‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 20 sur 51 · Ep sabce ST LT ri · texte numérisé non relu

Ep sabce ST LT ri

que les dieux n'accordent qu'à ceux qui se jettent, soit du haut des montagnes, soit dans la flamme d’un bûcher, ou qui, par respect, se ‘laissent écraser sous les roues du chaï où trônent les Pagodes.

Pour faire triompher la religion chez les Indiens, se prétant tous avec une pieuse docilité aux enseignements du Missionnaire, il fallait convertir les Brachinanes. Ils étaient prêtres des fausses divinités, intéressés par conséquent au maintien du culte existant L'éloquence de Xavier s'émoussasur ces natures inertes qui ne sortaient de leur apathie que pour le crime ou pour la volupté. Il les vit, il les força à l’admirer , à confesser que le Dieu des chrétiens était le véritable Dieu, puisque sa loi contenait et developpait les principes de lumière naturelle innés dans chaque homme; mais quand le jésuite parla de leur faire confesser Jésus-Christ, l’égorsme se substitua a ja croyance. « Que dira I monde de nous, s’il nous voit changer? « répondaient-ils ; et c'est Xavier lui-même qui, dans une de ses lettres, nous a conservé celle réponse ; puis que deviendront nos familles, qui ne vivent que des offrandes faites dans les temples ? »

Ce raisonnement était le seul qu'ils eussent à faire valoir; ils y persistèrent jusqu'à la fin, résistant à toutes les prières, à tous les miracles, ot s’obstinant dans leur culte, même en face de l'abandon général dont il était l’objet.

Les Brachmanes de la Pécherie avaient, tout en le maudissant, respecté ce zèle dont pour eux les effets élaient si déplorables. Ceux de Travancor ne consentirent pas à rester spectateurs indifférents de la désertion de leurs sectateurs.A Travancor ; le jésuite avait obtenu les mêmes résultatsque chez les Paravas,

La côte aspira à être toute chrétienne. Qaurantecinq églises furent bâties, et le Père lui-même affirme, dans sa correspondance, avoir en un seul jour conféré le sacrement de baptême à à plus de dix mille idolâtres. 11 devenait urgent de l'arrêter dans sa course : les prêtres de Travancor gagnèrent quelquesuns de leurs croyants, et ils le firent assaillir la nuit à coups de flèches. Le sang du martyr coula; mais sa vie était sauve. On tenta d’autres moyens : l’incendie dévora les maisons où l'on supposait qu'il prendrait quelques heures de repos. L'incendie ne réussit pas mieux que l'arc des Indiens.

Cependant les Bagades, population de voleurs dans le royaume de Bisnagor , et qui, l'année précédente, avaient ravagé la côté de la Pécherie, venaient de pénétrer dans le pays de Travancor par une des montagnes qui aboutissent au cap de Comorin. Le Naire, ou chef de Maduré, conduisait cette armée, que ses exploits passés rendaient encore plus audacieuse. Le roi de Travancor, surnommé par les Portugais le Grand Monarque, réunit ses troupes pour s'opposer à l'invasion ; mais un plus terrible adversaire s'élançait contre les Bagades. Xavier prend en pitié la douleur de ses néophytes; il prie lè Seigneur Dieu de ne pas abandonner à la rage des loups le troupeau dont il est le pasteur. Sa prière terminée, il rassemble quelques jeunes chrétiens autour de lui, et, la croix à la main, il s'avance dans la plaine où les ennemis sont rangés en bataille : « Au nom du Dieu vivant, leur crie-t-il d’une voix tonnante, je vous défends de passer outre, et je vous ordonne, de sa part, de retourner sur vos pas! »

Ces paroles répandent la terreur sur la première ligne; les soldats sont interdits, immobiles. Quand

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