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cien qui était en vigueur, l’an 1773, des écoles publiques auxquelles nous ordonnons d’adjoindre des chaires d'éloquence sacrée, de physique et de chimie, »
Dans les circonstances, ce bref était plus qu’une consécration pour la Société de Jésus; il devenait entre elle et le Saint-Siége un indissoluble lien, car à Rome les Papes ne cherchent point à détruire ce que leurs prédécesseurs édifièrent. L’approbation de Léon XIF, sanctionnant et augmentant les faveurs déjà accordées par lie VIE, était d'autant plus précieuse aux Jésuites que le nouveau Pontife ne balançait pas à porter la cognée dans les abus que son austère sagesse lui signalait. Toujours maladif, mais toujours prêt à se mettre au-dessus des souffrances du corps par l’inaltérable vigueur de son âme, Léon XIE devait ressusciter sur le trône les Pontifes les plus vénérés. Il comprenait les besoins de son siècle et l'esprit du ministère sacerdotal. Il était économe et juste, bienveillant et rigide : il ne lui fut donc pas difficile de s’entendre avec les Jésuites. Il ne leur avait pas été favorable avart son exaltation, le trône lui inspira d'autres idées ; le successeur de Pierre ne les cacha jamais. Il comprit que l’Institut n’était en butte à tant d'hostilités patentes ou secrètes que parce que les Pères défendaient la Religion et les gouvernements légitimes. Il résolut, par devoir et par reconnaissance, de protéger à son tour les disciples de saint Ignace; il ne faillit jamais à la mission qu’il se donnait. À Rome et dans les
îtats pontificaux, il n’avait qu’à laisser faire le vœu des populations, il l'encouragea. IL visita souvent les Maisons de la Compagnie, il travailla à la béatification de ses saints, accrut par des bienfaits le Collége Germanique ’, et développa dans tous les sens cette Société dont
‘ Le Cellége Germanique était déjà rétabli sur ses anciennes bases, Les deux pre-
il appréci neveux; il voit l'aîné maine, so!
la grandeu toutes les de temps :
était né, 1] lète, Au mi davantage ; Dans le mé des Nobles sa gloire pa professeurs enseigner Î:
plus disting la chaire d’a troverses, Ai Jean Perron nique Zecch que dirigeai lard ouvrit é micrs élèves qui sd preux, Evéque de drale, En 1819, F Valaisans, Ce germ Gésu; en 1825, Le tume, Maintenant « comme aux plus b d'Allemague, On r4 Georges Stahl, Évé par Pie VIE recteu par le Roi de Bavit " Les Jésuites ne existe à Rome une | du Jubilé, on ne ( Léon XII désira dom
criptions anciennes, son qui leur apparte
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 291 il appréciait le zèle et les lumières. Léon XIE avait des neveux; il confia leur éducation au Père Ricasoli, qui voit l'aîné de ces jeunes gens, revêtu de la pourpre romaine, soutenir sur le siége archiépiscopal de Ferrare la grandeur du nom de della Genga. La wllicitude de toutes les Églises n'empêchait pas le Pontife de jeter de temps à autre un regard d'amour sur la ville où il était né, Il avait déjà beaucoup fait en faveur de Spolète, Au mois de novembre 1825, il voulut encore faire davantage; il restaura l’ancien Collége de la Compagnie. Dans le même temps, il érigeait à Rome le pensionnat des Nobles !, Afin de rendre le Collège Romain digne de sa gloire passée, les Jésuites y réunirent l’élite de leurs professeurs. Antoine Kohlman laissa le Maryland pour enseigner la dogmatique ; Dumouchel, un des élèves les plus distingués de l’École Polytechnique, fut chargé de la chaire d'astronomie; Van Evenbroeck de celle des controverses. André Caraffa, Charles Grossi, Xavier Patrizi, Jean Perrone, Baptiste Pianciani, Michel Tomei et Dominique Zecchinelli secondèrent les efforts de ces savants, que dirigeaient Taparelli et Finetti. Le Père Louis Maillard ouvrit glorieusement l'arène des thèses publiques. miers élèves qui se formérent à l'école des Jésuites de Ferrare furent Joseph De preux, Evèque de Sion en Valais, et François Machoud, Chanoine de cette cathédrale, En 1819, Fontana, aujourd'hui Archidiacre de Fribourg, se joignit aux deux Valaisans, Ce germe du Collége allemand fat transféré à Rome dans la maisou du Gésu; en 1825, Léon NI ordonna que les Germaniques reprissent leur ancien costume, Maintenant cet établissement, qui n'a en propre ni maison ni église, prospère comme aux plus beaux jours de l'Institut. C'est encore la pépinière des Évèques d'Allemague. On remarque parmi eux le comte Lubienski, Évèque de Bsdiopolis; Georges Sul, Evèque de Wurzbourg; le comte Charles-Auguste de Reisach, nomme par Pie VHE recteur de la Propagande à sa sortie du Gollége Gersanique, et choisi par le Roi de Bavière pour Évêque d'Eichstadt et coadjuteur de Munich,
" Les Jésuites ne purent occuper ce nouvel établissement qu'en 1826, parce qu'il existe à Rome une loi religieusement observée, Cette loi veut que, durant le temps du Jubilé, on ne countraigne aucun locataire à sortir de la maison qu'il habite. Léon NU désira donner à tous les Fidèles nu exemple de respect en faveur des pres-
criptions anciennes, et les Jésuites ne s'installèrent qu'une année après dans la maison qui leur appartenait,
292 HISTOIRE Cette succession d’événements heureux ne prenait pas les Jésuites au dépourvu. Le Père Pallavicini avait décliné les houneurs de l'Épiscopat à Regpio; le Père Benoît Fenwich ne connut sa nomination au siége de Boston que lorsque les bulles et l’injonction de les accepter lui parvinrent. Antoine Kohlman et Pierre Kenney étaient proposés pour les évêchés de New-York et de Drummore. Ils en informent le Général de l’Institut. Fortis supplie le Pape de détourner de la tête des deux Missionnaires ce redoutable honneur. Léon XII accueille cette ambition d’humilité. Les Jésuites voulaient vivre dans l’indigence et dans le travail; un gentilhomme de Pologne leur apprend à mourir en saints. Le comte Michel Szczytt, né dans la Russie-Blanche le 3 décembre 1786, avait été l'un des plus intrépides soldats d’Alexandre I‘. C'était un homme à la stature colossale et dont la bravoure n’avait jamais connu le danger. Quand la paix fut signée, il renonça au métier des armes, et habita chez les Jésuites de Polotsk. Après avoir une dernière fois parcouru l'Europe, il se réfugia dans la capitale du monde chrétien, où le Père Rozaven le recut comme un . fils. Szczytt prit les ordres sacrés et, le 31 mai 1824, il entra au Noviciat des Jésuites. Le 24 juin 1825 il y expirait à l’âge de trente-neuf ans, léguant à tous ses frères de l’Institut l’exemple d’une vie édifiante et d’une mort précieuse devant le Seigneur.
Ainsi que cela s’était assez souvent rencontré dans les annales de l’Église, le Pape et le Général des Jésuites succombaient presque à la même heure. Léon XII terminait sa carrière le 10 février 1829, Fortis l’avait précédé dans la tombe de quatorze jours seulement. Le 27 janvier le Général avait rendu le dernier soupir. Par
quelques lignes tracées de sa main, il désignai pour
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 293 Vicaire le Père Pavani, Provincial d'Italie. Le chef intérimaire de l’Ordre appelle auprès de lui le Père Roothaan afin de le remplacer dans les fonctions qu’il abandonne, puis il convoque la Congrégation générale au 29 juin. Les principaux Jésuites qui y furent délégués étaient Jean Grassi, François Finetti, Louis Loeffler, Nicolas Godinot, Tom Glover, Sinéo, Landès, Korsak, Julien Druilhet, Richardot, Bird, Olivieri, Narbonne, Vulliet, Petit-Jean, Drach, Sorrentino, Scarlata, Broock, Kenney, Sancho et Janssen. |
Le 9 juillet, le Père Roothaan, long-temps ballotté avec le Père Rozaven, fut élu Général de la Compagnie au quatrième tour de scrutin. Il choisit pour procureurgénéral Séraphin Manucci et Janssen pour secrétaire de l'Ordre. Alors on s’occupa des vœux exprimés par les différentes Provinces. Tous témoignent de la sollicitude dont chaque membre est animé pour conserver l'Institut dans son intégrité et y faire prospérer l’enseignement.
Ils demandent unanimement la révision du Ratio studiorum, dans le but de l’approprier aux besoins du temps. Avant que la Congrégation discutàt ce point essentiel, qui, à l’élection de Fortis, avait été admis en principe, le Général crut devoir révéler sa pensée sur une question aussi vitale. Il déclara que les circonstances et le mouvement des esprits exigeaient impérieusement la réalisation du vœu de tous les Pères, mais son opinion était de ne rien décréter en forme de loi avant qu'on eût fait sanctionner par l’expérience dans les Provinces de l'Ordre les améliorations introduites. Ce conseil fut
adopté.
Un nouveau Souverain avait été donné à l'Église universelle; le 31 mars 1829, le cardinal Xavier Castiglione,
à l'élection et que Pie VIE mourant avait désigné pour son successeur, remplacait Léon XEE Pie VIIL ne devait faire que passer sur le Siége apostolique; mais quand, le 22 avril, les Jésuites vinrent recevoir la bénédiction du nouveau Pentife, il s'empressa de leur offrir une marque publique de son amour. Il leur adressa ces paroles : « Je l'ai dit souvent, et, lorsque j'en trouverai l’occasion, je me ferai toujours un plaisir de le redire, j'aime la Compagnie de Jésus. Ce sont des sentiments gravés dans mon cœur depuis l'enfance, J'ai toujours singulièrement honoré saint Ignace et saint François-Xavier, dont, tout indigne que j'en suis, j'ai le bonheur de porter le nom. J'ai étudié sous de célèbres Jésuites. Je sais tous les services qu'ils rendent à Eglise. L'Éplise ne peut se séparer du Pape, lc Pape ne peut se séparer de la Compagnic. Les temps dans lesquels nous vivons sont si mauvais! Jamais l'impiété ne déploya plus d’audace, plus de haine, plus d’astuce. Un jour encore, et qui sait si l'Église ne recevra pas de nouvelles plaies. Unissons-nous tous pour combattre les ennemis du Seigneur. Rentrez donc dans vos provinces, embrasez-les de l’ardeur qui vous anime. Prèchez, enseignez l’obéissance et la vertu dans les écoles, dans les chaires, dans les confessionnaux, avec la voix, avec l'esprit, avec la plume. Que Dieu bénisse vos efforts! et soyez sûrs que vous trouverez toujours en moi le plus tendre et le plus affectionné de tous les pères. »
À la veille des événements qui allaient bouleverser l'Europe et désoler l'Église catholique, ce discours avait quelque chose de tristement prophétique. Les Jésuites ne se déguisaient point la gravité des circonstances, Ils se savaient l'objet des terreurs feintes et des haïnes réelles de l'incrédulité ainsi que du carbonarisme. Le
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and , Jean Roothaan, le nouveau Général de l'Ordre, naction quit à Amsterdam Île 20 novembre 1785. Son caractère, mar- assemblage de qualités contraires, était calme et froid au oles : dehors, ardent et sensible à l'intérieur. La modération SION, dans les actes comme dans les paroles était sa vertu do- Com- minante; il la devait autant à la force de sa nature qu’à mon son éducation première. Né Catholique au milieu d'un t ho- pays protestant *, Jésuite dans un empire schismatique, tout il avait dû connaître de bonne heure le prix de la tolénon. rance. Il aimait l'étude et la prière, l'enseignement et as les l'apostolat. Le choix de ses pairs le plaçait an gouverse sé- nement de la Société; il se résigna au fardeau, et il comcom- manda, ainsi que jusqu'alors il avait obéi, sans ostentamau- tion de pouvoir ou d'humilité. Pour tenir tête aux orages us de dont l’Institut était menacé, pour fortifier les timides et i l'É- Nous ‘ Le 2 décembre 1829, Pie VITE, accompagné des Cardinaux della Somaglia et ntrez Odescalehi, se rendit au Gésu pour prier devant l'autel de saint François Navier, dont . l'Église célébrait la fête, et ‘y promulgua le décret de la canonisation du bienr qui heureux Alphonse de Liguori. Le jour et le lieu choisis pour la publication du décret
ue Surprirent persoune à Rome. La doctrine de Liguori est identiquement celle des
vertu théologiens de la Compagnie, Sa théologie morale n’est que le commentaire de la siON- Medulla thcologiæ moralis du Père Busembaum, dont il à intégralement conservé le
texte, La canouisation d'Alphonse de Liguori était done la justification des casuistes j Que de l'Institut et principalement de Basembaum. L'ouvrage de ce Jésuite n'a été si vives où went attaqué que parce que les Jansénistes, se prévalant avec adresse de l'étrangeté
du nom de l'auteur, dressèrent contre lui une accusation dont les moqueries se charaffec- geaient de prouver la véracité.
? Quand le jeune Roothaan conçut, en 1804, le projet d'abandonner son pays et sa famille pour suivre dans la Russie-Blanche Ja vocation qui se manifestait en lui, il partie d'Amsterdam ; il arriva au Collège de Poloisk avec une lettre d'un de ses maîtres
erser prostestants pour recommandation, Van Lennep, alors professeur renommé de litiéavait rature à l'Athénée d'A :sterdam, écrivait le 15 mai 180% aux Pères de la Compagnie : , u Je n'iguore point cembien, dès les temps primitifs, la Société s'est distinguée dans suites toutes les branches d'études et de sciences ; les services qu'elle a rendus sont écla:
tants et ne peuvent jamais être oubliés, » Et, parlant de sou protégé catholique,
aù s s ‘ CN x , es. Il Van Lennep ajoute : » Je vous recommande, Révérends Pères, d'une manière pare
jaines ticulière ce jeune homme, dont j'ai apprécié si haut le mérite, Puisse-t-il être com: blé par vous de science et de vertus, et puissions-nous le revoir un jour enrichi de e, Le ces dons pour lesquels il entreprend un si long voyage! » FE = A — ®
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enchainer l’impétuosité des exaltés, il fallait un courage aussi persévérant que la sagesse; Roothaan ne faillit point aux espérances des Profès. Il arrivait à la tête de l'Ordre de Jésus dans un moment où les passions étaient surexcitées. Dès le premier jour il se traça une ligne de conduite , et il n’en dévia jamais.
La Compagnie n’ignorait pas que tant de coups étaient bien moins dirigés contre elle que contre le Catholicisme. Elle avait assumé sur sa tète toutes les accusations dont on la chargeait, et, persuadée que le Saint-Siége lui tiendrait compte de ses sacrifices, elle se dévouait aux outrages en attendant que ces outrages se transformassent en violence. L’attente des Jésuites ne fut pas de longue durée. La Révolution de juillet devint un signal pour les autres conspirateurs. L'Italie et l'Espagne, le Portugal et la Pologre s'insurgèrent au nom de la Liberté. Partout, excepté à Varsovie et à Bruxelles, la Liberté fit expier sa victoire aux Jésuites. Sous ce nom de Jésuites on confondait la foi des peuples, l'autorité de l'Église et les diverses hiérarchies du Clergé. La Révolution, jetant enfin le masque, se montrait à front découvert ; elle aspirait à renverser les trônes pour étouffer le Catholicisme. Comme en France et en Espagne, les Jésuites d'Italie ne furent plus qu'un accessoire; on les persécuta pour l'acquit des consciences libérales; néanmoins l’insurrection visait plus haut. La mort de Pie VIE, arrivée le 30 novembre 1830, réveilla dans le cœur des Carbonari romains l’idée de suivre l'exemple de la France. La France avait eu ses barricades et sa journée des dupes; pour embarrasser l'Europe, elle provoqua un mouvement dans les États voisins. Les Carbonari des Légations s’ébranlent comme la Pologne. Les agents de la Révolution leur promettent l'indépendance; ils les bercent de l'espoir
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 297 que le Saint-Siége va crouler sous leurs coups et qu'ils peuvent triompher facilement, puisque l'Église est veuve de sou chef. L’insurrection gagne du terrain, mais, le 2 février 1831, le cardinal Maur Capellari est élu Pape sous le nom de Grégoire XVI.
Cette nomination n'arrête point les projets des révoltés. Rome à un Pontife, ils ne veulent pas qu’elle ait un Souverain. Un complot doit éclater dans la capitale au milieu mème des joies du carnaval, le 17 février. Le cardinal Bernetti, homme de tête, d'esprit et de cœur, vient d’être nommé secrétaire d'État. Il connaît de longue main les trames révolutionnaires, son habile fermeté les déjoue.
Pour mieux faire saisir leur pensée, les insurgés des Légations arborent le drapeau tricolore; leur première, leur seule victoire est remportée sur les Jésuites. Au mois de février, presque à la mème heure, ils envahissent les Colléges de la Société. A Spolète, à Fano, à Modène, à Reggio, à Forli ainsi qu'à Ferrare, ils s'emparent des maisons de l’Institut ; ils en dispersent les maîtres et les élèves; ils y cherchent les armes qui ont dùà y ètre déposées comme dans un arsenal hostile au peuple. Ils ont proclamé la liberté; le premier acte qu’elle leur inspire est un décret d'expulsion. Ils désirent assurer la victoire de l'égalité contre l’arbivraire, et ils ont recours aux commissions militaires pour se protéger contre la risée publique ". Ils banuissent les Jésuites au lieu d’aller vain-
cre les Autrichiens; ils fabriquent des lois au lieu de ci-
" A peine maîtres de la ville, les Carbonari de Bologne établirent des tribunaux militaires pour juger sans désemparer ceux qui n'accepteraient pas avec joie le bonheur que les Révolutionnaires leur imposa'eut. Les Carbonari s'étaient formés en garde nationale, Une des attributions de la commission fat de punir comme crime de lèse-majesté toute insulte en paroles contre la garde civique,
C'est toujours le même excès de ridicule à côté de la plus sanglante cruauté, Les Révolutionnaires sont partont et toujours les mêmes,
menter leur triomphe par uue bataille décisive. Ils menacent de mort; ils couvrent d’injures des vieillards et des Prètres au moment où, déjà tremblants pour leurs Jours, ils implorent un refuge sur quelques vaisseaux étrangers, afin de mettre les flots de 11 Méditerranée entre eux et la justice des hommes,
L'insurrection italienne n'avait de racines que hors de l'Italie. Elle chassait les Jésuites de le: rs Colléges, et elle mourait parce que chacun lai refusait son concours. Les populations, surprises un instant, sortaient de leur repos; elles saluaient avec des cris d'amour l'avénement de Grégoire XVEL C'était un Pape tel qu'il le fallait à cette époque de novateurs travaillant dans le vieux, un Prince de conciliation et de persévérance, de savoir et de goût, joignant la candeur de enfant à la mâle sagacité de l'âge mûr. Grégoire XVE, tiré d’un monastère de Camaldules, avait loug-temps vécu dans les livres. Les livres lui révélérent la science des hommes; il Pappliqua dans ses ouvrages et au milieu des grandes négociations dont la confiance de Eéon XII le chargea. Il aurait eu le courage du martyre, il dut avoir celui plus difficile de la patience et du devoir. L'épreuve à laquelle l'Église romaine fut soumise était affreuse. Elle avait la Révolution aux portes de son patrimoine, et on lui enjoi- #nait de consacrer celles que d’autres peuples tentaient de légitimer, D'un côté on appelait aux armes contre le Saint-Siège, de l’autre on lui demandait de sanctionner tes pouvoirs récemment établis. Il ÿ avait des Rois dépossédés, projetant d’abriter leurs grandeurs déchues sous la Chaire de saint Pierre, et des Princes nouveaux, sollicitant comme reconnaissance du droit le fait d’un concours que le Pontife ne dénie à personne. Cette situation était inextricable, Grégoire XVI la domina en déve-
Ippan toral d politiq Tan au Vat révolut acclam Vicaire dans le inusitée les exer pour le Gésu ec succédé profita l’interm vestir | Urbain Congré Poñtife tion de l’'Évang pandre sueurs à grand a pagnie « sacrée à Dieu, d est le pa est sans
“ Le Coll teur, s'appe les Prètres «
meds et leurs eaux anée
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Icur ment ait à x, un ir et sagare de . Les liqua tions ait eu ile de Sglise XévOnjoitaicnt we le onner is déchues ‘EAUX, d'un situadéve-
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 299 lbppant, en appliquant le principe que le ministère pastoral doit toujours être indépendant des variations de la politique.
Tandis que ces importantes questions se débattaient au Vatican, les Jésuites, proscrits d'avance par l'esprit révolutionnaire, rentraient dans leurs établissements aux acclamations des familles. À cette époque, le Cardinal- Vicaire Zurla, afin d'entretenir la piété et la discipline dans les Ovdres monastiqacs, prenait une résolution inusitée : il invitait tous les Religicux de Rome à suivre les exercices de saint Ignace. Le Pere Finetti fut désigné pour les leur denner, ct le Cardinal choisit l'Église du Gésu comme lieu de réunion. Quelques :nnées de calme succédèrent aux tourmentes de la révolte; le Pape en profita pour céder au vœu de la Propagande, qui, jar l'intermédiaire du Cardinal Fransoni, demandait à investir la Compagnie de Jésus de la direction du Collége Urbain «Nous sommes persuadé comme l’est aussi notre Congrégation de la Propagande, disait le Souverain Poñtife dans son bref du 2 octobre 1836, que l'éducation de ces jeunes Clercs destinés à semer la lumière de l'Évangile dans les contrées les plus lointaines et à répandre dans la culture de la vigne du Seigneur leurs sueurs apostoliques, ne peut être confiée, pour le plus gvand avantage de l'Eglise, qu'aux membres de la Compagnie de Jésus. Par son Institut spécial, elle est consacrée à la direction de la jeunesse dans la crainte de Dieu, dans les sciences et les letires dont cette crainte est le principe; en méme temps, cette Société religieuse est sans cesse appliquée avec zèle à procurer la plus
‘ Le Collége Urbain, ainsi nommé en souvenir du Pape Urbain VIH, son fonda-
teur, s'appelle aussi Collége de la Propagande, parce qu'on y forme et on Y instruit les Prètres qui doivent aller porter l'Évaugie aux nations les plus éloignées,
300 HISTOIRE grande gloire du Seigneur dans toutes ses opérations, La longue et heureuse expérience que, dès l'origine de cette Compagnie jusqu’à nos jours, l'Église a faite de l'incontestable aptitude des Pères de l’Institut pour diriger les écoles, soit des jeunes gens séculiers, soit des Clercs en tant de diverses parties du monde; enfin, les témoignages honorables et unanimes que de toutes parts les ennemis mêmes du Saint-Siége et de l'Église, contraints par l’évidence des faits, se voient forcés de rendre à la Compagnie de-lésus pour la bonne éducation donnée à la jeunesse, tous ces motifs nous portent à accueillir avec empressement la demande que Votre ‘minence nous adresse au nom de la Congrégation de la Propagande, » Les périls dont l'incrédulité menacait l'Église réunissaient dans le même vœu le Souverain Pontife et la Propagande. Grégoire XVI rendait aux Jésuites le Collége lyrien et celui de Lorette. Un autre danger leur donna à tous l'initiative du courage. Le choléra avait porté ses ravages sur plusieurs empires. Rome jusqu’alors s'était vue épargnée; tout à coup ce fléau vagabond tombe à ses portes. On a dit, — et les journaux antiatholiques de France et les feuilles protestantes d'Allemagne se sont faits les complaisants échos de ces imputations, — a a dit qu'à l'approche du choléra, la Cour romaine, les priuces, les matrones de la ville, les médecins et le clergé avaient été saisis d’un de ces sentiments qui rendent lâches en face d’un devoir sacré. Le ape, ajoutait-on, caserné dans son palais, entouré de gardes, est resté inaccessible; il à craint le contact de son peuple, et le serviteur des serviteurs de Dieu, qui doit abaisser la tiare devant les souffrances chrétiennes, et le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, oublia ces glorieux titres pour trembler à l'aspect du dan-
Te calon de la cœur cathol l’ima du sié Rome Cette dons :
vieux quelqu di Ro d’outr:
garder U se p conte
donné ne son,
Les
fléau i ordonn
decins
et d’ob moyen:
pruden ministr
la com
ger. L'effroi du Pontife réag' sur son gouvernement;
18. La les médecins n’osèrent plus secourir les cholériques ; les cette Prêtres, les Jésuites surtout, reculèrent lorsque les moncon- ribonds les appelaient à leur lit d'agonie comme les er les anges des dernières consolations.
‘cs en Tels furent les récits que la haine fit circuler : on nages calomnia jusqu'au dévouement des femmes que l'excès nemis de la terreur rend intrépides; on exagéra la dureté de ar l’é- cœur des riches, afin d’insinuer aux pauvres que l'Église Com- catholique est une marätre sans entrailles. Pour frapper e à la l'imagination des multitudes, on compara les désolations
‘avec du siége de Jérusalem avec les apathiques désespoirs de | Nous | Rome, et Rome l’emporta en misères de toute nature. nde. » Cette accusation systématique d’inhumanité, ces corréunis- dons sanitaires de honte, jetés entre les larmes d’un et la vieux Souverain et les douleurs de ses sujets eurent e Col- quelque chose de si profondément cruel, que le Diario r leur di Roma, Moniteur Pontifical, qui a vu passer tant
avait d’outrages sur la triple tiare, ne se croit plus obligé à squ’a- garder le silence dont la sagesse du Pape lui fait une loi. abond U se plaint sans amertume; sur les lieux mêmes, il ra-
anti- conte ce qui se passa en réalité. Le mot d'ordre était l'Alle- donné sur toute la ligne anticatholique; aucun journal impu- ne songea à démentir ou à prouver son assertion.
Cour Les faits étaient cependant bien simples. A peine le >s mé- fléau indien eut-il envahi l'Europe, que Grégoire XVI senti- ordonne aux docteurs Cappello et Lupi, deux des méré. Le decins les plus distingués de Rome, de partir pour Paris uré de et d'observer là marche, les progrès de l'épidémie et les act de moyens curatifs à employer. Des précautions pleines de u, qui prudence sont adoptées par le Cardinal Gambérini, ennes, nünistre de l'intérieur. Le Cardinal Sala, président de $, Ou- la commission de santé publique, ouvre de nouveaux
u dan-
hospices. Par ordre de Grégoire XVE, on crée des ambulances daus chaque quartier, on indique des maisons de secours où les médecins seront en permanence, Hs devaient avoir soin des corps; le Pape veut se reposer sur les Jésuites seuls du soin des âmes, Les Jésuites s'établissent infirmiers et aumôniers de ces hôpitaux. Le servite Moralli, par ses exhortations, forme une compagnie de dames de la Charité qui, tout en vivant dans le monde, se dévoueront aux œuvres de la bienfaisance chrétienne.
A l'aspect de tant de préparatifs, quelques citoyens se sentent dominés par la frayeur; d’autres calculent peut-être que le choléra doit être l’auxiliaire de leurs vengeances particulières ou de leurs rèves politiques. Une proclamation de Ciacchi, gouverneur de la Ville, intimide les méchants et rassure les bons. Les bons étaient à Rome en immense majorité. Comme les autres peuples sur lesquels le joug sacerdotal ne pèse plus et qui se croient appelés à faire avancer la civilisation, les Romains ne conçurent pas la pensée que le gouvernement avait intérêt à les empoisonner. Ils ne se précipitérent pas sur les médecins pour les déchirer dans de fanatiques désespoirs ; ils n'accusèrent point les passants d'être les moteurs du fléau; ils ne virent point des magistrats municipaux saisir ce lugubre moment pour dénoncer un parti aux colères de la foule. Le choléra assiégeait la cité pontificale; ses habitants ne s’entretuërent pas en s'accusant de crimes impossibles. Ils furent plus éclairés où mieux dirigés que d’autres nations, qui plus tard les calomniérent.
Ce mal inconnu était tombé sur Londres, sur Paris et sur Madrid, les trois capitales de la régénération constitutionnelle, et il avait vu la multitude se livrer à
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 303 de tels excùs d'effroi et de fureur que, pour en retrouver la trace, il faut remonter par le souvenir jusqu'aux siécles d’ignorance et de barbarie, Ici, l’on massacrait sans pitié les hommes généreux qui se jetaient entre le choléva et le peuple; là, on préludait par l’émeute aux funérailles que l'épidémie allait confondre dans la même stupeur, C'était à Londres, c'était à Paris et à Madrid qu'éclataient de semblables transports; à Rome, rien de pareil n’est signalé, Pa foule s'agglomére dans les églises, elle entoure les chaires, elle assiése les confessionnaux, elle prie de la voix, elle prie du cœur, Le Cardinal Odescalchi, Vicaire du Pape, à voulu conjurer le fléau en Faisant descendre le calme dans les âmes, Le peuple s'est préparé à la mort, et, dans une procession solennelle, il se met sous l’invocation de la Vierge. Afin de rassurer les esprits, une procession à Rome sera toujours plus efficace qu'une émeute à Paris. L'image de sainte Marie-Majeure est transférée de la basilique à Péglise des Jésuites. Cette translation, annonçant le péril dont est menacée la capitale du monde chrétien, à été ordonnée par Grégoire XVI, pour désigner les enfants de saint Ignace comme les représentants de la charité pontificale. Le Pape, entouré des Cardinaux, du Sénateur et des Magistrats, voulut se joindre au cortége, et, sous une chaleur étouffante, il suivit à pied la procession, s’avançant à travers les flots pressés d’une foule résiynée.
Ce fut un moment solennel que celui où, sur la place du Gésu, le Général de la Compagnie reçut, en présence de la Cour apostolique, le précieux dépôt en qui les Romains ont foi. De tous les points de la Ville, dh accourait à l’église des Jésuites. Le peupie s'était relevé de ses terreurs; on lui avait appris à envisager le danger
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504 HISTOIRE sans pâlir: il l'attendit avec fermeté, Le mal se déclara, et, aussitôt, les hommes de l'art prévirent que ses ravages seraient affreux. Le 23 août 1837, il éclatait dans tous les quartiers, il frappait indistinctement sur toutes les classes. Les princesses Christine Massimo et Chigi en furent les premières victimes. La mort planait sur la cité sainte, Le 2 septembre, à l'heure même
faissa Franc parti:
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où le choléra sévissait avec le plus d'intensité, le Pape
visite chaque rue de Rome, afin de bénir, de con-
soler et d'encourager cette population qui tend les bras
vers lui. L’attitude de Grégoire NVE était triste, mais
calme. Il avait ouvert le trésor obéré de l'Église; il de-
mandait qu'on ÿ puisät à pleines mains, car le Père
commun ne voulait pas laisser mourir ses enfants sans
secours. Quelques membres du Clergé séculier, ainsi Pose
Iyaci vie mi enfant
qu'un certain nombre de médecins, avaient hésité dans le commencement. L'exemple du Pape, des Cardinaux, de: Princes et des Moines, triompha de cette pusiltanimité, Bientôt il n’y eut plus dans Rome qu'une rivalité
ps Se à : | gnifiq de zèle et de sacrifices. Les Dominicains, les Francis- ele cains, les Religieux de Saint-Camille-de-Lellis, les Cha- ete noines réguliers, affrontaient la mort, comme un soldat à de
brave le danger sur les champs de bataille. Au milieu
vant, :
du ha dinal
d'eux où à leur tête, les Jésuites ne trompèrent. pas la
confiance que Grégoire XVLet les Romains témoignaient à l'institut. I fallait une vigilance de toutes les minutes,
comm
des secours abondants, une activité sans exemple pour NU de
coordonner tous les devoirs. On entend les Pères solliciter plus at
la bienfaisance du riche qui ne refuse jamais; on les voit den
pénétrer dans les quartiers indigents, porter les malades EN sur leur épaules, distribuer à chaque famille des soins
Onre
de toute espèce, adoucir les derniers moments de ceux te en fat de persévéran
qui expirent, et soutenir par leur courage l'énergie s'af-
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it sur no et plamême Pape cons bras mais il de- Père s sans ainsi * dans naux, lanivalité Anciss Chasoldat ailieu as la aient utes, pour iciter s voit lades soins ceux
s’af-
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 305 faissant sous la douleur, Un écrivain royaliste exilé de France avait reçu à Rome une hospitalité que tous les partis réclament et qui ne leur est jamais déniée, Cet écrivain se nommait Bérard, Le besoin l'avait fait médecin; la reconnaissance doubla l'activité de son zèle, Confondu parmi les Jésuites, toujours avec eux au plus fort du péril, il échappa , comme eux, à la contagion ; comme eux, il devint une preuve vivante que l'intrépidité est encore le meilleur des préservatifs !.
Neuf mille trois cent soixante-douze citoyens furent atteints par le fléau; cinq mille quatre cent dix-neuf pévirent, Le 1 1 octobre le choléra avait disparu, Au milieu des transports de joie qui éclatérent à cette nouvelle, le
ape n’oublia point qu'il était le père des veuves et le nourricier naturel des orphelins. F'Archevèque de Paris, Iyacinthe de Quélen, dont le palais fut saccagé et la vie mise à prix par la Révolution, avait adopté tous les enfants que la mort laissait sans famille. Dans un magnifique élan de charité, et debout sur les ruines de son Archevèché, il apprenait aux plus incrédules à bénir cette Religion, la source de toutes les grandes œuvres et de tous les pardons. Grégoire XVI, cinq ans anparavant, admira la sollicitude pastorale du Prélat proscrit: du haut de son trône, il la consacre en limitant. Le cardinal Odescalchi, interprète de ses volontés, excite la
commisération publique en faveur des orphelins. Sa
voix ‘est entendue, et leur sort assuré. Pour veiller plus attentivement à la répartition des secours et à l’éducation des enfants, ane commission supérieure fut nommée, Le prince Orsini, Sénateur de Rome, la pré-
1 On remarqua que, sur pus de trois cents Jésuites qui, pendant près de deux mois, soiguèrent et assistérent les cholériques, aucun ne se vit frappé par le fléau, H en fat de méme pour la plupart des personnes qui se dévouèrent avec le p'us de
persévérance,