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royaumc des Deux-Siciles, adresse son rapport au grand-maître. Le Français est amené à comparer les résultats obtenus par les Universitaires napolitains et par les Jésuites, et il s’exprime ainsi : « L’Université est subordonnée au ministère de l’intérieur, et n’a presque aucune influence dans la nomination de ses membres; elle confère seulement les grades dans les diverses facultés, et tient sous sa juridiction les colléges et les écoles privées. A la tête se trouve un président de l'instruction publique, un conseil général (géunta di publica instruzione), un secrétaire général de l’Université, des inspecteurs généraux et particuliers. Les cours publics des facultés durent sept mois; ceux de la faculté de lettres n’ont qu'un cours de littérature grecque et un de littérature italienne; il n’existe pas de chaire d'histoire, lacune assez significative.
» Les Colléges de l’Université sont au nombre de dixsept : quatre portent le nom de lycées, parce quon y enseigne un peu de philosophie et les éléments des sciences physiques et mathématiques; les autres, voués exclusivement à l’étude du latin et du grec, conduisent les élèves jusqu’en rhétorique; encore l’étude du grec est-elle à peu près facultative, et ne l’exige-t-on dans les examens que des candidats qui se destinent à certaines professions spéciales, telles que la médecine. L'étude et la littérature italienne, la langue française, un peu de géographie et d’histoire sainte, complètent les indications précédentes.
» L'administration intérieure des colléges est confiée à des ecclésiastiques dont le chef prend le nom de Recteur; les professeurs seuls sont ou peuvent être laïques. Si l'on prend pour exemple le lycée del Salvatore, qui est placé dans la capitale, on se fera des colléges de l’'U-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 563 niversité de Naples une idée malheureusement peu satisfaisante.
» Ge lycée ne semble pas avoir une existence propre; il n’a aucun bâtiment qui lui soit spécialement affecté; les élèves pensionnaires sont relégués au-dessus des salles de l’Université, au troisième étage; ils couchent dans de vastes dortoirs, au milieu desquels sont placées les salles d'études; de telle façon que le bout des tables touche au pied des lits. Les classes se font au premier étage, dans des salles qui font suite aux bureaux de l’Université et donnent sur une arrière-cour. Celui des Jésuites renferme de vastes jardins, une haute église qui touche à quatre rues différentes et dont la principale façade est une des plus belles de Naples après le palais du Roi. Et, si l’on regarde au nombre des élèves, la différence n'est pas moins frappante. L'un des Colléges est en pleine prospérité, tandis que l’autre se traîne et languit, bien qu’il ait réduit le prix de la pension à six ducats par mois. »
Le parallèle établi entre l’Université sicilienne et la Société de Jésus continue; il s’étend jusqu’au corps enseignant de France. Le plan suivi par les enfants de saint Ignace est le même que celui de tous les Colléges de l’Institut. À Naples seulement, il agit sur des natures que la beauté du climat doit rendre plus efféminées et moins propres aux sciences. Petit de Baroncourt ajoute :
« Arrivons maintenant aux établissements qui ne sont pas placés sous la surveillance de l'État.
‘» Ge sont d’abord les deux Colléges dirigés à Naples par les Pères Barnabites et celui qui appartient aux Frères des écoles pies (Scolopü); mais les plus dignes d'attention sont les établissements gouvernés par les Pères de la Compagnie de Jésus. Ceux-ci possèdent
quatre Colléges dans le royaume de Naples, savoir : à Naples, à Lecce, à Aquila et à Salerne; ils ont en outre quinze Colléges en'Sicile. Celui de Palerme, entre autres, est un établissement magnifique , dont les richesses sont considérables et dont la bibliothèque fait l’admiration des étrangers.
» La maison de Naples‘ contient environ quatre-vingts élèves pensionnaires; on lui donne le nom de Collége des Nobles, parce qu’on n’y admet que des enfants appartenant aux premières familles. Elle admet en outre dans les classes plus de douze cents externes qui suivent les cours gratuitement. Cette année même, au dire d’un des Pères, savant professeur de l’établissement, ils ont refusé d’en recevoir plus de cinq cents, faute de place. À quelques pas de là, le lycée universitaire del Salvatore n’a pas cinquante externes.
» Les classes sont divisées en classes élémentaires et en classes supérieures; les premières s'étendent jusqu'à la rhétorique inclusiveinent. Elles comprennent trois années ou quatre au plus pour les classes dites de grammaire, qui embrassent l’étude des principes du latin, du
‘ Le Collége de Naples dont il est question dans le rapport universitaire s’appelle il Convitto dei Nobili; il fut ouvert le 3 décembre 1823. C’est un ancien couvent de Basiliens que le roi François Ie° accorda aux Jésuites par décret du 15 septembre 1826. Sa munificence fit restaurer l'établissement ; le Monarque voulut que la maison fût dignement appropriée à l’usage auquel il la destinait. Le roi Ferdinand IT l'a prise sous sa protection, et il ne cesse d'encourager les Pères dans ja mission qu'ils s'imposent, Afin de leur témoigner la bienveillance spéciale qu'il porte aux lettres, aux sciences et aux bonnes études, le Roi accorde des priviléges aux élèves qui se distinguent par leur travail ou par leur piété, Sous la direction du Père Latini, cet établissement est devenu un modèle de régularité, de perfection:....snt, de progrès littéraires et scientifiques. 31 compte parmi ses élèves actuels les enfants des plus grandes familles du royaume et les fils de trois ministres du Roi, le chevalier de Santangelo, le prince di Trabia et le prince di Comitini,
Ce Collége, quelque parfait qu'il soit et que nous avons dernièrement visité, ne l'emporte cependant ni en science, ni en sage administration, sur un grand nombre d’autres que la Société de Jésus possède à Rome, en Piémont, ‘en Angleterre, en Allemagne et en Belgique. La beauté du local établit seulement la d fférence, car l'instruction y est partout aussi développée, Née du même principe, elle se répand par les mêmes professeurs,
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grec et de l'italien; une année pour la classe dite d’humanités, qui correspond à la seconde de nos collèges, et une année pour la rhétorique; en tout cinq ans ou six ans au plus. Les classes supérieures comprennent deux ans pendant lesquels les élèves étudient la philosophie, les principes du droit naturel et du droit civil, la physique, la chimie et les mathématiques élémentaires. Il existe une troisième année pour les classes supérienres, dans laquelle on étudie la langue hébraïque, l’éloquence et les lettres sacrées, le droit canon, la théologie et les mathématiques transcendantes; mais presque toujours le cours des études est regardé comme fini au bout de la seconde année, surtout pour les élèves qui doivent entrer dans les carrières civiles. Cette distribution des études, comparée à celle des classes de l’Université de France, contient, comme on le voit, des différences notables: l’étude des langues anciennes est comprise dans un espace de cinq ou, à la rigueur, de six années, au lieu de sept et même de huit années employées au même objet dans nos Colléges; secondement, à partir de la philosophie, l’étude élémentaire des sciences est concentrée en deux années pleines, au lieu d’être intercalée dans le cours des lettres anciennes, à partir de la quatrième classe.
» Quant à la force des études, les élèves dans les classes d’humanités peuvent soutenir la comparaison avec ceux de nos Colléges pour le latin; mais il n’en est pas de aême pour la langue grecque. La seule langue moderne qui y soit enseigaée est la langue française; car la France, selon la pittoresque expression d’un révérend Père du Collége de Salerne, est la seconde patrie de tout le monde. A la rhétorique est joint un cours d'archéologie cet d'architecture grecque et romaine.
566 HISTOIRE Quant aux cours scientifiques, ils sont, vis-à-vis des nôtres, d’une supériorité incontestable, »
Les motifs de la guerre acharnée que les Universités de tous les pays ont déclarée à la Compagnie de Jésus se trouvent dans ces aveux. Long-temps avant de soulever un coin du voile, elles savaient, aussi bien que les familles chrétiennes, à quoi s’en tenir sur les maisons d'éducation dirigées par les enfants de Loyola. C’étaient de redoutables rivaux : les Universités se coalisèrent pour les étouffer. Elles ne pouvaient plus accuser les maîtres d'incapacité et jeter un brevet d’ignorance aux élèves. Il était démontré que, sur tous les points de l’Europe, les Colléges des Jésuites se plaçaient, sans le chercher, sans le proclamer, à la tête du mouvement intellectuel et scientifique. On laissa donc de côté les vieilles imputations d’obscurantisme; puis on essaya d’en faire surgir de nouvelles.
Le fractionnement des partis, les inimitiés entretenues par la politique, les utopies des uns, les crimes des autres, les flagrantes violations de la loi mises par tous et chacun à son tour au compte de la nécessité, avaient introduit dans les pays constitutionnels un esprit d’exclusion qui tôt ou tard brisera l’unité de ces Etats. Les partis commencèrent par s'attaquer les armes à la main; ils finirent par se calomnier. De tous les camps à la fois, il s’éleva la plus triste des imprécations. Chacun accusa son ennemi politique de ne plus aimer le
pays où il était né. Personne n’osa comprendre qu'après tant de bouleversements la différence des drapeaux ou des idées ne créait pas d’une manière irrévocable la trahison envers la patrie. Il convenait à quelques-uns de dominer et de tromper les masses en s’attribuant le monopole du dévouement civique: ils s’offrirent comme
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 567 le type de cette vertu qu'ils allaient exploiter. Leurs adversaires de la veille, leurs ennemis du jour, leurs antagonistes du lendemain ne furent plus que des citoyens coupables dont le pays devait redouter les perfidies et flétrir les noms. La Révolution française avait ainsi procédé. M. Thiers, qui s’est constitué l’héritier direct de ses doctrines et l'avocat de ses forfaits, ne pouvait manquer de suivre cet exemple.
Tous les Français qui ne fléchissaient pas le genou devant la probité de ce Fabricius administratif devinrent suspects à ses yeux; il les accusa de ne pas aimer la patrie. Quelques-uns d’entre eux, pour soustraire leurs fils à l'éducation de l'Université, se privaient de leurs caresses; ils les envoyaient à Fribourg, à Mélan, à Brugeletie et à Chambéry étudier sous les Jésuites. M. Thiers saisit ce prétexte pour prouver que les disciples de l’Institut étaient les Pitt et Cobourg de la France libérale. Dans l'éducation si large qu’ils donnaient, l’historien-orateur découvrit un complot tramé contre le pays. Le rapport de M. Thiers, sur le projet de loi d'instruction secondairé, formula l’accusation en ces termes; il dit’ : « Qu’autrefois à Saint-Acheul et aujourd’hui dans des établissements semblables l’esprit était et est encore contraire aux lois du royaume; que les maximes morales des maîtres, leurs doctrines sur la puissance sp:rituelle et temporelle, mettent en péril la moralité et les sentiments nationaux de la jeunesse ; qu'il est n‘cessaire de savoir si les enfants ne viennent pas de ces écoles placées à nos frontières, dans lesquelles on inspire la haine de nos institutions et un très-faible amour pour la France. »
‘ Rapport de M. Thiers. Première question, p. 29 ; deuxième question, p. 35 et 0.
Le 29 janvier 1846, M. Thiers, à la Chambre des Députés, renouvelait ces attaques : « Il y a, proclamaitil, à Brugelette et à Fribourg des établissements mauvais, dangereux pour tout citoyen qui doit vivre sous les lois de la France. Que des Suisses, que des Belges envoient leurs enfants à Brugelette ou à Fribourg, où on enseigne le mépris de nos lois et de notre gouvernement, à eux permis; mais je dis qu'on n'y fait pas de bons Français. » |
M. Thiers se posait en juge suprême de la moralité des autres; il traduisait au tribunal de son patriotisme les jeunes gens élevés par les Jésuites, et au milieu de cette dérision parlementaire, il ne se demandait pas à lui-même s'il trouverait beaucoup de pères de famille consentant à lui confier l’avenir de la jeunesse; il ne s’interrogeait pas pour savoir si des milliers de ses concitoyens ne le regardent pas comme un des génies les plus malfaisants qui aient pesé sur la patrie. Cet homme, qui a tant calomnié et qu’on vit un jour verser des larmes à la tribune pour effacer lés poignantes inculpations dont un député ministériel, M. Desmousseaux de Givré, l’accablait', cet homme déversait un blâme immérité sur la Société de Jésus. Il accusait les enfants qu’elle forme de sentiments antifrançais, et, dès le lendemain, la calomnie était confondue. Ces enfants avaient grandi; ils occupaient dans l’État d’honorables fonctions ; ils se livraient au commerce, à l’agriculture, aux belles-lettres ou à l’industrie. Plus de six cents parmi eux vinrent, dans une protestation rendue publique', donner à M. Thiers un éclatant démenti. Ils disaient : « C’est en abreuvant nos âmes à ses sources les
* Séance de la Chambre des Députés du 5 décembre 1840 (Moniteur du G).
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 569 plus pures, que nos maîtres nous ont élevés. Histoire, philosophie, langues, littérature, sciences, tout passait par ce divin milieu pour arriver à nous.
» Nous apprenions ainsi :
» Qu’à Dieu et à la Religion établie par lui il appartient d'éclairer la raison, de lui commander parfois et de régler la conscience; °
» Que tous les hommes sont égaux devant Dieu, et doivent l’être, par conséquent, devant la loi, qui en est l’image ; ;
» Que les pouvoirs publics sont pour les peuples et non les : -uples pour les pouvoirs publics;
» Que toute. noblesse, toute dignité, tout emploi, la simple qualité de citoyr n obligent à se dévouer par tous les sacrifices, celui même de la fortune et du sang, au bien de la patrie;
» Que les trahisons et les tyrannies sont des crimes contre Dieu, des attentats contre la société. »
Les élèves des Jésuites ajoutaient, avec autant de courage que de prévoyance:
« Mais, que l’on ne s'y trompe pas, ces calomnies qui semblent nous atteindre seuls frappent bivn réellement, dans l'intention de leurs auteurs, toute éducation vraiment catholique.
» Telle est notre conviction, les dénégations, les clameurs ne l’affaibliront point; tout homme sérieux et sincère pense comme no.:, et en protestant, comme anciens élèves des Jésuites, nous sommes bien réellement les représentants de tout homme formé à l’école de la Foi, les représentants de l'éducation croyante en France.
» Nous avons voulu faire comprendre à cette chère France, que sur son sol tout genou ne fléchit point, que
570 HISTOIRE toute bouche ne se tait point encore devant les hardiesses de la rouerie ;
» Que la calomnie lâche et facile ne doit point, à ses yeux, prévaloir contre la vérité.
» Nous avons voulu qu'elle sût que cette éducation calomniée est profondément et uniquement catholique, et qu’en apprenant ainsi à unir la Foi catholique à la Foi patriotique, nous ne pouvons en être que meilleurs citoyens et plus vrais amis de nos vraies libertés.
» L'auteur du rapport avait dressé un acte d’accusation, préparé une liste de suspects, en laissant pour le moment les noms en blanc; nous sommes venus remplir ce vide et nous inscrire nous-mêmes.
» Beaucoup d’autres, que des considérations respectables empêchent de s’unir à nous dans cette manifestation publique, mais dont nous avons entre les mains les adhésions sincères, partagent toutes nos convictions, et confirmeront notre parole devant tous ceux qui voudront interroger leurs consciences.
» Quant à nous, maintenant, nous attendons sans crainte le jugement du pays; lui-même il dira s'il est juste, s’il est sage, s’il est français, de jeter l’insulte à de jeunc hommes nourris de pareilles leçons, et que la chambre, les conseils élus, le sacerdoce, lg magistrature, l'armée, le barreau, la presse, toutes les professions libérales, l’agriculture, l’industrie, le commerce, voient chaque iour offrant leur sang, leurs veilles et leurs travaux pour la gloire et la prospérité de la France.»
Devant cette protestation, M. Thiers se tut, car il avait derrière lui un passé de deux siècles et demi qui, comme la génération nouvelle, pouvait dire si les Jésuites tiennent école de lâcheté, de trahison, de mépris des lois ou des serments. M. Thiers, il faut en convenir,
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 571 n’est pas le premier qui donna un corps à cette imposture, Avant lui Carlo Botta, dans son Histoire d'Italie, avait poussé l'incrimination plus loin que l'historien de la Révolution. Selon Botta, dont un prêtre, réfugié piémontais, Vincent Gioberti, reproduisit ies paroles dans son introduction de! Primato morale e civile degl’ Italiani, les Jésuites ne sont plus seulement criminels pour étouffer dans l'âme de la jeunesse tout amour de la patrie. Botta et Gioberti leur reprochent d’absorber au profit de la Compagnie la respectueuse tendresse que les fils doivent à leurs parents.
« L'empire que les Jésuites usurpaient sur la volonté, ainsi s'exprime Botta !, était plein de dangers, parce que leur première pensée, et ils la mettaient à exécution, était d’arracher du cœur des jeunes gens l’amour de la famille. Les Jésuites agissaient ainsi pour que leurs disciples fussent plus dévoués en tout à eux-mêmes et à la Compagnie. Les enfants de la vieille Rome s’écriaient : Patrie! patrie! et, préparés à ce dévouement, ils faisaient passer la patrie avant leur famille. Les élèves des Jésuites disent au contraire : Les Jésuites! les Jésuites! et au besoin ils préfèrent leurs maîtres à leurs pères. Parmi ces générations, les unes tendaient à l'honneur et à la liberté, les autres allaient à l’abjection et à la servitude. »
Botta et Gioberti, son enthousiaste commentateur",
‘ Storia d'Italia continuaz, da quella del Guiccardini, xovin.
2 Le Primato morale e civile avait été dédié en 1845, par Vincent Gioberti, à Silvio Pellico. Le Prétre réfugié à Bruxelles voulait placer sous le patronage d'un beau génie et d'une haute probité un ouvrage contre la Société de Jésus. Silvio Pellico répudia cette dédicace en publiant le 16 juillet 1845 la déclaration suivante :
& Ami de Vincent Gioberti, écrivait l’auteur de Mie prigione à la date de Turin, 28 juin 1845, et profondément attaché à François Pellico, Jésuite, mon frère, j'ai lu dans l'avertissement de son Primato morale e civile degl' Italiani une manifestation violente de colère contre les Jésuites, Si je me taisais, non-seulement je manquerais à l'amitié qui m'unit à mon frère, mais je laisserais supposer que j’adhère anx préventions de Gioberti sur la Compagnie à laquelle mon frère appartient, Je . : suis
peuvent bien, à l’aide de quelques phrases déclamatoires, jeter la pierre à l'Ordre de Jésus; mais, en lisant ce passage, chacun s’avouera, comme nous, qu'ils n’ont oublié qu’une chose : c’est d’expliquer comment il se fait que des pères de famille élevés par les Jésuites dans ces principes néfastes aient consenti à se priver de l'amour de leurs enfants. Une pareille éducation pourrait à toute force se supposer. Elle abusera peut-être une génération; est-il possible qu'elle s’étende à la scconde? Faudra:t-il admettre que, depuis trois cents ans, les pères de famille se soient laissés volentairement dépouiller de l'affection de leurs fils, et que, pour plaire à des Jésuites, corrupteurs de tous les sentiments les plus naturels, ces parents se soient prêtés à cette désolante combinaison? Car, il n’y a point à tergiverser, le plan des Jésuites est toujours le même. Ils l'ont appli. qué dés l’origine de l’Institut, et, après avoir appris à
leurs premiers élèves à détester les auteurs de leurs jours, il faut que ces élèves, devenus pères, aient trempé dans le complot révélé par Botta et par Gioberti. Celui
pas éloquent, et j'ai peu de foi dans l'effet des apologies ; je me borne à déclarer ce qui suit :
» Je ne partage pas les opinions de Gioberti sur les Jésuites, Il a cru les peindre avec vérité, il n’en a fait qu'un odieux tableau. Pour le tempérer, il dit, il répète qu'il y a des exceptions honorables à faire ; mais tel est le blâme qu'il répand sur la Compagnie entière, que même les individus à excepter auraient, à son avis, le tort de s'être dévoués à servir une Société devenue malfaisante.
+ Sur ce point, je déclare qu'ayant une connaissance intime de mon frère et de quantité de ses collègues, je sais que ce ne sont point de faibles esprits, entraînés dans l'illusion, mais des hommes forts de discernement et de vertu.
» Comme j'estime les. Jésuites, les autres Religieux et en général le Sacerdocr, quelques-uns ont porté contre moi une accusation qui est bien vulgaire aujourd'hui, en disant que je suis ce qu'ils appellent un affilié du Jésuitisme, un instrument de cette prétendue secte artificieuse. Je suis seulement un homme d'étude et de réflexion, qui a lu et examiné, qui n'a pas la faiblesse de se rendre le serviteur des opinious véhémentes, qui sourit des lettres anonymes et d'autres bassesses semblables par lesquelles quelques-uns ont eu la simplicité de vouloir n\'apprendre à penser. Je pense et je me conduis selon ma conscience ; je ne m'asservis à d'autre lien qu'à celui de ne vouloir haïr personne et d'être Catholique, Apostolique et Romain,