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34h RISTOIRE
avec une certaine aigreur; il n'y avait pas non plus tou-
jours assez d’indulgeñce ni même de charité pour les personnes d’une opinion différente, Ces sortes d’indiscrétion ou hors-d'œuvre, appelez-les comme vous voudrez, produisaient encore de plus tristes effets en Portugal qu’elles n’auraient fait ailleurs; comme nous ne voulions que leur salut à tous, nous condamnions également tous les excès. IL faut reconnaître qu’en Portugal, plus que partout ailleurs, bien des gens embrassent une opinion et la défendent assez innocemment. Ce serait une injustice de les condamner tous indifféremment. Ces bons Portugais, quel que soit le parti qu’Us embrassent, n’en sont assez ordinairement ni moins bons ni plus mauvais chrétiens; enfin, pour tout dire en un mot, nous évitions d'entrer dans toutes ces misères de parti à parti, qui ne font de bien à personne et du mal à plusieurs. »
Ces paroles sont le résumé de la politique des Jésuites; ils n'en dévient jamais. Don Miguel les avait appelés. De nouveaux événements changent la face des choses; don Pedro est vainqueur. Les Pères ne se préoccupent de cette révolution qu’au point de vue catholique. Le trône leur était aussi indifférent que la vie. Le 24 juillet 1833, l’armée constitutionnelle pénètre dans Lisbonne, et Villaflor, qui la commande, fait annoncer aux disciples de l'Institut qu’il les couvre de sa protection. Don Pedro lui-même, ne se déguisant pas la situation du pays, népocie avec eux pour conserver un moyen assuré de pacifier. Il est l'arbitre du Portugal; mais il sait que les étrangers seuls ont vu avec joie son triomphe; il n’ignore pas à quels auxiliaires ce triomphe est dû; il fait sonder les Jésuites pour connaître leurs projets ultérieurs. Ce n’est pas la première fois qu'il s’adrésse à eux.
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 345 Au mois de mars 1833, trompé comme les autres sur l'ascendant politique dont il croit que les Pères disposent, l’ancien empereur du Brésil n’a rien épargné pour les lier à son parti. Il leur écrit. de sa main, il leur offre le rétablissement de la Compagnie, l'Archevèché primatial de Brague, la direction de la conscience de dona Maria II, des trésors et des faveurs de tout genre, s'ils mettent au service de la Révolution le crédit dont ils jouissent auprès du peuple. Don Pedro ne leur demande en échange de tant de bienfaits futurs que de lui livrer Coïmbre et Lisbonne. Ces propositions ne furent
‘que plus tard connues des Pères; mais alors la victoire
avait décidé. Pedro était arrivé au comble de ses vœux ; il régnait sous le nom de sa fille; et, dans le chaos même de ses préoccupations, l’idée de rattacher les Jésuites à sa cause le poursuivait encore; il voulait les avoir pour intermédiaires entre don Miguel et lui. Le duc de Palmella leur promettait son appui s’ils consentaient à ne pas se retirer dans l’intérieur du royaume.
Ils étaient à Coimbre et à Lisbonne par ordre de leur Général. La violence seule pouvait les empêcher d’obéir
jusqu’au bout. Cette détermination était irrévocable. Les
Pédristes soupçonnent qu'il ne leur sera pas donné de commander long-temps : pour faire acte d'autorité, ils se ruent, le 29 juillet, sur la Maison de Saint-Antoine. Le meurtre allait commencer avec le pillage ; on avait forcé les appartements, on se mettait en devoir d’outrager les Jésuites. Le Père Moré semblait destiné à devenir la première victime, lorsque tout à coup il est saisi par un des envahisseurs. De la crosse de son fusil
cet homme écarte ses compagnons, puis tombant aux
pieds de Moré : « Père, s’écrie-t-il, mon bienfaiteur, c'est à vous que je dois la vie; vos soins m'ont sauvé
lorsque j'étais en prison". » Cette scène frappe d'étonnement les Révolutionnaires accourus poar mettre à sac la demeure des Jésuites. Ils reculent devant l’idée d’un nouveau crime, et ils laissent à leurs chefs le soin de consommer avec les apparences de la légalité l’attentat qu'ils n’ont pas osé commettre. Don Pedro était débordé. Dans les rangs de son armée, parmi ses administrateurs, il ne trouvait d’obéissance que pour le mal. On le contraignait à le faire, il le fit. Le cardinal Justiniani reçut ordre de sortir de Lisbonne sous trois jours, afin de bien constater la rupture du nouveau gouvernement avec le Saint-Siége. Les Cortez démocratiques de 1820 avaient gardé les Oratoriens dans le palais des Necessidades, don Pedro les oblige à évacuer sur-lechamp cette habitation. Avec une inexpérience qui accuse encore plus d'irréflexion dans le caractère que de vices dans l’âme, ce prince essaie de jouer le rôle de libérateur. Il a fait ouvrir aux voleurs et aux assassins Îles portes des prisons. Ces misérables, encouragés par les désordres dont ils sont témoins, excités par les vœux impies qui retentissent à leurs oreilles, se mettent à investir les églises et les couvents. Ils égorgent, ils pillent, ils plongent dans les cachots tous les Prêtres qu’on désigne à leur vengeance.
Malgré les loyales assurances que les ducs de Tercère et de Palmella avaient données, les Jésuites couraient encore plus de dangers que les autres Religieux, lorsqu'un jeune Anglais, M. Yvers, se dévoue pour les sauver. Dans cette révolution de Portugal les An-
! Parmi les notes manuscrites du Père Delvaux, nons trouvons plusieurs traits qui honorent les prisonniers politiques. Leur parti était vainqueur, ils n'oublièrent pas les consolations et l'appui que les Jésuites leur avaient offerts pendant la captivité. Comme gage de recounaissance, et peut-être mus par une pensée d'avenir, plusieurs de ces prisonniers adressèrent des pétitions à don Pedro dans l’intérét de la Compamie de Jésus,
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glais jouaient le premier rôle : ils durent en retirer les plus grands bénéfices. Yvers avait si chaudement épousé la cause des Pères de la Compagnie qu’il mit dans leurs intérêts les officiers de la marine britannique, et, avec autant de courage que d'adresse, il réussit à arracher plusieurs enfants de saint Ignace à une mort certaine. Yvers ne put veiller sur tous : ceux de Coïmbre, dont le Père Mallet était Supérieur, ne furent pas aussi heureux. Le gouvernement constitutionnel se montrait hostile à la Société de Jésus. Don Pedro n'avait pu l’amener à servir
ises intérêts par une lâche trahison; il espéra que les menaces produiraient plus d'effet que les séductions. Les Jésuites restaient inébranlables dans leur devoir. A Coïmbre, sous le coup de la terreur et de l'occupation à main armée, ils se livraient à leurs travaux habituels, enscignant la jeunesse, visitant les malades et les hôpitaux, essayant par leurs sages avis de faire descendre la paix sur cette terre désolée. L'influence que la prière et l'autorité de la vertu donnaient à quelques pauvres prêtres français contrecarrait tous les plans des Libéraux. Ils avaient rêvé qu'il leur serait f:“ïle de détacher le Portugal du lien qui unissait le Royaume très-fidèle au
Siége de saint Pierre. Tout était dirigé dans ce sens. On appelait les Moines et les Séculiers à l'indépendance, on éveillait l'ambition des uns, les convoitises des autres ; mais l'exemple des Jésuites était un obstacle à tant d'innovations. Don Pedro prend le parti de les expulser. Le 24 mai 1834, il remet en vigneur tous les édits du marquis de Pombal. Son décret est ainsi libellé :
« Le duc de Bragance, au nom de la Reine, dûment informé que quelques membres de la Compagnie de Jésus étaient venus dans ce royaume au temps de la do-
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circonstances, ils avaient conçu le projet téméraire d'y rétablir la Société éteinte par les nombreux et puissants motifs que dut prendre en considération le seigneur Roi don Joseph I«'; étant certain d'ailleurs que ces individus, se confiant dans l’appui que devait espérer d'eux la cause de l’usurpateur, qui est la cause de l’ignorance et du fanatisme, obtiendraient facilement le but qu'ils se proposaient, ce qui est arrivé de fait, ayant obtenu du gouvernement intrus l’ampliation nulle et non avenue de la bulle du Saint Père Pie VII qui commence Sollilicitudo omnium Ecclesiarum, datée du 20 août 1814; étant malheureusement de plus de notoriété publique que les susdits Religieux se sont montrés fidèles aux principes de la Compagnie dont ils font partie, Sa Majesté Impériale ordonne que le corrégidor de la Municipalité de Coïmbre intime à tous les membres de la Compagnie qui se trouvent dans ladite ville l'ordre d'eu sortir immédiatement. Il leur donnera leur itinéraire, et dans le plus bref délai ils se présenteront à la secrétairerie d’État. Là, on pourvoira aux moyens de les embarquer pour l'extérieur du royaume et de ses domainés. Bien entendu que, dans le cas de contravention, le gouvernement de Sa Majesté Impériale usera à l'égard desdits Religieux de la sévérité qu'ils ont méritée par leur audacieux et criminel projet. »
Cet édit, dans lequel les dates ne sont pas plus respectées que la raison et la vérité, fut signifié aux Jésuites. On les arrêta, on les mit à la disposition de don Pedro, on les traîna, comme des malfaiteurs, de prison en prison. Dans un espace de quarante lieues, de Coïmbre à Lisbonne, ils marchèrent à pied sous un soleil brûlant, au milieu d’une grande affluence de Chrétiens implorant à genoux leur bénédiction et entre deux haies de sol-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS,. #49 dats qui, plus d’une fois mélèrent leurs larmes à celles de la foule. Quelques mois auparavant ils avaient parcouru cette même route; alors on jetait sur leur passage des fleurs et des branches d'oranger. Maintenant, proscrits sans avoir combattu, ils recueillaient le cri de regret qui s’échappait de tous les cœurs. Cette ovation faite à des vaincus était un mauvais symptôme pour les idées novatrices. Les Jésuites dans les fers avaient été salués comme des martyrs; à l'approche de la capitale, on crut utile d'organiser la contre-partie du triomphe. Le peuple les accueillait avec un douloureux respect; on enjoignit à la populace de se porter à leur rencontre, et, par des huées sans fin, de leur faire expier ces démonstrations de pieuse gratitude. L'ordre fut exécuté; les Jésuites arrivèrent sous le coup des menaces et des outrages. Ils étaient Français; le baron Mortier, ambassadeur de Louis-Philippe à Lisbonne, ne consentit pas à les laisser servir de jouet à cette tourbe de libéraux mercenaires, enrégimentés par l’ancien Empereur du Brésil. On entraînait les Pères vers la capitale pour diriger contre eux un mouvement et pour les offrir peut-être en holocauste aux excès démagogiques. Le baron Mortier s’oppose à ce plan; il réclame, au nom de la France, les enfants de saint Ignace. Sa fermeté leur sauva la vie. Il y avait non loin de Lisbonne une prison célèbre dans les annales de la Compagnie. C’était la tour de Saint-Julien, où, sous Pombal, tant de Pères se virent mourir dans le dénûment le plus absolu. On déposa leurs successeurs à cette même tour ; mais l’active vigilance du baron Mortier et l'appui de M. Guizot ne leur firent pas défaut. Le nouveau gouvernement portugais cherchait à les garder en apprentissage de martyre; peu de jours après, il fut
forcé de les rendre à la liberté. È
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