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leurs pensées, auraient intérêt à le trouver en défaut pour ouvrir sa succession. Son pouvoir est sans aucun doute illimité pour le bien, maïs le général a les mains liées au moment même où il voudrait commettre le mal ou abuser de l'autorité; car alors, ce qui n’est pas “possible, il faudrait supposer que les assistants, que l’admoniteur et que tous les provinciaux entréraient sciemment dans le complot tramé par lui.
Son autorité, quoique absolue dans la forme et dans les mots. ne l’est donc pas dans le fond. Elle a donc des limites, limites qui non-seulement doivent être tracees dans sa conscience, mais qui sont encore posées avec une parfaite netleté par plusieurs articles des Constitutions.
La seconde objection faite à la compagnie de Jésus, objection que ses rapides accroissements, que ses richesses, que sa puissance ont rendue populaire, consiste à dire que la fin de la société est de s’agrändir partout et toujours, de dominer les rois par la flatterie ou par les services qu’on leur rend. les peuples par le ministère de la parole, par la crainte de l'enfer ou par une instruction qui sait admirablement se prêter aux passions des uns, aux vices des autres, aux mystérieuses convoitises de tous.
A cette difficulté, que le récit même des faits rendra peut-être encore plus ardue, on répond par les observations suivantes :
La compagnie de Jésus est un corps, une agréga-
tion de religieux. Comme tout corps, comme toute | les agrégation tend, par sa nature même. à s’accroître et ap à propager ses doctrines, la société n’a point échappé, tes 4 elle n’a pas même désiré échapper à cette loi com- si,
mune. Elle était fandée non pas pour la contempla-
tion, mais pour la vie active; elle avait pour mission de s'opposer à toutes les hérésies, de réformer les mœurs du clergé et des peuples. À la suite des hardis conquérants d’un nouveau monde, elle s'avançait vers les peuplades infidèles pour leur annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ. Elle” devait même précéder les conquérants et ouvrir à la Croix. des terres que les armes portugaises ou espagnoles n’auraient pas encore ensanglantées. Afin d'atteindre ce triple but, il lui fallait des sujets pleins de science et de piété, des soldats qu'aucun péril n'effraierait : elle les fit naître. .
Les souverains Pontifes , lesmonarques. les grands de la terre eux-mêmes, charmés de ce zèle qui débordait et qui, dans une mesure parfaite, s'attachait à rendre les hommes meilleurs, crurent devoir, par un sentiment de pieux encouragement , prodiguer au nouvel ordre des faveurs de tout génre. Plus tard ces faveurs devenaient pour leurs sujefs une source de véritables bienfaits. Les uns firent construire aux jésuites de riches , de splendides églises; les autres fondèrent des colléges, des maisons d'éducation, à la
tête desquels ils les placèrent; tous dotèrent ces
maisons avec plus ou moins de somptuosité. La gratitude des partieuliers ne resta pas en arrière de la munificence des princes. Ce rapide tableau suffit pour donner la clef des richesses tant reprochées à la société.
En voyant partout sur la brèche ses premiers Pères, les rois ne crurent pouvoir mieux faire que de les appeler à la direction de leurs consciences. Les jésuites se chargèrent de ce soin. C’est à l’histoire à dire si, dans toutes les circonstances , ils furent fidèles aux préceptes de leur ordre. L'histoire encore dira
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82 ! HISTOIRE si quelquefois, aveuglés par l'influence qu'ils excrçaient sur l'esprit de leurs augustes pénitents, ils ne se sont pas introduits dans la politique. Mais quand il serait prouvé que quelques-uns ont ainsi transigé avec leurs consciences, qu'est-ce que ce reproche attéignant un fndividu pourrait faire à la masse? en quoi viendrait-il corroborer l'accusation portée contre la société Lout entière?
-Riches dans le monde pour la plupart, quelquesuns thèmes issus des plus illustres familles, ils engagent leur liberté, ils aliènent leut indépendance. Se condamnant à la pénitence , à d'obscurs travaux, à une vie nomade ou à un avenir qu'ils ne connaissent pas. ils se sèvrent de tous les plaisirs, de toutes les gloires, de toutes les illusions. de tous les bonheurs de la famille, ‘pour appartenir plus intimement à Dieu. Dans un-pareil calcul il n’y a certes guère d’ambition comme le monde l'entend. Y en a-t-il davantage aux yeux de la politique?
Le profès ne peut. ne doit exercer aucun pouvoir public. Il est vêtu d’un habit le plus simple, le plus inélégant possible. IL renonce à tous les honneurs ecclésiastiques. S'ils viennent le ce ‘her dans sa cellule, dans sa chaire ou au milca dangers qu'il affronte sur les mers, le profès fera, pour les éloigner de lui, plus d'efforts que n'en fait pour les conquérir-le diplomate le plus ambitieux. Le lot qu'il s'est réservé, l'héritage auquel il tend n’est pas de ce monde ; c'est celui-là seul qu’il désire.
Le jésuite n’est donc pes ambitieux pour lui-même: sa vie en fait foi.
Mais, dira-t-on, il l'est pour son ordre; mais l'ordre entier doit l'être, car il est ainsi constitué.
Eh! quand cela serait, quel mal y aurait-il?
: Ilest permis à un soldat, à un orateur. à un écri-
vain, et même à un professeur de philosophie ou de “belles-lettres, de s'avancer, de faire fortune, souvent
au détriment de la morale, de l'honneur militaire ou des intérêts de son pays.
Dans nos mœurs actuelles, un intrigant, sans autre talent qu'une facunde d'avocat. pourra d'un saut escalader le pouvoir. Il s’y maintiendra par la corruption ; il gouvernera les rois en tutelle sous prétexte qu'il a plu à quelques centaines d'avocats, ses prédécesseurs dans l'art de se servir de la parole, d'établir un pareil régime, et cette ambition ne sera pas un crime. Cet avocat, cet écrivain, ce professeur, cet intrigant hvwilierént lour patrie dans son juste or-
‘pueil. Hs la-ruineront dons ses-fances ; Me l'agite- “ront dans son repos; ils la déhonorerôin en lui par- :
lant de gloire; ils l''garerent dans le dédale des lois qu'ils inveñtent pour s'entretenir M: langue, et'ils seront de granÿis citoyens.
Mais la compagnie de Jésus, dont le but est. déterminé, qui l'a souvent alteint par des miracles de patience et de dévouement, elle sera coupable, elle , parceque, chacun de ses membres reportant au centre la lumière qu'il projetait; il en est résullé une éclatante gerbe de feu qui a éclairé les nations en faisant le bonheur des particulier.
Il y a esprit de corps sans doute, c'est-à-dire esprit d'union, concért de la part de tous les membres pour la gloire et pour l'avantage de l'institut. Où est le mal? Et trouvez un corps quelconque dans l'univers, depuis les associations d'ouvriers jusqu'aux cours judiciaires, qui n'ait pas toujours tendu à accroître son autorité ou à manifester sa puissance ?
Les jésuites ont subi la loi commune. Simples reli-
gieux pour eux-mêmes, ils ont été hommes pour le triomphe de leur ordre. C'est là le seul reproche, si reproche il y 9 que les autres hommes puissent leur adresser. : ::
L'awbition, dans un corps quelconque; parlement, société ecclésiastique ou agrégation civile, est toujours permise. toujours bonne.en soi, toujours utile
-au développement des idées ou au bonheur général. ‘ Dans un individu, au contraire, elle est souvent per- -nicieuse.et nc peut que nuire. à la félicité commune : car élle-enfante l'intrigue ; -elle divise en coteries. L'ambition laisse par le succès un mauvais'exemple , elle amène. par l'échec des désespoirs ou le suicide,
En voyant ce:qu'une société religieuse a obtenu
. par la réunion de mille intelligences, une intelligence ssolée ne sera pas tentée de procéder par les mêmes moyens. En sera:t-il ainsi lorsque chaque individu, fort de son audace, viendra tous les jours pen son honneur et le repos de. sa patrie sur l'enjeu au
plaira à ses convoitises de tenir?
Un corps, quel qu'il soit, a des ménagements à gar-
der, un passé qui le-lie, un avenir qui le préoccupe.
Un individu qui veut parvenir à son but n'a pas devant lui de pareils obstacles. Il aspire pour lui seul au pouvoir. on à la fortune. S'il l'atteint, il est riche et envié. Si le hasard ou:de fausses combinaisons l'égarent dans sa route, il n'avait rien à perdre, pas même un nom. Il y laisse la vie ouil se retire dans son obscurité première, et le à du monde couvre ses:cris de détresse.
On accuse aussi les jésuites. de savoir admirabiement.entrer chez les grands et chez les petits, tantôt par la flatterie, tantôt par une morale relâchée, tantot: par les sombres images de la vengeance céleste.
Ils s'insinuent partout , répète-t-on sans cesse, et c'est ainsi qu'ils affermissent leur crédit.
La compagnie de Jésus a pu, à différentes époques, elle peut même encore vouloir arriver à ses fins par des moyens que les politiques les plus adroits s’estimeraient heureux d'employer. Elle a de la souplesse dans l'esprit, de la suite dans les idées, de la perspicacité dans les affaires où le monde “mêle souvent l'inconséquence à la légèreté ; elle saisit avec art le côté faible des cœurs pour y pénétrer par la persuasion. Elle sème de fleurs le chemin par.où’elle:veut conduire le chrétien à la perfection, comme une tendre mère cache sous la menthe le remède qui sauvera son enfant. Elle flaire les orages qui la menacent à l'horizon, elle les conjure. D'utile, de nécessaire qu'elle était, elle a su se rendre essentielle par l'éducation, par la prédication, et par une exactitude tellz dans l'observance de sa règle qu'il n'a tunis été question de la réformer:
Dans tout cela, en dehors de l'esprit de Dieu, on voit: parfaitement” l'esprit de l’homme uni, et se servant de cette unité pour centupler ses forces. Mais où est le vice? où apparait le besoin dé domination? C'est ce que beaucoup d'énnemis de la compagnie n'ont pas démontré. ils ont accusé sans admettre de preuves, saus même discuter celles qu'on leur apportait. D'un mensonge inventé pour les besoins de leur cause ils ont fait un -préjugé. Le préjugé est devenu
un'fait passé à l'état de chose avérée. C'est ainsi que .
la vérité s'est encore une fois trouvée altérée par la passion.
Cette passion a eu ses intermittences, ses bons et ses mauvais jours. Ainsi, en 1724, dans une reguête préséntée au roi de France contre les jésuites de 4,
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