‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 31 sur 51 · ER — LE · texte numérisé non relu

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Cet hommage rendu par des Evêques, et surtout par des rivaux, est, sans contredit, le plus bei éloge que jamais assemblée délibérante ait accordé à ‘un orateur, L'évêque de Modène, Ægidius Foscarari, Dominicain renommé et maitre du Sacré-Palais, en fit un autre qu'il est bon de consigner. Il écrivait dans le même temps : « Les Pères Laynès et Salmeron

“ont parlé contre les Luthériens sur la sainte Eucharistie avec un si grand éclat qu'en vérité je m'estime heureux de pouvoir vivre quelque temps avec ces doëtes et saints Pères. »

Les affaires du Concile marchaient avec cette prudente lenteur dont l'Eglise a donné tant de preuves; mais au mois d'avril 1552 les protestants se soulevèrent. Excités par le duc Maurice de Saxe et encouragés par François I°", qui, quoique bon catholique, avait le malheur de croire nécessaire à sa politique de jeter de pareils ennemis sur les bras de son rival, les Luthériens d'Allemagne prennent les armes contre Charles-Quint.

Les décisions des assemblées générales , l'esprit qui animait les Pères et qui allait servir de règle aux princes, les mesures que ces décrets feraient adopter pe leur permettaient pas de rester spectateurs oisifs dans la luite. Leur orgueil y était aussi intéressé que leur foi nouvelle. Ils recrutent une armée, il s'emparent d'Augsbourg, ils menacent Inspruck ; où résidait l'Empereur, et la ville de Trente, où les Pères tenaient leurs sessions, À l'approche de ces dangers, les, Evèques d'Allemagne, de France, d'Italie et d'Es- pagne.se séparent , el Jules: IIL suspend le Concile, qui ne fut convoqué que sous le pontifiont de PieIV, le 18 janvier 1562.

Les Cardinaux-Légats étaient : Hercule de Gon-

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zague, Jérôme Scripando, l’un des théologiens les plus estimés de son siècle, Jean Moroni, Stanislas Osius, écrivain dont la Pologne est fière, Ludovic Simonetta, Marc d’Altemps et Bernard Naragerio. Le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims. et le cardinal Madrucci y assistaient avec Nicolas de Pellevé, archevéque de Sens; Gabriel de Veneur, évèque d'Evreux; Pierre Duval, évêque deSeez; Nicolas Psaume , évêque de Verdun; Eustache du Bellay, évêque de Paris; Louis de Bresse, évêque de Meaux; Charles d'Angennes, évêque du Mans; Pierre Danès. évêque de Lavaur ; Philippe de Bec, évêque de Vannes; Joseph d'Albret, évêque de Comminges ; Jean Clausse, évêque de Senez; Louis de Beuil, évêque de Vence; Le Cirier, évêque d’Avranches; Louis de Genolhac, évêque de Tulle, et plusieurs.autres prélats français.

‘Louis de Lansac, Arnaud du Ferrier, président an Parlement de Paris, et Gui du Faur, sieur de Pibrac, juge-mage de Toulouse, étaient les: ministres de Charles IX, roi de France ; Sigismond de Thun était ambassadeur d'Allemagne; Martinez de Mascaregnas, ambassadeur de don Sébastien de Portugal, et:Ferdinand, comte de Lune, ambassadeur du roi d’'Espagne Philippe. »

Six plénipotentiaires seclésisitiques: onze ambassadeurs des couronnes, trente:trois archevêques, deux cent trente-sept évêques , douze abbés, huit généraux d'Ordres, douze docteurs de l’Université de Paris, dix-sept théologiens du roi Philippe 11, quatre du roi de Portugal, et une foule de docteurs et de savants de toutes les facultés et de tous les Ordres religieux étaient présents. On remarquait, parmi les plus célèbres orateurs et théologiens, le cardinal de Lorraine, Barthélemi des Martyrs, archevêque de

Braga; Pierre Danès, du Bellay, Michel Batus., Pa-. leotti, Martial Pellegrini, Nicolas Maillard, Jean Pel-. letier, Jacques d'Ugon, Richard Dapré , Fournier, Paillet, Claude de Saintes, Vigor , Coquier ; docteurs de l'Université de Paris, et deux Bénédictins fran-, çais.

Cette assemblée, la plus nombreuse de toutes éelles qui eussent pris part aux délibérations de l'Eglise , réunie dans la cathédrale de Trente, allait enfin terminer les travaux dont les congrégations précédentes. s'étaient occupées. Il fallait fixer les limites de tous les pouvoirs, bien déterminer l'autorité du Pape et celle des ordinüires, "t donner un démenti au mot de Charles-Quint, qui, en apprenant le résultat des premières sessions , s'était écrié : « Les Evêques sont partis pour le Concile modestes curés ” village, ils : en reviennent. tous Papes. »

Cette plaisanterie était une calouinis aussi bien dirigée contre les prélats espagnols que contre ceux. de France , d'Allemagne et de toute la catholicité.

Ik pouvait exister ; il existait même des points litigieüx à débattre, quelques préventions à vaincre ; mais de là à usurper les prérogatives du Saint-Siége il y avait loin. La chrétienté, représentée par ses pasteurs , se disposait à mettre un terme aux maux de l'Eglise: elle ne prétendait point les accroître par une ambition plus déplorable que l'hérésie elle-même. La chrétienté demandait l'unité dans la doctrine ainsi que dans la discipline; elle désirait que, par dé - justes tempéraments ; on conciliât tous les droits ainsi que tous les intérêts, et que l'Eglise fût une dans sa Foi comme dans sa juridiction. La chrétienté obtint l'objet de ses vœux ; elle l'obtint de la sagesse même;du Suint-Siépé et de celle des évêques: : :

Au moment où le Concile ouvrit ses séances, Laynès: élait en France avec le Père Polanque. IL avait: à Poissy des conférences avec Théodore de Bèze et les autres chefs du Calvinisme ; il les pressait, il les suppliait de’se rendre à Trente, «afin, leur disait-il, que plus tard l'histoire né vous accuse pas d'avoir provoqué la réunion quand vous la jugiez impossible, et de l'avoir désertée lorsqu'elle vous attendait; »

De pareilles raisonsalléguées àun homme aussi clairvoyant que Bèze exerçaient sur luiune incontestable influence. Bèze sentait que les disciples de Luther et de Calvin étaient mal engagés. Esprit subtil, téêté froide et cœur politique, il lui en coûtait de renoncer à paraître devant le Concile. Il aurait voulu se poser en adversaire de l'Eglise, en face même de l'Eglise, discuter avec ses orateurs lés points controversés, les subjuguer par l’ascendant de sa logique, ou peutêtre ménager une de ces transactions qui:entraient dans le désenchantement de ses pensées.

Le rigorisme dont Calvin faisait parade, ses formes anguleuses ne lui avaient jamais convenu. Bèze procédait beaucoup plus du poète que de l'hérésiarque. Les pompes delareligion catholique, ses tristesses ou ses joiessolennelles, ses chants gravésou touchants ; la splendeur de ses églises parlaient plus vivement à son imagination que la nudité des temples réformés, que la sécheresse de leurs prêcheurs, que la lourde mélopée de leurs psaumes, que le jargon pédantesqué de Génève tombant sur le cœur comme un linceul de plomb. Ainsi que tous les chefs de parti, n'aysnt plus la ferveur des premiers jours, Bèze se lassait de son rôle; le tribun äaspirait aux tranquilles honneurs du patriciat. Laynès avait sondé les replis de cette Ame, qui, après ‘tant de luttes acharnées, ne

trouvait encore que le vide. .et qui devenait indifférente à tout, excepté au repos.

Bèze subissait la réaction qui s'opère toujours dans les imaginations ou dans les croyances que l’action du temps seule peut calmer. Il aurait voulu se servir du Calvinisme comme d’un piédestal; mais il avait derrière lui desaudacieux qui lepoussaient, des esprits turbulents qui le compromettaient, des défiants qui le soupconnaient, des ambitieux qui, sans posséder ses rares qualités, ne prétendaient à rien moins qu'à l’effacer. Laynès lui avait laissé entrevoir celte situation, dont le regard perspicace de Bèze avait depuis long-temps pris la mesure. Mais aller à Trente, c'était ou marcher à la défaite ou préparer un compromis : le Protestant n'avait pas assez de grandeur d'âme pour avouer la défaite, et pas assez d'initiative dans les résolutions pour accepter le compromis.

Les entretiens de ces us hommes, si différents par le caractère et si remarquables par le talent, n'aboutirent donc qu’à constater l'impuissance des Huguenots. Ils refusaient le combat dans les conditions même indiquées par eux : c'était un aveu de leur faiblesse ou une persistance alors coupable dans des opinions qu'ils n'osaient pas discuter avec l’Eglise.. Laynès le comprit et le fit comprendre ainsi.

Sa présence était réclamée par tous les Pères dn Synode. Le Pape lui ordonna d'y revenir en toute hâte. Le chemin par les Alpes n'était pas sûr. Laynès, - ayant à régler en Allemagne et en Belgique des affaires importantes pour la compagnie de Jésus, dont, par la mort de Loyola, il avait été élu général, suivit la route de Bruxelles.

Pour accélérer sa marche les légats lui dépéchent

des courriers. 11 est enfin à Trente vers le milieu du mois d'août 1562. Salmeron et Jean Covillon, envoyé extraordinaire du duc de Bavière, étaient les deux seuls jésuites assistant aux conférences. Canisius venait d'y passer les mois de mai et de juin ; l'assemblée générale l'avait mandé, parce que c'était lui qui pouvait donner les renseignements les plus précis sur la position religieuse et politique de l'Allemagne. Lors: que Canisius eut rempli le vœu du concile, on lui permit de retourner dans sa patrie où:sa prudente activité était nécessaire à l'Eglise.

Quand Laynès parut dans le Synode, les légats lui assignèrent la première place avant tousles généraux d'ordres monastiques. Laynès va se placer au dernier raog; les légats insistent; les généraux s’offensent : Laynès alors prie les cardinaux de ne pas pousser la chose plus loin; mais le concile ne veut pas qu’une pareille humilité puisseun jour faire loi dansla hiérarchie. Une place luiest réservée au banc des Evèques.

Les ordres religieux.ne sont pas plus exempts que les autres corporations de ces sentiments de jalousie qui nuisent aux plus éminentes vertus. Un: pareil honneur décerné à une société naissante par l'Eglise réunie devait soulever beaucoup de mécontentements secrets et attirer sur cette société des calomnies de plus d'une sorte. Les protestants ne s'en étaient pas fait faute. Tous prenaient déjà à la lettre le conseil de Fra Paolo Sarpi qui écrivait : « Il n'ya rien de plus essentiel que de ruiner le crédit des jésuites; en les ruinant on ruine Rome, et si Rome est perdue, la religion se réformera d'elle-même (1). »

(1) Vie de Fra Paolo Sarpi à la tête de la traduction de son Histoire. du Concile dei Trente, par le Courrayer, Édition de Londres, 1736, pag. 51. D 11344

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Quelques moines envieux ou trompés firent porter à Laynès:le poids de leur jalousie ou de leur prévention.Ses talents l'avaient tellement mis en évidence que, par ce’ funeste besoin inné dans l'homme de tout juger /à travers le prisme de ses passions. on commença par dénaturer les intentions du Père et celles de la compagnie. Mais l'assemblée générale ne parlagea pas Ces mesquines rivalités de couvent; qui’ allaient s'arrêter devant une démonstration s0lennelle, On la vit donc publier un diplôme dans lequel, après avoir exposé ‘le fond de cette affaire de préséance ét attribué l'origine de la querelle à la persistance des légats, elle disait en parlant des jésuites : « Cette'compagnie, qui s'ouvre déjà «u plus grand avantage des âmes une foule de royaumes chrétiens et païens, Dieu protégeant l'œuvre qu'elle a commencé: »

Et le cardinal Charles Borromée adressaït dans le même temps aux cardinaux présidents une lettre qui explique ses sentiments personnels. «Je juge superflu, écrivait-il le 11 mai 1562, de déduire les raisons qui portent le souverain Pontife à chérir la compagnie ét à souhaiter qu'elle ait entrée dans toutes les provinces catholiques. Puisqu'en France on est mal affectionné envers les jésuites, le souverain Pontife souhaite que le concile, quand il s'occupera des r'éguliers, fasse mention honorable de la compagnie pour la recommander. » *

Le grand'archevèque de Milan, dont le jésuite Ri-

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Le Courrayer avait êté chanoine régulier deSaint-Augustin et

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