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quelquefoismême avecses haines. Cequ'’elle a fait contrela compagnie, la plupart des autres universités de l'Europe l'ont tenté ouvertement ou en secret. La s0ciété de Jésus était une rivale dangereuse. Les corps enseignantsse coalisèrent pour la détourner desafin ou pour laperdre dansl'esprit des peuples.Mais, par l'éclat qu’elle jetait dans le monde savant, par les hommes illustres qui faisaient sa gloire, par sa puissance politique même, l’université de Paris a résumé en elle seule les combats livrés aux jésuites. Elleeffaça toutes les universités dans la persistance de ses jalouses colères: il fallait: donc la faire connaître avant de sui: vre le cours des événements.
. En Espagne, cependant, les jésuites ne trouvaient pas comme en France des ennemis systématiques. Le nom de Loyola s'était si vite répandu dans la Péninsule qu’Antoine Araoz, un de ses parents, n'eut pas de peine à y faire adopter l'institut.
L'Espagne était catholique dans ses passions, dans ses préjugés. dans l'essence même de son gouvernement, Elle avait si long-temps combattu contre les Mawn'es pour sa nationalité que, même après la victoire, ‘l iui restait un souvenir de martyre. Ce souvenir ,; fondu dans les, mœurs ,: était pour elle un second baptême. Les Espagnols se croyaient vieux chrétiens d’origine ; il. y:avait peu à redouter des efforts que pouvaient tenter sur la Péninsule les hérétiques d'Allemagne et de France. Ce ne fut donc pas à ce motif que la société de Jeans y dut son introduction.
Araoz, entré dans l'institut an mnOnéRt de sa fondation, eut besoin, cette année-là même, ” retourner dans sa patrie.
. Il débarque à Barcelone. Les amis, les. disciples
qu'Ignace compte dans cette villé le reçoivent avec transport. A leur prière , il monte dans la chaire de vérité. Araoz était éloquent et surtout convaincu. 1l réveille l’ardeur dans les âmes. Ïl parle des fruits: de salut que porte en Europe la compagnie dont ilest membre. Ses auditeurs s'enflamment d’un beau zèle; ils projettent de fonder dans leur cité une maison de l’ordre. Ce projet s'accomplit. Araoz poursuit sa route dans la Castille. À Burgos, à Valladolid , il provoque le même enthousiasme, ilobtient les mêmes résultats, Dans les provinces basques. il opère de semblables prodiges. La foule, qui se pressait pour l’entendre, était si grande que, plus d’une fois, Araozse vit contraint de prêcher en pleine campagne.
Le vice-roi de Catalogne était Don François de Borgia, duc de Gandie. Ce prince, qui deviendra le troisième général de jésuites, avait en partage toutes les vertus que son aïeul, le Pape Alexandre VL, aurait dù porter sur le trône pontifical. Il désira voir.en particulier Araoz, le premier Profès après les dix Pères qui sont comme les fondateurs de la compagnie, Araoz l’entretint de tous les plans de Loyola ; il lui présenta la bulle apostolique. et le vice-rai promit de s'associer de tout son pouvoir à une œuvre dont l'origine lui apparaissait comme une fayeur de la Providence. Borgia tint parole.
Le Portugal fut celui des royaumes catholiques qui se montra le plus empressé pour accueillir la comgnie de Jésus. Dans le chapitre suivant, consacré aux missions de François Xavier, nous déduirons les motifs qui avaient déterminé Jean III à appeler les nouveaux religieux dans son royaume. Ici nous n'avons à nous occuper que des résultats obtenus sur le continent européen,
Xavier partit seul pour les Indes. Rodriguez, à la demande du roi. resta à Lisbonne, où leurs prédications avaient été si fructueuses. Témoin de tant de prodiges, Don Juan de Portugal ne se montra point ingrat. Quelques bénéfices ecclésiastiques vinrent à vaquer; il pria la cour de Rome de les appliquer à l'établissement d'un collége, dont il ferait une pépinière de saints ouvriers pour ses Etats et de missionnaires pour les nations infidèles. En 1542, il choisit à Lisbonne la maison de Saint-Antoine- Abbé. Rodriguez en prit possession avec Bernardin Scalecati et Gonsalve Medaire, ses deux disciples.
Leur nombre s’accrat, et cette année-là même on jeta les fondements du collége de Cotmbre. Ce fut un des plus riches et des plus célèbres de la compagnie dans la Péninsule. Au mois de janvier 1544, il ne comptait que vingt-cinq sujets, il en avait soixante au mois de juillet. Mais les Pères étaient étrangers. Français ou Italiens pour la plupart. Un des points les plus remarquables de la politique d’Ignace consistait à ne voir qu’un membre de la compagnie dans un sujet de telle où telle nation. Il voulait tous les habituer à se soutenir, à s'aimer en frères.
Pour cela, it avait cru devoir briser, dès le pr cipe, cet amour du clocher natal qui étouffe ‘aat . grandes choses. Le monde, pour lui et pour son ordre, n'était qu'un peuple en Jésus-Christ. Il était donc essentiel d'apprendre aux Novices la langue et les mœurs dés autres Novices. IL les faisait cosmopolites, afin de les attacher à Dieu par des liens indissolubles. 11! les rendait voyageurs, afin qu'au contact des diverses nations ils apprissent, par expérience, à mieux connaître les hommes.
Cette politique n'était pas à la hauteur des habi-
tants de Coimbre. Ils témoignèrent d'abord de la
froideur et même du mépris à ces Pères venus de si d « loin. Ils étaient nés dans l'ouest et dans le nord de int l'Europe. Ils pouvaient être entachés d'hérésie. En pi Portugal; ce soupçon était un crime. Peu à peu Li pourtant’ le préjugé se dissipa.
: lj Mais pour bien saisir de quelle manière se pro- 4e pagea la compagnie de Jésus, il importe de suivre Le, Pierre Lefèvre dans les différentes missions qu'il ‘54 remplit, et, après l'avoir accompagné en Allemagne, ati de repasser avec lui dans la Péninsule. Ce prètre, F l'exemple le plus frappant de la puissance de l'assova ciation , était né en Savoie, Pauvre timide, il ne sabi vait pas même apprécier l'énergie et le talent que gnie son cœur et sa tête renf=rmaient. Il aurait passé né humble et ignoré sur la terre, faisant le bien dans e au quelque coin d’une vallée des Alpes, lorsque Ignace e s'empara de lui au milieu de ses ét'ides à l'université # ts de Paris. Lefèvre étaii sans volonté, sans ambition : xd le vœu de pauvreté et d’obéissance ne lui coûta FÈME donc guère; mais les entretiens de Loyola, les arns dentes aspirations de Xavier, le calme. si plein de
force de Laynès révélèrent àcet homme les ressources que Dieu avait enfouies dans son cœur. Lefèvre devint ambitieux du salut des àmes. Cette nature long-temps inerte se réveilla sous la main d'Ignace. Nous allons voir ce qu’en peu d'années une pareille transformation lui permit d'accomplir.
L'Allemagne ; avec ses divisions territoriales, avec ses princes si remuants, était pour l'Europe et pour le Saint-Siége un continuel sujet d'inquiétudes ou de troubles. Les vieilles querelles de l’émpire et de la cour Romaine, les empiétements de l’un, les excommunications de l’autre, le souvenir de ces rois Hist. de la Comp. de Jésus. — T. 1. 8
se mettant en guerre contre les Pepes ou courbant leur orgueil sous la main d'un prêtre. toutes ces divergencés entre les deux principes, divergences qui remplissent l'histoire du moyen âge, n'étaient pas. oubliées. Ce peuple si fractionné par la politique, mais si uni par les mœurs et par le langage, n'avait pas encore trouvé dans les guerres assez d’aliment pour calmer son imagination toujours amante des innovations. À des esprits que ne satisfaisaient pas les calmes études des universités allemandes, il fallait de ces, discussions qui enfantent un nouveau monde d'idées, un nouvel: enchatnement de faits; ils révaient des. cultes plus appropriés à leurs besoins, plus en rapport avec leurs penchants.
La forme et le fond leur importaient peu, si ces cultes devenaient pour eux une vengeance contre Rome et une satisfaction accordée à leurs passions. Ce fut alors que Luther parut. L'époque était fertile en agitations, fécondes en révoltes; le clergé, celui d’Allemagnesurtout, donnait, à quelques rares exceptions près, l'exemple de tous les débordements. Luther, moine augustin , et qui avait emprunté au clergé tous ses vices, voulut y ajouter d’ambitieux projets : il rêva la pourpre romaine. Ne l’entrevoyant que dans un avenir lointain, il espéra.se rapprocher d'elle en se.faisant redouter.
Armé de certains désordres qui s'étaient introduits dans l'Eglise, il se mit à battre en brèche les indulgences et les dispensès émanées de Rome. Par cette pente insensible qui entraine les hommes au delà même de leurs pensées, tant il est difficile de savoir s'arrréter avec sa cause! il se vit emporté dans un cercle d'idées plus absolues; il avait. commencé par prêcher contre les abus, il trouva des contra-
d'steurs; la contradiction dans sa tête théologique
fit naître des tentations d'amour propre : on lui résistait, il déchira le voile sus lequel il avait caché ses desseins. Ilsommait l'Eglise dé se réformer ; l'Eglise ne se prétait pas docilément aux conseils ‘qu'il lui jetait dédaigneusement du haut de sa chaire, l'Eglise le traitait d'apostat et d'hérétique. Luther n'eut pas le coùrage de lui donner un démenti.
Il devint ce que l’histoire sait; à Sa mort, le 18 février 1546, il avait teliement propagé ses ‘doctrines que l'Allemagne entière s'énétait éprise. Des princes, des royaurnes se séparaient de l’unité ; Luther avait laissé après lui dés sectaires. des disciples et la foule d'enthousiastes que tratnént à leur suite tous les cultes nouveaux. L'Allemagne, sous la parole de
Mélancthon, de Bucer, de Carlostadt et de Bullin- .
ger ; la Suissé et la France. livrées aux doctrines de Zwingle, dé Calvin et de Théodore de Bèze, étaient devenues une arène où chacun disputant, comméntant les textes dé l’Ecriture et des Saints Pères, s'attribuait, dans son libre examen , l’infaillibilité qu'il refusait à l'Eglise universelle.
‘Une pareille situation ne pouvait manquer d'attirer les regards du souverain Pontifé. Sa gravité
n’échappait pas nôn plus à Charles-Quint, dont la cautéleuse prudence ternissait l'éclat des qualités royales, Ce mouvement dans les esprits de son empire gerthanique l'inquiétait comme prince et See catholique.
Les Luthériens n'envahissaient pas seules lés rives du Danube où'dù Rhin: Storek'et Munster, dès 1525, créaient' une secte, qui sous lé nôm d'Anabaptis{es, se disait inspirée pour détruire et le catholicishie et le protestantisme, Commelles luthériens et les cal-
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vinistes, ces hérétiques ne venaient pas apporter la paix, mais le glaive, Le fond de leur religion consistait à rebaptiser les enfants; c'est de là qu'ils tiraient. leur nom. Fanatiques et cruels, ils développaient aux peuples le dogme de l'égalité, et ils leur apprenaient que l'insurrection contre l'église et contre les rois est toujours un devoir. Les anabaptistes n'offraient qu'un péril passager, car les nations ne se laissent pas longtemps entrainer à de criminelles folies ; mais l’'empereur n’était pas disposé à accorder autant de liberté à ses sujets : il crut l’entraver en réunissant dans des espèces de synodes ou colloques les docteurs les plus renommés. Les protestants avaient intérêt à multiplier ces assemblées : d'abord parce qu'elles leur fournissaient les moyens d'étendre leurs doctrines, ensuite parce que la fréquence de ces assemblées était un empêchement à la formation du concile OEcuménique invoqué par le Saint-Siége et par toute la chrétienté.
Ortiz, le député de Charles-Quint auprès de Paul III, reçut ordre de se rendre à Worms, où allait se tenir un de ces colloques. Le diplomate espagnol avait besoin auprès de lui d’un théologien consommé, d’un orateur éloquent, d’un prêtre vertueux surtout: il en demanda un au pape et à Loyola : tous deux choisirent Lefèvre. Le 24 octobre 1540 Ortiz et lui arrivaient à Worms. Lefèvre était le premier membre de la compagnie de Jésus qui entrait en Allemagne.
Ce colloque indiqué n'avait été qu’un leurre dans la pensée des luthériens. Lefèvre ne tarda pas à s’en apercevoir aux obstacles mêmes qu'ils apportaient à toute réunion préparatoire. Mais il y avait dans cette yille un clergé perverti, des chrétiens qui, à l’exem-
ple de leurs pasteurs, se précipitaient dans tous les , désordres. Lefèvre entreprend de s'opposer à tant L de maux ; il y réussit.
X On lit un effrayant tableau des mœurs ecclésiasti- | ques dans les lettres en langue espagnole qu’il adressa t de Worms au général de la compagnie; ce tableau, n ainsi que ces lettres, appartiennent à l'histoire. Il g- écrivait le 27 décembre 1540 (1) :
e- « Je m'étonne qu'il n’y ait pas deux ou trois fois té plus d’hérétiques qu'il n’y en a, et cela parce que rien es ue conduit si rapidement à l'erreur dans la foi que us le désordre dans les mœurs; car ce ne sont ni les ti- fausses interprétations de l'écriture ni les sophismes ur qu’emploient les luthériens dansleurs sermonset leurs es, disputes qui ont fait apostasier tant des peuples et es fait révolter contre l’église romaine tant de villes et de cile provinces ; tout le mal vient de la vie scandaleuse des ute prêtres. »
Le 10 janvier 1541. Lefèvre continuait :
LIT, « Plût à Dieu que dans cette cité de Worms il y enir eut seulement deux ou trois ecclésiastiques qui be- ne fussent pas concubinaires ou souillés d'autres cri- ’un mes notoires, et qui eussent un peu de zèle pour le
salut des âmes! car dans ce cas ls feraient tout ce qu'ils voudraient de ce peuple simple et bon. Je parle de villes qui n'ont pas encore aboli toutes les lois et les pratiques de religion nisecoué entièrement le joug de l'église romaine; mais la partie du troupeau qui, par devoir, serait tenue de conduire les infidèles dans le bercailest celle 1à même qui; par sesmæursdissolues,
(1) Toutes les lettres ou documents inédits cités dans cette Histoire sans indication d’origine se trouvent aux archives du Gesu, maison-mère de la Compagnie de Jésus à Rome.
invite et pousse les catholiques à se faireluthériens. »
Il est facile de voir d’après ces lettres que les sectaires eux-mêmes n'étaient pas les apôtres les plus actifs de la réforme. Ce qui se pussait à Worms, ce que Lefèvre y signalait, se présentait à peu près partout. Le jésuite témoigne le désir de rencontrer deux ou trois prêtres qui ne soient pas corrompus; il n’y en avait qu’un : c'était le doyen du chapitre, qui exerçait en même temps les fonctions de vicairegénéral et d’inquisiteur pour la foi.
Seul et découragé. il allait abandonner le troupeau qui , selon ses paroles se jetait de lui-même dans la gueule du loup, lorsque Lefèvre vint, par ses exhortations, ranimer son ardeur. Worms changea de face.
De là le Père se rendità Spire puis à Ratisbonne où l'Empereur et lecardinalContarini , légat du Pape, devaient assister à un synode entre les catholiques et les protestants. Lefèvre ne perdait pas de temps; il voyageait avec les officiers de Charles-Quint ; et, pendant la route, il leur prodiguait ses bons soins et les exercices spirituels.
La diète de Ratisbonnes’ouvrit au mois d'avril 1541, en présence de l’empereur et de sa cour. Le parti catholique avait pour orateurs Lefèvre, Eschius, JulesPflug et Jean Gropper, archidiacre de Cologne. Ses adversaires étaient Martin Bucer, qui venait d'épouser une religieuse, Pistorius et Mélancthon, l'oracle du protestantisme.
On discutait devant huit juges latques qui n’entendaient rien à la théologie, qui par conséquent ne pouvaient introduire dans la discussion l’ordre et la régularité. Le cardinal de Granvelle comprit bientôt que de semblables entrevues n'amèneraient aucun résullat satisfaisant, Personne n'avouait sa défaite ;
tous su montraient plus irréconciliables après le combat , car dans les discours échangés des paroles amères avaient été prononcées; il y avait eu de graves reproches et surtout de profundes blessures faites aux amours-propres. Granvelle pria Lefèvre de se livrer à des occupations plus utiles, Le conseil était bon; il fut suivi. et, dans le découragement où le jetaient ces disputes, jeux d'esprit qui cachaient une révolution sous leur lourde frivolité, il écrivait de Ratisbonne même le 5 avril 1541 :
« Ce m'est une croix insupportable de voir une partie si considérable de l’Europe, anciennement la gloire de la Religion, crouler ou chanceler maintenant, et de dire que ni la grande puissance d’un tel empereur, ni les talents et l’habileté de ses ministres, niles personnages de cetteimposante diète,nepeuvent et nesavent'rien faire pour empêcher la ruine de la foi.»
La diète était impuissante pour le bien : Lefèvre l'entreprit seul et en dehors d'elle, Il ouvrit des exercices spirituels aux évêques, aux prélats, aux électeurs, aux vicaires-généraux, aux ambassadeurs des couronnnes aux théologiens, aux docteurs etaux autres membres de la diète. Le fils de Charles, duc de Savoie , dont Lefèvre était le sujet, lui confia la direction de sa conscience. La foule fut si grande pour l'entendre qu’afin de répondre à tous les besoins il prenait sur son sommeil. Allemands, Portugais, Espagnols, Italiens se pressaient autour de sa chaire. Tous acceptaient les règles de conduite qu’il leur dictait avec une sainte liberté. Il comptait chaque jour parmi ses auditeurs des Ferdinand de la Cerda, des Manrique duc de Najare, des don Sanche de Castille, des Jean de Grenade, fils du dernier roi de Grenade, des Charles de Savoie.et des Pescaire,
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Cette élite de la noblesse ; qui l'adoptait pour son père spirituel, allait reporter dans les différents royaumes la semence qu'elle recevait. Maintenue dans la piété , elle maintenait par ses exemples les peuples dans la Foi. Lefèvre ne s’en tient pas à ses prédications de Ratisbonne ; il pousse jusqu’à Nurem berg. Ignace croit avoir besoin de lui en Espagne : Lefèvre s'y rend, mais l'œuvre qu’il a commencée en Allemagne doit être continuée : Glaude Lejay et Bobadilla lui sont donnés pour successeurs.
Lejey venait de renouveler Faenza. Il passe à Bologne; ilse fait entendre, il convertit. À Ratisbonne. ville libre et dont par conséquent le protestantisme fait une de ses places fortes, il se met à développer les principes et la'fin du christianisme. Ce n'est plus aux grands de la terre qu'il s'adresse; Lefèvre a résolu leurs’doutes, il leur a enseigné la manière de règlér leur vie. Lejay veut que le germe de vertu se répandé dans le clergé. Le clergé, sous les yeux mêmes de l’empereur, se révolte à l'idée des changements que ce français parle d'introduire dans ses mœurs. Les hérétiques se réunissent avec le clergé dans un commun sentiment de haine.
On menace Lejay de le jeter au Danube; Lejay sourit et répond : « Que m'importe d'entrer dans le ciel par la voie d’eau ou par la voie de terre! »
Les sectaires s'étaient emparés de deux églises ; ils ÿ préchaient publiquement, car, par des calculs politiques dont l’histoire n’a pas jusqu’à ce jour approfondi les causes cachés, l'empereur tolérait en Allemagne des excès de prosélytisme luthérien qu'il aurait rigoureusement punis en Espagne. L'amour de la nouveauté ne séduisit pas les catholiques dont Lejay s'était fait le guide. +
Bobadilla de son côté, qui, avec le cardinal Réginald Polus, achevait la réforme des mœurs dans le diocèse de Viterbe, part pour l'Allemagne en l’année 1541. Il s'arrête à Inspruck, ou réside Ferdinand I:, roi des Romains; ila des entretiens avec le roi et avec la cour ; il veille au salut de tous; puis le roi le conduit à Vienne pour assister aux conférences qui vont se tenir dans la capitale.
Ces conférences avaient pour but de sauver la religion des périls qui la menaçaient. Bobadilla préchait toujours en italien et en latin; il expliquait le sens des écritures ; devant Ferdinand, il discutait avec les hérétiques les plus célèbres; il suivait le nonce du pape à la diète de Nuremberg. A la première assemblée de Spire, à celle de Worms, ilaccompagnait, par ordre du roi et d’après l'avis du cardinal Alexandre Farnèse. l'évêque de Passau. ambassadeur de ce prince.
La diète finie, Bobadilla, que les prélats allemands ; se disputaient, cède aux instances de Ferdinand, qui se propose de le mettre aux prises avec le clergé de Vienne. Bobadilla fait triompher l'évangile dans le cœur des prêtres dissolus; et comme si la santé de ce Jésuite devait être aussi infatigable que son ardeur, Ferdinand le nomme son théologien à la nouvellediète qui s'assemble en 1543,
Devant cette parole si étincelante de verve et de science, l’hérésie est intimidée, les catholiques s'affermissent dans leur croyance. A la diète de Ratisbonne, où il rencontre le Père Claude Lejay, il explique en latin son ouvrage De Christiana conscientia.
Lejay avait un successeur à Ratisbonne.- -Le nonce du pape le charge d'aller à Ingolstadt, où. malgré
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la vigilance du prince de Bavière, le luthéranisme faisait irruption. Ratisbonne offrait un Champ neutre aux diverses-opinions ; ce prince avait défendu à ses sujetsd’y paraître; et quand on lui parlait dela guerre que les protestants pouvaient exciter contre lui : « Je consentirais plutôt, répondait-il, à perdre tous mes * États que de livrer un seul des mes sujets à Luther. »
Lejay trouva donc aide et appui; il succédait au grand théologien Jean Eschius, il se montra :.igne de lui. Les évêques d'Allemagne cherchaient tuus à posséder une lumière aussi éclatante, Othon Truchsez évêque d’Augsbourg puis cardinal obtint la préférence. Truchsez et le Père unirent leursefforts pour ramener à la foi le peuple de Pilingen qui s'en écartait. Ils réussirent.
Une assemblée provinciale était convoquée A Salzbourg. Dans ce synode, on devait essayer de concilier lés opinions des deux partis belligérants. Malgré ses répügnances , Lejay se mit en route ; car l’archevêque de Salzbourg, frère du duc de Bavière. avait voulu dons ce moment critique s'appuyer sur un pareil théologien.
L'Empereur, sans trop se préoccuper dela question religieuse. désirait mainteniria paix dans ses États germaniques. Engagé dans des guerres politique avec la France, il redoutait de voir l’hérésie envahir l’Allemagne et dégénérer en dissensionsciviles, Illuiconvenait d'apaiser à tout prix le schisme qui le troublait dans ses projets ambitieux. Les protestants repoussaient l’idée d’unconcile OEcuménique. Lacondamnatian de leurs principes devait y étrenortée , et il leur paraissait plus avantageux de proposer incessamment quelques-uns de ces synodes provisoires qui ajournaient la question ou qui l’envenimaient davantage.
Avant chaque séance, Lejay était consulté par les évéques. Il-rédigea pour eux un écrit dans. lequel se résumiaient les deux points mis en, discussion par l'empereur. :
IL prouva d'abord que les prélats ne pouvaient jamais consentir à ce que, dans une assemblée laïque, on s’arrogeâl le droit de résoudre une question ae gieuse.
Il démontra ensuite que les protestants, en supposant qu'ils admissent tous les dogmes catholiques, seraient encore entachés de schisme et d’hérésie s'ils refusaient de reconnaitre l’autorité des souverains Pontifes en matière de foi.
Les évèques, réunis à Salzbourg, adhérèrent à à la déclaration de Lejay ; ils firent écarter la proposition d’un concile national faite par les luthériens, et ils le chargèrent d'écrire à Rome afin de presser la convocation de l'assemblée générale dont-les jesuites étaient les intelligents promoteurs.
Lefèvre, cependant, arrivait en Espagne, toujours accompagné d'Ortiz. Il visite Madrid, Saragosse, Médina, Siguença et Alcala. Il entretient les grands, il prêche le peuple, il catéchise les petits enfants. Cet homme, pour lequel le conseiller de Charles- Quint professait la plus haute estime, ne craint pas de se confondre avec les pauvres, et de se faire plus pauvre qu'eux, afin de les instruire. Lefèvre était à peine établi dans la péninsule que le pape Paul III le rappelle pour reprendre en Allemagne la suite de ses travaux: apostoliques. Ces migrations continuelles ne déplaisaient:point à Loyola. |
Sa 'compagnie-était peu nombreuse. Il espérait la multiplier en révélant, dans cent lieux à la fois, le mérite de ses membres. À Ocana, le Père est pré-
senté aux princesses Marie et Jeanne: filles de Charles-Quint. Elles étaient chrétiennes : il les rend pieuses. Enthousiasmés par ses récits, Jean d'Aragon et Alvare-Alplionse, deux prètres de la Chapelle Royale, renoncent aux honneurs et à la cour. Ils suivent Lefèvre, qui, à travers mille dangers, | tés à Spire au mois d'octobre 1542.
Sa présence excite quelque trouble dans le. clergé Le nom èt-les œuvres de la compagnie y étaient connus. Léclergé avait donc lieu de croire que Lefèvre allait d'abord procéder à la réforme de ses mœurs. La mission de jésuiteétait telle en effet. Pour la faire goûter, il prend les prêtres par la douceur; il se fait leur ami, il s'insinue dans leur confiance. Lorsque ce premier pas, le plus diffcile de tous, est franchi, il leur parle avec tant d’onction de la sainteté de leur ministère, des devoirs imposés par ce ministère, que.tous les ecclésiastiques de Spire désertent les plaisirs du monde et abandonnent les folles joies qui naguère remplissait leurs cœurs. Ce triomphe obtenu. Lefèvre part pour Mayence, où l’attendait l'archevêque Albert, cardinal de Brandebourg. Mayence, comme toutes les villes d'Allemagne, voyait chaque jour s'élever dansson sein de nouvelles factions religieuses. Mettant à profit les débauches du clergé, elles ne craignaient pas de pervertir les fidèles, sous prétexte que leurs anciens pasteurs étaient pervertis eux-mêmes. Lefèvre, soutenu par l'autorité et par les vertus de l'archevêque ; a bientôt rétabli la paix dans les cœurs, la régularité dens le clergé, la foi dans le peuple. |
Albert de Brandebourg était généreux, Il désire acquitter envers le Père la dette que son diocèse et luimême viennentsi heureusement de contracter.\il
le force d'accepter cent ducats d'or. Lefèvre avait
fait vœu de pauvreté; il'l'observait : les cent ducats sont aussitôt partagés entre les indigents de la ville et les frères de la société de Jésus qui étudiaient'à l'Université de Louvain. Il retourne à Spire, il revient à Mayence; car , à chaque phase nouvelle du luthéranisme, les évêques allemands ne: croyaient pouvoir mieux faire que d'opposer le même adversaire; puis; au mois de janvier 1543, il se décide à expliquer publiquement les Saintes-Étritures.
- Ses leçons sont suivies dé tous les Mayençais ; bientôt elles ramènent à l'Eglise beaucoup de chrétiens que l’incessante activité de luthériens en avait éloignés. Elles font plus : elles attirent à Mayence une multitude d'étrangers qui, de toutes les parties des provinces rhénanes, accouraient pour entendre un prêtre dont la réputation était si extraordinaire.
Pierre Canisius, né à Nimègue le 8 mai 1521, était du nombre. Toujours poussé par le désir d'apprendre, esprit solide et brillant , mais ayant dans la tête quelques-uns de ces doutes qui travaillaient les plus belles natures, Canisius était regardé comme l’un des doctes de l’université de Cologne. Il avait vingtquatre ans, et son maître, Nicolas Eschius, et son ami, Laurent Surius, affrmaient déjà qu'il serait un des plus fermes soutiens de l'Eglise. Canisius entendit Lefèvre, il le vit, il l’entretint, et sa vocation fut décidée : Canisius entrait dans la compagnie de Jésus.
Sur ces entrefaites, avis est donné à Lefèvre des calamités qui fondent sur la ville de Cologne. Herman de Weiden, son archevêque-électeur, chancelle dans la Foi. Il peut entrainer le troupeau dans l’abjuration du pasteur, et personne ne se sent le courâge d'opposer l'autorité de Dieu à l'autorité d’un
bomme. Les catholiques de l'électorat n’espèrent qu'en Lefèvre. Lefèvre ne {tarde pas à exaucer leur vœu. Le mal était invétéré ; la plaie incurable, Herman, cependant, encouragé et retenu par le Père, promet de rester fidèle à sa religion ; mais cette promesse ne.parut pas à Lefèvre assez concluante. Jean Poggi, nonce du pape, résidait à Bonn. Le jésuite le consulte, Poggi lui ordonne, en vertu de la sainte obéissance, de rester à Cologne, où sa présence.et ses discours peuvent seuls servir de contre-poids aux progrès de l'Hérésie. Il obéit, et Cologne ne suivit pas son archevêque dans l'apostasie. Cologne resta catholique.
Ce fut au milieu de ces travaux de l'intelligence et de la parole que Lefèvre reçut ordre de se rendre en Portugal. Jean IIT donnait pour époux à sa fille Marie le fils de Charles-Quint, qui sera Philippe II d’Espagne. JL avait demandé à Rome un ou deux membres de la compagnie pour accompagner le jeune prince en (astille, Lefèvre était désigné par lui. L'honneur fait au missionnaire était une porte qui, pour la.société, allait s'ouvrir dans plusieurs provinces. Poggi, témoin de tout le bien opéré par Lefèvre à Cologne, veut le retenir ; mais Ignace et le Saint- Siége ont commandé : le jésuite part. Il rencontre à Louvain les écoliers espagnols que la guerre a fait sortir de Paris. Ils habitaient dans la demeure de Corneille Vishavée ; un prêtre que l'exemple de Canisius avait décidé à suivre la règle d'Ignace.
Les fatigues d'un voyage pédestre se joigsent à toutes celles dont son esprit était accablé. Le Pèreest atteint d’une de ces fièvres pernicieuses qui décident de la vie ou de la mort..Il est au lit, en proie à la douleur; pourtant il trouve encore assez d'énergie
irer à Strada la pensée de
dans:son âme pour in
changer; par la D rédicatl , les mœurs de cette ville:
Su2da se met à l'œuvre. Par le charme de son élocution. il appelle, il réunit autour de sa chaire les citoyens de Louvain; puis il conduit cette multitude à Lefèvre, qui, tout malade qu'il est, travaille à leur perfection. Olivicr Manare, Maximilien Capella, et dix-neuf jeunes gens de meilleures familles embrassent l'institut, Cette abondante moisson produit plus de salutaires effets sur Lefèvre que tous les remèdes. Il entre en convalescence, et. le 21 janvier 1544, il se dirige vers Cologne. Il passe à Liége et à Maestricht ; il: y prèche, et combat avec fruit les hérésiarques.
Ilest de retour à Cologne ; l'archevêque avait fait un pacte secret avec les protestants ; il donnait entrée dans son diocèse à Bucer, à Pistorius et à Philippe Mélancthon, dont, après trois siècles révolus, la renommée comme savants et comme orateurs surnage encore. Lefèvre défend pied à pied le terrain miné sous ses pas, ayant contre lui toutes les passions, et cependant faisant partout triompher l'Eglise. Il crée un collége dont il confie la direction à Léonard Kessel, puis, après avoir réglé les affaires du catholicismeet celles de la Compagnie. il attendune autre destination. L'archidiacre Gropper, Canisins, qui venait de distribuer auxpauvresson riche patrimoine , et les novices de la société se chargent de lutier contre
l'hérésie et. de seconder le soute imprimé par Lefèvre.
Sa maladie avait été un obstacle naturel à à son
voyage de Portugal. Le roi Jean le demandait de
nouveau. Lefèvre abandonne Cologne le 14 juillet 1544. i
Cette année, si féconde en événements, s’achevait sur ces grandes controverses. La diète de Worms, sous la présidence de l'empereur, durait: encore, et ce qu’on avait remarqué aux assemblées de Spire, de Ratisbonne et de Nuremberg s'y représentait avec les mêmes péripéties. De semblables réunions ne produisaient que l’endurcissement et les ténèbres ; car. au dire de saint Grégoire de Nazianze, « la douceur des princes enhardit les hérétiques et ils ne sont jamais vaineus par la clémence. »
Lejay partageait cette opinion, mais jusqu'à ce jour Charles-Quint n'avait pas cru devoir s'y conformer. Pourtant la turbulence des hérétiques. le systèmé d'envahissement qu'ils suivaient avec une constance que rien n’ébranlait, les exhortations du Père Lejay, les conseils du cardinal Alexandre Farnèse, légat et neveu du pape, ne laissaient pas que d'inquiéter sa conscience ou son pouvoir. En contact fréquent avec les luthériens, il avait appris à sonder le fond de leur pensée. Il n'échappa point à la pénétration de l'empereur que, sous leurs grands mots de réforme religieuse, ils cachaient des doctrines politiques peu en harmonie avec la puissance que lui, prince, attribuait aux têtes couronnées.
Les querelles théologiques l'avaient peu ému. La liberté d'examen portée de la conscience dans les affaires gouvernementales le fit plus mûrement réfléchir. I était aussi perspicace que dissimulé ; il n'eut pas de peine à entrevoir qu'après avoir abattu l’au. torité pontificale, les sectaires ne tarderaient pas à saper la base:des trônes. Les évêques et le Père Le-
jay l'entretinrent dans cesidées, que le protestantisme
ne: savait pas assez dérober à la clairvoyance de ses adversaires. Ce que l'intérêt de la religion n'aurait
pas pu seul faire décider fut résolu à l'intant même où Charles-Quint vit dans le lointain les périls que
courait l'autorité royale. Par des motifs d'importance secondaire , il avait ajourné indéfiniment la, réunion du concile que sollicitait l'Eglise universelle; il ne s'y opposa plus lorsqu'il crut que la question religieuse débattue pouvait un jour se transformer en question politique. Ce fut peut-être le seul résultat que produisirent les nombreuses diètes où Lefèvre, Bobadillaet Lejay se posèrent comme des hommes d'expérience et de gouvernement.
Une occasion de montrer ses véritables sentiments fut alors offerte à Charles-Quint, il la saisit.
‘ Les troubles religieux dont la ville et l'électorat de Cologneétaient le théâtre grandissaient chaque jour. Herman de Weiïiden avait rompuavec l'Eglise; prince plus faible que coupable, il désertait sa croyance pour ne pas savoir résister aux séductions dans lesquelles les hérétiques avaient eu l’art d'enlacer son amour-propre. Lefèvre avait semé le bon grain à Cologne: canisius et les autres jésuites allaient le récolter,
Les protestants, dont l'archevêque soutenait l’intolérance, se voyant chaque jour: obligés de‘lntter contre les membres de la société, prirent le Li d'en appeler à l'insurrection.
Ils n'avaient pu triompher de la logique des Pères ; $ pour dernier argument ils proposèrent de faire fermer leur maison et de les chasser. Ils s’appuyaient sur un ancien décret de la ville qui prohibait tout établissement nouveau. Les magistrats rendent un arrêt en conséquence. Les jésuites s'y soumettent : il n'existe plus de communauté ; mais il y a encore des citoyens. des catholiques et des prêtres. Ils vivent
séparément, les uns d'aumônes, les autres de privations; la plupart trouvent asile chez les chartreux. Leur patient courage étonne les magistrats, qui, à la réflexion, rapportent leur ordonnance et rouvrent aux Pères la maison dont ils ont fait leur collége et leur séminaire.
Cet événement indiquait de quelle espèce de liberté le protestantisme, comme toutes les révolutions, prétendait doter les peuples ; il dessilla les yeux. Afin de s'opposer à cet esclavage déguisé sous le nom d'affranchissement, le clergé et l'université de Cologne
assoïiièrent à l'instigation de l'archidiacre Grop-
MP Paul IV honora dela pourpre. Il fut résolu Kensmehié que canisius irait au nom ue l'électorat > Cslogue déposer les doléances des catholiques aux pieds:de l'énpereur et de l'évêque de Liége, Canisius s'expliqua d'abord devant George d'Autriche, fils de: Maximilien I°°: ce prince, oncle de Charles- Quint, oceupait le siége épiscopal de Liége.. canisius obtint son concours et sa médiation auprès de l’empereur ; cette première victoire gagnée, il s’achemina vers le camp impérial. de Worms.
Charles-Quint aimait les esprits droits; il estimait le talent uni à la sagacité. Le.savoir et l'expérience des affaires que Canisius déploya en sa présence le surprirent dans.un jeune homme qui n'avait pas encore vingt-cinq ans. Il l'écouta. il l’approuva et il promit sa protection aux catholiques de Cologne. Cette protection:ne leur faillit point. Quelques mois après, Herman était solennellement excommunié à Rome ; et le Pape agissant de concert avec l’empereur, ce malheureux sevit dépouillé de sa qualité d’électeur-archevêque, dont fut revêtu Adolphe de Sehaumbourg. Lefèvre, qui avait préparé les esprits à Cologne et
s d q O le gl Je eu
soutenu les premiers pas de Canisius, était entré dans le Tagele 25 août 1544, Le roi résidaità évora; le Père s'y rend. Don Jeanle voit, l'écoute, et à l'instant même il l'investit de toute sa confiance. Araoz était à Lisbonne par ordre de Loyola; il avait remplacé Lefèvre dans sa mission à la cour de Portugal, où son éloquence fascinait les grands et le peuple.
Le voyage d'Araoz, qu'accompagnaient Strada, Oviédo et Jean d'Aragon n'avait pas été favorisé par les vents ; la tempête les surprit en face de la Corogne; ils firent relâche. Strada prêcha, et aussitôt Jean Beyra. chanoine de la cathédrale, se joignit à eux. AValence, Araoz continua son apostolat pendant lecarême ; la foule envahit l'église, elle s’attacha aux fenêtres, elle monta sur les toits, et Araoz, maître de cette population. lui fit jeter les fondements d’un collége pour la compagnie. Le Père François Villanova de Placencia en avait établi un dès 1545 à Alcala. Tout contribuait donc au progrès de l'Ordre de Jésus, la haine des uns et l'affection des autres, le calme comme la tempête. Les jésuites, que le hasard avait poussés sur les côtes d'Espagne , arrivèrent à Lisbonne en mai 1544, peu de mois avant Lefèvre.
Le collége de Coimbre était dans la stuation la plus florissante : Melchior Nunez, Noguerra, Louis de Grana Carnero, Gonsalve Silveira et Rodrigue de Menezès, appartenant presque tous à des familles distinguées du royaume, venaient d'entrer dans la compagnie. Rodriguez, le fondateur de cette maison, avait commencé de grandes choses ; Lefèvre, Araoz . et Strada allaient les développer avec lui. L’élan était donné : le roi le secondait ; les docteurs en théologie, les prêtres les plus renommés par la sainteté de leur vie se présentaient pour faire profession.
Parmi eux on comptait Jean Veira, Govea, Serrano, Nobrega, Nunez, et Gonsalve de Camara.
La mission de Lefèvre était pour la Castille , au commencement de mars 1545, il continue son voÿage avec Araoz. À Salamanque les deux Pères vivifient partout l'esprit de foi. La population entière sollicite une maison de l’ordre, ils la promettent; puis le 14 du même mois ; ces deux hommes, que les rois entouraient de respect, que la foule saluait comme des apôtres, vont frapper à la porte de l’hôpital de Valladolid.
Riches des trésors de Dieu, mais voulant toujours se priver des biens du monde, ils cheminaient à pied pour donner à tous l'exemple de l'humilité. Valladolid était. la ville où Philippe d'Espagne et sa jeune épouse tenaient leur cour. Ce prince, si diversement jugé par les historiens, mais dont les hautes vues politiques n’ont jamais été contestées, n’eut pas de peine à saisir la portée de l'institut de Jésus. Destiné au trône par sa naissance et se sentant roi par tous ses instincts, il comprit la puissance du levier qu'Ignace plaçait dans la main des Papes et des souverains. À ses yeux l'institut consacrait le double principe d’autorité : le futur monarque d'Espagne s’engagea à favoriser son extension. Jean Tavera, cardinal de Tolède, Bernardin Pimentel et les évêques secondèrent ses intentions : la compagnie acquérait ainsi des protecteurs.
Ces protections ne détournent point Lefèvre et
- Araoz du chemin qui leur est tracé : on les rencontre bien quelquefois dans les palais, mais ce ne sont pas les lienx qu’ils affectionnent. À Valladolid il y a des hôpitaux où le pauvre souffre, des-prisons où le coupable expie ses fautes, des temples. des places
publiques où la multitude est affamée de la parole divine. Ils se partagent ces différentes tâches, ils les accomplissent toutes. On les voit, couverts de leurs vêtements usés, sortir des splendides demeures où la noblesse les accueille avec vénération et descendre sous le chaume de l'indigence ou dans les cachots ; ils ont pour toutes les situations des paroles d'encouragement et d'espérance.
De Valladolid Lefèvre se dirige vers Madrid, où les filles de l'empereur Charles-Quint l'appelaient. En passant à Tolède on lui propose de créer une maison de la compagnie, l'argent, l'emplacement, tout est mis à sa disposition. Lefèvre ajourne ces offres. parce que, suivant le conseil d’Ignace, il était bon de laisser l'initiative à la capitale.
Cependant la princesse Marie expirait à Valladolid en donnant le jour à l'enfant qui, sous le nom de Don Carlos, subira une si malheureuse destinée. Philippe s’éloignait de cette ville, devenue pour lui un séjour de deuil. Lefèvre désira mettre la dernière main à son œuvre : l'institut avait de nouveaux néophytes; il fallait songer à les instruire, à les loger, à les doter. Eléonore de Mascaregnas, gouvernante du jeune Don Carlos, fit les premiers fonds ; la piété des grands et du peuple acheva le collége et la Maison Professe de Valladolid.
Ce grand établissement fut comme le testament de mort du Père Lefèvre :. il était à. peine âgé de quarante ans; mais la vie si pleine d’agitations. de combats et de souffrance à laquelle il s'était voué se trouvait à chaque heure en péril. Lefèvre était épuisé : il mourait parce que tout était mort en lui, santé le cœur et la foi.
Le concile œcuménique, que ses vœux x que ses
prières avaient si instamment appelé , allait enfin se réunir à Trente. Le Pape Paul III y envoyait Leynés et Sslmeron en qualité de théologiens du Saint-Siége, mais aux deux Pères de la compagnie il songea à en adjoindre un troisième. 11 désigna Lefèvre , que le roi de Portugal, dans le même instant, uommait Patriarche d'Ethiopie. Loyola lui annonce les intentions de Paul III, Lefèvre s’y soumet.
On lui fait observer que, dans s0n état de santé, il court à la mort : « Il n’est pas nécessaire de vivre, répond:il, mais il'est nécessaire d’obéir, » et il part. En passant à Gandie il pose avec le due François de Borgia la première pierre du collége de ce nom, dont le Père Oviédo: fut le supérieur. H'arrive à Barce- Jonneau mois de juin 1546. La fièvre qui le dévore et la chaleur qui embrasse l'atmosphère ne l'empéchent pas d'enseigner à la foule les vérités éternelles.
Enfin, après de vives souffrancés, # est à Rome , dans les bras de sès compagnons, aux pieds d'Ignace, qui le bénit, qui le couvre de ses larmes ; il'éconte avec bonheur le récit des actroisserments de la compagnie ; puis, le 4* août 1546, il rend son âme à Dieu. Loyols avait pérdu s0n ami, son vremier dibciple; mais cet ami lol léguait de nombreux enfants. Sa mort devenait pour eux. tous une occasion de triomphe et un objet d'envie. L’apostolat de Lefèvre, celui des autres Pères, retentissait au loin. En moins désir années ces dix hommes, si habilement choisis, avaient accompli de leur plein gré ce que le monérque le plüs absolt'#’auraît pas osé exiger du: dévouement le plus aveugle: CB 1
At voix de’ Loyola, qui, pour eut, interprétsit les volontés du ciel, ils avaient terrassé l'hérésie vic: torieusg: et forcé le clergé àrougir du seandale de
ses mœurs. Au milieu d'obstacles renaissants à chaque pas, ils avaient jeté le germe de la société de Jésus dans les provinces du midi et du nord de l'Europe. Ces travaux étaient immenses : nous les avons exposés avec quelque développement. Maintenant il nous reste à raconter ce qu'Ignace faisait tandis que ses compagnons évangélisaient le monde au pas de course.
Dans le calme plein d'activité que le premier général imposait à sa volonté et à celle deses successeurs, il y avait, ur: fond de réflexion dont les faits sont toujours v’aus confirmer la prudence. Loyola savait que les capitaines expérimentés se tiennent à l'écart aux jours de bataille, afin de suivre dans le repos de leur esprit le grand jeu qu'ils dirigent. Un chef d'armée doit, par ses ordres, être présent sur tons les
fronts de ses troupes. Leurs mouvements, leur cou-
rage, leur vie même sont entre ses mains; il en dispose de la manière la plus absolue : il se condamne done par le fait même à cette inaction du corps qui double les forces de l'intelligence. C'est lui quipousse, lui qui retient, lui qui combine tous les ressorts, lui qui assume sur sa tête la responsabilité des événements..Le général d'armée adopte cette tactique : Loyola s'y astreignit parce | que lés'avantages en sont incalculables. Il dispersait ses compagrons sur le globe ; illies envoyait à la gloire ou à ï’humiliation, à la phédication ou au murtyre. Eui, de Rome, devevenue son centre d'opérations, il communiquait à tous la force; et'ce qui est plus que là force'dans-un corps, ilen régularisait les mouvements.
A Rome, Ignace-suivait tous ‘les pas de ses dite. ples. Dans un temps où les communications n’étaiënt ni faciles ni rapides et où chaque évolution militaire
apportait une entrave de plus à ces communications, il avait découvert le moyen de correspondre: fréquemment avec eux. Ils le tenaient au courant de. leurs missions ; ils l’entretenaient de leurs joies ou de leurs peines ; ils l’associaient par la pensée à leurs dangers ou à leurs luttes; ils demandaient ses ordres; ils se conformaient à ses conseils. Plus calme qu'eux, car il ne s'impressionnait pas des passions locales, il jugeait les choses avec plus de. discernement, il les coordonnait avec plus d'ensemble.
Pendant ce temps:il organisait. l'intérieur de la Maison Professe ; il formait les novices, réglait leur conscience, s'appliquait à: saisir la portée de leurs caractères ou l'instinct de leurs talents ; il se livrait à eux afin que, dans l'abondance de leurs cœurs. ils vinssent s'ouvrir à lui comme à une mère. Il distribuait les occupations , ménageaïit les faibles, encourageait les imparfaits, tempérait la ferveur des uns. excitait.celle des autres, et semblait se transformer tout en eux. Afin de les façonner à la vie de privations qu'ils embrassaient, Loyola ne leur. cachait, ne leur adoucissait aucun des points les plus minutieux de la discipline ; il fallait l'accepter telle qu’elle était offerte, ou renoncer à la société. ;
Le Noviciat et: la probation, dont il a DrOIhgS les années, étaient pour lui un temps d'épreuves. Il était difficile. d'en sortir vainqueur ; mais, ce temps subi, Ignace, assuré de la vocation des:siens , ne redoutait plus-de les charger des fonctions les plus importantes. Aussi avec quelle tendresse inquiète suivait-il les progrès des. jeunes gens ! comme il s’intéressait à leurs études. à leurs plaisirs: et surtout à leur perfection religieuse !
La compagnie exerçait son ministère dans six es-
D utait ntes.
les sait à per-
pèces de maisons. Le général les désigna sous les noms de Maisons Professes. de colléges, de pensionnats ou séminaires ; de noviciats, de résidences et de missions.
Les Maisons Professes furent destinées à à la direction des âmes ; à la confession, à la prédication, aux catéchismes.:à l'assistance des mourants et à à:la visite des hôpitaux. :
Les colléges sont des écoles publiques où l'enseignernent' est plus ou moins complet. selon l'importance de la fondation ; il peut: embrasser les humanilés jusqu’à la théologie inclusivement. Les colléges avec leurs églises doivent posséder. des biens-fonds en proportion du personnel des professeurs nécessaires et:de tous les frais pour l'instruction, pour le service religieux, pour la bibliothèque et pour les cabinets de physique. Les élèves n'y sont admis que comme externes et ne payent aucune rétribulion.
Les pensionnats ou Séminaires reçoivent les écoliers en pension. Ces établissements sont de deux sortes, avec où sans classes. Ces derniers fréquentent les classes du collége voisin.
Le Noviciat est la maison d’épreuve où les aspirants à la compagnie sont admis aux exercices de la vie spirituelle; la durée: des épreuves est de deux ans. Les Noviciats doivent avoir des fonds suffisants pour leur entretien.
Les résidences sont des Maisons Professes ou des colléges en germe.
Les missions sont des résidences placées dans les pays infidèles ou hérétiques.
L'Institut était établi, ses constitutions s'achevaient; il ne restait au général qu'à les faireobserver. Si on: lui proposait d'y apporter une modification, Hist. de la Comp, de Jésus. — T.1. 9
sous prélexte de le rendre plus parfait, Loyola s'y epposait avec une vigueur qui ne permettait même pas de renouveler la proposition. Le mieux, selon lui, était l'ennemi du bien. Il ordonnait des'en ten. au bien, comprenant parfaitement que les ordres religieux comumne les Etats politiques ne peuvent pas consumer leur vie à la recherche de théories. inapplicables ou d’un mieux que la nature même de l'homme rend impossible. Il avait créé, il désirait conserver. HER Lo
Les progrès de la société surpassaient son attente ; elle devenait un rempart contre l'hérésie et un lien nouveau entre les nations catholiques ; elle s’étendait, elle était partout réclamée. Mais par une restriction de la bulle de création, le Souverain Pontife avait limité les Profès au nombre de soixante. La cour de Rome sentait bien la nécessité. de l'Institut ; pourtant elle avait. désiré l’éprouver par quelques années d'expérience pratique ; Ignace lui-même partageait cet avis. Moins de trois ans après, le Pape, par sa bulle Znjuctum nobis, du 14 mars 1543, accordait à la compagnie la faculté de recevoir dans son sein tous ceux qui se présenteraient et dont elle aurait étudié la vocation. Par cette même bulle, le droit de faire des constitutions est laissé à la société, Un horizon plus vaste lui était ouvert; il ne restait plus qu’à y semer la lumière.
Maiscetteexistence réfléchie. au milieu desagitations du dehors , ne remplissait pas l'âme de Loyola; elle lui laissait du temps pour la charité et pour les bonnes œuvres. Il fallait surtout qu'il propageñt l'ordre de Jésus en sanctifiant Rome. Il se dévoua aux complications de cette double tàche avec une persévérance que le succès couronne toujours,
Rome ne manquait vas de palais. Chaque Souverain Pontife se croyait obligé d'en offrir un à sa famille, comme un témoignage de sa tendresse et de son omnipotence viagère. Des églises richement dotées , encore plus richement ornées de marbre et de peinture, s’élevaient sur tous les lieux ou s'étaient accomplis quelques événements glorieux pour le Christianisme. Un luxe de piété, qui a été si favorable au développement des beaux-arts, régnait dans l'atmosphère de la Cour Romaine. Dans ce bonheur, né au Contact de toutes les gloires, les indigents seuls se voyaient oubliés. À Rome, comme dans toutes les villes méridionales où les besoins matériels sont peu de chose, l'on ne croyait à la pauvreté qu'en théorie. Si on lui construisait un hôpital, cet hôpital, sous la main de l'architecte, devenait encore un palais. Ignace avait vécu parmi les pauvres. Sa vie errante et sa mendicité volontaire l’avaient mis à même de connaître plus intimement les souffrances des classes laborieuses. Il s'était associé à leurs douleurs. Il résolut d'y porter remède,
Il avait rencontré des cœurs qui comprenaient le sien, des cardinaux, des princes et un Souverain Pontife qui ne demandaient pas Mieux que de participer aux entreprises dont sa tête était en travail.
La première qu’il mit à exécution fut la Maison des Catéchumènes. Depuis que la compagnie de Jésus
-avait adopté la coutume d'expliquer les mystères de
la Foi à chaque coin de rue et sur les places publiques, une foule de juifs ouvraient les yeux à la vérité; mais lindigence dont ils éfaient menacés Jes empéchait de se déclarer. Aux premiers que cette crainte ne retint pas dans le Judaïsme, Loyola offrit la demeure qu'il occupait. Elle leur servit d'asile.
Bientôt leur nombre s'accrut dans de telles proportions qu'Ignace se vit forcé de chercher une habitation plus vaste. La Maison des Catéchumènes fut fondée, non-seulement pour les hébreux, mais encore pour les Turcs et les infidèles de toutes les nations. On ne conserve à Rome que les registres où depuis 1617 jusqu’en 1842, sont consignés les noms des Gentils qui reçurent le baptême dans cet établissement.
Le chiffre s'élève à trois mille six cent quatorze Catéchumènes.
Le relâchement des mœurs dans le Clergé, si éner- ‘ giquement signalé par Lefèvre el par les autres Pères s'était étendu tout naturellement au troupeau. À Rome, le scandale était plus grand qu'ailleurs, car il semblait s’abriter sous la tiare elle-même. Le Pape gémissait d’une situation aussi cruelle; mais, pour retirer les femmes du désordre et pour offrir un asile à leurs remords, il n’y avait qu’un monastère de repenties sous l’invocation de Sainte Marie-Madeleine. Celles qui entraient dans ce couvent devenaient religieuses par le fait; elles consacraient le resté de leur vie à la solitude et à la pénitence. Plusieurs s’effrayaient de cet avenir. Ignace les rassura en fondant le monastère de Sainte-Marthe, qui admettait indifféremment et sans condition toutes les pécheresses.
Le générai des jésuites offrait un refuge aux femmes perverties. Il s'appliqua à préserver les jeunes filles pauvres de séductions auxquelles le besoin les expose : il fit construire. à cette intention, la maison de Sainte-Catherine. |
Une des plus: vives afflictions de Loyola était de voir les orphelins des deux sexes sans asile et aban-
. donnés à la pitié publique. 11 avait dans le cœur des
trésors inépuisables de charité, Il conçoit l’idée de donner un père sur la terre à ces pauvres enfants, qui ne connaissaient même pas celui qu'ils avaient dans le ciel. Il frappe à toutes les portes, il émeut toutes les âmes, il fait violence à toutes les bourses. Deux maisons s'élèvent sous ses yeux; dans l’une il place les garçons, dans l’autre les filles.
Cesmonuments existent encore sous la direction des FrèresSomasques, fondés par saint Jérôme Emiliani, pour veiller à l'éducation de la jeunesse. Tous les ans, à la fête de saint Ignace, ces enfants viennent à l'église du Gésu, et, pour témoigner leur reconnaïissance à celui qui fournit un asile à tant de générations d'orphelins, ils aident à servir les messes que l’on célèbre en l'honneur de sa mémoire
Tant dé travaux ne l’'empèchaient pas de veiller au bonheur de la chrétienté et au maintien de la bonne harmonie entre les souverains. Un différend s'élève entre la Cour de Rrme et celle de Portugal. Le chapeau de cardinai accordé par Paul III à Don Michel deSilva, Ambassadeur auprès de Léon X, d’Adrien VI et de Clément VIT, én était cause. Le Roi Jean III n'avait pas été consulté pour cette promotion, que sans aucun doute, il eût approuvée , puisque Michel de Silva, évêque de Viseu, était comblé de ses faveurs et jouissait de sa confiance.
Le nouveau cardinal, redoutant le courroux du Roi son maître, crut prudent de se mettre à l'abri. et il se retira à Rome, où ses talents venaient d’être dignement récompensés. è Jean HIT se plaignit avec amertume, La cour pontificale, qui aurait du être plus circonspecte, y mit de la roideur. Non contente d’honorer ce cardinal. elle
nu
+ Lars EE ve
f il {.
le nomma Legat apostolique en Espagne à la nos de Contarini, qui venait de mourir.
Dans les cours où l'étiquette et les convenances décident souvent des affaires les plus compliquées, une pareille infraction aux usages ne devait pas passer inaperçue. Jean III était pieux, mais ferme. Le souverain Pontife avait l'orgueil de son nom de Farnèse et la force que donne la Tiare, L'éclat d’un semblable conflit pouvait devenir une nouvelle calamité pour l'Eglise. Ignace se porta médiateur entre les deux monarques, 11 écrivit au Roi de portugal ; il négocia directement avec le Pape, ainsi qu'avec son neveu le cardinal Alexandre, l'auteur de la querelle et l'ami de don Silva. Ses prières, ses conseils, les ménagements qu’il sut employer pour ne blesser aucune des susceptibilités en jeu, amenèrent un accommodement et hâàtèrent la réunion du Concile œcuménique
Ces premieres années de la Compagnie de J: us, si laborfeusex et si belles, devaient jeter l’alarme dansle camp luthérien, dans les couvents et surtout chez les hommes d’indifférence qui, à quelque eulte qu’ils appartiennent, ne veulent pas être tourmentés par le mouvement des idées nouvelles. L’ascendant que les jésuites prenaient sur les esprits, l'influence qui leur arrivait par le fait même de leur apostolat, soulevaient contre eux des colères de plus d’une sorte. Elles se traduisirent en prophéties ou en allégories, selon les goûts du temps.
Les Luthériens et les incrédules du seizième siècle mettaient en doute les prophéties dont l'Eglise catholique reconnait l'authenticité. Ils les discutaient, ils les torturaient, ils les expliquaient à leur manière;
mais pour celles qu'on fabriquait contre l'ordre de
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Jésus, ce fut autre chose : on les répandit à profusion. elles furent vraies par la seule raison qu'elles lui étaient hostiles. On porta au compte de sainte Hildegarde (1) une prédiction du onzième siècle, prédiction dont cette abbesse du couvent de saint-Rupert est beaucoup plus innocente que les protestants ou les jalouses colères de quelques moines. Cette prédiction,
(1) Sainte Hildogarde, abbesse de l'ordre de Saint-Benoit, au Mont-Saint-Rupert, est née en 1098 et morte en 1179. La cause de sa canonisation a été commencée en 1237, reprise en 1243 et en 1317. Elle n’a jamais été terminée. Cependant son culte a prévalu. 4
La liste deses ouvrages authentiques se trouve dans Trithemius (Chronique d'Hirsauge, année 1147), et d’une manière plus exacte dans le procès de sa canonisation. Voici les ouvrages qui y sontmentionnés : Acte Hildegardæ, anno 1232 ; le livreintituli, Scivias, le livre de la Médecine simple et de la Médecine composée, le livre de l'Exposition des Évangiles, le Chant de la céleste harmonie, la Langue inconnue avec ses lettres, le livre des Mer'iles de la vieet colui des OEuvresdicines. Parmi ces ouvrages mystiques, on ne rencontre point la prophétie sur les frères des Quatre Ordres Mendiants, qui très-probablement a été fabriquée versle milieu du treizième siècle, et dirigée alors contre les sociétés religieuses de Saint-François et 0: Saiat-Dominique, dans le temps où Guillaume de Saiat-Amour et d'autres professeurs de l’Université de Paris attaquaient ces deux ordres naissants.
Plus tard, les hérétiques firent quelques changements à cette fausse prophétie, et ils l’appliquèrent aux Jésuites. Casimir Oudin, qui de Religieux Prémontré s’est fait Frotestant, dit en parlant des prophéties d’Hildegarde, (Commentaria de scrip toribus ecclesiasticis, tome 11, édition de 1572): « Ce sont les pures illusions nocturnes d’un cerveau creux : Purissimæ vacui cerebri illusiones nocturnæ. » Longtemps après cet aveu il s’est ravisé, et il admire avec quelle exactitude la sainte dépeint dans sos illusions les Quatre Ordres Mendiants et les Jésuites qui devaient les suivre.
Trithemius, dans ses CAroniques pour l’année 1147, dit avoir
la voici telle qu'on la lit dans l’Æistoire des Religieux de la Compagnie de Jésus (1).
« Il s'élèvera des hommes qui s'engraisseront des péchés du peuple; ils feront profession d’être du nombre des mendiants; ils se conduiront comme s'ils n'avaient ni honte ni pudeur; ils s'étudieront à inventer de nouveaux moyens de faire du mal, de sorte que cet ordre pernicieux sera maudit des sages et de ceux qui seront fidèles à Jésus-Christ. Le diable enracinera dans leur cœur quatre vices principaux :-la flatterie, dont ils se serviront pour engager le monde à leur faire de grandes largesses ; l'envie; qui fera qu'ils ne pourront souffrir qu'on fasse du bien aux autres et non à eux; l'hypocrisie, qui les portera à usér de dissimulation pour plaire aux autres; et la médisance, à laquelle ils auront recours pour se rendre plus recommandables en blâämant tous les autres. Ils précheront sans cesse aux princes de l'Eglise, sans dévotion et sans qu'ils puissent produire aucun exemple d'un martyr véritable, afin de s’attirer les louanges des hommes et l'estime des simples. Ils raviront aux véritables pasteurs le droit qu'ils ont d'administrer au peuple les sacrements. Ils enlèveront les aumônes aux pauvres, aux misérables
lu tous les ouvrages d'lildegarde en original, et il avoue n'y avoir jamais trouvé cctte prophétie. Papebroch; dans les Actes des Saints des Bollandistes (tome 1, page 607), déclare être allé lui-rñême. en 1660, an’ monastère do Binghem, résidence d'Hildegarde. 11 a eu entre les mains les Ofuvres de l’abbesse, et la fameuse prophétie n’en faisait pas partie.
(1) (Tome 11, puge 68). Cet ouvrage, devenu trés-rare, est en quatre volumesin-12, imprimé à Utrecht ches Jceau Palfin, 1741, H'n’y « pas de nom d'auteur, maisle Dictionnaire des Anonymes et Pseudonymes de Barbier constate que c’est le Père Quesnel. le fameux Janséaiste, qui l’a composé,
et aux infirmes: ils se méleront pour cela parmi la populace; ils contracteront familiarité avec les femmes et leur apprendront à tromper leurs maris et à leur donner leur bien en cachette ; ils recevront librement et indifféremment toutes sortes de biens mal acquis, en promettent de prier Dieu pour ceux qui les leur donneront : voleurs de grands chemins, larrons, concussionnaires, usuriers, fornicateurs, adultères, hérétiques, schismatiques, apostats, soldats déréglés, marchands qui se parjurent, enfants des veuves, princes qui vivent contre la loi de Dieu; et généralement tous ceux que le démon engage dans une vie molle et libertine et conduit à la condamnation éternelle; tout leur sera bon,
«Or, le peuple commencera à se refroidir pour eux, ayant connu par expérience que ce sont des séducteurs; il cessera de leur donner, et alors ils courront autour des maisons comme des chiens.affamés et enragés, les yeux baissés, retirant le cou comme des vautours, cherchant du pain pour s'en rassasier ; mais le peuple leur criera : Malheur à vous, enfants de désolation ! le monde vous a séduits; le diable s’est emparé de vos cœurs gt de vos bouches; votre esprit s’est égaré dans de vaines spéculations; vos yeux se sont plu dans les vanités du siècle; vos pieds étaient légers pour courir à toute sorte de crimes. Souvenez-vous que vous ne pratiquiez aucun bien, que vous faisiez les pauvres et que vous étiez puissants, d'humbles orgueillèux, de pieux endurcis sur les nécessités et les misères des aut: cs, de doux calomniateurs, de pacifiques persécuteurs des amateurs du monde, des ambitieux d'honneurs, des vendeurs d’indulgences, dessemeursdediscordes, des martyrs délicats, des confesseurs à gages. des gens qui 9e
disposaient toutes choses pour leurs commodités, qui aimaient leurs aises et la bonne chère, qui achetaient sans cesse des maisons et qui travaillaient continuellement à les élever, de sorte que, ne pouvant monter plus haut, vous êtes tombés comme Simon le magicien, dont Dieu brisa les os et qu'il frappa d’une plaie mortelle à la prière des apôtres. C'est ainsi que votre ordre sera détruit à cause de vos séductions et de vos iniquités. Allez, docteurs de péché et. de désordre, pères de corruption, enfants d’iniquité, nous.ne voulons plus. vivre sous votre conduite ni écouter vos maximes (1). »
..: Dans sà bonne foi de Janséniste, le Père Quesnel ne s'arrête pas en aussi beau chemin; il vient de produire contre la société de Jésus une accusation prophétique ; il va découvrir dans le ciel et sur la terre plus d’un signe précurseur des tempêtes. Il racon'c donc.immédiatement, à la suite de la prophétie attribuée à sainte Hildegarde, le prodige (2) que lui seul avait constaté plus d’un siècle après son accomplissement prétendu.
:w L'an 1541, dit-il, peu de mois après l'institution de cé nouvel ordre. il s'éleva tout à coup dans plu-
(1) En 1558, Georges de Bronswel, archevêque de Dublin, prophétisait contre la Compagnie de Jésus à peu près dansles mêmes termes que sainte Hildegarde ; mais, ainsi que la prédiction de cette abbesse, celle du prélat irlandais ne fut connue qu’au moment où les Jésuites rencontraient desennemis déclarésdans toutes les cours livrées au philosophisme du dix-huitième siècle. Alors on la voit citéo dans les Nouvelles de 1755, page 207; dans celles de 1759, page 61 ; et à la suite du recueil des différents procès contre les Jésuites imprimé en 1759.
(2) Histoire des religieux de la État de dt de es t.n,
sieur: endroits de l'Europe une quantité prodigieuse desauterelles extraordinaires. Elles étaient petites d'abord et n’avaient point d'ailes; mais peu à peu il leur en vint quatre, et elles devinrent de la grosseur et de Ta longueur du doigt; elles étaient en si grand nombre qu'elles formaient quelquefois des nuages de la longueur d’un mille, si épais qu'elles obscurcissaient la lumière du soleil. Ces insectes firent un grand dégât partout, dévorant tout ce qui était sur la terre jusqu’à la racine. Ils volaient pardessus les arbres, les maisons, les édifices les plus élevés, d'oùils s'élançaient avec force sur les blés et sur tout ce que la terre produit pour la nourriture des hommes; enfin, depuis la plaie des sauterelles dont Dieu punit Pheraon et les Egyptiens, on n'en avait point vu de pareilles. Elles consumèrent ainsi, sans qu'on y pût remédier, toute la récolte, et ce ne fut que vers lafin de l'automne qu’elles moururent, laissant après elles une quantité prodigieuse de petits œufs noirs qui produisirent l’année suivante un nombre infini de vers, qui servirent de nourriture aux pourceaux. » L'allusion est si transparante qu’elle n’a pas besoin de commentaires. Nous avons raconté les premières années de la société de Jésus. Pour faire apprécier ce que peuvent les passions, il nous restait à citer de pareilles fables déposant avec tant d'énergie contre les aberrations de l'esprit humain.