‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 11 sur 51 · AR · texte numérisé non relu

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comprendre ce point important, Ignace a décidé que les congrégations provinciales , assemblées tous les trois ans, devaient, avant toute délibération, examiner s’il serait nécessaire de convoquer une congrégation générale. Le fondateur veut que les députés des provinces, à peine arrivés à Rome, s'entendent sur cette affaire si délicate en dehors du général. Dans l'assemblée tenue à cet effet, chacun vote par écrit, afin que la certitude du secret protége la liberté des suffrages.

Tels sont en résumé les obligations, les charges, le devoirs qui lient chaque membre dela société de Jésus. Tels sont aussi lesdroits et les prérogatives du général.

Tout a été inspiré , tout a été fait dans le but évident de porter aussi loin que possible le renoncement à soi-même , et d'étendre jusqu’à sa dernière limite le principe d'autorité. Cette évidence ressort de chaque article des Constitutions et des déclarations ou explications aussi obligatoires que le texie primitif. Un pareil ordre apparaissant dans un siecie où le protestantisme semait partout la doctrine du libre examen, et se trouvant plus tard sous le poids des préjugés intéressés qui l'avaient accueilli à sa naissance, a dû, en mille occasions, se voir exposé aux objections d’une immensité d'adversaires.

Les protestants avaient commencé l’œuvre; pour eux les membres de la compagnie étaient des ennemis. M. Guizot, calviniste lui-même, l’a proclamé (1) : « Personne n'ignore, dit-il, que la principale puissance instituée pour lutter contre la révolution religieuse du seizième siècle a été l’ordre des jésuites. »

(1) Histoire générale dela civilisationen Europe, par M. Guirot, page 363.

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Le jansénisme d’un côté, de l’autre les incrédules, les indifférents, les ordres religieux et les cours de justice achevèrent celte œuvre de destruction.

On essaya de porter la lumière dans cet ensemble de lois : on produisit les ténèbres; car on ne recher: chait pas sincèrement la vérité. Cependant de Ja multiplicité de livres, de discussions, de comptes-rendus et d’arrêts que ces constitutions firent naître, il surnage plus d'une objection sérieuse qu’il convient de peser avec maturité. Les unes ont été faites par des protestants, les autres par des catholiques auxquels la compagnie de Jésus était suspecte à cause même de l’élasticité de certains articles de ces mêmes constitutions.

Ces objections, égarées dans des ouvrages dont les titres mêmes sont ignorés, ne laissent pouriant pas d’avoir une force imposante, reproduites qu’elles sont par toutes les voix de la publicité. L'histoire: doit les enregistrer ; et, afin de mieux faire connaitre le point en litige, avec la difficulté elle doit présenter la solution.

Nous ne censurons pas , nous n’approuvons ps , nous rapportons.

La première abjection faite aux constitutions d Ignace porte nécessairement sur la puissance concédte aux généraux. Cette objection se réduit à ceci :

L'autorité du général, étant à peu près sans bornes et perpétuelle, lui accorde une latitude incommensurable sur tous les sujets de l'ordre. C'est un despote auquel ils font vœu d’obéissance passive, et qui, à son gré. peut. contre leur tempérament et leur vocation. les soumettre à ses caprices. Les membres de la compagnie n'ayant le droit de résistance que lorsqu'ils voient cas de péché dans l'ordre donné, il s'ensuit. Hist. dela C'omp.de Jésus. — T.x. 4

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que, hors ce seul cas, qu'il est très-difficile de résoudre, ils sont à tout jamais rivés à la chaîne dont il plaira au général de les charger. N'ayant pas la faculté de discussion ou de remontrance, ce ne sont que des automates catholiques pensant et agissant sous l'inspiration d’un homme qui ne les connaît pas personnellement et qu'eux souvent n'ont jamais vu et ne verront jamais.

Les défenseurs de la compagnie, ses membres euxmêmes répondent :

Le général est un, mais son autorité est bien loin d'être une ; elle est limitée par les constitutions que, pendant plus de dix années d'épreuves, on commente sous toutes les formes aux novices et aux écoliers. Le vœu d'obéissance que l’on prête à l'institut dans la personne du général est volontaire, dégagé de violence, parfaitement connu de ceux qui sont admis à le prononcer. Ils se vouent par vocation à l'obéissance la plus complèts. C'est donc un acte de liberté qu’ils continuent même en soumettant toute leur vie à la direction imprimée par le chef. La preuve que ce régime de despotisme n'est pas aussi intolérable que l’on serait porté à le croire au premier aspect, c'est que les Pères de la compagnie sont aussi atta-

chés à leur société que les anciens Romains l'étaient :

à leur patrie. Ils se croient heureux ainsi : il n’ap+ partient pas aux autres hommes de calomnier leur bonheur.

Il leur appartient encore moins de se faire une arme contre la compagnie du prestige d'autorité dont elle a investi son chef. L'ordre de Jésus est formé pour la lutte et pour le combat : il a été fondé quand l'Eglise ne comptait autour d'elle que des défections. Il était donc urgent de lui fournir des dévouements

entiers, absolus. sans conditions. Jgnace avait pris dans les camps l'habitude de la discipline militaire ; il l'appliqua à son institut; il créa des soldats pour le catholicisme dont la base était sapée. A ces so! que, par la prière et l'étude, il consucrait à tot martyres, il ne cacha rien de son plan. Tous l'i tèrent. tous l’adoptent encore : il n’y a donc pas heu de les plaindre.

Mais peut-être, en pressant la lettre ou le sens des eonstitutions, a-t-on à déplorer des excès de ce pouvoir qui réside dans la personne du général?

La société tout entière déclare depuis trois siècles, par son accroissement même, que ce reproche tombe devant la réalité. Le général est pour eux un guide spirituel, un tuteur temporel, qui ne s'arroge jamais aucun droit, qui n’a ni fonds, ni revenus, ni liste civile à sa disposition, qui vit comme eux et avec eux. et qui ne peut disposer de leur existence ou de ieur liberté que pour la gloire de Dieu ou le salut des âmes.

Un monarque , et plus d’une fois on a donné ce titre fastueux au général de la société, un monarque ne peut jamais, et pour quelque cause que ce soit, être déposé. Il est roi par l'hérédité ou par l'élection; mais il est roi, c’est-à-dire qu'il plane au-dessus de tous ses sujets. et que, même dans les Etats constitutionnels, il est à l'abri des atteintes ou des chances que ses fautes peuvent attirer. Il fait tout et n’est responsable que du bien, jamais du mäl.

Chez les jésuites, au contraire. le général voit. malgré lui et en dehors de lui, les congrégations pro: vinciales s'assembler et discuter son gouvernemert. Il a autour de sa personne un surveillant, des assistants qui, si les motifs humains prévalaient dans

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