‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 46 sur 76 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Compaguie de Jésus reprend ses Missions au delà des mers, — Reproches qui lui sont adressés, — Elle ne veut pes créer de Clergé indigène, — Ses motifs, — Elle cherche partout à établir la liturgie romaine au préjudice des autres rites, — Les Jésuites américains retournent dans leur natrie après la suppression, — Le Père John Carroll, Washington et Franklin, — Le Jésuite fait reconnaître la hberté des cultes aux États-Unis, — 11 est uommé premier Évèque de Bahimore, — Lettre de Carroll et du Père Léonard Neale au Général des Jésuites en Russie, — Le Père Molineux Supérieur des Missions eu Amérique, — Le Collége de Georgetown, — Difficultés de la position des Jésuites, — Les Américains et les idées religieuses, — Le Protestantisme encourage les Missionnaires catholiques. — Le Père Grussi Supérieur, — Le Père Kohlmann et le secret de la confession. — 11 est traduit devant la Cour suprême de justice. — Défense du Jésuite, — 1 fait triompher la discrétion secerdotale, — Le Collège de Georgetown établi eu Université, — Mort de Carroll et de Neale, — Six frires daus la Compagnie, — Ses progrès. — Les Sauvages demandent des robes noires, — Lés Nègres de la Jamaïque font entendre le ème vœu, — Guillaume du Bourg, Évêque de la Nouvelle-Orléans, et les Jé: suites, — Le Père Van Quickenborn part avec des Novices belges pour le Missouri. — Van Quickenborn fonde des résidences et un Collége, — Excursion duns l'intérieur des terres, — Les Jésuites d'abord n'osent pas se livrer à leur zèle apostolique dans les tribus sauvages. — Causes de leur retard, — Les Colléges périclitent faute d'argent. — Les Jésuites refusent de toucher à la subvention universitaire que la loi les oblige de recevoir, — Expulsion du Père Kelly, — Le choléra aux États-Unis. — Les Jésuites et les Sœurs de la Charité, — Le Père Mac-Elroy à Fredericktown, — Ses fondations, — Mac-Elroy apaise une sédition d'oavriers irlandais, — Les Jésuites répandus dans les États de l'Union, — Leurs travaux, — Leurs succès, — Ils essaient de civiliser les Sauvages par l'éducation, — Van Quickenborn au pays des Kickapoas. — Comparaison que font les Indiens entre les Jésuites et les Ministres anglicans, — Mort de Van Quickenborn. — Le Père Hélias chez les Osages. — Le Père Booker chez les Potowatomies, — Il se fait médecin et architecte, — Les présidents de l’Union favorisent les Pères, — Les tribus de l'Orégon veulent des robes”noires. — Le Père de Smet part pour le pays des Têtes-Plates, — Réception qui lui est faite, — Le Père Point. — Réduction de Sainte-Marie, — Vie des Jésuites aux Montagnes-Rocheuses. — Le Père Larkin à l'anniversaire de l'indépendance américaine, — Le Jésuite préche devant l’armée et les magistrats des États-Unis, — Les Pères à !a Jamaïque. — Ils arrivent au Mexique. — Leur proscription, — Le Père Arillaga au Sénat. — Le Général Santa-Anna les rappelle, — Mission de Syrie. — Le Roi Othon et les Jésuites — Le Père Franco à Syra, — Obstacles qui naissent, — Le Père Blanchet à Beyrouth. — Les Jésuites ne veulent pas renoncer à la protection de la France, — Les Catholiques de Calcutta demandent des Jésuites au Pape. — Le Père Saint- Léger y installe les Missionnaires. — Commencement de la Mission. — Les mauvais Prètres repoussés par les Anglicans, qui ne veulent plus avoir affaire qu'aux Jésuites, — Création du Collége de Saint-François-Xavier à Calcutta, — Les Évéques secondent les Pères, — Un Prince indien, Babou-Seal, fonde un Collège indien pour les Jésuites, — Conditions qu'il y met, — Les Jésuites acceptent de faire l'éducation des Gentils, — Inauguration du Collége Seal. — Les enfants de

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saint Ignace et les magistrats anglais, — Mort des Pères Moré, Erwin et Weld, — Infraction aux coutumes indiennes, — Les Jésuites perdent leur Coliége indien, — Développement des Mivsious, — Les Jésuites à Madagascar, — La République Argentine sollicite des Jésuites pour instruire la jeunesse, — Elle décrète leur rétablissement: — Les Jésuites refusent de soutenir la politique de Rosas, — Rosas lex furce à sortie de Buenos-Ayres. — Ils s'ouvrent le Chili et le Brésil, — Le commerce de Catamarca et la Nonvelle-Grenade les accueillent, — Le Père Gotteland en Chine, — Travaux des Missionuaires, — Le Père Clavelin et l'ambassade de M. de La Grenée, — Situation des Catholiques dans le Céleste-Empire, — Les Jésuites entrent dans le Muduré. — Obatacles à leur Mission, — Les Pères Bertrand et Garnier, — Mœurs et schisme des Prêtres. — La mort frappe les Jésuites, — Enthousiasme des Pères en Europe, — Eamus et moriamur, — Succès des Jésuites dans le Maduré,

Tout en travaillant à se réorganiser dans les divers États de l’Europe, la Société de Jésus n'avait pas abdiqué son génie des conquêtes évangéliques; elle ne renonçait point à l’héritage de martyre et de civilisation que ses prédécesseurs lui léguèrent. Ses souvenirs du temps passé, les vœux des peuples ensevelis dans les ténèbres de l'erreur, les besoins de la Religion faisaient une loi aux nouveaux Jésuites de rentrer dans la carrière des Missions; là, plus que partout ailleurs, l’anéantissement de l’Institut avait produit des maux irréparables. Clément XIV d’un trait de plume brisait l’œuvre de trois siècles, et, quand il ne subsista plus aucun vestige de ce grand monument élevé à la Foi catholique, le Saint-Siége invitait les Jésuites à le reconstruire. Des obstacles de toute nature s’opposaient à la réalisation de ce dessein. Il fallait former des sujets aptes à répandre l'Évangile, leur donner le goût des langues, leur inspirer ce zèle que ne rebutent jamais les fatigues, les privations et le découragement né d’infructueuses tentatives.

À peine sortie de son tombeau, la Compagnie s’empresse d'accepter le fardeau que le Pontife impose à son dévouement. Elle n'a plus, pour forcer les portes des empires idolâtres, de ces hommes qui, comme François- Xavier, savent se mettre au-dessus des lois de la nature.

Réduite aux proportions de l'humanité, elle doit affronter les périls et les passions; mais ce ne sont pas là les seuls ennemis contre lesquels elle aura à lutter. Dé plus graves embarras surgiront de l’Église catholique ellemême. D'autres Missionnaires, mus par une idée différente, s'étaient joints autrefois aux adversaires de l’Insiitut pour lui reprocher de n’avoir jamais su, jamais voulu créer de clergé national. Ces imputations se renouvelérent à l’instant même où les Jésuites reprirent le cours de leur Apostolat. Nous avons déjà examiné l’objection que les ennemis du Christianisme empruntèrent aux émules de la Société de Jésus. Avant d'entrer dans le récit des faits, nous croyons devoir étudier à fond cette question, si tristement agitée et si difficile à résoudre.

On a prétendu, on prétend encore que, par la nature même de son institut, la Compagnie est incapable d’établir d'une manière avantageuse l’œuvre des Missions. On a dit que sa force centralisatrice l’empêchait de se naturaliser dans les régions transatlantiques et de former des prêtres indigènes. Il a été posé en fait qu’elle ne s’était jamais occupée mûrement de ce soin, et que tous les Japonais, Chinois, Indiens ou Américains qu’elle a élevés aux honneurs du Sacerdoce ont perdu leur nationalité en prononçant des vœux de Religion. Ainsi la Société de Jésus aurait négligé d’arroser les racines de l'arbre afin d’orner ses rameaux dé fleurs éphémèr:s ; elle aurait plutôt cherché à se renforcer elle-même qu'à donner à l'Évangile l’accroissement moral dont il était susceptible.

Ces objections se produisent souvent. Le zèle de quelques Missionnaires n’appartenant pas à la Compagnie de Jésus, les a fournies à l'impiété; les uns et les

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 353 autres en ont tiré de fausses conséquences. Pour notre part, nous ne croyons pas qu’une Chrétienté puisse se jeter dans le moule comme une statue, et qu’elle sorte de là subsistant par elle-même. Sans doute il serait beau de produire d’un seul coup des œuvres tellement parfaites, qu’à peine nées elles n'auraient plus qu’à vivre de leur propre vie; mais cette miraculeuse faculté n’a jamais été concédée aux hommes. Il faut bien les accepter dans la véhémence de leur zèle, ainsi que dans les imperfections de leur nature. Les Jésuites avaient fondé sur tous les continents du Nouveau-Monde d'importantes Chrétientés. La destruction de l'Ordre amena la chute de plusieurs. Est-ce aux Missionnaires que la civilisation doit reprocher cette perte ? Est-ce aux Apôtres primitifs de l'Asie et de l’Afrique que le monde attribue la ruine de tant d'Églises jadis si florissantes ? Les Jésuites furent long-temps, il est vrai, les porte-drapeaux les plus intrépides de la Catholicité; mais, et cela ressort jusqu’à l'évidence des entrailles mêmes de l’histoire, ils n’aspirèrent jamais à saper leur édifice chrétien par un système d’égoïsme ou par une ambition trop personnelle, Partout où ils le purent, ils fondèrent des Écoles cléricales, les indigènes furent appelés à s'y façonner aux devoirs du Sacerdoce. Sur la côte malabare seulement, de Goa à Cochin, la Compagnie possédait six Séminaires. Elle y élevait une foule de jeunes Indiens; et, sous la date dü 28 janvier 1629, l'Archevêèque de Cranganore écrivait : « Les Prêtres indigènes de ce diocèse surpassent le nombre de trois cents, tous formés et bien instruits par les Pères de la Compagnie de Jésus. » 11 en était de même sur les autres points de Mission, à Colombo, à Jafanapatam, à Negapatam, à Agra et à Meliapour. En 1666

les Jésuites de Chine se réünissent en synode et, à la ma-

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