‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 19 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Xavier part pour les Indes. — 11 prêche au Mosambique.—L'ile de Socotora devient chrétienne, — Les Portugais à Goa. — Leur luxe. — Xavier s'élève contre tant de dépravation. — 11 commence par gagner les petits enfants. — La ville change d'aspect. — Xavier à la côte de la Pécherie, — Au cap de Comorin. — Les Brachmanes. — Guerre des Bagades. — Xavier

triomphe d'eux. — À Travancor il rend la vie à un mort. — Perécution du roi de Jafanapatan. — Lettre de Xaviér au roi de Portugal. — Il atrive à Méliapor, — 11 va à Malaca, = I! évangélise l'ile d’Amboyne. — Les Moluques. — L'ile du More. — Sa lettre à Ignace, — Coalition des rois indiens contre les Portugais. — Ils viennent assiéger Mulaca. — Xavier délivre la ville de ses ennemis, Il part pour le Japon. — Il aborde à Cangoxima. — Les Bonzes. — Leur culte. — Leurs mœurs. — Il arrive à Amanguchi. — Ses snuffrances et ses prédications. Le royaume de Bungo. — Entrée solennelle du Jésuite dans la capitale. — Il forms le projet de pénétrer en Chine. — Il visite Goa. — Sa lettre au roi de Portugal. — Don Alvare d'Atayde s'oppose à son voyage en Chine. — Il veut se faire jeter seul à la côte. Il arrive à Sancian, — Sa mort. — Honneurs rendus à sa mémoire.

Jean III de Portugal, le prince le plus fortuné de son siècle, avait chargé don Pédro de Mascaregnas , son ambassadeur à Rome, d'obtenir du Pape six de ces hommes apostoliques dont le nom devenait populaire en Europe. Les Indes orientales s'ouvraient devant les armes portugaises ; Jean, pour faire participer le ciel à sa conquête, souhaitait d'y introduire l'Evangile. Loyola, consulté par le souverain Pontife,

répondit qu'il n'avait à sa disposition que deux Frères, mais qu'il les offrait bien volontiers au Saint- Siége et au Roi de Portugal. Rodriguez partit le premier; Bobadilla devait le suivre ; mais la fièvre le retenant à Rome, ce fut François Xavier qui le remplaça.

Lorsque ce dernier, le cœur débordant de jos, se présenta devant le pape, il fut accuelli avec ravissement. C'était le 14 mars 1540 qu'Ignace le désignait; Xavier partait le lendemain, ne prenant que le temps de faire raccommoder sa soutane.

Dans l’entrevue que le futur apôtre des Indes eut avec Loyola, lé Père lui dit : « Recevez l'emploi dont sa Saintelé vous charge par ma bouche, comme si Jésus-Christ vous l'offrait lui-même, et réjouissezvous d'y trouver de quoi satisfaire ce désir ardent que nous avions tous de porter la foi au delà des mers. Ce n’est pas seulement ici la Palestine niune province de L’Asie, ce sont des terres immenses et des royaumes innombrables : c'est un monde entier. Il n’y a qu'un champ aussi vaste qui soit digne de votre courage. Allez, mon Frère, où la voix de Dieu vous appelle, où le Saint-Siége vous envoie et embrasez tout du feu qui vous brûle. »

Le zèle de ces premiers membres de la compagnie était aussi grand que leur pauvreté. Xavier s’élançait vers des régions inconnues, et il ne songeait même pas à se pourvoir des choses les plus essentielles à la vie. Ignace s'aperçoit de ce dénûment. « Oh! François, s’écrie-t-il, c'est trop; au moins, un morceau de laine pour vous couvrir ; » et, se dépouillant luimême du gilet qui protégeait sa poitrine contre le froid, il force le missionnaire à s’en revétir.

L'un de ces hommes partait pour continuer aux Indes l'œuvre de l’apôtre saint Thomas, l’autre l'y en-

voyait, et tous deux ne voulaient pas être assez riches pourse procurer un double vêtement.

François se met en route; il traverse la France et les Pyrénées, ne consent pas même, tout nrès du château paternel, à dire un dernier adieu à sa famille et à sa mère : il craint que de tendres épanchements ne le détournent de son projet. Vers la fin de juin il arrive à Lisbonne; l'embarquement était retardé jusqu’au printemps suivant.

Rodriguez et Xavier, qui, malgré les instances du roi, sont allés chercher un asile à l’hospice public et qui vivent des aumônes recueillies par leurs mains, ne restent pas inactifs. La vie qu'ils menaient à Bologne, à Venise et à Rome, ils la recommencent en Portugal ; ils visitent les malades et les prisonniers ; ils instruisent les petits enfants; ils portent les hommes à la vertu. Bientôt ils annoncent les vérités éternelles dans la chaire des cathédrales. Ils parlaient d’entratnement et de conviction ; leurs paroles furent entendues. La cour, le peuple, tout se soumit à l’ascendant que les Pères exerçaient.

Les richesses venues en tribut des terres récemment conquises avaient répandu dans le Portugal, et surtout à Lisbonne, un amour insatiable des plaisirs, un raffinement de luxe dont rien ne pouvait arrêter les progrès. Xavier et Rodriguez y opposent une digue; à leur voix, les grands abandonnent les voies du monde pour s'attacher aux préceptes de l’évangile. Les uns embrassent l'institut. les autres se livrent aux exercices spirituels, tous enfin entrent dans une nouvelie vie.

Touchédeces prodiges de conversion qui s'opèrent jusque dans son palais, le roi Jean III témoigne le désir de conserver à son royaume de pareils apôtres;

mais l’infant don Henri, son frère, mais une partie du conseil ne partage pas cette pensée du monarque.

Les Indes, c'était pour le Portugal une province de plus, et, pour attacher à la métropole cette bril- Jante conquête du grand Albuquerque , il importait de lui envoyer des hommes animés de l'esprit de Dieu. L'avis était bon; il ne fut pourtant pas goûté. Le roi demande à Paul ITI de garder les deux missionnaires qui, en si peu de temps, ont renouvelé la face du Portugal. Le Saint-Siége embarrassé n’osait pas refuser lorsque Ignace, adoptant un moyen terme, proposa à Jean 1II de conserver Rodriguez dans ses Etats du Continent et de laisser Xavier poursuivre sa route vers le Nouveau-Monde.

Ce tempérament était de nature à être accepté ; Jean l’agréa, et, avant de se séparer du missionnaire, il lui remit quatre brefs. Par deux de ces brefs, que le roi avait lui-même sollicités en Cour de Rome, le Souverain Pontife nommait François Xavier son Nonce apostolique en Orient et il lui accordait tout pouvoir pour y étendre et pour y maintenir la Foi.

On ne comptait encore qu’une dizaine de Profès dans la Compagnie, et c’est le quatrième ambassadeur que le Pape choisira dans ses ranÿs.

Le 7 avril 1541, la flotte sortit du Tage; don Alphonse de Souza, vice-roi des Indes, la commandait. Après une traversée de cinq mois au milieu des tempêtes et des écueils encore mal signalés, Xavier mit le pied sur la terre de Mozambique. On était à la fin d'août 1541, et la chaleur devenuit insupportable même pôur des Portugais.

À peine débarqué, il continue sur le littoral africain l’œuvre de régénération à laquelle, sur la flotte, il a consacré tous ses moments. Sur la flotte il avait

évangélisé les matelots ét les soldats : à la côte il distribue aux nègres qui l’habitent la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

Le Mozambique est unetle qui naguère ‘appartenait aux Sarrasins$ et voisine de la contrée dont les Cafres ont taie leur séjour. L'armée et les marins se trouvaient dans un ‘état déplorable ; la mer les avait fatigués, l'insalubrité du Mozambique les achevait ; ce pays était déjà le tombeau des Portugais. Avec les deux compagnons qui se sont.attachés à sa fortune,

Paul de Camerino et François Mansilla, Xavier,

médecin des âmes s’improvise médecin des corps, garde - malade et consolateur de ceux qui souffrent, frère et serviteur de ceux dont le climat n'a pas épuisé les forces. Le jour il prèche; la nuit il est au chevet des moribonds, les soulageant, les administrant. Le sommeil pour lui n’est pas même le repos : il se couche aussi près que possible des malades ; au plus petit cri échappé à la douleur ou à l'insomnie, le voilà debout, interrogeant la souffrance et adoucissant les fatigues.

Le Missionnaire était dans toute la vigueur de l'âge; il avait trente-six ans. De taille médiocre de constitution;saine, il avait dans les traits quelque chose de majestueux et de doux qui inspirait le respect et la confiance, Son front large, ses yeux bleus et expressifs, son teint animé, sa démarche qui décelait encorele gentilhomme, donnaient à toute sa personne un ensemble de gravité et de prévenance qui attirait.

‘Le tempérament le plus robuste n'aurait pas résisté à ces excès de charité; la nature l’emporta sur le dévouement. Xavier est en proie aux ardeurs de la fièvre ; quoique faible, presque agonisant lui-même, : il ne s'accorde aucun reläche.

= 0 dictée 7:

Enfin, après six mois de séjour au Mozambique, la flotte appareilla. Camerino et Mansilla restèrent dans l'ile pour veiller aux malades qu’elle y laissait, et Xavier, accompagnant don Alphonse de Zoua, vint, après une heureuse traversée. mouiller à Socotora, en face du détroit de La Mecque. |

Au dire des Maures qui l'habitent, ce pays:est l'ancienne île des Amazones, parce que les femmes y commandent encore. La terre est sèche. et stérile. l'air embrasé, et l'aloès seul fleurit comme pour donner à ces peuplades une image de végétation. Elles ont emprunté à toutes les religions une espèce de culte monstrueux, et ellesse prétendent chrétiennes, tout en mélant les prescriptions de Moïse aux lois de

Mahomet. La Croix seule révèle quejadis le Christia-

nisme régna sur ces bords. Xavier ignorait leur langue, qui n'a aucun rapport avec celles de l’Europe, mais au fond de ces cœurs il espérait faire revivre le souvenir du Dieu mort pour tous.

Il se mit donc à les catéchiser par signes: et soit que déjà le don des langues lui fût communiqué d’en haut, soit que la conviction qui éclatait sur sa figure touchàt ceshommes à demi sauvages, ils se pressèrent en foule autour de lui. Il parla; aussitôt, en témoignage d'affection, les üns lui offrent des fruits ; les autres lui présentent leurs enfants pour qu’il les purifie par le baptême; tous. à ses pieds, promettent de vivre, de mourir dans la foi qu'il leur enseigne; mais une condition est mise à ces promesses : ils désirent que le Père s'engage à rester au milieu d'eux.

Xavier est attendri : les larmes qui coulent des yeux de cette multitude attestent la vivacité de sun amour ; il va céder, lorsque Souza intervient avee des puroles qui sont pour le jésuite un avertissement

céleste. Le vice-roi lui montre à féconder un champ plus vaste que Socotora, de plus grands périls à affronter et des nations moins faciles à convaincre. Xavier se soumet, il s'arrache à ces premiers fidèles: puis, penché sur le vaisseau qui l'emporte, il bénit encore de Join ces malheureux qui du rivage lui tendaient les bras. :

Le 6 mai 1542, il était en vue de Goa. Située en deçà du Gange, cette ville est la capitale des Indes et Jun des entrepôts du commerce de l'Orient. Le duc d'Albuquerque l'avait conquise sur les Sarrasins en 1510, et un de ses parents la gouvernait comme évèque. Xavier était Légat apostolique, ayant, en cette qualité, toutes les attributions vit tous les pouvoirs que confère le Saint-Siége. Mais, avant tout, il voulait être missionnaire, missionnaire soumis à la juridiction épiscopale, et attenant d'elle aide et protection.

Les Po:tugais avaient bien implanté dans les Indes, avec la victoire, la Foi, qui disaient-ils, leur en assurait la domination perpétuelle. La prophétie de saint Thomas apôtre , gravée pour la mémoire des siècles sur une co/onne de pierre vive, non loin des murs de Méliapor. dans le Coromandel, se vérifiait sans doute. Les premiers qui pénétrèrent dans les Indes y firent renaître le christianisme; mais bientôt le zèle des conquérants changea d'objet. L'ambition, l’avidité les transforma en spéculateurs. Ils étaient venus au nom du Christ , ils l'avaient annoncé : ils ne furent cependant pas longtemps à sentir que le joug de la religion était trop gênant pour leurs passions. Ils avaient à satisfaire des instincts déréglés ; la soif de l'or et du plaisir les emportait. Afin de "3 plus évoquer, même dans les apparences du culte, d'impor-

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tuns souvenirs ou une amère censure de la vie qu'ils révaient, ils se dépouillèrent peu à peu de toute vertu, de toute pudeur. Ils donnèrent aux nations vaineues des exemples de corruption et d'immoralité tels, que les Indiens eux-mêmes rougissaient de se dire chrétiens. Chez les Portugais, il n'y avait ni mœurs ni justice. Les maîtres livraient leurs esclaves à la prostitution, et, sur leur trafic. infàme, ils bâtissaient de colossales fortunes. La licence des armes avait commencé la dépravation , les délices de l'Asie l’achevèrent. Les prètres s'associèrent à ces crimes; ils les autorisèrent. Ils étaient accourus sur le sol infidèle pour le féconder par leurs sueurs, pour l’amener à la religion et à la morale par le spectacle de leur active charité. Dans les plaisirs de toute sorte, dans les convoitises de toute espèce, ils essayèrent de légitimer les attentats dont ils partageaient les honteuses joies ou les brutales satisfactions. Ces prêtres soutenaient qu'il était permis de dépouiller les Indiens de leur fortune et de les soumettre aux plus rudes traitements, « afin qu’à des hommes ainsi spoliés et dénués de tout il füt plus facile d’inculquer la foi par le moyen des prédicateurs (1). » La doctrine était commode : les ecclésiastiques et les Portugais ne craignirent pas de l'appliquer.

. Témoins et victimes de ces excès , les Indiens ne restaient pas en arrière : ils revenaient en foule à leurs idoles, ils y revenaient avec l'idée que la religion de leurs vainqueurs était encore plus impure que la leur. Ici ils adoraient le démon sous mille

: (1) Ut sic spoliats et subjects facilius per prædicatores suadeatur sis fides. (De justis Belli causis, par Sépulvéda , chanvine de Salamanque ct historiographe de Charles-Quint.)

variétés obscènes; là ils adoptaient pour divinités les animaux les plus immondes. Partout ils faisaient à leur Dieu de sanglants sacrifices. Pour s’attirer les faveurs desidoles, il n’était pas rare de voir les pères égorger leurs petits enfants sur les autels, dressés par l'ignorance et conservés par le fanatisme.

Telle était la situation de ces vastes et riches contrées, si célèbres autrefois par les conquètes de Sémiramis ét d'Alexandre, quand le jésuite y apparut. Son premier: soin, sa première pensée fut de norter remède à la dépravation qui souillait les catholiques. Suivant les leçons d'Ignace, Xavier commence son apostolat par les enfants. Il veut les soustraire aux exemples corrupteurs dont leurs jeunes âmes peuvent être si facilement inféctées. Assurer l'avenir, c’est pour lui triompher du présent.

On le voit donc, une ciochette à la main, parcourir la ville dans tous les sens. Au nom de Dieu, il conjure les pères de famille d'envoyer au catéchisme leurs fils et leurs esclaves. Quand il a réuni autour de lui une foule compacte, il l'entraine sur ses pas à l’église. Là il parle à ces enfants de la crèche de Bethléem et de Jésus enseignant dans le temple. Il leur met sous les yeux les. images qui doivent frapper isur imagination. Avec sa voix si persuasive, il leur apprend, il leur commente le symbole des apôtres et les commandements de Dieu. Après les avoir façgonnés à la modestie et aux vertus de leur âge, il les envoie, missionnaires sans volonté, répandre dans leurs familles les semences du christianisme qu’ils ont reçues.

Ces semences portèrent les fruits que Xavier en avait espérés : la multitude accourut pour l'entendre. Il y avait là, sur la place devenue sa chaire, tout un monde de Portugais et d'Indiens avides de savoir si

le prédicateur méritait, par son éloquence, le renom de sainteté que son amour du prochain et des sout'frances lui avait fait. Afin d'être compris de tous, le jésuite renonça à l’harmonieux langage dont son goût épuré et ses études en l'Université de Paris lui avaient révélé les beautés. Il se servit d'un idiome grossier qui avait cours entre les deux nations, et qui, comme cela arrive toujours dans la fusion des langues, ne mettait en relief que les défauts des deux, enrichis par l'ignorance même de ceux qui les employaient. | On savait Xavier docte et versé dansles lettres. Ce langage auquel il descendait, les sublimes effets qu'il en tirait, la bonté peinte sur son visage, les accents de remords ou de pénitence qu'il faisait vibrer aux oreilles, et qui. des oreilles, passaient rapidement jusqu'au cœur, entratnèrent les moins corrompus. Ils promirent de rentrer dansla voie droite. L'exemple des uns, le bonheur qu’ils ressentaient d’être reconciliés avec Dieu gagna les autres, tandis que les discours du père ébranlaient les endurcis. Xavier ne se lassa point. Il attendit l'heure de la grâce : ellesonna enfin. L'esprit de cette ville changea comme par enchantement. Ici on renonçait aux contrats usuraires, où restituait le bien mal acquis, on brisait les fers des esclaves injustement possédés; là on chassait des maisons les concubines, on réformait ses mœurs. Chacun s'efforçait d'introduire dans sa famille les vertus dont le jésuite lui faisait faire l'apprentissage. La soif de l'or avait perdu les Portugais : ils le jetaient aux pieds du missionnaire, le suppliant de le répandre en bonnes œuvres. Sous leurs yeux ou en présence du vice roi, heureux témoin de ces prodiges, le père remplissait leurs intentions.

Goa avait subi son influence. La ville rentrait dans la pratique des vertus, lorsque le vicaire général des Indes, Michel Vaz, lui apprend que, depuis le cap de Comvrin jusqu'à l'ile de Manar, il se trouve une côte que sa parole peut rendre à la foi et à la civilisation.

La côte désignée étuit celle de la Pécherie. F

Les Paravas qui l’habitent n’ont de chrétien que le nom et le baptême; car le pays est si stérile, le climat si brûlant, qu'aucun prêtre n’a consenti à y fixer sa résidence. On n'y voit des étrangers qu'au moment de la pêche des perles. C'était prendre Xavier par le cœur,

Accompagné de deux jeunes ecclésiastiques de Goa qui entendent la langue malabre. la seule reçue à la Pécherie, il s'embarque le 17 octobre 1542. Il a refusé tous les présents, tous les secours, les vêtements même que don Alphonse de Souza et les principaux habitants veulent le contraindre à accepter : la pauvreté est son trésor. Afin de gagner les peuples à l'Évangile, il n’a besoin ni de richesses ni de splendeur; une ‘roix de bcis et son bréviaire lui suffisent, Il ne vient ras, lui, pour torturer les hommeset pour leur arracher à force de tourments, le secret de leurs trésors. Pour iogue :rine il n’a que sa vertu. C'est par elle qu'il va fonder un empire moins passager que celui de la conquête. « Les dominateurs de cette malheureuse partie du globe, a dit Robertson, n'avaient eu d'autre objet que de dépouiller, d’enchatner, d'exterminer, ses habitants. Les jésuites seuls s’y sont établis dans des vues d'humanité (1). » .

* Le cap Comorin est une haute montagne qui se projette dans la mer en face de l'ile de Ceylan. Xavier

(1) Histoire de Charles-Quint, livre vi.

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a touché ce cap. Il ne faut pas que son pied ait foulé une terre idolâtre sans que cette terre se soit sentie remuée jusque dans les entrailles par sa parole. Scs interprètes l’expliquent aux palens, mais les patens disent qu'ils ne renonceront à leurs divinités que lorsque le maitre dont ils dépendent aura donné son assentiment.

Une jeune femme ‘le ce village était, depuis trois jours dans les douleurs de l’enfantement. Pritres des Brachmanes, intervention des hommes, rien ne pouvait hâter sa délivrance. Le jésuite s'approche de celle qui va devenir mère. Il lui explique les éléments de la foi, il lui recommande d'invoquer le saint nom de Marie, et de prendre confiance. Cette femme est émue. Elle souffroit, et un étranger, un inconnu était auprès d’elle. Il l'entretenait d’un nouveau Dieu, enfant comme celui qu’elle portait dans son sein, d'une mère qui , aux yeux de cette femme. avait dû souffrir comme elle.

Cette charité, que l’on n'apprécie bien que dans le malheur, convainquit sa raison : elle demanda le baptême, elle le reçut, puis elle accoucha sans efforts et fut guérie. À ce spectacle, la famille entière se prosterne aux pieds du missionnaire. Il l'instruit, il

la baptise. Le village se soumet comme elle. et Xavier poursuit sa route vers Tutucurin.

Michel Vaz ne l’avait point trompé : la situation des Paravas était déplorable. Il étudia leur langue, afin de pouvoir se passer du secours des truchements, qui dépouillent toujours la parole de son énergie et la privent de son effet. Quand il eut traduit les prières de l'Église , il prit à la main sa clochette, il parcourut les trente villages de la côte, rzssemblant autour de lui les enfants. Il leur enseignait la doctrine chré-

tienne, il les catéchisait, se mettant à la portée de leur pauvre intelligence, se faisant pelit pour les élever vers Dieu et les faire grandir dans la foi. Ce premier travail achevé, il leur recommandait de répéter à leurs parents, à leurs voisins, à leurs serviteurs ce qu'ils venaient d'apprendre, et le dimanche la foule s'assemblait dans la chapelle. On la voyait, pieusement recueillie, écouter et suivre les développements que le Pèredonnait à l'oraison Dominicale, au Symbole des apôtres, au décalogue et à la Salutation Angélique. Il les formait aux vertus simples dont ils avaient besoin pour être heureux ; mais c'était surtout à La jeunesse qu'il s'adressait. Des églises s'élevaient dans les lieux les plus habités ; il lui en confiait le soin ; il lui apprenait à parer l'autel, à le suivre dans ses courses. et à:montrer partout la différence qui existait entre le Dieu des chrétiens et les Pagodes. Le père ne s'était institué que le sauveur des àmes. La confiance que les Indiens avaient en lui était si illimitée que tous l'appelaient dans leurs maladies afin qu'il les délivrât des souffrances du corps aussi bien qu'il les avait guéris des maux de l'esprit. Mais les heures du jour, celles de la nuit étaient trop courtes pour tant de soins différents. Sa charité se multipliait de toutes les façons; cependant elle ne parvenait pas à répondre à tous les vœux. Dans celte impossibilité morale, il chargeait ses néophytes de le remplacer.

‘Ils partaient: mais, afin de donner à leur mission quelque chose de providentiel, ils empruntaient au père son crucifix , son reliquaire ou son chapelet. Avéc ce passeport de la piété, ils s 'avançaient vers les Gentils. Leur foi recevait sa récompense : ils'évangélisaient, ils guérissaient, ils baptisaient les infidèles.

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DE LA COMPAGuiE DE JÉSUS. 221

De si rapides succès, des prodiges de plus d'un genre déjà opérés ne manquèrent pas de susciter de puissants adversaires à Xavier, Il y avait aux Indes une caste bénie et redoutée, tout à la fois prêtres des idoles et tirant leur origine de cesmémesidoles. Leur religion, qui a d'informes ressemblances avec le christianisme, se compose de trois dieux représentés par une pagode à trois têtes sur le même corps. Ces trois dieux sont Maiso, Visnou et Brama, engendrés par une substance qui se donne l'être à elle-même et que les Indiens nomme Parabrama.

Comme le Saturne de la mythologie, Parabrama assigna à ses trois fils l'empire qu'ils allaient exercer : Maiso eut .le ciel en -pa: tage; Visnou devint le juge des hommes: Brama présida à leur religion. C’est de ce dernier que les Brachmanes croient descendre.

Ils se condamnent à toutes les pénitences; ils ne choisissent pour demeure que les cavernes ou le creux des rochers; ils s’exposent tout nus aux riguers des saisons et ne doivent jamais manger quelque chose qui ait eu vie.

Mais au fond de ces austères jongleries, il y a un insatiable amour des plaisirs de la chair, une avidité que les plus grasses offrandes ne péuvent assouvir; et la multitude, témoin de tant d’excès, espère devenir sainte en s’y associant.

Leur doctrine se rapproche le plus possible de la corruption de leurs mœurs. Ils se persuadent, on ne sait sur quel fondement, que lés vaches procèdent de la divinité ; que le bonheur s'attache à tous ceux qui se couvrent de fiente. bovine brûlée par: un Brachmane.. Lorsqu'on meurt. en tenant dans:ses vains laqueue de l'animal divinisé, l’âme sort pure du corps: et elle reñtre dans celui d'une vaches faveur

Hist. dela Comp de Jésus. — T, 1. 10

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