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le second rang les questionne, tous répondent qu'ils ont en face d'eux un étranger, vêtu de noir, d'une taille extraordinaire , d'un aspect effrayant et dont les yeux lancent des éclairs. Les plusintrépides sortent des lignes ; ils sont témoins du prodige, reculent et entraînent ‘armée dans leur fuite. Cet événement, que l’histoire, en dehors des faits miraculeux, peut expliquer par le courageux dévouement du jésuite et par l’enthousiasme même de son action oratoire, réagissant en sens opposé sur les Bagades surpris d’une pareille apparition, cet événement se répandit bientôt dans les villages voisins. Le roi de Travancor marchait à la tête de ses troupes; il. n’y avait plus lieu de combattre; il témoigne à Xavier sa reconnaissance, « Je me nomme le Grand Monarque, lui dit-il; dorénavant vous serez le Grand Père. » Ce prince ne consentit point à renoncer aux dieux qui favorisaient tous ses caprices, qui légitimaient toutes ses passions ; mais il porta un édit par lequel il était enjoint d'obéir au Missionnaire comme au roi luimême. Par ce même édit, le Grand Monarque déclarait que ses sujets étaient libres de suivre la bannière du Christ.
Ses sujets mirent à profit la liberté qu'il accordait ; mais afin de donner des preuves authentiques de sa mission ; il fallait que, devant eux, le jésuite accomplit quelques-uns de ces faits qui subjugent et terrassent l'intelligence humaine. A Coulan, ville maritime sur la côte de Comorin, Xavier distribuait la parole de vie et rencontrait dans la masse beaucoup d'indifférents ou d'opiniâtres. Il ne lui était pas possible de briser ces cœurs par la persuasion ; il appelle Dieu à son aide ; puis il reprend : « Hier vous avez déposé un des vôtres dans la tombe ; re-
qu'ils j'une dont rtent nt et nent, peut ite et oire, rpris andit ancor plus econe, lui » Ce IX qui outes | était
tirez-en le corps et examinez bien s'il ne donne aucun signe d'existence. » Les plus obstinés se rendent à son désir. Ils enlèvent le linceul ; ils portent à ses pieds le cadavre, d’où s'exhalait déjà une fétide odeur ; ils entourent le Père, et, de leurs regards inquiets, ils interrogent tous ses mouvements : le Père, à genoux, se recueille et prie. Tout à coup s'adressant au mort : « Par le saint nom du Dieu vivant, s'écrie-t-il, je te commande de te lever et de vivre, en preuve de la religion que j’annonce. »
L'acte de canorisation du jésuite, et ces actes entourés de toutes les garanties désirables font autorité pour l'Eglise, l'acte de canonisation raconte que le mort se leva, plein de vigueur et de santé.
Il n’y avait plus à douter, plus à hésiter ; le peuple de Coulan fut chirétien. La réputation de Xavier s'étendit par les Indes; et, de tous les points, les Gentils, poussés vers le ciel, accouraient pour lui demander le baptême. Des députations lui arrivaient en foule; il ne pouvait se rendre à tous les vœux; il y répondait en faisant partir des missionnaires formés par son esprit. Les habitants de Manar suivent la croix. v
Leprincede Jafanapatan, dont ils étaient les sujets, avait usurpé la couronne et chassé du royaume son frère, le souverain légitime. IL veut, par l'appareil des tortures, les contraindre à renoncer àleur religion nouvelle, à cette religion qui a introduit chez eux la civilisation. Les hommes, les femmes, les enfants s’en déclarent les martyrs. On les interroge, on leur dit que pour vivre ils n’ont qu'à faire abjuration; tous répondent : « Nous sommes Catholiques. » Leurs petits enfants, à peine baptisés. ne peuvent encore rendre témoignage, Les pères, les mères se portent
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garants pour eux; ils les entratnent dans leur gloire.
Ce que Tertullien disait aux Césars se vérifiait encore sur cette terre presque vierge. Le sang des martyrs devenait là comme partout la semence des Chrétiens. Le roi de Jafanapatan poursuit son dessein ; jusque dans son propre palais , jusque sur les marches de son trône, il trouve des rebelles à sa loi. Son fils'ainé sollicite et reçoit le baptême ; il est puni de mort, égorgé sous les yeux du tyran. Son second fils, sa sœur et son neveu marchent sur les traces de cet enfant, dont la mort est si belle; mais il y avait une femme, une mère. entre le ciel et les bourreaux de l’usurpateur : la mère triompha. Un négociant portugais fit sortir de Jafanapatan ces deux néophytes royaux ; il les conduisit au Père pour que sa bénédiction les fortifiât dans le Christianisme , et ils furent placés au collége de Goa, dont Paul de Camerino avait pris la direction.
À ces nouvelles. le prince sévit avec plus de cruauté, il craint son frère errant dans les Indes et pouvant, après avoir recu le baptème . lui aussi, revenir, à l’aide des Portugais, prendre possession du trône. Il craint surtout son fils et son neveu; il ne pouvait tirer vengeance de leur fuite : il déclara une guerre plus acharnée que jamais aux catéchumènes de ses
tats. Xavier connaissait la position des choses ; et, jésuite, il savait mettre à profit une favorable occasion. Il comprit que dans un royaume où l’on mourait si généreusement, il y avait de grandes choses à mener bien. Il rappelle donc Mansilla de la côte de la Pécherie . il le charge de continuer l’œuvre de Travancor, et il se dirige vers la ville de Cambaye, où le vice-roi des Indes résidait momentanément. Alphonse de Souza était un homme dont la piété
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auté, vant, air, à ne. Il puvait uerre 1e ses s ; et, occamou- Dses à te de e de Daye , nt.
piété
se réglait plutôt sur les idées du monde que sur celles des Saints; il possédait les qualités du politique, il en avait aussi les défauts. Au lieu de s’opposer avec fermeté aux désordres entretenus à Goa par les Portugais, illes laissait s’accrottre, se contentant de protester dans son for intérieur et profitant de ces désordres pour étendre et assurer son autorité. Le 15 décembre 1544 le Père arrivait à Cochin.
Il y rencontra Michel Vaz, lui fit part de son plan, et l’entretint des plaintes que lui arrachait l’indifférence du vice-roi. /’°: rartageait le même sentiment; il se résout à por! :» :::x pieds de Jean IIT les vœux et les doléances de Xavier, gui adresse au roi de Portugal une lettre respleudissante de toute la liberté apostolique; elle se termine ainsi :
.… « Je supplie donc votre majesté par le zèle ardent, qu'elle a pour la gloire de Dieu et par le soin qu’elle a toujours eu de son salut éternel , d'envoyer ici un ministre vigilant et courageux, qui n'ait rien plus à cœur que la conversion des âmes, qui agisse indépendamment des officiers de votre épargne, et qui ne se laisse pas gouverner par tous ces politiques dont les vues se bornent à l'utilité de l'Etat. Que votre majesté examine un peu l'argent qui tombe des Indes dans ses coffres, et qu’elle compte les dépenses qu’elle y fait pour l'avancement de la religion. Ainsi, ayant pesé les choses de part et d'autre. vous jugerez si ce que vous donnez égale en quelque façon ce qu’on vous donne, et vous aurez peut-être sujet de craindre, que de ses biens immenses dont la libéralité divine vous comble, vous n'accordiez à Dieu qu’une très-minime partie, »
Le roi Jean III se rendit au vœu du Père. Un nou-
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veau gouverneur, don Jean de Castro, fut nommé. I reçut ord:e de ne plus tolérer aucune superstition à Goa or: dans l'ile de Salcète, de faire:briser toutes les pagodes, d’exiler les Brachmanes , de venger la mort des chrétiens de Manar, et de protéger partout ceux que les missionnaires soumettraieat à l'autorité de l'Évangile.
Xavier cependant faisait route vers Cambaye ; il y vit âcu Alphonse de Souza; il n’eut pas de peine à l'intéresser à l'expédition qu'il avait projetée contre l'usurpiteur de Jafanapatan. La flotte allait appareiller, lorsqu'un navire portugais venant de Pégu et richement chargé fut jeté par la tempête contre cette île. Le roi s'en empara. Les propriétaires du nayire comprenant que , si la guerre était déclarée, il n’y aurait pas moyen de retirer les trésors tombés en sa possession, firent agir tant d'intrigues auprès des chefs de la flotte qu'ils parvinrent à neutraliser l'expédition.
Cette contrariété ne refroidit point l'enthousiasme de l’Apôtre. Le Jafanapatan lui est fermé ; il.fait voile vers Travancor. Les vents s'opposent à sa marche, ils paraissent même le repousser de la côte où il tend. Xavier avait déjà accompli tant de choses extraordinaires qu’il se persuade qu'il est réservé par Dieu pour en accomplir de plus extraordinaires encore. Le jésuite aspire à porter la lumière au fond de l'Orient.
Il change aussitôt de direction, et, afin de consacrer son apostolat, le voilà qui affronte de nouvelles tempêtes, qui brave de nouveaux dangers pour se rendre à la ville de Méliapor, à laquelle les Portugais ont donné le nom de San-Thomé. C’est dans cette cilé que saint Thomas a vécu, c'est là qu'il a
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souffert le martyre. Xavier accourut sur son tombeau demander force et courage à celui qui l’avait précédé dans les Indes. A Méliapor, il continua son genre de vie habituel, priant, prêchant, convertissant, opérant partout des miracles et interrogeant Dieu dans la solitude. Le 25 septembre 1545 il abordait à Malaca. C'est une, vi!!e située au delà du golfe de Bengale, non loin de l'île de Sumatra et tout près de la ligne équinoxiale. L'air y est si tempéré, le ciel si doux qu'il semble mortel à la vertu. Tout, jusqu'à la langue, la plus harmonieuse de l'Orient, tout se ressent de cette mollesse du pays, que l'activité du commerce n’a pu vaincre ; tout y respire la volupté, tout la fait passer dans le sang, dans les habitudes même. De Malaca Xavier espérait s'ouvrir une porle pour parvenir à Macazar: mais, à la corruption universelle, il comprit qu'il devait régénérer cette cité. Une ferveur irop austère n’était pas là à sa place. Avec des âmes si efféminées il fallait procéder par les voies de u-aceur, ne pas blàmer leurs plaisirs, s’y associer en ce qu'ils asaient de licite et s’insinuer dans la confiance des habitants par une humeur agréable et par un visage toujours serein. Xavier était beau; sa voix harmonieuse, son esprit plein de gaieté et d'épanchement le firent bientôt rechercher. La rénommée en avait fait un saint : ce bruit seul avait éloigné de lui. Sa conversation, ses manières ne le montraient que ccinme un homme aimable: il eut donc facilement accès dans les consciences. Quand son pouvoir fut consolidé, il usa de moins de ménagements. Il instruisit les enfants , il les forma à l'obéissance ; il apprit aux jeunes filles ce que c'était que la pudeur, vertu dont, dans ces climats, le nom était même pas connu; il amenales hommes au tri-
bunal de la pénitence ; il corrigea les mœurs, il enseïigna à ce peuple le bonheur de la famille. Après des journées si bien remplies , le Père se mettait à l'étude de la langue malayaise et composait des insStructions.
Ce fut à Malaca qu'il apprit l'arrivée dans l'ile de Goa de trois jésuites qu'Ignace envoyait à son secours. Ces trois Pères se nommaient Antoine Criminal, Jean Beira et Nicolas Lancilotti. Il importait de les mettre à l’œuvre afin de répondre à leur empressement. Il désigne Lancilotti pour enseigner la langue latine dans le collége de Sainte-Foi, et il dirige sur la Pécherie Criminal et Beira.
Le chemin de Macazar était fermé à son impatience. Aucun vaisseau ne partait pour cette destination, et Xavier brüûlait du désir d'accroitre les progrèsdu Catholicisme. Le 1°" janvier 1546, ils’embarque pour Amboyne. Le 16 février, il touchait à cette le, qui ne contenait que sept villages à peu près chrétiens; le reste de la population était idolâtre., Son premier soin est de vivifier la Foi dans les cœurs ; mais, apprenant que plusieurs familles se sont réfugiées dans les bois ou dans les cavernes pour échapper à des voisins barbares, le Père se met à la recherche de ces familles. Il parcourt les forêts, sonde la profondeur des rochers, réunit ces malheureux, partage leur existence, et ne les abandonne qu'après leur avoir fait connaître les devoirs que Dieu impose.
La flotte d'Espagne et celle de Portugal étaient à l'ancre dans la rade d’Amboyne. Une fièvre pestilentielle se déclara sur les vaisseaux espagnols. La terreur avait fermé toutes les âmes au cri de la pitié. Les médecins eux-mêmes n'osaient affronter la con-
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tagion; on la laissait dévorer les victimes que personne ne songeait à lui disputer. Couchés ça et là sur le pont de leurs navires ou étendus au bord de la mer. les malades ne recevaient aucun ‘ecours. Plus la fièvre faisait de ravages, moins les insulaires semblaient préter l'oreille à tant de désespoirs. Xavier apprend cette nouvelle. Il catéchisait alors; mais la première des charités est de venir au secours de ceux qui souffrent. Le poste le plus dangereux était le sien ; il le fut encore dans cette circonstance. Il se dévoue tout à la fois au soulagement des corps et à celui des âmes : il assisté les mourants, il ensevelit les morts ; il enterre lui-même les cadavres, car il ne se présentait plus de mercenaires pour remplir ce dernier d::voir. Mais là ne s'arrête pas son humanité. Il y a sur ces navires des malades qui ont besoin d'aliments ou de remèdes. Le Père mendie'; il va de porte en porte implorant la compassion publique pour des frères dans la Foi, pour des hommes que le doigt de Dieu a frappés. Sa parole a quelque chose de si irrésistible qu’il parvient seul à organiser des secours, et à rendre plus, tolérable la position de cette flotte étrangère.
La peste cessa peu à peu: les Espagnols mirent à la voile, et le jésuite, rendu à ses travaux quotidiens, visita les environs d’Amboyne. Il porta l'Evangile dans des îles à moitié sauvages, telles que Baranura et Rosalao. Après ces prédications, qui ne furent pas sans fruit. il prit passage pour les Moluques.
Ce sont de petites îles de l'Océan oriental, près de l'Equateur. Les cinq plus importantes sont Ternate, Tidor, Motir, Macian et Bacian. Ternate est la première du côte du nord. Il y débarque. Les catho-
liques rentrent dans le chemin de la vertu , que la mollesse, la dissolution et l'amour du gain leur avaient fait depuis longtemps abandonner. Ce changementextraordinaire de mœurs, dû à la parole d’un prêtre dispose favorablement idolâtres et infidèles. Néachile Pocaraga, fille d'Almanzor, roi de Tidor et femme de Boleife, roi de Ternatc avant la conquête, était l'irréconciliable ennemie des chrétiens, c'est-àdire des Portugais, qui l'avaient chassée du trône. Cette princesse était fort versée dans la science du Coran. L'infatigable apôtre discute avec elle: il éclaircit ses doutes, il résout ses objections; peu à peu il la conduit au baptême. A partir de ce jour, Néachile oublie ses rêves de grandeur pour se faire l'humble servante des pauvres.
Il y avait trois mois que le jésuite évangélisait Ternate, lorsqu'on lui raconta qu'à soixante lieues vers l'Orient il se rencontrait plusieurs tles dont les habitants avaient été autrefois baptisé ; mais, ajoutait-on, tout cela est même perdu dans leur souvenir. Ils sont anthropophages , et. dans leurs fêtes. ils dévorent leurs pères déjà vieux. C'est. du reste, une contrée stérile, où l'air est si malsain, le sol agité de. si fréquentes éruptions volcaniques, que les étrangers ont peine à y respirer et à y vivre. On pressait, on suppliait François Xavier de renoncer à son projet.
Le bienfait de la Réder1ption devait être révélé par lui aux nations les pius sauvages. Rien ne peut le retenir dans l’accomplissement de sa mission. Il console ses amis qui pleuraient, le peuple de Ternate qui essayait de s'opposer à son départ; puis, avant de se jeter, la croix à la main, sur ces îles que le bras de Dieu avait frappées de malédiction, il écrit à don Ignace de Loyola ;
« Le pays où je vais est hérissé de dangers et trèsfuneste à tous par la barbarie des habitants et par l'usage de divers poisons qu'ils mélent dans le breuvage et dans les viandes. C'est ce qui a empêché plusieurs prêtres d'aller les instruire. Quant à moi, considérant leur extrême besoin et le devoir de mon ministère qui m'oblige d'affranchir les âmes de la mort éternelle aux dépens même de ma vie, j'ai résolu de tout hasarder pour leur salut. Toute mon espérance, tout mon désir est de me conformer, autant qu’il sera en moi, à la parole du Maitre : Qui voudra sauver son âme la perdra, et qui la perdra, pour l'amour de moi la trouvera.
» Plusieurs personnes, quim'aimenticitendrement, ont fait tout ce qu’elles ont pu pour me détourner de ce voyage. S'apercevant que leurs prières, que leurs larmes étaient sans effet. elles ont voulu me donner des contre-poisons. Je n'ai eu garde d'en accepter, de peur qu’en me chargeant du rémède je ne vinsse à craindre le mal. Ma vie est entre les mains de la Providence ; je n'ai besoin de nul préservatif contre la mort, et ilme semble que, plus j'aurais de remèdes, moins j'aurais de confiance en Dieu. »
Cette lettre, c’est l'homme lui-même, mais l’homme détaché de tout et au milieu d’ennemis perfides. marchant sans précaution ; ne sent-il pas que Dieu est avec lui?
Après quelques jours de mer. il descend au rivage ; neuf cadavres de Portugais gisaient sur le sable, sans sépulture, pour apprendre aux étrangers le sort que leur réservait la population de l'ile du More.
A la vue des matelots et du prêtre qui prennent terre, les sauvages s’enfuient, présumant que les Eu-
ropéens viennent leur demander compte du sang versé. Xavier se jette à leur poursuite, il les atteint dans les forèts ; là, d'nn ton caressant, il leur communique, en malayais, les motifs qui le conduisent auprès d'eux ; il flatte leur grossière vanité, il les ramène au village ; et le voilà qui chante par les rues la doctrine chrétienne afin de l'apprendre plus promptement aux enfants et aux femmes. Les villes de Momoyma et de Tolo cèdent à l'entrainement qu'imprime Xavier; l'ile du More devient chrétienne presque sans résistance, Le père l’abandonne à sa foi nouvelle pour retourner aux Moluques, et de là revenir à Goa par Malaca; il n’y parvint qu’au mois de juillet
Des missionnaires étaient déjà arrivés aux Indes; Ignace en envoyait de nouveaux au père. Ribera, Nugnez et sept autres composaient ce renfort. Mansilla, n’écoutant ni prières ni ordres. ne voulut point consenlir à laisser les lieux que sa parole avait fécondés. Il désobéissait : malgré ses services, Xavier le chassa de la compagnie. Pour les prêtres qui accouraient au service de la religion, pour ceux qui combatlaient avec lui, c'était un exemple.
A peine de retour à Malaca, l’apôtre reprit le cours de ses prédications aux chrétiens et aux Gentils ; mais, dans ce temps-là même, la domination portugaise, qui avait eu ses excès comme tous les pouvoirs naissants, était menacée dans son existence. Les roisindiens étaient jaloux des maîtres que la force leur imposait ; souvent coalisés entre eux, ils s'étaient toujours vu vaincre par la tactique des Européens. La victoireles rendait tributaires jusqu’au jour où la couronne tombait de leurs têtes. Alaradin, roi d’Achem, n'avait pas encore été soumis, et sa haine pour
les chrétiens s'était accrue de toute la haine qu'il vouait aux Portugais.
Ses Etats forment le royaume le plus considérable de l'ile de Sumatra. Pendant plusieurs années il arma ses bâtiments en corsaires pour courir les côtes ; ses troupes de terre s'aguerissaient, et chaque jour il mrissait le plan qui devait lui livrer Malaca. Ses mesures prises le plus secrètement possible, Alaradin, à la tête d'une formidable armée, force le port dans la nuit du 8 au 9 octobre 1549; ses brûlots tombent sur la flotte portugaise, son artillerie tonne contre la ville; déjà ses plus hardis soldats montent à l'escalade.
Au milieu du désordre et de la confusion inséparables d’un pareil assaut, don Francisque e Mello, gouverneur de Malaca, a pourtant fait de sages dispositions. Le premier effort des assiégeants est repoussé; mais les navires sont en feu. Les Achemois, excités par cet incendie, déploient au vent leurs riches bannières; ils saluent de loin la cité qui va devenir leur conquête. Après avoir coupé les oreilles et le nez à de pauvres pêcheurs qui rentraient au port, ils les chargent pour le gouvernètr de la sommation suivante :
« Bajaja Soora, qui ail’honneur de porter dans des » vases d'or le riz du grand soudan Alaradin, roi » d’Achem et des terres que lavent l’une et l’autre » mer, je L’avertis d'écrire à ton roi que je suis ici ». malgré lui, jetant la terreur dans sa forteresse par » mon fier rugissement, et que j'y serai tant qu'il me » plaira. J'appelle à témoin de ce que je dis, non- » seulement la terre et les nations qui l’habitent, » mais tous les éléments jusqu'au ciel de la lune, et je leur déclare, par les paroles de ma bouche, que
ton roi est sans réputation et sans valeur; que ses étendards abattus ne pourront jamais se relever sans la permission de celui qui vient de le vaincre; que, par la victoire que nous avons remportée, mon roi a sous'ses pieds la tête du tien, qui, depuis ce jour-là, est son sujet et son esclave ; et. afin que tu confesses toi-même cette vérité, je te défie au combat dans le lieu où je suis présentement, si tu te sens assez de courage pour me résister. » L'insulte était grave, et sous l'emphase du défi, elle renfermait des offenses que ne pouvait supporter patiemment l'orgueil d'un gentilhomme. Le conseil délibérait et ne savait que résoudre, lorsque Xavier, dont Mello avait sollicité le concours, parut au milieu de ces officiers intimidés. Sa présence releva les courages : il lut la sommation des Achemois, et ce missionnaite , qui avait du vieux sang d’hidalgo navarrais dans les veines, déclara qu'à tout prix il fallait venger un semblable affront. L'honneur du christianisme était encore plus intéressé dans la querelle que celui du drapeau portugais : ses paroles furent entendues. La flotte vient d'être brûlée par l'ennemi, mais dans les arsenaux il y a encore quelques fustes. Xavier conseille de les radoubler et de courir aux Achemois ; il marchera lui-même à la tête des plus braves. Dans ce pressant danger le peuple s'oppose à son départ. Les soldats, gardiens naturels de la cité, peuvent l’abandonner : la cité ne veut pas se séparer de son apôtre, dont elle attend force et consolation. Vaincu par les prières, Xavier se résigne; il bénit, il confesse, il communie tous ces soldats: puis la flotille s'ébranle. À peine est elle à Ja voile que le vaisseau amiral s'entr'ouvre et ee sous les flots avec tout son équipage.
La foule s’alarme, elle murmure mème contre le jésuite : le jésuite paraît. Son front est serein, sa parole calme, et, à cette multitude effrayée, il fait-entendre des prophéties de salut qui se réaliseront, dit-il, avant le coucher du soleil.
A la nuit tombante, deux voiles latines sont signalées en effet; elles se joignent à l'escadre, et, le 25 octobre cette faible armée s'éloignait du port le missionnaire lui avait promis la victoire, si la présomption ou la témérité ne venait pas renverser le plan tracé par Mello. L'escadre croyait à la promesse du père. L'amiral Deza prend position; son artillerie engage l'affaire, et après un combat furieux dans lequel les vaisseaux achemois furent dispersés , coulés à fond ou brûlés, les Portugais vainqueurs rentrèrent à Malaca. |
Ce ne fut point aux soldats et à l'amiral qui avaient si vaillamment combattu que la cité décerna les honneurs du triomphe. Le jésuite avait tout faits on parlait de sa fermeté, on louait sa prudence on exaltait ce don de prophétie qui avait rendu l’énergie aux Portugais; on l'applaudissait dans les rues, on l'embrassait à l’autel, on le félicitait partout.
Ces honneurs inquiétèrent son humilité. Malaca était hors de danger, il ne lui restait plus, à lui, qu'à en affronter de nouveaux. Les navires du commerce chinois arrivèrent à cette époque dans le port; l'un d'eux avait à bord un Japonais nommé Anger de Cangoxima, qui, sur la réputation du Père, entre-
prenait ce long voyage pour calmer ses troubles in-
térieurs. La présence du Japonais, son désir d’apprendre. sa docilité pleine de bon sens, furent pour le missionnaire un trait de lumière. On lui disait que tous les habitants de ce vaste empire étaient
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avides de savoir que leur naturel était généreux , qu'il:y avait là une terre prête à recevoir la rosée: du ciel, si la vie des ecclésiastiques répondait par sa régularité à leurs préceptes. Il n’en fallut pas davantage à Xavier. Il met ordreà ses missions, nomme Paul de Camerino supérieur-général à sa place, donne ses instructions aux Pères de la compagnie qui se trouvent sur les côtes, charge Criminal, Henriquez- -et Alphonse Cyprien du soin des Paravas, ses premiers enfants en Jésus-Christ ; puis, après avoir visité, à Bazin; don Sarcie de Sa, vice gouverneur des Indes, par la mort de don Juan de" Castro, il s’élance vers le Japon. Le Père Come de Torrez, l’un des esprits les plus brillants de son siècle, le Frère Jean Fernandez et Anger, qui au baptême a pris le nom de Paulde Sainte-Foi, l'accompagnent. Ce fut vers le 15 avril 1749 que l’apôtre mit à la voile.
Au moment de tenter de nouveaux exploits, François Xavier écrivit à Ignace : « Je ne puis vous exprimer avec quelle joie j'entreprends un si long voyage, car tout y est plein d’extrêmes dangers ; et qui de quatre navires en peut sauver deux, croit avoir fait une navigation très-heureuse. Quoique ces périls soient au-dessus de tous ceux que j'ai essuyés jusqu'à cette heure, je n'ai garde de renoncer à mon entreprise, tant Notre Seigneur me dit intérieurement que la croix produira là de grands fruits dès qu’elle y sera une fois plantée. »
Dans cet homme si dur à lui-même il y avait un fonds de charité inépuisable ; il ne sollicite pour lui que les privations , que les souffrances. que les périls de toute.sorle ; mais pour ses frères dans la compagaie, pour ceux:qui de loin marchent sur ses traces, il commande, par l'obéissance vouée à leur commun
fondateur, que l’on ait tous les égards dus à des s0]- : dats sous les armes; il adresse à Paul de Camerino | les avis suivants :
« Si nos frères qui sont dans le Comorin, dans les Moluques et ailleurs vous écrivent pour obtenir s quelque grâce de l'évêque ou du vice-roi par votre à entremise, et pour vous demander à vous-même - quelque secours spirituel ou temporel, quittez tout, s et employez-vous entièrement à faire tout ce qu'ils
r désirent. Pour les lettres que vous écrirez à ces our vriers infatigables, qui portent le poids du jour et de il la chaleur, prenez garde qu'elles n’aient rien d'aigre ls ou de sec; ayez soin plutôt que chaque ligne, chaque le mot, ne respirent que douceur et que tendresse. ‘: ‘a » Tout ce qu'ils demanderont pour leurs vivres, Ce pour leur habillement, pour la conservation ou pour le. le rétablissement de leur santé, fournissez-le-leur lin- béralement et au plus tôt ; car il est bien raisonnable >X- que vous'ayez pitié de ceux qui travaillent sans reng lâche et sans nulle consolation humaine. Ce que je et dis regarde principalement les missionnaires du pir Comorin et des Moluques : leur mission est la plus ils pénible, et on doit les soulager, de peur qu'ils ne à succombent sous une croix si pesante. Faites donc e- en sorte qu'ils ne demandent pas deux fois ce qui nt leur est nécessaire. Ils sont dans le combat, vous lle êtes au champ, et, pour moi, je trouve ces devoirs de charité si justes, si indisyensables, que j'ose un vous conjurer, au nom de Dieu et au nom de lui notre Père Ignace, de vous en acquitter avec toute ils l'exactitude, toute la diligence et toute la joie pos- Da sible. »
ès. À Gaspard Barzée, Flamand de nation et prédi-
cateur célèbre, qui a renoncé aux vanités de la gloire
pour embrasser l'institut et la carrière des missions ses enseignéments sont aussi doux, aussi positifs. Barzée est chargé de porter la lumière à Ormuz, ville située à l'entrée du golfe Persique, à douze lieues de l'Arabie Heureuse, et renommée par son commerce.
Il y avait là des Grecs et des Russes, des Abyssins et des Allemands, des Arméniens et des Juifs, mêlés aux apostats de toutes les nations européennes venant trafiquer à ce grand marché du monde. La vie s’écoulait sur cétte côte dans tous les enchantements. Barzée confondit les juifs duns des disputes publiques : il s'attira l'estime des Sarrasins et l'amitié de tous ces hommes dont les mœurs et la religion n’avaient pas moins de disséemblance que le langage. Il les avait trouvés païens ou incrédules; il les rendit chrétiens.
La diversité des nations et des sectes y avait erfanté la corruption. Barzée était digne de prendre la place de Xavier, qui, selon son habitude, affrontait les premiers périls avant d'envoyer d’autres Pères dans de nouvelles missions. Mais le désir de pénétrer au Japon, et surtout la prudence unie au courage de Barzée, lui firent violer la règle dont il ne se départait jamais. Barzée ne lui donna pas lieu de se repentir de sa confiance.
Cependant, le 15 août 1549, Xavier abordait sur la rade de Cangoxima, après quatre mois de tempêtes et de périls.
Le Japon est un monde d'iles et de montagnes, aux confins de l'Asie et vis-à vis de la Chine. La terre y produit peu de grains ; mais dans ses entrailles elle renferme d'immenses mines d'or et d'argent Ses habitants sont athées ou idolâtres ; les uns ne croient
à rien, les autres soumettent leur foi à tous les r'ves. On en voit qui adorent le soleil.et la lune, qui rendent hommage aux Camis, fils du soleil, et aux Fotoques , dieux que les Chinois inventèrent. Il s’en rencontre même qui honorent diverses sortes d'animaux. La plupart vénèrent Amida et Xaca, divinités qu’à popularisées leur mythologie pythagoricienne. Il n'est pas de ville dans laquelle Amida et Xaca n'aient un temple où la magnificence le dispute à la superstition. En l'honneur de ces dieux, les Japonais se précipitent du haut des rochers, ils s’ensevelissent vivants dans des cavernes. Souvent, hommes et femmes, après s'être attaché une pierre au cou, chantent sur le rivage les louanges d’Amida et de Xaea, puis :: se jettent dans les flots.
Le Saço est le Pontife de cette religion, qui a pour prètres les Bonzes, espèce de Brachmanes aussi austères en public, aussi dépravés en secret que cette secte de moines indiens.
Quand Xavier fut parvenu à vaincre les premières difficultés de la langue japonaise, il se mit à prêcher en public. Il expliqua les articles du symbole, visita les Bonzes, et se concilia leur bienveillance par son aménité. Les Bonzes l’écoutaient avec respect parler de Dieu et de l’immortalité de l'âme. Il leur était impossible de se persuader que ce prêtre venait de si loin pour les tromper; mais ses discours ne passaient pas de l'oreille au cœur. Le cœur des Bonzes était insensible. Le missionnaire en effet les initiait à l’abnégation de soi-même, à la pureté et à toutes les vertus qui étaient pour euxun reproche ou un sacrifice.
Deux Bonzes pourtant ne peuvent résister à son éloquence : ils se déclarent catholiques. Cet exemple est suivi par la multitude. Les Cangoximains ouvrent les
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yeux; ils se pressent autour de Xavier, ils lui demandent le baptême.
Embrasser le christianisme . c'ésait priver les Bonzes des aumônes et des offrandes dont ils vivaient. La curiosité leur avait fait accueillir favorablement le missionnaire, l'intérêt les poussa à dévenir ses persécuteurs. Pour eux il ne fut plus un homme, mais un démon. Ils l'accusèrent de mensonge. Les Japonais, dont l'esprit avait de la droiture, dont l'intelligence était exercée. ne prirent pas le change.
Les Bonzes prétendaient qu'il ne pratiquait pas toutes leurs austérités. Xavier à l'instent même s'abstient de toute nourriture qui 2 pris vie.
Des miracles étaient nécessaires pour entrainer ce peuple toujours hésitant. Ces prodiges s’opèrent, Xavier guérit les malades, il ressuscite les morts:
Devant de pareils prodiges l’hésilation de tous disparait, La ville de Cangoxima est chrétienne.
Le missionnaire pousse plus loin son ‘apostolat, Avec Come de Torrez et Fernandez il quitte cette cité, portant sur son dos les ornements dont il a besoin pour célébrer le sacrifice de la Messe. Il n’a pas d'autre bagage; ses compagnons ne sont pas plus riches que lui. Le jésuite arrive à Firando, où mouillaient juelaues vaisseaux portugais. Ces vaisseaux Saluent l’homme de Dieu. Leur artillerie gronde, leurs bannières flottent au vent. Les matelots font retentir des cris de joie, ils l'entourent avec des démonstrations de respect et le conduisent ainsi jusau’au palais du roi. En le voyant pauvre, mal vélu, la cour et le roi de Firando auraient méprisé cet avilissement, que leur orgueil n'aurait pas cherché à comprendre; mais, à l'aspect des Portugais, dont l'enthousiasme était au comble; mais, en apprenant
que ce prêtre si humble était tout-puissant auprès du roi de Portugal, dont les flottes sillonuaient leurs mers, dont les armées occupaient leurs villes, les Japonais sont saisis d'admiration. Xavicr demande le pouvoir de publier la loi de Dieu dans le royaume. Ce pouvoir lui est accordé. Le jour même il se met à l'œuvre. Ses exhortations sont si fructueuses qu'au bout d’un mois l’évangile iriomphait de tous les vices. Pour le missionnaire ce peuple était trop docile aux inspirations de la grâce; il avait besoin de luttes plas animées. Torrez reste à Firando pour confirmer ses habitants dans la foi, et le 27 octobre 1550 le Père se dirige vers Méaco, capitale de tout l'empire.
La ville d'Amanguchi se trouve sur sa route. Elle est riche, pleine d'étrangers que le commerce et les plaisirs y attirent; mais ses richesses mêmes y ont engendré la corruption. C'est Sodome avec le luxe de Babylone. Aux récits que lui font quelques Portugais, son zèle s'enflamme:; et, sans même s’inquiéter de l'autorisation du roi, il parcourt les rues proposant. à tous les vérités éternelles. Fernandez suit son exemple. Les périls auxquels ‘es prêtres s’exposent, la nouveauté de leurs discours, le rourageux désintéressement qu'ils montrenc excitent la curiosité. On les entoure sur les plrces publiques, on leur ouvre la porte des maisons. on les interroge sur leur culte. et ils répondent. Leur réponse ; c'était la condamnation de la vie voluptueuse à laquelle les habitants d'Amanguchi se livraient.
Cette réponse effraya des imaginations paresseuses. On ne discuta plus avec eux, on leur jeta des pierres, on les chargea d'injures, et lorsqu'ils appelaient à la prière ou à la pénitence, la foule s'écriait avec moquerie : « Voilà les deux Bonzes imposteurs
qui veulent que nous n'adorions qu'un Dieu et que nous n’ayons qu’une feinme. »
Devant de pareilles raisons la charité de Xavier lui-même échoua , et il partit pour Méaco.
L'hiver sévissait dans toute sa rigueur. La terre était couverte de neige, ie vent soufflait avec violence , et ils avaient à traverser des forets. des montagnes. des plaines, des torrents et des nrécipices.
Pieds nus. le corps à peine couvert d’une vieille soutane, sans autres provisions que des grains de riz séchés au feu, Xavier, Fernandez et deux Japonais converiis parcourent ce désert glacé , où chaque pas devient une chute. Les négociants européens les ont prévenus des périls qui les attendent. Il sont au moins voulu, par de riches bienfaits, leur procurer les ressources nécessaires pour un pareil voyage. Le jésuite n’a pas pu décliner leurs offres : il a accepté mille écus d'or tirés de l'épargne royale et tout ce que la charité mit à sa disposition. Mais cet argent a été immédiatement distribué aux catéchumènes pauvres, Pour ses besoins ou pour ceux de ses compagnons. il n’a pas même gardé une obole. Au bout de deux mois de fatigues il entre dans Méaco.
Méaco, qui en japonais signifie chose digne d’être vue, était en proie à toutes les désolations que les guerres trainent à leur suite. Les rois voisins avaient formé une ligue contre le Cubo-Sama et le Dayri : c’est-à-dire ils se mettaient en révolte contre le chef des armes et contre l'empereur. Les grands, les Bonzes, eux-mêmes prenaient une part active à ces troubles. Les esprits-étaient agité, les passions: politiques en mouvement, Xavier ne crut pas devoir exposer les vérités du ciel devant une nation aussi
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 245 préoceupée des choses de la terre. Pour obtenir une «udience du Dayri ou du ‘Cubo-Sama, on exigeait cent mille caixes (1), et il ne possédait rien. Il retourne donc sur ses pas, il prend la route de Firandc et se:charge de quelques objets d'art ou de luxe mis à sa disposition par le vice-roi.
Ses vêtements déchirés avaient rebuté les Japonais. Ce rmépris de l'habit, qui passe si rapidement à la personne, lui avait fait comprendre qu’il ne fallait plus paraitre dans un costume déjabré : il accepta des mains de la charité un vêtement plus propre, et il reprit sa course. |
11 s'arrêta de nouveau à Amanguchi, Le roi Oxindono le reçut favorablement, car: le jésuite lui ap: portait des présents, Oxindono lui permit d'annoncer la foi à ses sujets. On vint en foule aux instructions du missionnaire; mais , comme tous les pays civilisés , le Japon a ses docteurs, des philosophes dont la science est profonde et ne cédant jamais, à moins que des: arguments irréfragables ne désarment leur esprit fertile en arguties. Xavier ne désespéra pas d'éclaircir les mille doutes qu'ils proposaient, tantôt de bonne foi, tantôt dans le dessein d'entraver ses efforts. Ils parlaient plusieurs ensemble, et souvent sur des objets différents. Le procès dela canonisation de l’apôtre constate que ses réponses, toutes brèves, toutes claires et multipliées par la grâce. frappaient en même temps les oreilles de ses interlocuteurs, et que, dans l'étonnement où ils étaient plongés, ils ne savaient qu'admirer et se taire.
À Amanguchi, comme dans toutes les villes du Japon, il y avait sept ou huit sectes religieuses vi-
(2) Plus deisix mille francs.
Hist. de la Comp. de Jesus. — T. à,
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