a dit que non, mais j’ai quelque lieu de le craindre. Quoi qu’il en soit, pourvu qu'il fasse du bien à la Compagnie, je suis tout content d’être jeté à la mer. S'il persuade au Père Général que l’air de Rome ne me convient pas, je suis tout résigné à aller respirer celui de France et même celui que respira le Père Beaugeant dans son exil. Qu'on me donne l’emploi de Professeur de logique et de métaphysique, pro nostris, et mon ambition sera satisfaite. J'aurais, je crois, un grand plaisir à enseigner à ces jeunes gens à raisonner Juste, chose que je vois devenir de jour en jour plus rare. »

La preuve publique et manifeste que le Père Rozaven fait espérer aux Jésuites de France de la part de Léon XIE ne tarda pas à être officiellement donnée. Le Pape ne proscrivit aucun des disciples de saint Ignace entrés en lutte contre le Cardinal della Genga, pas même le Père Rozaven. Bien mieux, le 17 mai 1824, il publia le bref Cum mult& in urbe, qui restitue à la Société de Jésus le Collége Romain, dont ses plus illustres maîtres avaient immortalisé le nom. Le marquis Patrizi, sénateur de Rome, s'était déjà, sous Pie VIE, rendu anprès du Saint- Siège l'interprète aes familles; il avait présenté au Pape une supplique dans laquelle on lit: « Le Collége Ro-

288 HISTOIRE | Main, sanctuaire dédié aux sciences et à la Religion, ancienne propriété de la Compagnie de Jésus, Séminaire d’une foule innombrable de personnages, célèbres par leur sainteté ou leur savoir, se trouve encore entre des mains étrangères. Quoique, en vertu d’un acte de Votre Sainteté, qui promet aux Jésuites la restitution de leurs anciennes propriétés non aliénées, on ne puisse douter que ledit Collége ne leur soit bientôt rendu, néanmoins, le Peuple ne croit pas devoir négliger les moyens qui lui semblent opportuns pour accélérer cette restitution, et avec elle le complément de ses vœux. »

Le Peuple Romain sollicitait cette faveur au pied du trône de Pie VIL, les événements, plus forts que la volonté des hommes, firent ajourner la demande par un Pape ami des Jésuites. Son successeur, qu'ils croyaient leur adversaire, exauça cette prière de son propre mouvement. Le bref de Léon XII commence aivsi :

« Entre les établissements nombreux que la prévoyante sollicitude des Souverains Pontifes a fondés dans notre Ville, pour procurer efficacement le salut et les avantages du peuple chrétien, un rang d’houneur est dû sans doute au Collége Romain; ce Collége qui, élevé à la gloire de la Religion et des beaux-arts par Grégoire XIII, d’heureuse mémoire, et construit avec tant de grandeur et de magnificence, a mérité, durant tout le cours de sa durée, de la part de nos prédécesseurs, des témoignages d’une sollicitude spéciale et d'ne bienveillance paternelle.

» C’est en effet une chose digne d’admiration et de souvenir pour la gloire de cet établissement que ce jardin fermé ait produit sans interruption jusqu'à nos jours des fruits de salut et d'honneur, c’est-à-dire que ce sanctuaire des beaux-arts ait formé pour Je bien de l'É-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 289 glise et de l'État un si grand nombre d'hommes éminents et recommandables par la sainteté de leurs mœurs, l'éclat de leurs dignités et l’excellence de leur doctrine.

» Ce Collége, qui doit son premier lustre à saint lgnace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, fut confié par les Souverains Pontifes aux clercs réguliers du même Ordre, qui le gouvernèrent avec succès tant qu’exista leur Religion, ainsi que le firent après eux les Prêtres séculiers chargés de sa direction. Mais comme Pie VIT, notre prédécesseur, en vertu des lettres apostoliques du 7 des ides d’août 1814, a rétabli la Compagnie de Jésus dans sa première dignité pour cette fin principale, à savoir qu'elle formät la jeunesse aux sciences et à la vertu, nous qui étions pleinement instruit de l'intention où était ce même Pontife de rappeler la Compagnie de Jésus dans le Collége Romain, nous avons cru devoir immédiatement délibérer sur cette affaire et consulter la Congrégation de nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Église que nous avons chargés de la tâche si importante d'établir dans tous nos États le mode d'instruction le meilleur et le plus avantageux, seul moyen de régénérer la société tout entière après des temps si désastreux et si funestes à l'Église. C'est pourquoi, de science certaine et en vertu de la plénitude de l’autorité apostolique, nous concédons, nous assignons et nous attribuons à perpétuité, par ces lettres, à nos chers fils les clercs réguliers de la Compagnie de Jésus, et, en leur nom, à notre cher fils Louis Fortis, Général de ladite Compagnie, le Gollége Romain, l'Église de saint Ignace et l’oratoire qui tire son nom du Père Caravita, les musées, la bibliothèque, l'observatoire, avec tout ce qui leur est annexé et en dépend, à condition qu’ils tiendront dans ce Collége, selon le mode an- VI. 19

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