TRÈS-ILLUSTRE SEIGNEUR
» La résolution que vous avez prise. et que la bonté divine vous a inspirée, me donne beaucoup de joie. Que les anges et toutes les âmes bienheureures en rendent à Dieu d’éternelles actions de grâces dans le ciel : car nous ne pouvons bien reconnattre sur la terre l’insigne faveur qu'il fait à sa petite compagnie, en vous y appelant.
» J'espère que sa divine providence tirera de votre entrée des avantages considérables, ct pour votre avancement spirituel, et pour celui d'une infinité d'autres personnes qui profiteront de cet exemple. Pour nous, qui sommes déjà dans la compagnie de Jésus, excités par votre ferveur, nous commence-
rons tout de nouveau à servir le divin Père de. famille, qui nous donne un tel frère, et qui a choisi un tel ouvrier pour cette nouvelle vigne, dont il a voulu que j'eusse le soin, tout indigne que j'en suis.
» C'est pourquoi je vous reçois dès maintenant, du nom du Seigneur, pour notre Frère, et en cette qualité vous me serez toujours très-cher, comme le doit être celui qui entre dans la maison de Dieu avec sutant de générosité que vous faites, et pour le servir parfaitement.
» Quant à ce que vous désirez savoir de moi touchant le temps et la manière de votre réception publique ; après avoir fort recommandé la chose à Dieu, et la lui avoir fait recommander par d'autres, il me semble qu'afin que vous vous acquittiez mieux de toutes vos obligations, ce changement doit se faire à loisir, et avec beaucoup de circonspection, à la plus grande gloire de Notre-Seigneur. Ainsi, vous pourrez, peu à peu, régler vos affaires de (elle sorte que, sans vous ouvrir à aucune personne séculière, vous vous trouviez en peu de temps dégagé de tout ce qui peut retarder l'accomplissement de vos saints désirs.
» Pour m'expliquer encore davantage et venir plus au détail, je suis d'avis que, puisque vos filles sont en àge d'être mariées, vous songiez à les pourvoir selon leur qualité, et que vous mariez aussi le marquis, s'il se présente un parti qui lui convienne. Pour vos autres fils, il ne leur suffit pas d'avoir l’appui de leur frère aîné, à qui le duché demeurera ; il faut que vous leur laissiez de quoi achever leurs étu- “des dans une des principales universités, et de quoi vivre honnétement dans le monde. IH est à croire, au reste , que, s'ils sont ce qu'ils doivent être, et ce que j'espère ce qu'ils seront. l’empereur leur fera
des grâces proportionnées à vos services et suivant la bienveillance qu’il a toujours eue pour vous.
» Ilest encore utile de faire avancer les bâtiments que vous avez commencées. Car, enfin, je souhaite que toutes les affaires de votre maison soient terminées quand on publiera votre changement. Cependant, comme vous avez de si bons principes dans les lettres, je voudrais bien que vous vous appliquassiez sérieusement à l'étude de la théologie, et j'espèreque cette science vous sera avantageuse pour le service de Dieu. Je désirerais même que, si cela se peut, vous prissiez le degré de docteur dans votre université de Gandie. Mais, parce que le monde n’est pas capable d'une nouvelle de cette nature, je voudrais que cela se fit sans éclat, et qu'on en gardât le secret jusqu’à ce que le temps et les occasions nous donnassent, avec la grâce de Dieu , une entière liberté.
» Comme nous pourrons éclaircir les autres choses de jour en jour, selon les diverses occurrences, et que je vous écrirai régulièrement. je ne vousdirairien davantage. J'attends votre réponse au plus tôt, et je supplie la souveraine bonté qu'il lui plaise de répandre sur vous, de plus en plus, ses divines miséricordes. »
Cette lettre fut reçue avec vénération : : le duc.se conforma aux avis que Loyola lui donnait ; son palais devint un cloitre, un hôpital, un 'collége et un sémiminaire.
Le 1°" février 1548 , il fait sa profession particulière. Après avoir établi ses enfants et pourvu à tout ce que leur nom exigeait de son amour paternel, don François ne songe plus qu'à lui-même, c'est-à-dire à l'ordre dont il va devenir une des lumières.
L'admission d’un personnage aussi illustre dans la
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société de Jésus la posait plus que jamais ei: évi-
dence. Ignace, qui avait reçu le duc dé Gandie à Rome "moitié en prince, moitié en novice, et qui l'avait vu tomber à ses pieds pour lui dernander sa: bénédiction, ne se laissait cependant pas séduire par: les faveurs de la fortune. En dehors de l'Espagne il avait d’autres joies et d'autres tribulations. Don François de Borgia popularisait la société dans la Péninswe ; en Portugal elle s'étondait par sa propre force.
Au mois d'octobre 1546, Loyola; qui ernbraséait du regard l'accroissement de son ordre, songe enfin à régler la hiérarchie dans les pouvoirs qu'il confère. Le Portugal était le royaume où les Jésuites avaient la consistance la plus assurée : ce fut le Portugal qui, le premier, fixa son attention; il en fit une ptovince de la compagnie.
Dans les sociétés religieuses, dans celle des jésuites en particulier, on entend par province un certain nombre de maisons, colléges, pensionnats ou résidences soumis à un supérieur. Le nombre de ces établissements, comme l'étendue du territoire qu'ils occupent, n'est déterminé par aucune règle: on divise les provinces quand la multiplicité des maisons : et la distance des lieux sont tels que le supérieur ne suffit plus à les gouverner. Le supérieur de la province s'appelle le Père provincial; il est désigné par le général avec ses quatre consulteurs et son admoniteur, C'est sur une échelle moins étendue les mêmes proportions que pour le général lui-même. - Chaque année, le provincial, dont le pouvoir dure habituellement trois ans, fait la distribution des emplois ; il dispose: des personnes, à l'exception des préposés des Maisons Professes et des Recteurs de
Golléges, dont la nomination est réservée au général. Les provinces ont le droit de s assembler en congrégations Provinciales tous les trais.ans pour-délégier à Rome un procureur chargé de rendre compte au général de; l’état: de la province. Les congrégations se composent des préposés de chaque maison pro fèsse, des recteurs de collége et de Noviciat, et d'au: tant de profès qu'il en -faut pour Abe les deux tiers de toute la congrégation: : : ;
Simon Rodriguez est nommé Provinoal du Por:
tugal. : :
Ce fut là que, pour la première fois, on introduisit un usage particulier à la Compagnie : Ignace, qui entrait dans les moindres détails, avait conçu la pensée de faire renouveler ies vœux aux Scolastiques, aux Coadjuteurs, et à {ous ceux qui n'avaient pas fait leur profession. Pour entretenir la ferveur et remettre sans cesse sous les regards du. postulant:ses devoirs et ses. promesses, Layola avait. cru que rien ne serait plusefficace que ce renouvellement. Il ordonna de le faire deux fois par année ; on s'y prépa-. rait par trois joursde retraite, et tous ensemble, au pied de l'autel, s’'engageaient, comme si déjà ils n’a-. vaient pas promis à Dieu de vivre êt de mourir dans la société de Jésus.
Quelques années s'écoulèrent dans une prospérité toujours croissante. Le collége de Coimbre fournissait des missionnaires à l'Asie, à l'Afrique et à lAmérique, des professeurs aux autres maisons de l'ordre, et il devenait une pépinière de maitres. Le cardinal don Henri, évêque d’Evora , conçoit le projet d'obtenir des jésuites pour son diocèse; il consulte: à ce sujet le Dominicain Louis de Grenade. Louis.de ; Grenade répond : « C'est une congrégation apasta»
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