J41t 1RISTOIRE
lique qui conspire de toutes ses forces pour sauver
les:hommes et réveiller la Foi ancienne. » :
“Lescollége:est fondé; mais à cette: même Loge: (1652), Simon Roëriguez se voit, par ordre d'Ignace, :
enlevé.au Portugal pour aller exércer en Espagne les fonctions de:Proyincial, C'était une espèce d'exil que 16 général imposait à Rodriguez : la cause-en doit
être mentionnée; elle servira à expliquer vers Lun
but Loyola dirigeait l'éducation. :
La compagnie était nombreuse en Portugal: au Collége de Coïmbre seulement, on comptait cètts année-là cent quarante jésuites. Parmi ces religieux, 1à plupart étaient des scolastiques; mais le système
d'instruction n'avait pas éncore pris cette uniformité :
dont plus tard nous raconterons leseffets.
Rodriguez était doux, affectueux envers ces jeunes gens; il avait {outes les vertus d’un religieux, cependant son indulgence trop facile pouvait ouvrir une porte aux abus. Partout’. ailleurs la compagnie se voyait exposée aux persécutions; elle souffrait dans k pauvreté , ‘elle luttait contre toute espèce de misère. En Portugal, au contraire, tout:lui souriait :
le roi, les enfants; les évêques, la noblesse, le peuple
se réunissaient pour encourager un Ordre, qui, dans
les conquêtes d'outre-mer , valait une armée à la
couronne. On prodiguait aux jésuites tout ce qu'ils paraissaient souhaiter ; on allait même au delà. Ces excès dans le bien avaient peu à peu contribué à amener quelque imperceptible relèchement dans les rigueurs de la discipline. Ces relâchements, encore
‘ sans importance, devaient, par la pente naturelle au
cœur humain, arracher de l'âme des Scolastiques cette fleur de piété dont Ignate ne cessait de recommander la culture, L'abondance que le roi et les :
nm D Hu CS ©, D ep En 2 PA Qt en me ei
grondsentretenaient dans la maison nuisait àl'esprit de dénumient qu'il sentait nécessaire de maintenir, et les jeunes gens, :emportés par l'amour ‘des belleslettres, faisaient de leur collége plutôt un jardin d'a-. cadémis qu'un clottre. La régularité des mœurs subsistait dans sa vigueur primilive; mais, par. degrés, elle pouvait s’affaiblir et conduire à la corruption. Loyola ‘voyait le mal en germe, il se, prépara à l'étouffer. Le Père Jacques Miron fut nommé Provincial,, et Emmanuel Gedin recteur du collége de Coimbre. : :
Ils: avaïent une espèce de réforme à étoblir, Hs commencent par renvoyer de la compagnie un cer+ tain nomh-e.de Scolastiques ; d’autres l'abandonnent volontai:- ::1*, Cet abandon iiquiète le Père Godin, qui se p:: de qu'avec des moyens plus doux il aurait pu éviter de semblables pertes. Il croit qu'il ÿ a eu scandale ; 1l veut le punir sur son propre corps. Les épaules nues, la main armée d’une discipline, il parcourt la ville; et, selon l'usage des pécheurs de l'époque, il se flagelle. De temps à autre, il crie grâce pour les crimes qu'il a commis. Il revient au collége et se frappe de la même manière devant les scolastiques. L'exemple du recteur gagne les. écoliers ; ils sollicitent la. permission de faire la même pénitence publique. Godin les fait méditér pendant plusieurs. heures: sur la passion de Jésus-Christ; puis, tous sortent en procession comme de véritables flagellants des premiers âges; ils se frappent sans pitié, et, parvenus à l’église de la Miséricorde, ils s'agenouillent,. Là , le recteur demande pardon à la foule tout à la fois émue..et surprise des scandales que le bonheur du colége a pu lui causer. Après avoir ainsi dissipé les soupçons, le Père Godin et ses élèves rentrent Eist. de la Comp. de Jésus. — T. 1. 14
dans la maison, qui, à partir de ce jour, reprend, son ancienne indigence et ses graves études.
La ville de Lisbonne ne veut pas rester en arrière du rsouvement d'éducation que les jésuites. proprgent. Natal était commissaire en Portugal , et il avait charge d'appliquer le système des constitutions; car c’ést là que l'essai en a, pour ainsi dire été fait. C'est à Lisbonne que la première maison de Noviciat a été fondée, ainsi qu'une maison Professe et un collége pour les externes. Jnsqu’en 1555, les jésuites ne recevaient à leur cours que les Scolastiques se destinant à la compagnie. Emmanuel Alvarez et Cyprien Snarez, deux Jésuites dont les noms et les ouvrages sont classiques. furent les premiers professeurs de se Collége formé d'après les instructions mêmes d Igoace.
: Le Père François — c'est ainsi désormais que s'appellera don François de Borgia, duc de Gandie —- le Père François élait à Rome , et. avant de prononcer ses vœux solennels. il avait cru devoir, le 15 janvier 1550, demander à l'empereur la permission de s'engager “dans la Société de Jésus. La présence de Borgia dans la ville où le Pape son aïeul avait laissé tant de coupables souvenirs, sa piété, son abnégation, qui rachetait avec tant d'éclat les excès d'un pontificat trop malheureusement fameux dans les annales de l'Eglise, portèrent le Pape Jules ITI (de 7 a del Monte) à lui offrir le chapéau de car-
ina
La crainte de se voir sépoiéà ces honneurs avait empêché François de Borgia de se rendre à Rome du vivant de Paul IT, Il apprend que le Sacré collége confirme le souverain Pontife dans cette pensée ;: aussitôt, sans même attendre la réponse de Charles-
Quint; il fuit les nouvelles dignités qui le menacent, il.se: réfugie dans la patrie même d'Ignace de Loyola. dont il: n’est plus que l’humble fils. Le 12 février, il reçoit une lettre de, l'Empereur, qui accepte la; démission de toutes ses charges et qui déclare ne pas vouloir « M disputer au Grand Maitre sont il a 1e choix.» :,:
La pelite ville, d'Ognate était le lieu, que le Père François se donnait pour résidence. Son .exemple; les vertus qu'il déployait devaient avoir en Espagne un profond retentissement. Le docteur Jean d’Avila, l'un de ces hommes de science prodigieuse, tels qu'il s'en rencontrait dans ce. temps des Jongs travaux ..et des études sérieuses, était devenu l'ami d'Ignace et celui de François. Se regardant indigne. de faire partie de l'institut et ne s’annonçant que comme: son précurseur, Jean d'Avila s’appliquait à former. des hommes de mérite; il les adressait ensuite à Loyola. Don Jacques de Gusman, fils du compte de Baylen, et le docteur don Loarte. furent de ce nombre. Le Père François, à Ognale suivait la même marche: don Sanche de Castille et don Pèdre de. Navarre s’étaient placés sous sa, direction ;: ils for maient ayec don Bustamence, une école où le Père François, dans le repos de la solitude, leur apprenait à se combattre eux-mêmes afin de vaincre plus tard les autres.
La vie contemplative avait des charmes pour lui; mais. ce n’était pas dans l’espoir de rechercher sa propresatisfaction, toute sainte qu'elle fût, quele duc de: Gandie venait de se lier à l'institut. de Jésus. Ignace, avait besoin de soldats; il ordonne au Père François de triompher de ses inclinationset de parcourir l’'Espagne pour consoler et pour souffrir. | e Père François se met en route; il visite les grands, tous alliés
82 IL SOmSTOIRE
à sa famille; il prodigue au peuple ses enseignemientt; il s'arrête à la cour de Charlés-Quint, convertit teb pécheurs, édifie les fidèles, jette dans chaque villeles fondements d'un 'collégé ou d'une maison de la compagnie ; puis, vers la fin. d'octobre 1563, il passe en Portugal.
De là il revint à Valladolid, où don Philippe, fils de l'empéreur, habitait. Pendant tout son voyage, le Père François avait choisi pour logement l'hôpital de la ville dans laquelle il arrivait: ce fut encore à Fhôpital qu'il s'arrêta. Là, les honneurs auxquels il se dérobait vinrent l'assaillir jusque dans cettebumble demeure, Ignace avait appris tout ce qne le Père François réalisait de beau et d’avantageux à l'institut, Le mouvernent devenait nécessaire à un homme qui savait si bien entraîner les autres : Loyola le nomme commissaire (1) en Portugal et en Espagne.
Ce dernier royaume se partageait alors en trois provinces : la première d'Aragon; la seconde ; de Castille; la troisième. d'Andalousie. Les Pères Rodriguez, Araoz et Turrian les gouvernaient.
Dans l'espace de deux ans, le père François donne à ces provinces de l'ordre un tel développément que tes maisons et les collégés semblent comme par mi raclée s'élever dans chaque cité. A Grenade, à Valla: dolid, à Medina, à San-Lucar, à Monterey, à Burgos, à Valence, à Murcie, à Placentia, à Séville, les cardinaux, les évèques, les magistrats et les hommes les plus distingués de l'ordre de Saint-Dominique, -éntre autres Pierre Guerrero, archevèque de Gre: nade, Jean Micon et Louis Bertran, se coalisent
(1) Ce titre de commissaire et les fonctions qu’il comportait; ont été abolis en 1565 comme incompatibles avec la charge de, Provincial.
pour seconder les efforts de la société de Jésus,
Le père François désire, son vœu: est accompli avant: même. qu’il l'ait manifesté. Il frappe du pied la terre espagnole, et il en sort des édifices pour la compagnie: Sa voix appelle des ouvriers à la vigne du Seigneur, et les ouvriers accourent de tous côtés. Le. 25 juillet 1554. Philippe d'Espagne est reconnu par l’empereur, son père, roi de laples et duc de Milan. 11 va épouser la reine Marie d'Angleterre ; mais il veut , par un premier acte de souveraineté, révétir de la pourpre romaine le père François, qui a déjà repoussé cette dignité, que Charles-Quint et 1e Pape lui offraient, Le père François n'était, comme il lé disait: lui-même, qu’un pauvre pécheur; il résiste à la volonté de don Philippe, et ce prince, que l'histoire montrera si inflexible dans sa politique et même dans sa famille, fléchit sous l’ascendant d’une parsille humilité. | : '
‘es choses étaient dans cet état prospère, lorsque Strada vint implanter la compagnie dans la ville de Saragosse. Là il surgit une difficulté imprévue : par
da position des lieux, il devenait à peu près impossi-
ble de trouver une maison. Dans les coutumes. de
l'ancienne Eglise, il existait une loi qui défendait de
construire une chapelle ou un couvent trop proche des paroisses et des autres coufents. Cette loi avait pour but de prévenir les querelles de préséance ou les jalousies. L'éloquence de Strada faisait bien offrir aux jésuites un grand nombre d'habitations ; mais le nombre des couvents et des églises était si considérable à Saragosse que toutes ces habitations rentraient dans l'application de la loi. Les moines et les curés
de la ville tenaient à leurs priviléges. Ce ne fut qu'en
4665 qu'on en rencontra une en dehors des limites.
Le mardi de pâques, veille du jour de l'inauguration dela chapelle, jour que Ferdinand, archevêque d'Aragon, a fixé lui-même, Lopez Marcos , vicairegénéral de Saragosse. enjoint au père Brama supérieur de la maison, de différer la cérémonie. Lopez alléguait pour raisons les plaintes portées par. les augustins , dont le couvent était placé dans le voisinage , et qui prétendaient que la chapelle était bâtie sur un terrain mixte L£ nère Brama répond qu'il ne peut oblempérer à un ordre aussi peu motivé. Les priviléges de la compagnie sont communiqués à des canonistes ; ils déclarent que l'on peut passer outre : on s'y dispose. Alors le gardien des: Franciscains, protecteur des augustins, menace les jésuites d’excommunication. Brama en appelle au mis 8 il commence la cérémonie.
Pendont la messe solennelle, Lopez fait: publier un édit par lequel, sous peine d'excommunication, il est interdit de fréquenter la chépelle. L'anathème et la malédiction sont lancés contre les Pères ; et le clergé et les augustins parcourent la ville en chantant le psaume 108. La foule répétait avee eux les versets de la réprobation ; elle mugissait : « Il a aimé la malédiction, et elle tombera‘sur lui ; ila rejeté la bénédiction, et elle sera éloignée de lui. I1s'est revêtu de l'opprobre ainsi que d’un vêtement, l’opprobre a pénétré comme l'eau dans ses entraillés et comme l'huile dans ses os : qu’elle lui soit comme l'habit qui le couvre et comme la ecinture qui l'entoure !
Lopez n'a pas cncore assez vengé son autorité méconnue : la ville entière avait assisté à la prise de possession ; il déclare la ville profanée et infectée d'hérésie par le seul séjour des jésuites dans ses murs. À cette époque et en Espagne . une excom-
munication, quel qu'en fût le prétexte, était chose grave. Les Augustins faisaient circuler dans cs rues des limages où les Pères étaient représentés ponssés en. enfer par. des légions de diables , tous plus bideux les uns que les autres. Les esprits s'échauffent à l’idée de l’excommunication. On prétend que les jésuites en sont cause ; où se porte à leur demeure, on brise les fenêtres à coups de pierres, puis une procession funèbre avec des chants de mort, avec le Christ couvert d'un voile noir. entoure pendant trois jours la saison proscrite. Des cris de : Miséricorde ! miséricorde ! retentissaient de temps à autre comme pour faire violence au ciel, dont Lopez venait de fermer l'entrée. Le ciel, ainsi que Lopez. restait sourd à ces Jlamentations, qui devaient pourtant exaspérer un
. peuple impressionnable.
Cette comédie pouvait avoir un fatal dénoucment ; le père Brama le sentit, et, afin de ne pas #ggraver les fautes des ennemis de la compagnie , il prit le parti le plus sage.
Les jésuites abandonnent la Maison où , pendant plus de quinze jours, ils ont été assiégés par les fantasmagories que faisaient mouvoir quelques moines; is se retirent ; mais bientôt l'archevêque d’Atagon , le nonce du Pape et la reine Jeanne mère de Charles-Quint, intervienneñt. Le fond de la querelle que les Augustins avaient soulevée est juridique. ment examiné ; le tribunal ecclésiastique prononce qu’il y a eu erreur. Les censures, l'interdit, l'excom-
. munication, tout est mis à néant. Le peuple ne croit
plus à l'enfer que les jésuites lui apportent, il croit à leur sainteté, il les redemande ; les jésuites rentrent dans Saragosse. Les magistrats , le clergé, la noblesse, lopez lui-même courent à Jeur rencontre ;
ls les accompagnent jusqu'à la maison Le vice-roi, qui les y attendait, leur en offreiles clefs , et à partir de ee jour ils purent sans obstacles se livrer à leurs exercices spirituels et aux travaux quelle père François indiquait.
Le'prestige d’un grand nom , les vertus d’un grand saint accumulés sur la même tête éloufférent en Espagne les semences d'opposition contre l'Ordre. Borgia en fut réellement le fondateur dans le péninsule. Mais tous les royaumes ne se montraient pas
aussi bien disposés ; la France surtout , par l'organe.
de l'évêque , de l'université et du parlement de Paris, se déclarait l'adversaire de la compagnie de Jésus.
Ses commencements dans le royaume très-chrétien.
avaient été plus que modestes. Elle s'était faite petite,
espérant grandir à l'ombre de cette humilité. Mais l'Université avait trop d'intérêt à la combattre pour la laisser ainsi préparer ses voies. Ce que l’université de Paris savait de l'institut, ce qu'elle en pressentait ne pouvait que rendre ses appréhensions plus vives, ses répugnances plus prononcées. À Paris, dans la situation précaire où se plaçaient les membres de la société, dont le nombre était si limité, on remarquait: déjà des hommes d'un rure talent. Viole,: Pelletier, Paul Achille et Éverard Mercurian. Des jeunes gens de grande espérance s’attachaient à ces Pères ; Guillaume du Prat, évêque de Clermont, leur: continuait son utile amitié. En 1549, cette colonie pouvait fournir au général des mattres habiles , qu'Ignace envoya en
- Sicile pour créer un collége. Pelletier, Roilet, For-
cada et Morel reçurent cette missions et l’université elle-même , qui n'était pas éloignée d'accueillir ans son sein de pareils hommes, agréait le:père Viole en qualité de procureur du collége des Lombards.
bé LA COMPAGNIE de JÉSUS. 595
Cette. nomination: fut confirmée par deux conseillers dela Cour ; mais. Loyola n'eut pas de peine à déméler les mot fs qui avaient déterminé ce choix. l'Université espérait ainsi attirer à elle les frères.de la compagnie et rendre impossible, par cette accession, son établissement dans la capitale. Le général enjoignit à Viole de se démettre de ses fonctions, et aux écoliers de renoncer à toutes les bourses:dônt ils jouissaient : l’ordre fut exécuté. La méme année, Igaace donna à ses disciples de Paris un patron encore. plus puissant que Du Prat; ce patron était Charles de Guise, qui, à la mort de son oncle le càr-
diinal Louis de Bourbon; , qe lé titre de cardinal de Lorraine.