CHAPITRE II
Pasquier-Brouet et Salmeron nonces apostoliques en frlande, — Persécut'ons de Henri VIII. — Instructions données par 1gnace aux deux Jésuites léçats du Pape. — Situation do l'Irlande. — Ce qu'y font Brouet et Salmeron. — Ils rentrent en Italie, — Leurs missions à Foligno. — Lefèvre et Laynès à Venise. — L'Université de Paris. — Commencement de l’Ordre de Jésus en France. — Guillaume Duprat son premier protecteur. — Le docteur Postel veut entrer dans l’Institut, — Il est obligé d’en sortir. — Origine de l’Université de Paris et des autres Universités. — Son mode de gouverner et d'in struire, — Rodriguez en Portugal. — Ses succès et ceux de Xavier. — Collégede Coïmbre. — Le Père Araoz en Esvagne. — Lefèvre en Allemagne. — Situation de l'empire. — Lejay et Lefèvre aux diètes de Worms, de Spire et de Ratisbonne. — Bobadilla en Allemagne. — Lefèvre à Mayence. — A Co. logne. — Il va en Portugal. — Il revient en Allemagne, — L'empereur Charles-Quint et les Protestants. — Le Père Canisius député par l'électorat de Cologne auprès de l'empereur. — Lefèvre retourne en Espagne. — Son apostolat, — 11 revient mourir à Rome. — OEuvres d’Ignace. — Ses fondations à Rome. — Comment il dirige tous ses frères. — Prophétie de sainte Hildegarde contre les Jésuites. — Allégorie
des sauterelles inventée par le Janséniste Quesnel,
Tout en travaillant aux constitutions de son ordre, Loyola, qui savait que la vie de l’homme est un combat, n’épargnait pas plus ses forces que celles de ses compagnons. L'attaque était partout; selon lui, la défense devait se montrer aussi multiple. Dans sa tête, concevant les plans les plus gigantesques et les .
développant avec une si inflexible ténacité, il organisait les lois qui allaient régir la société de Jésus ; il les préparait avec réflexion; il les coordonnait avec sagacité , il prévoyait les obstacles et apprenait par l'expérience à les tourner ou à les vaincre. Des plus hautes considérations il descendait aux plus minimes détails, résolvant toutes les difficultés, mettant un frein à toutes les passions et cherchant, dans l’extension même de son institut, à donner à l'Eglise un ascendant qu’au milieu de ce siècle, si fécond en turbulences, l'Eglise semblait se refuser à elle-même. Sa situation était déplorable. De chaque cité, de chaque village, de chaque couvent même, il sortait un ennemi armé de toutes pièces pour la combattre. A tous ces ennemis elle répliquait par des exeommunications. Mais excommunier n’était pas répondre; et quand les peuples, mus par l'attrait des nouveautés, apprennent à raisonner leur obéissance ou à mettre en doute la foi de leurs pères , toutes les foudres ecclésiastiques ne valent pas une démonstration.
Ignace avait parfaitement saisi le point essentiel. On tuait l’Eglise, on démantelait Rome en exagérant les fautes commises, en se faisant un levier des désordres qui s'étaient introduits quelquefois malgré elle dans l'administration des diocèses et des paroisses; on calomniait le Saint-Siège, l’épiscopat et les sociétés religieuses ; on les représentait sous d’odieuses couleurs; on donnait à la doctrine des apôtres et des saints Pères une interprétation coupable.
À toutes ces débauches de l'intelligence il devenait urgent d’opposer de lumineuses discussions. Loyola ne recule point devant ce combat que le norcbre des assaillants rendait si incertain, si périlleux même ; il lance sur tous ces champs de bataille théologique les
soldats qu'il a formés pour la lutte et pour le martyre. Ces soldats courent à l'ennemi somme si rien ne pouvait effrayer leur courage.
Dans cette existence agitée qui leur était faite , ils avaient beaucoup étudié, beaucoup appris. Sur les bancs des universités ils s'étaient montrés pleins d'érudition et de logique ; dans la solitude ils venaient de puiser cette force à laquelle les plus rudes fatigues ne devaient jamais faire crier merci. À des hommes ainsi préparés il n’y avait plus qu’à ouvrir la lice. La lice fut ouverte : ils y entrèrent. Suivons les tous dans le rapide mouvement qu'ils vont imprimer aux différents pays.
L'Angleterre, ce royaume que les Papes avaient surnommé l'ile des saints, se voyait livrée à tous les vertiges et à toutes les erreurs. Henri VIII, qui avait commencé son règne en s'improvisant théologien contre les protestants afin de mériter le titre de défenseur de la foi , se laissait prendre lui-même au piége des idées novatrices. Chez lui ce n’était pas la conviction qui agissait : Henri VIII, époux légitime de Catherine d'Aragon, tante de l’empereur Charles- Quint, s'était épris d'Anne de Boleyn, une de ses sujettes ; il demanda au Saint-Siége une dispense de divorce, L'affaire était srave ; le Saint-Siége l’examinait; il écoutait les deux parties. Juge suprême, il allait sans doute prononcer que l’homme ne peut pas désunir ce que Dieu a uni sur la terre, lorsque les emportements du prince anglais tranchèrent la question.
Henri VIII se sépara de la communion romaine ; les courtisans suivirent-son exemple ; une partie de la nalion fit comme les courtisans , tous espérant entrer dans le partage des biens que le monarque con-
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fisquait. L'apostasie fut pour les Anglais ainsi que pour les Allemands un calcul plutôt qu’un acte de conscience. Le roi d'Angleterre. en supprimant les monastères et les moines, se substituait à leur place comme propriétaire; il s'attribuait le droit d'en dépouiller les véritables possesseurs pour récompenser la complaisance polilique et la félonie religieuse. Selon le docteur Lingard, le seul revenu des couvents s'élevait à la somme de 34,301,480 francs.
Mais en Irlande il se rencontre un peuple qui ne consentit pas à changer de foi aussi souvent qu'il plairait au souverain de changer de muaitresses, Les Irlandais Cemeurèrent fidèles à leur Dieu. Par le fait de la conquête ils avaient perdu leur nationalité ; de royaume indépendant ils étaient devenus vassaux de l'Angleterre; ils voulurent du moins rester catholiques. C'était contre leurs oppresseurs une protestation que trois cents ans de martyre ont immortalisée.
Avec le caractère implacable que l’histoire donne à l'héritier des Tudor, une pareille résistance ne pouvait passer impunie. Henri VIII sévit comme alors savaient sévir tous les despotes qui brisaient le lien d'unité catholique pour ne plus trouver dans le Saint-Siégé de modérateurs ou des juges. Il organisa le plus terrible système de persécution, système que, dans la Grande-Bretagne, les révolutions ou les changements de dynastie ont toujours laissé en vigueur; il subsiste encore avec les aggravations que la légalité moderne a pu inventer.
L'Irlande palpitait donc sous le couteau du boucher ; elle comptait ses martyrs par milliers ; la ruine s’asseyait à la porte de ses chaumières ; ici on proscrivait, là on confisquait; partout on égorgeait. Le
retentissement de toutes ces exactions parvint à Rome, où Robert, archevêque d'Armagh, s'était réfugié. Ce prélat, Ecossais d'origine et aveugle de naissance, ne devait qu'à sa science l'honneur d'être assis sur le premier siège de l'Irlande.
Au tableau de tant de persécutions tracé par le pasteur lui-même, Paul III s’'émeut. Il comprend que la chaire de saint Pierre doit à ce peuple un grand témoignage d'amour, de pitié et d'encouragement. Il faut qu'il lui députe des hommes aussi préparés à braver l'appareil des supplices que la misère et la mort, des hommes remplis de l'esprit de vie et qui, par leur science comme par leurs vertus, pourront maintenir les Irlandais dans la foi et les consuler dans leurs maux.
A la prière de l'archevêque d’Armagh, Ignace est appelé ; le Pape lui demande deux de ses Pères. Codure est désigné ; mais la mort le frappe dans l’intervalle. À son défaut, Pasquier-Brouet et Salmeron sont chargés de cette mission. Elle importait tant à l'Eglise que Paul ITT ne crut pouvoir mieux faire que d'investir les deux membres de la compagnie de Jésus de toutes les prérogatives altachées aux nonciatures apostoliques.
Salmeron et Pasquier-Brouet étaient légats du Saint-Siége. Ils acceptaient avec joie les périls de l'ambassade; mais ils n’ambitionnaient point l'éclat ou les honneurs que donne ce titre, Tls partaient de Rome seuls, sans provisions, sans argent, ainsi que les apôtres se mettaient en route pour conquérir le monde.
Ce dénûment dans une haute dignité politique avait quelque chose de si inusité qu'il ne fut pas perdu même à Rome. François Zapata, notaire apos-
tolique, songeait à se consacrer à la société de Jésus. Accompagner les deux Pères dans cette mission. c'était dignement commencer son noviciat ; il-offre de subvenir aux frais du voyage. heureux à ce prix de partager leurs travaux et leurs dangers. Le 10 septembre 1541 tous trois se mirent en route. Loyola n'avait pas voulu les laisser partir sans instructions secrètes: il leur traça de sa main un plan de conduite dont l’habileté ferait honneur au diplomate le plus consommé. ;
« Je vous recommande, leur dit-il dans cet écrit, monument de la connaissance qu’il avait des hommes et des affaires, je vous recommande d’être avec tout le monde en général, mais surtout avec vos égaux et vos inférieurs, sobres et circonspects dans vos paroles, toujours disposés et patients à écouter, prêtant une oreille attentive jusqu’à ce que les personnes qui vous entretiennent vous aient dévoilé le fond de leurs sentiments. Alors vous leur donnerez une réponse claire et brève, qui prévienne toutes les instances. Afin de vous concilier la bienveillance des hommes dans le désir d'étendre le royaume de Dieu, vous vous ferez tout à tous, à l'exemple de l’apôtre, pour les gagner à Jésus-Christ. Rien, en effet, n’est plus propre que la ressemblance des goûts et des habitudes à se concilier l'affection, à gagner les cœurs. Ainsi, après avoir étudié le caractère et les mœurs de chaque personne, vous chercherez à vous y conformer autant que le permettra ie devoir; en sorte que, si vous traitez avec un caractère vif et ardent, vous secouiez toute lenteur ennuyeuse. Il faut au contraire devenir un peu lents et mesurés si celui auquel vous parlez se montre plus circonspect et plus pesé dans ses discours. Du reste, si celui qui doit traiter
avec un homme de tempérament irascible a lui-même ce défaut , et s'ils ne s'accordent pas en tout l’un et l'autre dans leurs jugements , il est grandement à craindre qu'ils ne se laissent emporter à quelque accès de colère. C'est pourquoi celui qui reconnaît en lui cette propension doit s'observer avec le soin le plus vigilant et munir son cœur d’une provision de force pour que la colère ne le surprenne pas; mais qu’il supporte plutôt avec égalité d'âme tont ce qu'il souffrira de la part de l’autre, fût-il même son inférieur. Les contestations et les querelles sont bien moins à craindre de la part des esprits tranquilles et lents que de celle des personnes vives et ardentes.
» Pour attirer les hommes à la vertu et combattre l'ennemi du salut, vous emploierez les armes dont il se sert afin de les perdre : tel est le conseil de saint Basile. Lorsque le démon attaque un homme juste. il ne lui découvre pas ses piéges, il les cache au contraire et ne l'attaque qu'indirectement, sans combattre ses pieuses inclinations. feignant même de s'y conformer ; mais peu à peu il l’attire et le surprend dans ses piéges. Ainsi convient-il de suivre une marche semblable pour retirer les hommes du péché. Commencez par louer avec prudence ce qu'ils ont de bon, sans attaquer d’abord leurs vices ; lorsque vous aurez gagné leur confiance, appliquez le remède propre à les guérir. À l'égard des personnes tristes ou troublées, montrez en leur parlant, autant que vous de pourrez, un visage gai et serein; usez de la plus grande douceur dans vos paroles, afin de les ramener plus aisément à un.état d'âmetranquille, combattant un extrême par un extrême.
» Non-seulement dans vos sermons, mais encore
dans vos discours parliculiers, surtout lorsque vous réconcilierez entre eux des ennemis, ne perdez pas de vue que toutes vos paroles peuvent être publiées, ce que vous dites dans les ténèbres manifesté au grand jour. Dans les affaires anticipez le temps plutôt que de différer ou d’ajourner. Si vous promettez quelque chose pour demain, faites-le aujourd'hui.
» Quant à l'argent, ne touchez pas même à celui qui serait fixé pour les dispenses que vous accorderez. Faites-le distribuer aux pauvres par des mains étrangères ou employez-le en bonnes œuvres, afin que vous puissiez, si besoin était, assurer avec serment que dans le cours de votre légation vous n'avez pas reçu une obole. Lorsqu'il faudra parler aux grands, que Pasquier-Brouet en soit chargé. Délibérez entre vous dans tous les points sur lesquels vos sentiments seraient partagés; faites ce que deux sur trois auraient approuvé; écrivez souvent à Rome durant votre voyage, aussitôt que vous serez arrivés en Ecosse , et aussi quand vous aurez pénétré en Irlande ; ensuite rendez tous les mois compte des affaires de la légation, »
Dans ces instructions, Loyola se garde bien de parler de celles que le souverain Pontife a données; il reste en dehors de la politique. Salmeron et Brouet sont les délégués du Pape; ils ont sa confiance; Ignace s'efforce de la leur faire mériter, mais il ne ya pas au delà. Il sait que les nouveaux légats ont des caractères djamétralement opposés : que Salineron est pétulant, que Brouet a dans le cœur quelque chose d’angélique et de persuasif; c’est Brouet qu'il charge de communiquer avec les grands. Tout est combiné par lui de manière à ne blesser ni l'un ni l’autre et à
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les faire concorder tous deux peur l'intérêt de l'Eglise.
La guerre éclatait aux frontières de France lorsque les deux Nonces furent obligés de traverser ce royaume ; ils parvinrent cependant en Écosse. Jacques V. neveu de Henri VIII et père de Marie Stuart, y régnait. Henri avait beaucoup d’empire sur Jacques, et il faisait tous ses efforts pour l’entrainer dans ses erreurs ou du moins pour séduire l'Écosse. Paul IIT avait écrit à Jacques Stuart ; il le suppliait de rester fidèle à la vieille religion, et lui annonçait que les deux Pères de la compagnie de Jésus étaient accrédités par le S:int-Siége en qualité de légats en Ecosse et en Iriande. Salmeron et Brouet voient le roi ; ils l’'exhortent. dans l'intérêt de l'Eglise et dans celui de sa couronne, à ne pas déserter la foi. Jacques jeur promet de résister aux prières de Henri VIT, De là ils passent en Irlande.
En Ecosse, ils n'avaient qu'à étudier la situation des esprits ; en Irlande , ils devaient consoler et for-tifier. Ce fut au commencement du carême de l'année 1542 qu'ils y pénétrèrent.
Partout le spectacle de la désolation et de l’épouvante ; à chaque pas des calamités plus grandes encore que celles dont ds s'étaient formé l'idée. Le tyran ne se contentait pas d'opprimer la religion catholique, i! sacrifiait à ses caprices sanguinaires l'avenir même du pays. Le peuple était dépourvu d'instruction et de guides; d'instruction, parce qu'on espérait l’'amener par l'ignorance g.l'apostasie; de guides, parce qu'il plaisait à Henri VIITet à ses agents de le persécuter ou de le massacrer. L’Angleterre s’affranchissait du joug de Rome: elle se faisait libre : sa liberté était pour l'Irlande un esclavage.
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L'Irlande avait le droit de choisir ses évêques et de nommer ses pasteurs de secofi ordre; ce droit fut anéanti avec tous les autres. A l'exception d’un seul, tous les seïsnc:rs avaient, par peur ou par cupidité, prêté ua serment solennel d'obéissance à l'édit de Henri VIII. Ce sement n'étuit pas seulement obligatoire pour les édits, il le devenait encore pour la volonté même du roi; or, la volonté Ge Henri VIIT, c'était l'arbitraire sans frein , sans con-
trepoids, et se transformant avec la cruelle mobilité
dont s’imprègnent tous les actes de ce prince.
Henri VIII avait pensé à tout : dans ses caleuls,de Saint-Siége ne pouvait pas abandonner à sa merci ces populations catholiques : le Pape viendrait à leur secours, soit par lettres , soit par ses légats. Il fallait donc effrayer eeux qui se mettraient en correspondance avec Rome et intimider ses envoyés. Henri ne recula devant aucun moyen : il fut ordonné , sous les peines les plus sévères . de brüler toutes les lettres venant du centre de la catholicité et de livrer au roi d'Angleterre ou au vice-roi d'Iria::de les légats qui auraient mis le pied sur ee sol désolé. de
Quand Brouet et Salmeron, déguisés, presque mendiants, entrèrent dans le royaume, la terreur était portée à son comble; on craignait de s’inter-
roger du regard, on refusait même de se com-
prendre. L’hospitalité était un crime; la délatation, un acte de patriotisme ; le silence lui-même, une condamnation anticipée. Il avait fallu des miracles de courage pour parvenir dans un pays dont les frontières étaient hérissées de soldats. Pour y séjourner,
-on devait à chaque heure du jour et de la nuit expo-
ser sa vie, car il se rencontrait partout des espions,
des gens armés, dés fanatiques ou des bourreaux.
Brouet et Salmeron se voyaient sans asile sur une terre inconnue; leur courage ne désespera cependant point. On les fuyait comme étrangers, on les redoutait comme prêtres. Peu à peu ils surent gagner la confiance des plus fidèles ; ils s’entretinrent avec eux; ils leur apprirent la mission dont ils s'étaient chargés. Bientôt ils eurent autour d’eux un troupeau que leur audace rendait audacieux.
Un séjour prolongé sous le même toit n'était pas possible, c'eût été exposer les hôtes qui les recevaient. Salmeron et Brouct changent de retraite toutes jes nuits; mais dans ces courses si souvent répétées, ils trouvent un adoucissement à leurs fatigues, un encouragement à braver des périls toujours nouveaux. Il ravivent la ferveur , ils fortifient la prudence, ils enseignent aux persécutésles devoirs qu'ils ont à remplir, les pratiques pieuses qu’il importe de conserver pour maintenir la foi. Ils confessent, ils administrent, its rendent la paix aux consciences. ils éclaircissent les doutes, ils excitent les forts, j!s soutiennent les faibles, et, dans ce ministère de réconciliation, ils usent des pleins pouvoirs qu’ils ont reçus du Saint-Siége.
Ils parlaient à des peugles dont le patrimoine était la proie des Anglais ; rnais ces peuples, pauvres et persécutés, ne constntaient pourtant pas à priver l'Eglise leur mère @es revenus dont elle avait besoin. Des dispenses. des grâces étaient nécessaires ; Salmeron et Brouet les accordaient sans rien demander. Fidèles à l’ordre de Loyola, ils refusaient même ce que la charité des Irlandais essayait de leur faire accepter ; ou, fils imposaient une légère taxe, cette
taxe n'était jamais perçue par eux. Les légats avaient engagé les catholiques à désigner pour cet office des Hist. de la Comp. de Jésus, — T. 1. 7
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personnes dignes de leur confiance. Les catholiques choisirent presque partout leurs évêques, proserits comme eux. Ces taxes furent consacrées à restaurer les églises, à soulager les veuves, à douner du pain aux orphelins, et à préserver de tout contact in:pur l'honneur des jeunes filles.
Trente-quatre jours avaient sufi aux deux Nonces pour parcourir toute l'ile. Les Irlandais savaient enfin que leurs souffrances renccntraieni à Rome, sur le trône pontifical, un père qui compatissait à leurs maux, qui applaudissait à leur persévérance. Il les bénissa!i de loin, comme Brouet et Salméron accouraient les hénir en son nom. La joie des catholiques fut plus graucle que leur discrétion.
A leur front qui ne se courbait plus sous le bâton des tyrans subalternes, à l'énergie qui se révéiait dans leurs regards, à l'espérance dont chaque parole divulguait le secret, les sectaires comprennent que dans l'Irlande, dontils ont fait un désert, il se passe quelque chose d’inusité. Ils se mettent en mesure de déjouer les projets qu'ils soupçonnent. La haine et le fanatisme rendent clairvoyants : ils découvrent la présence des envoyés de Rome,
Leur tête est à l'instant mise à pris, La confiscation des biens et la peine de mort sont prononcées contre toute famille ou tout individu qui accordera asile à Salmeron et à Brouet. Le but de leur mission était rempli. Le souverain Pontife, prévoyant les persécutions qu’un séjour trop prolongé dans l'ile attirerait nécessairement sur les catholiques du pays et sur les deux Pères, avait ordonné par écrit à ces äerniers de retourner en Italie, si leur présence provoquait de nouveaux malheurs. Ils se décident à obéir.