CHAPITRE VI
Le cardinal de Lorraine engage Henri If, roi de France, à auto: riser la Compagnie, — Résistance du Parlement, de l'Université et de l’évêque de Paris. — Ce qu’étaient les Parlements. — Source de leur autorité. — Discussions entre le Roi et le Parlement. — Lettres patentes. — Eustache du Bellay s’oppose aux Jésuites.— Motifsde cette opposition. — Les Jésuites en Corse, — Canisius en Allemagne. — Son catéchisme.— Lettres du ro: des Romains. — Collége de Vienne.—-Canisius
“refuse l'évêché de la capitale de l’Autriche.—Callége de Prague. — Ignace à Rome. — Il écrit à l’armée qui part pour l'Afrique, — Laynès et sa désobéissance. — Son repentir. — Paul IV adversaire de la Société. — 11 veut faire Laynès cardinal. — Agonie de Loyola. — Sa mort. — Le collége romain et le collége germanique.
Guise était allé à Rome pour ménager une ligue contre l'Empereur avec le Pape , le duc de Ferrare et la république de Venise. Ignace le vit pendant son séjour en Italie; il lui expliqua la fin de son institut, dont l’université prenait tant d’ombrage. Le cardinal s’engagea à protéger les jésuites dans sa patrie ; il tint largement sa promesse.
A peine de relour en France, il énumère au roi Henri II tous les avantages que la religion et:l'état recueilleront du nouvel ordre. Henri II cherchait un remède aux troubles que le protestantisme semait dans le royaume ; il connaissait le bien que les Pères ne cessaient de faire en Allemagne, où ils réveillaient la Foi, où ils s'opposaient avec succès au progrès
auto:
Jaivernents.
i et le | s’op- JésuimMe.— snisius je Prart pour tir. — s carromain
ligue errare sndant e son ge. Le ans sa
au roi t l'état nait un semait s Pères illaient progrès
de l'hérésie. Les princes ses rivaux et ses voisins s’emparaient des jésuites, tantôt comme d'un bouclier contre les novateurs , tantôt comme d'un levier pour travailler à l'éducation des jeunes gens: il ne consentit pas à rester en arrière du mouvement dont il était 18 témoin.
Au mois de janvier 1550, ce monarque fait expédier des lettres patentes par lesquelles, « agréar* et approuvant les bulles obtenues par la société de Jésus, il permettait auxdits frères qu'ils pussent construire, édifier et faire bâtir, des biens qui leur s:raient aumônés, une maison et collége en la ville de Paris seulement. et non ès autres villes, pour y vivre selon leurs règles et statuts; et mandait à ses cours de parlement de vérifier lesdites lettres et faire et souffrir jouir lesdits frères de leurs-dits priviléges. » I n'y avait encore à Paris aucun profès; le général Loyola écrivit au père Viole de faire sa profession entre.les. mains de l'évêque de Clermont. Du Prat fut empêché pour cause de maladie, et il délégua l'abbé
de Sainte-Geneviève, qui reçut les vœux solennels
du premier profès de la future province de Frarce.
Henri II autorisait la compagnie à s'établir à Paris; il ne restait plus qu'à faire entériner au parlement les lettres patentes : elles y furent présentée:.
Leparlement était à l'apogée de sa puissance; ilavait grandi de tout l'abaissement des Hauts Feudataires.
Autrefois on appelait concile ou parlement toute
réunion dans laquelle on discutait les affaires générales. C'est même le nom que recevaient les assemblées des Champs de murs ou de mai; le roi les convoquait. il y faisait entrer les leudes ou hommes libres. et dans ces assemblées on élaborait, on. votait les lois de l’état.
Sous la troisième race, on jugea utile d'adjoindre aux leudes dés clercs ou hommes lettrés; les mapistrals chargés de distribuer la justice firent nécessalrement parlie de ces assemblées. Par leur savoir, ils y acquirent en peu de temps un grand crédit. Ils formaient un conseil qui suivait le roi dans ses expéditions; mais, pendant le règne de Philippe-le-Bel, ce conseil devint sédentaire. Les pairs du royaume participaient à ses arréts; cette participation créa au parlement de la capitale une importance toute poli: tique.
Les autres cours, n'étant encore que des corps dé magistrature, 11 'exerçaient aucune influence sur la composition des lois non restreintes au territoire soumis.à leur juridiction; les pairs du royaume y avaient pourtant entrée, ainsi que dans les autres parlements, que souvent les rois présidaient. Les hauts dignitaires ecclésiastiques qui jadis siégeaient dans les assemblées générales de la nation ne furent plus admis dans les parlements considérés comme corps judiciaires, et plus tard ils ne purent siéger qu'en raison des fiefs par eux possédés dans la mouvance du roi. L'archevêque de Paris lui-mêmé n'y prénait place qu'en sa qualité de duc de Saint-Cloud. L'autorité des Grands Vassaux entravait l'unité du pouvoir royal; le pouvoir royal se servit des parlements pour mettre un terme à ces funestes envahis-.
sements. Le droit de juridiction suprême fut enlevé - aux hauts barons, celui d'appel attribué aux parlements. 8 Race
A dater de ce jour, les peuples s’habituèrent à regarder ces corps comme les défenseurs de leurs prérogatives, les conservateurs de leurs biens, les protecteurs de leur liberté. C'était une sorte d'intér-
médiaire établi entre la Haute Noblesse et le Tiers- État. Les rois y trouvaient un obstacle à leur pouvoir absolu; mais cet obstacle, que la nation’ avait appris à respecter, devenait aussi une barrière contre l'ambition des princes du sang et des Grands Vassaux, Au milieu des troubles les factions devaient chercher un appui dans ces corps de magistrature; cet appui, invoqué par les rebelles, lear fut quelquefois accordé, mais le plus souvent il ne faillit pas à la couronne.
De pareilles institutions ne dérivaient point de capitulations écrites ; elles étaient l'œuvre du temps ; elles fondaient en Francé une sage liberté quine portait pas atteinte à la royauté.
ILest difficile de déterminer d’une manière précise par quelles circonstances et à quelle époque se constitua cette autorité, plus difficile encore de savoir où s’arrétait le droit de résistance que les parlements s'attribuèrent, et celui de remontrance dont ils usèrent d'abord si sagement dans l'intérêt de l'Eglise, des peuples et du monarque. C'est sous le prince le plus absolu, sous Louis XI, que, pour la première fois, le parlement de Paris refusa d'enregistrer les ordonnances qui lui étaient adressées. Avant le refus il fit des remontrances, et Louis XI s'y rendit,
Dès lors l'opinion générale ne regarda comme revétues du caractère législatif que les ordonnances enregistrées au parlement. Les rois cependant continuaient à trausmettre leurs ordres aux gouverneurs des provinces, aux commandants des forteresses, aux chefs d'administration, quelquefois même aux juges des villes. Mais, sous la régence de Catherine de Médicis, lé parlement insista pour être le seul dépositaire des ordonnances imposant au peuple dé nouvelles charges pécuniaires ou réglant les intérêts
généraux des citoyens. La reine-régente souscrivit à cette prétention. Depuis ce jour jusqu’à la destruction des parlements, aucune ordonnance ou édit ne fut considérécommeloi de l'état qu'après vérificationfaile.
Ce quise pratiquait à Paris Ctait imité dans tous les parlements de province ; aussi est-il souvent arrivé que, pour le maintien des capitulations qui avaient réuni ces provinces à la couronne de France, les parlements n'enregistraient les ordonnances générales qu'avec certaines restrictions pour ce qui concernait les territoires de leur ressort.
Les parlements jouissaient de la plus haute estime; ils ne formaient pas, il est vrai, le premier degré de la noblesse, car les services militaires l'emportent toujours aux yeux des hommes sur les services plus utiles, mais moins brillants, de la magistrature. L’esprit de corps maintenait chacun de ses membres dans une louable indépendance ; il ne leur permettait pas d'aspirer aux honneurs, de solliciter des distinctions. Ce que les jésuites faisaient par humilité indiviauclle et par amour pour leur société religieuse, les parlements le mettaient en pratique par un juste sentiment de fierté. Jamais on ne les. voyait à la cour jamais chez les ministres. Les respects qu'ils rendaient au chancelier n'étaient que des témoignages de leur déférence envers le chef de la magistrature, Ils n’avaient aucune pensée ambitieuse, ils exigeaient de lui la même abnégation. L'histoire en cite un, exemple remarquable,
Le chancelier Séguier avait obtenu l'érection en duché de sa terre de Villemon ; le parlement refuse l'enregistrement des lettres patentes. Tout en reconnaissant les services rendus à la raonarchie par le
chancelier, le parlement lui reproche sa servilité aux
ordres de la cour et aux volontés de Richelieu et de Mazarin. Le parlement ajoute qu'il ne faut pas que les magistrats puissent être séduits pur l'appât des honneurs, parce que ces honneurs sont jacompatibles avec le désintéressement, le premier devoir des juges.
Cette conduite devait concilier à c£ corps l'estime universelle ; elle lui donnait une prépondérance extraordinaire dans la direction du gouvernement : aussi le voit-on s’attribuer par trois fois le droit.de décerner la régence et celui de casser les testaments des rois qui, avant leur mort, disposaient de ce pouvoir temporaire.
Jusqu'à l’avénement au trône de la branche des Valois, les souverains nommaient au Parlement sur présentation d'une liste dressée par les corps. Plus tard, on exigea de chacun de ces magistrats une finance pour subvenir aux besoins de l'Etat. On créa de nouvelles charges et l’on permit aux titulaires de les transmettre soit à leurs fils, soit aux personnes qui leur rembourseraient les sommes fournies. Alors les familles recherchaient une situation qui conférait une dignité dans l’ordre social : les magistrats ne retiraient pas d’autres honoraires de ces hautes fonctions. Le roi payait un très-modique intérêt, et il était perçu sous le nom d’Epices un droit encore plus minime que l'intérêt payé par le roi.
Les Epices que, dans ses Novelles, l'empereur Justinien appelle Sportulæ, étaient des rétributions exigées. seulement pour celui qui faisait le rapport de l'affaire ou qui avait été commissaire de l'enquête ; les Epices ne montaient pas par an à 1200 ou 1500 livres tournois.
IL y avait donc indépendance absolue, bonne et sévère administration de la justice; mais, par mal-
heur, les corps de magistrature ne sont pas plus que les individus à l'abri des r 1ssions. Les parlementaires
n'étaient point, ne pou vaient point être ambitieux pour eux-mêmes: cé rroncement aux dignités excita
chez plusiéurs le désir. d'augmenter le pouvoir du corps enticr. Afin de se garder purs et puissants, ils se sevraient de toute convoitise et de toutlucre; müis, par une pente naturelle à l'homme, ils se faisaient gloire d'une opposition qui était beaucoup plus dans la forme que dans le fond. Souvent cette opposition devenait plus préjudiciable à l'état que la corruption gouvernementale elle-même. Avec la volonté de bien faire, ils se montraient très-difficiles lorsqu'il s'agissait de modifier sur quelques points les opinions qu'Hs avaient embrassées ; ils repoussaient mêrne ces modifications avec une ruidéur qui instruisait à là ré: volte contre l’autorité royale.
Sans doute des démonstrations de respect pour la personne du monarque venaient bien volorer ces ré6sistances; maïs, dans l'esprit du peuple, ces résistances ne s'arrétaient pas devant de vaines formules. Les cours judiciaires appelaient à leur aide les bourgeois en armes ; on né croyait pas alors que Ja lutte acharnée contre les dépositaires de l'autorité royalé dût insensiblement détourner l'amour de la nation de la personne des souverains. Les parlements guerroyaient avec des arrêts ou par des refus de concours, leur guerre, toute pacifique, quelquefois même toute légale, leur hésitation, leur faiblesse empreinte d'une force mal calculée, produisirent de funestes résultats. Les parlements avaient conquis une grande puis-
sance d'initiative ou de résistance; ils n’en Usgrqné que d'une manière désastreuse.
La cause dela compagnie de Jésus était portée à
gg S me
leur tribunal : ils en firent une affaire de palais au lieu d'une’affaire religieuse et politique.
Le parlement arrête que les pièces seront remises aux gens du roi pour motiver leurs conclusions. Le procureur-général Bruslart, qu'Étienne Pasquier et du Boulay, l'historien de l'université, surnoniment le Caton de son siècle ; les avocats-généraux Marillac et Séguier donnent par écrit leurs conciusions raisonnées « pour empêcher, disent-ils, l'entérinement et vérification ; au moins, en tout événement, pour supplier la cour faire remontrances au roi à ce que l'autorisation desdites lettres ne passât. »
Bruslart, Marillac et Séguier appuyaient leur refus sur ce que le nouvel institut préjudiciait au monarque, à l’état et à l'ordre hiérarchique. |
La lutte S’engageait donc entre le parlement et la compagnie; l'autorité royale se croyait à couvert, les deux partis prétendant la servir chacun à sa manière. Les jésuites avaient des amis à la cour : le parlement comptait des appuis dans le clergé. L'université en masse se portait à sa défense ; car, dans cette occasion, le narlement allait guerroyer en sa faveur. Henrill étaitun prince éclairé, connaissant ses droits et ses devoirs. Des hommes réfléchis, tels que ses gens au parlement, lui distient qu'il y avait danger pour l'état à recevoir la compagnie ; d’autres hommes, aussi instruits, aussi dévoués à leur pays que Bruslart et Séguier, !& cardinal de Lorraine, Guillaume Du Pratet plusieurs autres évêques, affirmaient que l'introduction des jésuites dans le royaume y serait un bienfait : les opinions étaient partagées.
Le roi charge son conseil privé de l'examen des bulles et constitutions. Le conseil déclare que dans tousles actes soumis à son appréciation il n’a rien vu de
contraire aux lois ét au maintien de la hiérarchie eeclésiastique ou civile. Le 10 janvier 1552, leroi adresse au parlement des lettres de jussion pour qu'il ait à enregistrer ses lettres patentes de 1550. Scize jours après, Séguier dans un réquisitoire où la modération calculée laisse pourtant percer la colère, « persiste, selon sesdites conclusions, que remaïfrances soient faites au roi. » Le parlement avait déjà pris son parti sur l'affaire; mais, comme cela se pratique parfois ans les cours judiciaires, pour donnerune apparente maturité à sa décision, il ajourna de statuer. Le 8 janvier 1554, deux ans après, le parlement, avant de passer outre, arrête, chambres assemblées, :« que lesdites bulles et :eitres patentes seront communiquées tant à l'évéque de Paris qu'à là faculté de théologie de cette ville. pour parties ouïes, être ordonné ce que de raison. »
‘Le parlement, antagoniste des Jésuites, en appelait à leurs ennemis pour se former une opinion. Par cette tactique, il cachait son mauvais vouloir sous un vernis d'impartialité qui ne trompa personne. Les jésuites comprirent que ce n’était ni la justice ni la religion qui dévciderait du sort de la compagnie en France, mais la passion. On mettait en jeu la ruse; ils firent jouer les mêmes ressorts, On agissait contre eux par tous les moyens; ils agirent, ils excilèrent à agir en leur faveur. Les partis, que nous verrons aux prises, préludaient par des escarmouches à leurséternels combats. Les parlements voulaient bien imposer aux autres le respect de l'autorité royale ; ils semblaient ne réserver que pour eux seuls le droit de combattre et de mettre en péril cette même autorité, Comme tous les corps politiques, législatifs ou judiciaires, les parlements n'étaient forts que lorsque les
REV" Ph EPL RS Re Li, ee OF TT EL,
ee- ; rois étaient faibles; ils ne se prenaient à être audass \ cieux qu’apres avoir éprouvé la timidité des princes. IL à LR 1Les forces étaient égales des deux côtés. L’univerurs di sité comptait dans ses rangs l'Evêque de Paris, les ion | Calvinistes, le parlement et la Bazoche , toujours te, prête à saisir le premier prétexte de trouble. La ent compagnie de Jésus s’avançait , fière de l'appui dela arti 4 cour, de celui de la maison de Guise et de l’assentifois | ment des parisiens, qui trouvaient plus: d’attraits ate à dans leur éloquence que dans les discours d'apparat e 8 des docteurs dé la Sorbonne. Le 25 février, l’univerde sité, qui s'était maladroitement engagée (car , lorsles- ‘qu'on soupçonne un rival, ou que ce rival se montre ées au grand jour, ce n’est pas avec des armes sournoises )gie qu'il faut l’attaquer) . l’université donc présente reque quête au roi, afin que la bulle de Paul III ne soit pas insérée aux registres du parlement.
pe- Elle s'était fait interroger , et elle donnait. la ré- Par ponse. Le 53 août 1554, le parlement continuait la UD même manœuvre. On eût dit que l'avis de l'univer- Les sité ne-satisfaisait pas encore son besoin d'équité, et i la qu’il voulait abriter les passions dont il était l'organe > en sous une décision épiscopale. Les arrangements se; étaient faits d'avance , les rôles distribués et appris. tre L'évèque de Paris se pronongça.
nt à Messire Eustache du Bellaÿ , issu d'une famille aux aussi illustre dans l'Eglise que dans les armes , dans ter- les belles-lettres que dans la politique ; portait son Dser nom avec éclat. Le cardinal Jean du Bellay, son paem- rent, et évêque de Paris avant lui, avait été l'ami de de À François I°". À la mort de ce prince, il avait espéré rité. que la faveur et le pouvoir le suivraient encore sur di- les marches du trône. Le cardinal de Lorraine fit
évanouir tous ses projets : il le remplaça dans l’ami-
336 HISTOTRE
tié d'Henri II. Jean du Bellaÿ ne put supporter un pareil coup. Son âme n'était point aussi bien préparée à la disgrâce qu'à la fortune. Il se décida à fuir a cour et à se retirer à Rome, l'asile de toutes les grandeurs déchues. Il fit passer son évôché sur la tête d'Eustache, qui était président au parlement, et, avec sa mitre, il lui légua son ressentiment contre lu maison de Lorraine. Le nouveau préiat aimait la lutte. Il ne lui en coûta donc pas bear:coup de continuer la guerre des deux favoris. Il la porta sur le terrain des jésuites. Le cardinal de Guise et celui de Lorraine s'étaient ouvertement déclarés en leur faveur; Eustache du Bellay devait prendre le contrepied.
Il abonde dans le sens de l’université et du parlement. Son avis est motivé en onze points, formant tous une objection à laquelle le prélat oublie d’ajouter la solution que les jésuites lui proposaient , et il termine ainsi.
« Pour la fin pesera la cour que toutes nouveautés sont dangereuses et que d'icelles proviennent plusieurs inconvénients non prévus ne préméditez.
« Et parce que le fait que l'on prétend de l’éreotion dudit ordre et compagnie , et qu'ils iront prescher les Turcs et infidèles, et les amener à la connoissance de Dieu, faudroit. sous correction, establir lesdites maisons et societez ès lieux prochains desdits infidèles, ainsi qu’anciennement a été fait des chevaliers de Rhodes, qui ont été mis sur les fron- + tières de la chrétienté, non au milieu d'’icelle : aussi y auroit-il beancoup de temps perdu et consommé d'aller de Paris jusqu'à Constantinople , et autres lieux de Turquie. »
Cette conclusion était plutôt digne d’un avocatque
d'un personnage aussi grave. Si les jésuites y eussent adhéré, il est probable que l’université, débarrassée de sa rivale naissante, n'eût pas cherché à infirmer les volontés du Saint -Siége ct celles du roi de France.
Dans la société de Jésus, les missions ne sont qu’accessoires. Le but principal est la réforme des mœurs et la guerre contre l'Hérésie en Europe par l'éducation et par l'exercice du Saint-Ministère. Xavier et ses émules remplissaient surabondamment l’accessoire. Ignace voulait que ses enfants atteignissent avec autant d'éclat la fin même de leur institut. Cette fin blessait dans le vif l'université, Elle diminuait sa prépondérance ; elle préjudiciait à ses bénéfices ; elle la privait de ses plus studieux écoliers, Ses intérêts se trouvaient en opposition avec sa justice. Les intérêts l’'emportèrent; mais on sut les couyrir d'une apparence d'impartialité. L'université ne glissa ses véritables griefs qu'après avoir énuméré ceux qu'elle supposait ou qu'elle soufflait aux princes, aux évêques ét à tous les ordres religieux. La conclusio prise à l'unanimité par la faculté de théologie est à la date du 1°" décembre 1554. Il importe de la publier ; telle qu'elle fut rédigée en latin par le docteur René Benoît
« Comme tous les fidèles et principalement les théologiens — nous traduisons mot à mot — doivent être prêts de rendre raison à tous ceux qui la leur demandent sur ce qui concerne la Foi, les mœurs et l'édification de l'Eglise; la faculté a cru qu'elle devoit satisfaire au désir, à la demande et à l'intention de la cour, C'est pourquoi, ayant lu et plusieurs fois relu et bien compris tous les articles des deux bulles. et après les avoir discutés et approfondis pendant
plusieurs mois en différents temps et heures, selon la coutume, eu égard à l'importance du sujet; la faculté a, d’un consentement unanime, porté ce jugement, qu'elle a soumis avec toute sorte de respect à celui du Saint-Siége.
» Celle nouvelle société, qui s’attribue particulièment letitre inusité du nom de Jésus, qui reçoit avec tant de liberté et sans aueun choix toutes sortes de personnes, quelque criminelles, illégitimes et infâmes qu’elles soient ; qui ne diffère en aucune manière des prêtres Séculiers dans l'habit extérieur, dans la tonsure dans la manière de dire en particulier les heures canoniales, ou de les chanter en public, dans l'engagement de demeurer dans le cloître et de garder le silence, dans le choix des aliments et des jours, dans les jeûnes et dans la variété des règles, lois et cérémonies, qui servent à distinguer et à conserver les différents instituts de religieux : cette. société à laquelle ont été accordés et donnés tant de privilèges et de libertés, principalement en ce qui concerne l'administration des Sacrements de la pénitence.et de l’eucharistie, et ce, sans aucun égard ni distinction des lieux ou de personnes ; comme aussi dans la fonction, de prêcher, lire et enseigner: au préjudice des ordinaires et de l’ordre Hiérarchique, aussi bien que des autres ordres religieux, et même au préjudice des princes et des seigneurs temporels, contre les priviléges des universités, enfin à la grande charge du peuple : cette société semble blesser l'honneur de l'état monastique ; elle affoiblit entièrement l'exercice pénible pieux et très-nécessaire des vertus, des abstinences, des cérémonies et de l’austérité. Elle donne même occasion d'abandonner très-librement les ordres religieux : elle soustrait
aussi Ir: au que , nême prels, rande lesser enlièssaire et de onner istrait
de l'obéissance et de la soumission due aux ordipaires. Elle prive injustement les seigneurs tant temporels qu'ecclésiastiques. de leurs droits. apporte du trouble dans l'une et dans l'autre police, cause plusieurs sujets. de plaintes parmi le peuple, plusieurs procès, débats, contentions, jalousies et différents .schismes ou divisions. C'est pourquoi, après avoir examiné toutes ces choses et plusieurs autres avec beaucoup d’'atiention et de soin, celte sociélé paroit dangereuse pour ce qui concerne la Foi, capable de troubler la paix de l'Eglise, de renverser l’ordre Monastique , et plus propre à détruire qu'à édifier. »
A cette levée de boucliers, il s'amassa contre la compagnie de Jésus une véritable tempête théologique, Dans les chaires, les prédicateurs foudroyaient l'institut. Les curés de Paris l'attaquaient dans leurs prônes, Les professeurs de l’université, chacun combattant. pro domo sud, le traduisaient, à la barre de leurs écoliers. Ce tribunal improvisé les condamnait, sans appel, sur la parole du maitre. Des placards ou libelles étaient affichés aux carrefours de la Sorbonne. On les colportait dans les églises, où les jetait sous la porte des maisons, on les semait dans toutes les rues. L'effet élait produit, Eustache du Bellay y ajouta encore en interdisant aux Pères l'exercice du saint ministère.
Il n’y a point de patriarche dans l'Eglise de France: chaque évêque agit ct ordonne dans les limites de son diocèse avec l'indépendance la plus absolue. Ils ne relevent que du Saint-Siége pour les choses de la Foi. Quant aux affaires disciplinaires ou à la puissance de leur juridiction .. ils ne reconnaissent d'autre arbitre que les canons et leur conscience, Mais, par un
340 HISTOIRS
usage contre lequel la plupart de ces prélats ont réclamé, celui de Paris jouit d'un ascendant dont quel: quefois l'Eglise entière doit avoir à souffrir. Placé au centre même du gouvernement, emporté peut-être malgrélui dans le tourbillon des intrigues politiques, il peut, en son propre nom, se jeter tantôt d’un côté tantôt de l’autre. De cette façon, il compromet l'épiscopat, qui. pour maintenir la paix extérieure; au: cepte ce qui a été fait, ou se renferme dans un silence que chacun commente à son gré. L'archevéquedeParis impose donc sa direction. Il est agréable aux uns, il deviendrait dangereux pour les autres. On incline habituellement vers l'opinion qu'il.embiasse. Ces réflexions sont si fondées que l'histoiré elle-même vient les justifier. Ainsi le schisme des Grecs n'a eu d'autre cause que les prétentions du patriarche de Constantinople en opposition avec le Saint-Siége.
Eustache du Bellay se prononçait contre la société de Jésus. Pour une vanité froisée, il rompaiten visière à la cour de Rome. Les évêques résidant à Paris l’imitèrent ; ils proscrivirent les jésuites, qui aux termes des lettres patentes, ne pouvaient pas former d'établissements dans leurs diocèses. Les jésuites cependant ne se tinrent pas pour battus. Du Bellay les privait de toutes fonctions sacerdotales dans les églises soumises à sa juridiction; ils passent l'eau. et, sous la conduile du père Pasquier Brouet, ils vont demander l'hospitalité au prieur de l'abbaye de Saint-Geérmain-des-Prés. Cette abbaye n'était pas sous l'autorité épiscopale d’Eustache, et le faubourg Saint-Germain en relevait. L'abbé reçoit les proscrits, il les charge de continuer auprès de lui l’œuvre qu'ils ont commencé sur la rive droite de la Seine.
La compagnie était sous le poids des censures de
l'évêque de Paris ct de quelques prélats; elle se voyait accusée par l'université dans des ouvrages encorc plus remplis de fiel que d'erreurs préméditées. Les pères de Rome crurent qu'il était de leur devoir de répliquer à des livres , à des décrets, que dans le même temps, l'inquisition et les évêques d'Espagne proclamaient faux, scandaleux et injurieux au Saint- Siége. Loyola leur répondit commele Christ : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix! et il refusa de pousser les choses plus avant. Mais l'année suivante (1555), le cardinal de Lorraine vint à Rome; il avait à sa suite Claude Despence , Jérôme de Sauchière, qui fut cardinal; Crespin de Brichanteau et. René Benoit. quatre des plus fameux docteurs de la faculté de Paris. Ignace saisit l'occasion d'expliquer son institut à ceux qui s'en étaient faits les juges.
Une conférence fut indiquée en présence du cardinal, dans son palais même. Les quatre docteurs y assistèrent; ils avaient pour contradicteurs Laynès, Olave, Polanque et Frusis. Olave n'était pas seulement un des députés de sa compagnie; à ce titre il réunissait encore ceux de docteur de Sorbonne et de l'Université de Paris elle-même: il se chargea donc de soutenir le principal choc, Les rèjonses qu'il fit aux pressantes difficultés que René-Benoit soulevait existent encore. Elles parurent concluantes à Despence, à Sauchière et à Brichanteau, qui, pressés par le cardinal, déclarèrent, selon le témoignage de l’historien Orlendini, que le décret avait été publié sans connaissance de cause. René Benoit lui-même n'en disconvint pas; ces aveux ne produisirent que plus tard une réaction favorable à l'institut.
Le général ne s'occupait pas seulement des royau-
Hist. de la Comp. de Jésus. — T.1. 16
mes de l’Europeet des missions du Nouveau-Monde, il avait appris’la situation dans laquelle l'ile de Corse languissait. Chrétienne de nom, mais retombée dans uné espèce de barbarie à la suite des tourmeutes qui la désolèrent, cette tle ne savait ni obéir ni commander. Le joug des Génois lui était odieux, et elle n'avait fait de sa libérté qu'une violence continue. A la’ faveur de ces éternels conflits, rendant les esprits encore plus mobiles que les flots dont est battu le riväge de la Corse, la dépravation et l'ignorance s’étaient répandues partout. Les populations n'étaient plus catholiques ; ; à péine les prêtres se croyaient-ils chrétiens, La république de Gênes possédait alors ce paÿs, qui naguère avait envoyé des députés à Charles-Quint pour lui annoncer que l'ile se soumettait à son empire. « Nos concitoyens, lui direntcils, se donnent à votre majesté impériale. — Et moi, réprit l'empereur, je les donne tous au diable! »
La mission d’Ignace n’était pas celle-là. Les Corses étaient ingouvernables. La République de Gênes ne savait quel moyen employer pour ies réduire. En ouyrant l'ile aux jésuites, elle crut avoir trouvé le remède cherché pendant si long-temps.
Sylvestre Landini et Emmanuel de Monte-Mayor
y pénétrèrént comme visiteurs apostoliques, au com- Me de l'année 1558. Rien ne leur parait impossible : ils parcourent les villages, les bois, les montagnes, où vivent dans la superstition, dans la polygamie ou dans l'inceste, ces peuplades que les haines de famille à famille empêchert même de se réunir en société, Ils éclairent par leurs discours, ils édifient par leur conduite, ils instruisent par leur patience. Une révolution s'opère dans ces natures
incultes, et peu à peu la Corse apprend à connaître les bienfaits de la civilisation.
* La mort de Pierre Lefèvre, les énergiques imprudences de Bobadilla auraient pu retarder en Allémagne les progrès de la compagnie et sa lutte acharnée contrele protestantisme, si Lejay et Canisius surtout n'eussent pas-tenu tête aux obstacles. Pour ‘éprou-
ver cé jeune homme dont Charles-Quint avait loué la
prudence, Ignace l'envoya pendant l’année 1548 professér la rhétorique à Messine, où un collége venait
d'être fondé. Après ces douze mois d’épreuve, le . général ne put consentir à se priver plus long-temps
d'un tel orateur. Il reçoit à Rome la profession des Quatre Vœux de Canisius, et avec Salmeron il le lance sur l'Allemagne.
‘À Ingolstadt, où Guillaume duc de Bavière les attendait, ils furent accueillis par l’université avec les honneurs dus à des maîtres aussi consommés. Salmeron expliquait les Epitres de saint Paul, Canisius commentait saint Thomas. De leurs chaires, ils passaient aux hôpitaux. Après avoir révélé aux es- : prits germaniques la profondeur des livres sacrés. ils allaient dans l’école des enfants ; ils se faisaient petits comme eux, ignorants comme eux.
En 1550, Canisius est, d'un consentement unanime, nommé recteur de l'université, On l'avait forcé d'accepter ces fonctions; il en prend les charges, en abandonne aux pauvres tous les bénéfices, et s'occupe aussitôt dés réformes dont elle a besoin, Dans toutes les Facultés, dans les hautes sciences principalement, les novateurs étaient parvenus à introduire une manière d'étudier qui nuisait aussi bien à la foi qu’à la logique. Ces désordres disparaissent, et dans les archives de fa ville d'Ingolstadt on trouve encore
un monument de sa reconnaissance pour le Père, qui est, selon les registres, «l’incomparable Canisius. » Le duc Guillaume meurt ; maisen mourant ilrecommande à son fils Albert de continuer aux jésuites l'affection qu'il leur porte. Albertexauça le vœu de son père. Canisius a renouvelé Ingolstadt; il va répondre aux prières des évêques de Naumbourg, de Strasbourg, de Friesen et d'Aichach; mais le due Albert le retient. Le roi Ferdinand, son beau-père, s'adresse à Loyola ; Canisius est nécessaire dans la capitale de l’Autriche. Loyola écrit au duc de Bavière « qu'il ne fait que prèter Canisius au roi des Romains ; » et sur cette assurance, Albert se sépare du jésuite. En 1551. il est à Vienne; Ferdinand désire y créer un collége de la compagnie. Sur ses instances, le général lui envoie dix Coadjuteurs, dont Nicolas de Lannoy est le chef, sous l'inspiration de Lejay. Lejay meurt le 6 août 1552, laissant à Canisius fe soin d’achever tout ce que sa vie, consumée dans l”’:postolat, lui permit d'entreprendre.
Malgré la tendresse filiale du frère de Charles- Quint pour l'Eglise, l'Hérésie faisait de profonds ravages dans ses états. Depuis plus de vingt ans, personne n'avait été promu aux Saints ordres dans la ville de Vienne. Il n'y avait plus de Clergé, plus de prêtres dignes de l’épiscopat, plus de religion par conséquent. Les vieux ecclésiastiques ne se rappelaient qu'à peine leurs premiers devoirs; les uns
. vivaient sans religion, les autres étaient méprisés,
parce qu'ils en parlaient quelquefois au peuple; la plupart avaient embrassé une des sectes qui divisaient l’'Allémagne.
Canisius, dans sa chaire de l’université, répandait parmi ses auditeurs la semence catholique ; il inspi-
© mL OL À em D Ce
raît aux docteurs la crainte des innovations ; mais les progrès étaient trop lents à son gré. Il fallait commencer l'œuvre par la base. Il choisit donc cinquante jeunes gens: il les réunit dans uae maison voisine du collége, et là il les fait élever dans les principes que le général a prescrits. C'était son séminaire.
L'empire germanique n'avait pas seulement les luthériens pour ennemis. Les Turcs envahissaient la Hongrie; ils menaçaient les frontières d'Autriche. La bataille de Temeswar leur en ouvrait les portes. L'armée impériale était vaincue, et à la honte de la défaite s’ajoutait le spectacle de la peste. Vienne se voyait dans une position horrible.
Le Protestantisme n’a pas comme la religion catholique le don de charité. Un luthérien peut ètre humain bienfaisant dans son intérieur; mais son culte, qui l’isole, qui l'individualise, s'oppose par sa nature même à ces immenses efforts de pitié religieuse qui, par les monuments disséminés dans chaque ville, attestent le passage du catholicisme. Le Père Lannoy et ses compagnons se dévouent pour les pesliférés ; ils apprennent à leurs élèves ce que c'est que la ch. rité chrétienne, et tandis que la mort frappait à toutes les portes, tenues fermées par l’effroi, elle respecta celle des jésuites, qui restait toujours ouverte aux malades et aux mourants.
Sur ces entrefaites, Frédéric Nauséa , évêque de Vienne , étant mort, le roi des Romains, dont Canisius parcourait les provinces en réveillant la foi assoupie, désigne le Père pour occuper ce Siége Episeopal. Canisius en écrit à Loyola; le général détourne encore de la tête d'un des sicns ces honneurs qui le surprenaient au milieu de ses travaux: et Ferdinand, une seconde fois trompé dans ses espérances , exige
pour satisfaction que Canisius publie son catéchisme,
Ce petit livre, devenu populaire en Allemagne, a été traduit dans toutes les langues, approuvé par le Saint-Siége et par tous les évêques ; il a eu plus de cinq cents éditions. Ce n’était qu'un opusculé ; mais il démontrait si victorieusement la vérité que le protestantisme ne put jamais y répondre que par des
satires.
C'est au roi des romains que l'Eglise est redevable de cet ouvrage, et la lettre par laquelle il demande à Ignace de le faire composer mérite d'être connue par sa portée politique. Ferdinand n’osait pas détourner Canisius de l’activité de ses prédications et de ses cours ; mais Loyola pensa que lui seul, sur les lieux, pouvait répondre au vœu du prince. Il ordonna , et le cathéchisme parut. Voici cette lettre, datée du 15 janvier 1554, et qui, à trois cents ans de distance, témoigne avec quelles armes la vérité doit attaquer l'erreur : ces armes sont la presse et la publicité.
A Ces mm
Pen = pen fin 0e = fn ne pou
« Honorable, religieux . cher et devoué ami.
» Nous avons appris que les hérésies-et les dogmes pervers qui, dans ce siècle. se glissent et se disséminent dans toute la république chrétienne , se sont propagés en Allemagne et y ont jeté dans les esprits de profondes racines. Fa principale ra.. ,n-en est que les docteurs du mensonge et les hérétiques ont résumé en quelques articles courts leurs erreurs, et qu'ils les répandent dans le public. Nos pasteurs en Allemagne s’'endormant quelquefois au grand détriment du troupeau orthodoxe. non-seulement une foule de ces résumés plus ou moins étendus, mais encore des cathéchismes, des lieux-communs et autres libelles composés par les hérétiques en latin et
nee = = p 2
[ } { l Î À Lé À h 1 | 1 | É nl D 'u 1114 PO Î di } | k
RE
en allemand , sont, à cause de leur-brièveté ; vendus à vilprix et facilement confiés à la mémoire, et.n’en sont pour cela même que plus goûtés et plus recherchés du peuple.
« Considérant attentivement par dis remèdes on pourrait arrêter cette peste, il nous a semblé qu'il n'y. en avait pas de plus efficace et de plus aisé que d'employer pour arracher les hérésies les mêmes industries dont se servent les Schismatiques pour les répandre, à savoir : que nos prélats et nos théologiens orthodoxes rédigeassent un abregé de théologie qui püût sérvir de règle à tous, tant ecclésiastiques que séculiers . et que tous pussent se procurer à bas prix.
» Nous avions donc pris la résolution de charger de ce travail quelques-uns des ducteurs et des frères de votre ordre qui sont dans notre académie de Vienne: mais notis avons reconnu-qu'’ils sont d’ail: leurs si occupés dans la vigne du. Seigneur , soit par: les travaux des classes. soit par la prédication, qu'ils ne pourraient pas se livrer à ce nouveau travail sans que leurs-disciples et les fidèles en souffrissent. Mais comme nous ne doutons pas que vous n'ayez à Rome grand nombre d'hommes très-doctes de votre Ordre que vous pourriez charger d'une œuvre si pieuse et si nécéssaire, et qui auraient plus+e temps pour l’en: tréprendre et l’exécuter , et que nous sommes d'ail: ieurs convaincu que vous ne nous refuserez pas cette grâce ; nous vous conjurons et supplions, moins par égard pour nous qu’en vue du bien et du salut de là chr:tienté tout entière. de charger quelques-uns des hommes savants qui sont près de vous de composer : cetiabrégé de théologie et de nous l'envoyer pe, fl sera terminé.
» Nous aurons soin de le faire imprimer aussitôt et de le fuire expliquer et saseigner , non-seulement dans notre académie de Vienne, ais de le faire également imprimer et enseigne: , et mime, autant que nous le pourrons avec l’aide du Seigneur , mettre en pratique dans tous nos royaumes et nos autres provinces. Nous veillerons surtout à ce que les curés et les autres qui ont charge d'âmes s'en servent. Du reste, sachez que vous et ceux aussi qui se consacreront à ce travail, vous ferez non:seulement une œuvre qui me sera agréable , mais que par là vous mériterez bien et de nos provinces et de tout l’univers chrétien. Le Seigneur, de la gloire duquel il s'agit ici principalement, vous accorder«u à vous et à eux, en vue de vos faligues, quelque grandes qu'elles puissent être . une digne récompense, je veux dire une couronne qui ne se flétrira jamais. Pour nous. nous n’oublierons pas un si grand bienfait, et nous le reconnaitrons par notre bienveillance et notre libéralité envers vous et envers votre sainte société.
» Donné en notre ville de Vienne, le 15 janvier 1554, l'an vingt quatre de notre règne romain et vingt-huit des autres règnes. »
Canisius avait refusé l'évêché de Vienne. A la prière du roi des romaños, Ignace lui ordonne d’accepter les fonctions d'administrateur de ce siége . mais sans jamais toucher aux riches revenus qui y sont altachés. Canisius oùfit, et, fort de l'autorité dont il est investi, il me s'occupe qu'à réaliser le bien qui est dans son àme.
Le nom des jésuites. porté au cœur de l'Allemagne par les prédications de Lejay et de Canisius , fixait l'attention des peuples et des princes. Le vaivode de Transylvanie en réclamait pour ses Etats; l'arehe-
véque de Strigorie les appelait en Hongrie ; l'évêque de Breslau sollivitait de pareils ouvriers pour la Silésie ; l'historien polonais Crommer, ministre du roi Sigismond à Vienne, priait Canisius d'écouter favorablement les vœux de la Pologne et les siens propres. Le pére était le docteur de l'Allemagne ; l'Allemagne catholique venait donc aux jésuites. Cette lumière qu’il projetait , il fallait la répandre : les forces d’un seul homme n'y suffisaient pas. Pour continuer son œuvre, il pensa qu'il n'existait pas de moyen plus efficace que de créer des colléges. Celui de Vienne prospérait; en 1555 il en établit un autre à Prague.
Il y avait sur les bords de la Moldau un grand nombre de juifs et de Hussites. Ces différentes sectes jointes aux Luthériens formaient une masse toujours compacte contre l'Eglise catholique , toujours prête à l’attaquer avec les armes que la passion lui fournissait, Canisius avait voulu que le collége de Prague fût ouvert aux enfants catholiques et aux ennemis de la foi. Cette facilité qu’on accordait à leurs fils de suivre les cours exaspéra quelques hommes. Des menacesson! adressées aux jésuites; on les poursuit dans leurs personnes. on les poursuit dans leurs élèves. L'orage s'apaise enfin, et Canisius triomphe dans sa patiente énergie.
En 1556, Loyola décide qu’une province sera créée en Allemagne sous le nom de Province de la Germanie Supérieure; Canisius en est nommé le premier Provincial.
Tout ce que nous venons de raconter avait été inspiré, dicté et conduit par le chef de l'ordre. Pendant tout son généralat, il ne s'absenta que deux fois de Rome; la première fois, pour aller, par ordre du
Pape , rétablir la paix entre les habitants de Tivoli et ieurs voisins de San-Angelo; la seconde, pour reconcilier à Naples le duc Ascagne Colonne et Jeanne d'Aragon, sa femme. De la ville éternelle Ignace gouvernait tous les ouvriers de l'évangile disséminés dans le monde. Il prenait part à leurs combats; il s’'associait aux maux de l'Eglise, il cherchait à réparer ses pertes; il excitait la ferveur des princes chrétiens; il correspondait avec Jean III de Portugal, avec le roi des Romains , avec le cardinal Henri, infant de Portugal: avec Hercule d'Est, duc de Ferrare ; avec Albert de Bavière et Philippe d'Espagne. Il dirigeait Marguerite d'Autriche, fille de Charles- Quint ; il veillait avec la même sollicitude aux imperfections les plus légères du dernier novice et aux plus grands intérêts sur lesquels les puissances de l'Europe lui demandaient conseil. Il envoyait Jean Nugnez et Louis Gonzalès racheter ou confirmer dans ‘la Foi les chrétiens que les Corsaires de Fez et de Maroc gardaient en esclavage.
Si Charles-Quint donnait ordre à son armée de passer en Afrique pour abattre la puissance du pirate Dragut tenant la Méditerranée sous la terreur. Laynès s'embarquait avec cette armée, et Loyola, cet homme naïf et sublime, adressait au générat ainsi qu'aux soldats la réponse suivante. C'est la proclamation d'un vieux capitaine et la prière d'un chrétien.
« IGNACE DE LOYOLA, GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE 2. Jésus.
« Aux illustres Seigneurs, aux nobles ct courageux généraux et soldats , et à tous les Chrétiens qui font la guerre en Afrique contre les infidèles! la prolection et le secours de Jésus- Christ notre Seigneur. et en lui le salut éternel.
» Le très-excellent seigneur Jean de Véga, vice-
roi de Sicile et chef suprême de cette sainte expédi- . tion , m'ayant demundé par lettre, en son nom et au nom de toute l'armée, de supplier notre Très-Saint- Père le Pape Jules III d'ouvrir pour vous, qui êtes retenus dans les pays infidèles et combattez pour la gloire du Christ et l’exaltation de notre sainte Foi. le jubilé qu'il a ouvert en faveur de ceux qui viennent à Rome.et y ‘visitent certaines églises ; Sa Sainteté, en vertu de sa bénignité apostolique, a accordé avec joie à vous tous cette grâce. H faut donc que vous soyez contrits et qüe vous vous confessiez. afin que vous cormmbattiez contre les ennemis de la sainte Croix'avéc: d'autant plus d'ardeur, de courage et de force, que vous verrez plus grande la libéralité du Dieu très haut et de l'Eglise son épouse. Ainsi vous retireriez les plus heureux fruits de la guerre, soit la victoire dans le combat, soit la béatitude éternelle à celui qui mourra après avoir obtenu le pardon de ses péchés. Afin donc de vous notifier l’impétration ‘de cette grâce, il m'a semblé bon dans le Seigneur de vous écrire cette leltre et de la signer du sceau de notre société,
» Donné à Rome le 7 des Ides de juillet 1550 (9 juillet 1550). »
: Si l'archevêque de Gênes natiifièée le vœu de réunir les Barnabites de Milan à-la compagnie, si d’autres prélats font de semblables prôpositions à l'égard des frères Somasques et des Théatins, Loyolä, touten professant l'estime la plus cordiale pour ces différentesreligions, se refuse à des pareils désirs, Il déclare que chaque.ordre doit rester dans son état naturel, suivre séparément sa propre règle et tendre à sa fin ge
C'est pour arriver à ce Lerme, objet de toutes ses
préoccupations, qu'il dévore sa vie; mais ce terme, il l'atteindra, car sa volonté est inébranlable. El : fait sur lui-même l'expérience des résultats que produisent les œuvres frivoles ou les livres qui portent au doute. Les principes d'Érasme, les charmes de son style ont, ainsi qu’il le disait avec tant d’énergie, détendu les ressorts de son âme. Il interdit la lecture : de cet auteur, dont il redoute l'influence sur des esprits jeunes. En ce temps-là, et avec la société qu'il venait de créer, Ignace avait raison. Érasme, tout catholique qu'il était, ne savait avoir ni le courage de la conscience ni celui du génie. Comme pour donner gain de cause à la prévoyance du Père, cet écrivain célèbre professait dans ses lettres. publiées après sa mort, une indifférence égoiste qui, aux yeux d'Ignace, était plus coupable que l’hérésie ellemême (1).
Pendant la suspension du Concile de Trente, le Général a rappelé Laynès à Padoue. Pasquier-
Brouet, premier provincial d'Italie, est envoyé par son ordre en France afin d'y hâter les progrès de l'institut. Loyota lui choisit Laynès pour successeur. Pour bisn commander, Laynès croit qu'il ne sait pas encore assez obéir : il refuse Loyola lui fait violence morale ; mais à peine a-t-il pris le gouvernement de
(1) « Luther, écrit-il, nous a fourui une doctrine salutaire et de très: bons conseils. Je voudrais qu'il n’en püt détruire l'effet par des fautes imyardonnables Maïs, quand il n’y aurait rien à reprendre dans ses ouvrages, je ne me suis jamais senti disposé à mourir pour la vérité. Tous les hommes n’ont pas reçu la force nécessaire pour être martyrs; ct, 'si j’eusse été mis à l'épreuve, je crains bien que je n'eusse fait comme saint Pierre. » Epss/olæ Erasmi, in Jortin’s life of Erasm. , vol. I, p. 273.
cette province qu’il s'étonne qu'on attire à Rome les Jésuites les plus distingués. Il se plaint par lettres de voir les collèges d'Italie dénués de savants professeurs. Ignace lui réplique qu’à Rome se trouve le foyer de l'ordre, et que c'est là qu'il doit briller dans toute sa splendeur, puisque c'est de la ville pontificale que sortent la plupart des Pères. Su:6 tenir compte de cette explication, Laynès, q ut-être avait eu raison de dire qu'il ne savait pa: ir, écrit encore au général touchant le mên. x
IL était l'ami de cœur d'Ignace, son bras droit, une des gloires de la compagnie. Le sacré collége le désignait pour cardinal ; mais Loyola ne lient aucun compte de Loutes ces considérations, et il lui mande : « Réfléchissez sur votre procédé. Annoncez-moi si vous reconnaissez avoir failli; et, au cas que vous vous jugiez coupable, faites-moi savoir quelle peine vous êtes prêt à subir pour votre faute. »
Le despote intelligent avait commandé ; l'esclave, plus intelligent encore, répondait de Florence :
« Mon Père, quand la lettre de votre révérence me fut rendue, je me mis à prier Dieu ; et, ayant fait ma prière avec beaucoup de,pleurs, ce qui m'arrive rarement, voici le pa: ti que j'ai pris, et que je prends encore aujourd’hui, les larmes aux yeux. Je souhaite que votre révérence, entre les mains de laquelle je me remets et je m'abandonne tout à fait ; je souhaite, dis-je, et je demande par les entrailles de Notre Seigneur Jésus-Christ, que, pour punir mes péchés et pour dompter mes passions mal réglées, qui en sont la source , elle me retire du gouvernement, de la prédication et de l'étude, jusqu'à ne me laisser pour tout livre que mon Bréviaire ; qu'elle me fasse venir à Rome deinandant l’'aumône. et que là elle m'oc-
“d Ee “6e Ve <<
CP À 74 N À ÉTe, pa
(e \ € Ô En este (s)
cupe jusqu'à la mort. dans les plus bas offices de .la maison; Ou , si je n’y suis point propre, qu'elle me commande de passer lereste dé mes jours à enseigner les premiers éléments de la: grammaire, n'ayant nul égard à moi et né me regardant jamais que comme l'ordure dw monde. C'est. là ce que je ehbisis tout d'abord pour ma pénitence. »
La soumission était: complète, l'exemple le plus rare donné à tous. Il ne restait plus qu'à venger la loi. Le générat se garda bien d'interdire l'étude à Laynès, c'était'sa: vie. Il lui ordonna de composer uae somme de théologie; et ; pour l'aider dans la:visite des colléges, il lai adjoïgnit les pères Violéet Martin Olave.
Jules II et Marcel IT n'avaient fait que passér sur le trône pontifical. Le 23 mai 1555 le cardinal Caraffa étaitélu: et prenait le nom de Paul IV. Il avait près de quatre-vingts ans ; mais comme son nom de fondateur des Théalins s'était souvent mélé aux destinées de la compagnie de Jésus, les Pèrés de Rome furent
tout alarmés de son élévation.
Ignace seul ne perd pas courage. À là prernière audience il. se rend au palais. Pierre Caraffa n'était plus Théatin, plus cardinal ; il devenait le chef de l'Eglise. Il: n'avait plus qu’à récompenser les ‘services que:la sociétédes jésuites rendait à la chrétienté.
La première pensée de Paul IV fut de revétir Lay: nès de la pourpre romaine. À la nouvelle de cette promotion, Laynès se trouble. Ignace, toujours. calme; le rassure; il lui dit que le Pape est trop juste pour l'arracher à son humilité. Paul IV, cepen-
‘ dant, désirait: triompher de leur résistante, pour accoutumer Laynès aux honneurs du Vatican, il lui ordonna d'y prendre un appartement afin de VON à la réforme de la Daterie.
La Daterie est le tribunal chargé , à Rome de tout ce qui regarde la collation des bénéfices ecclésiastiques, des évéchés et des abbayes. C'est aussi à ce:tribunal que se distribuent les dispenses pour les mariages.
Des désordres de plus d'un genre s'étaient glissés dans cette branche d'administration, la plus compliquée et la plus importante du Saint-Siége: Laynès en étudie les vices; il les saisit, il les dénonce, il leur applique des remèdes efficaces. Mais, sentant que ce: travail n’est qu’ une amorce pour le retenir au Vati: can, il s'échappe un jour du palais et va se réfugier à la maison professe. Le Pape comprit qu'il ne fallait pas user de son autorité pour forcer Laynès à recevoir le chapeau de cardinal. Il renonça done à ce projet.
Depuis long-temps la santé du général, rlnée par
. des travaux nou interrompus, menagait ruine. Ignace: voyait sa fin approcher, et il ne cessait de s'occuper des soins que réclamait la compagnie; enfin le mal fut plus fort même que son courage. Laynès, plus jeune, mais aussi affaibli que son maitre, était luimême dans un état à peu près désespéré. Dans cette situation, Loyola crut opportun de s'associer un Père qui veillerait pour lui. Il ne voulut pas faire ce choix. lui- même; il assembla tous les prêtres de la société résidant à Rome, et il leur demanda de lui: donner un vice-gérant. Le Père Jérôme Natal fut indiqué.
Loyola n'avait plus qu'à songer à son salut; il se retira en lui-même, ou plutôt il se mit à consoler les
malheureux et à visiter les malades, comme pour apprendre à bien mourir en ayant à chaque instant sous les yeux le spectacle de la mort. Il était agonisant; mais sa pensée créait encore. Ce fut sur son lit de
8b6 HISTOIRE
douleur qu'il établit pour la compagnie les prièr. des qüarante heures, que l'Eglise adopta et qu'elle célèbre pendant les trois derniers jours du carnaval. Ce fut là encore qu'il dicta ses dernières pensées sur la vertu d’obéissance, testament plein de sagesse et qui atteste tout ce que cette tête si prodigieusement organisée conservait de force. même dans les épuisements de la vie.
Le vendredi 51 juillet 1556, à cinq beures du matin. il prononçait le nom de Jésus et rendait le dernier soupir. Il était âgé de soixante-cinq ans.
Il avait désiré trois choses sur la terre : voir les Souverains Pontifes confirmer son institut, les entendre approuver le livre des Exercices spirituels, et savoir que les constitutions de l'Ordre étaient promulguées partout où travaillait un de ses disciples.
Ses trois souhaits étaient accomplis; Ignace mourait heureux.
Nous reconnaissons avec l’Eglise l'excellence des vertus, l'authenticité des miracles de ceux qu’elle place au rang des Saints. Loyola est de ce petit nombre d'élus. Les protestants de bonne foi se sont unis avec la catholicité pour rendre hommage à sa saintelé. « Nous ne croyons pas, dit Macaulav (1), qu'un lecteur impartial de ses écrits, un exac' torien de sa vie mette jamais en question lin. ; té et la probité de cet homme ; nous ne croyons pas qu'on puisse lui contester le mérite d'une dévotion à la fois sincère, habituelle et profonde. »
Mais c’est par les monuments utiles, par les éLablissements entrepris pour le bonheur de tous que le souvenir des morts se perpétue sur la terre. L'Eglise
(1) Edinburg Reriew, 1842.
vénère en lui le chrétien. le religieux, le prêtre; l'histoire doit honorer le grand homme. Son panégyrique le plus vrai ressort de ses œuvres mêmes. Voyons donc ce qu'il a laissé après lui.
En dehors de la Compagnie de Jésus, qui est elle-
même un monument inimitable, il s'élève dans la capitale du Monde Chrétien deux édifices gigantesques auxquels le général des jésuites consacra ses dernières années. Ces édifices sont le collége Romain et le collége Germanique.
Le 16 février 1550, treize Scolastiques , conduits par le Père Pelletier, se transportaient de la maison Professe à une petite demeuré qu'Ignace de Loyola venait de prendre à bail au pied du Capitole. L’habitation était étroite. Ces treize Scolastiques y vivaient d'une somme d'argent qu'avait donnée François de Borgia, duc de Gandie. À peine les classes furentelles ouvertes dans ce collége improvisé. dont, selon le vœu du général, l'accès était libre à tout venant désireux de s’instruire gratuitement, que l'on se vit forcé de chercher une demeure plus commode. Près de la Minerve, il s'en offrit une qui avait appartenu à la famille Frangipani. Li la prit, et, afin de la disposer selon ses vues, il commença par y dé. penser l'argent que le duc de Gandie avait affecté pour le futur collége Romaïn. La maison était vaste, Ignace, comptant sur la Providence, aurait encore voulu l'agrandir pour y faire entrer tous ceux qui se présentaient. Elle était pauvre; mais, à celte croix d'indigence, une autre, plus difficile à porter, s’ajoutait en ce temps-là.
Les professeurs étaient jésuites. Jis ne prélevaient aucun impôt sur l'éducation qu'ils dispensaient ; ils ne consentaient même pas à recevoir de leurs élèves
558 à, . HISTOIRE
le pain qui, parfois, manquait à leurs besoins. Ce désintéressemént, offrant tant d'avantages aux familles, ne devait pas plaire aux autres docteurs, qui, par la comparaison seule, comprenaient aisément que leurs cours seraient bientôt déserts. C'était: tout à la fois poureux une affaire de spéculation et d'amour-propre,
La gucrre entre les nouveaux religieux et les Universitaires de Rome commença donc avec le Collége Romain.
On calomnia les Pères de la société ; on tourna en ridicule leur maintien; on les insulta ; on les couvrit de (outes sortes d'injures. Les accusations de mauvaise foi d’hérésie précédèrent mé:ne celle. d'ignorance, Il était impossible de persuader à la foule que
les membres de l'institut étaient des sectaires; on sc plaça sur un meilleur terrain. Ils ne furent plus que des pro‘esseurs incapables. Loyola apprit ces accusa-
tions, et il se contenta dé répondre : « Nous ne pré-
tendons pas | être des savants; mais le peu que nous avonsappris, nous le communiquons volontiers à (ous pour l'amour de Dieu. »
Aux querelles suscitées par la jalousie des Universitaires, les héritiques, qui avaient toujours l'œil sur Romeet sur la compagnie de Jésus. dont ils ressentaient si cruellement les efforts, vinrent, dès l’année 1552, ajouter leurs propres machinations. Philippe Métancthon envoya un des siens dans le camp ennemi. Homme déjà fait, habile dans l'art de la parole et surtout dans la. connaissance des Saintes-Ecritures,
“ilse plissa au cœur de la société pour y faire germer ses doctrines. Il fut découvert et livré à l’Inquisition. D'autres tentatives furent faites; la vigilance les rendit inutiles.
En 1555, le collége Romain commence à enseigner
la théologie scolastique. Martin Olave occupe le premier cette chaire. Quentin Carlat tient celle de théologie morale ; Frusis explique l'Écriture-Sainte ;. Jean Ruggieri, François Roilet et Balthazar Turrian sont chargés des autres cours. Ignace avait apprécié l'excellence de la méthode dont l'université de Paris se servait ; il l'adopta, et, pour mieux lafairecomprendre aux Italiens, il eut soin que tous les chefs de son collége fussent tirés de cette Université. C’est un hommage dont elle n’a pas osé savoir gré au général des jésuites.
Avec de pareils maitres, la science devenait facile aux élèves ; mais cette facilité même était un embarras pécuniaire de plus. À toutes les représentations que l’on adressait à Ignace sur le nombre toujours croissant des scolastiques et sur la pénurie proportionnée qui en était la conséquence, il répondait : « Allez, allez, le ciel pourvoira à tous les. besoins. » Et, dans la disette des choses les plus nécessaires à la vie, les professeurs livraient leurs disciples à toute l'ardeur des discussions scientifiques. Ce n’était pas seulement un séminaire pourla compagnie que Loyola avait créé : c'était une maison où tout enfant. où tout homme acquérait le droit de recevoir l'instruction et de suivre le cours. .
Le Pape Jules ILT, témoin du bien réalisé, avait promisà Loyola une dotation annuelle de deux mille écus d’or; mais il mourut avant de pouvoir donner à sa volonté nne forme légale. Paul IV connaissait cette volonté de son prédécesseur : il annonca aux jésuites qu'il était disposé à aller même au delà.
En 1555, les cent premiers élèves se disséminèrent dans les différents états de l'Europe ; deux cents autres vinrent prendre leurs places. Ils ne possé-
daient rien; mais Loyola avait foi duns la providence, et il achetait près des thermes de l'empereur Antonin une villa où les convalescents devaient aller respirer un air pur. En 1556, Paul IV accorde à celte maison tous les priviléges dont jouissaient les Universités.
L'année 1557 s'ouvrit sur une de ces solennités lit:
téraires qui ont été si souvent reprochées à l'institut. Les écoliers du collége Romain, qui fut transporté au palais Salviali, surla place même où est situé l’édifice actuel, représentèrentun drame. Quoique Ignace fût mort, son esprit animait tous les esprits, et le maîlre avait jugé utiles ces jeux de la scène pour former le corps et développer l'intelligence. Le recteur du collége était alors Natal. Emmanuel Sa, Polanque et Ledesma figuraient au nombre des docteurs. On comptait parmi les scolastiques des Italiens, des Portugais, des Espagnols, des Français, des Grecs, des Illyriens, des Belges, des Ecossais et des Hongrois. Ces scolastiques, venus de tant de points différents, suivaient tous la même règle. Ils parlaient tantôt dans la langue de leur patrie, tantôt en latin, quelquefois en grec eten hébreu. Les dimanches :t les jours de fêle ils consacraient les heures de la récréation à la visite des hôpitaux, des prisons et des inalades. Ils se faisaient prédicateurs sur les places publiques; ils demandaient l'aumône pour la maison professe ; puis, aux vacances de pâques et d'automne, leur zèle s'étendait sur un plus vaste théâtre. Ils se livraient à des excursions dans la Sabine et dans l'an cien Latium; mais ces excursions, que l'étude pouvait rendre agréables, avaicnt un but plus chrétien. Ils évangélisaient, ils confessaient, ils cathéchisaient. Tout dans leur vie, le plaisir le plus innocent luimême, était rapporté à Dieu.
RL
Ces succès n'étaient encore que des éventualités. Rien de fixe ne se préparait ni pour l'établissement ni pour sa dotation. Il vivait de bienfaits venus par hasard. Une posilion aussi précaire ne pouvait durer long-temps. On voyait entrer dans cette école des jeunes gens pleins d'avenir, tels que Possevin, Bellarmin et Aquaviva. On y entendait des hommes comme Jacques Avillanedaet Tolet. Les jésuites, qui s'étaient formés sous ces grands maitres, se répandaient dans le monde.
Tout cela pourtant n'empéchait pas la misère de pénétrer à la suite de l'éloquence. Le Pape Pie IV accordait bien chaque année des aumônes considérabless mais les besoins suivaient la même progression que l'accroissement.
En 1560, le souverain Pontife charge les cardinaux Moroni, Savelli, Hippolyte d'Est et Alexandre Farnèse de pourvoir aux nécessités du collège et de l'établir d'une manière stable, Du palais Salviati il est transféré tout à côté, dans un couvent que des religieuses avaient abandonné. La marquise de la Toful, veuve de Camille Orsini et nièce du Pape Paul IV, était propriétaire de ce couvent : elle l'offrit aux jésuites. On commença par construire la chapelle ; ils en furent les architectes et les maçons ; on y travailla pendant sept années.
Benoit Pérez et Perpinien donnèrent à leurs cours un rctentissement extraordinaire, Les cardinaux, les docteurs, les universilaires même de Rome se pressaient autour de leurs chaires. S'ils avaient des paroles à la hauteur de cet imposant auditoire, d'autres jésuites s’insinuaient aussi habilement dans le cœur des enfants. Le Père Jean Léon, afin d'augmenter leur ferveur, étabiissait pour les classes inférieures
562 "1 2! MISTOIRE
une petite confrérie qui a été l'origine de la confrérie dé la sainte Vierge, maintenant répandue dans tout l'univers.
L'empereur Ferdinand 1° écrivait à Pie IV le 6 mars 1560, en lui adressant des secours pour le collége Romain: « De cette maison. disait-il, grand nom-
bre d'hommes d’une vertu et d’une science signalées
ont été envoyés les années précédentes, non-seulement dans nos royaumes et nos domaines. mais encore dans tous les États d'Italie, en France, en Belgique, et dans les autres royaumes de la Chrétienté, et même jusqu'aux Indes. Il n’est point d'année qu “il . n’en sorte plusieurs sujets qui, disséminés. dans les différentes parties du monde, propagent la vérité, défendent la religion et raniment la foi antique. »
L'année suivante le 24 novembre 1561, ce n'était plus un prince séculier qui faisait l'éloge du collège Romain, mais le souverain, Pontife lui-même. Philippe I avait défendu de laisser sortir d’Espagne l'argent destiné à cet établissemeat, et Pie IV, à cette occasion, lui adressait un bref dont nous citons quel ques fragments :
« Entre tous les ordres, dit le Pape. la société de
Jésus mérite une spéciale protection du Siége-Apostolique. Quoique arrivés les derniers de tous et à la
neuvième heure pour cultiver la vigne du seigneur.
ces laborieux ouvriers non-seulement en ont arraché
les ronces etles épines, mais ils l'ont étendue et pro-.
pagée dans d’autres contrées. Nous avons dans cette
ville le premier .collége de cet ordre :ilest commela
pépinière de tous Îes antres qui s’établissent en Italie, en Allemagne et en France. De ce séminaire fécond
le :Siége Apostolique tire des ministres choisis et.
capables, comme autant de plantes pleines de sève et
© © ms em =
abc.idantes en fruits. pour les jeter daris les lieux où les besoins sont les plus grands. Ils ne refusent jamais quelque travail que ce soit pour l'honneur de Dieu et le service de ce Siég? Apostolique; ils vont sans crainte partout où ilÿsont envoyés, même dans les pays les plus hérétiques et les plus infidèles, et
” jusqu'aux extrémités des Indes. Nous devons donc
beaucoup à ce collége, qui a si bien mérité et qui continue à bien mériter de la religion catholique, et qui est si dévoué au service de Notre-Seigneur Jésus- Christ et de la chaire de saint Pierre." Mais afin que, placé dans cette ville comme dans la citadelle de Ia religion chrétienne et le centre de l'Eglise Catholique, il puisse être utile à tous ses membres, il convient que non-seulement nous le soutenions, et nous ne manquons pas à ce devoir ; mais il réclame aussi les secours de tous les chrétiens pieux ; il a surtout besoin du vôtre et de votre protection. Nous avons donc voulu par ces lettres vous faire connaître le fruit très-grand et si opportun que l'Eglise universelle en retire. »
Le collége Romain croissait comme Jésus enfant en piété eten science. Alde Manuee, le savant éditeur de Salluste, publiait en tête de son ouvrage l'éloge de cette maison, qu'il était venu visiter (1). Le cardinal Charles Borromée l’encourageait de sa présence
(1) Cet éloge se trouve dans l'édition des OEuvres de Salluste imprimée à Venise en 1567. L’épitre dédicatoire, dont nous ne; traduisons qu’un fragment, est à la date de 1563, et elle porte :
« Au Collége Romain, Alde Manuce, fils de Paul Manuce.
» Je ne lé cacherai pas : appelé à Rome l’an dernier par mon père , je m’y réndis avec nn grand empressement. J'étais rempli
et de ses conseils. Le cardinal Marc-Antoine Colonne, archevêque de Tarente, demandait à subir ses examens pour le grade de docteur devant les maîtres du collége Romain, Pie UV, recommandant au roi de France les Pères de Paris, lui cite, pour exemple du bien qu'ils peuvent faire par l'éducation, cet établissement qui, peu d'années après la mort du Pontife, s’ouvrait à plus de mille écoliers.
Les jésuites n'avaient pas seulement le don de rendre l'instruction aimable; ils recherchaient aussi les moyens propres à exciter l’émulation, Dans la dernière année de sa vie, en 1564, Laynès inventa à
du désir de voir de mes yeux ce qui sonvent avait fait le charme domes études J'allais fouler ce même sol qu'avaient habité tant de personnages illustres. Aussi avec quel plaisir n'ai-je pas parcouru ces vieux monuments qui nous rappellent le genie de lartiste, les souvenirs et les gloires de l'ancien temps! Mais ni les statues de marbre on de bronze, ni l’aspcct de sept collines, ni l'éclat auguste du Capitole ne charma et ne ravit autant mon esprit que la splendeur et l’ordre de votre Collége. Là rien pour une vaine délectation ou pour des intérêts passagers ; Ià j'ai vu tout dirigé vers unc fin solide et glorieuse, le salut éternel des âmes. Aussi tous les jours une affluence toujours nouvelle se presse-t-elle antour de vous.
» Dans l'entreprise de si noblestravaux, ce n’est point l'intérêt ou l’honnenr, ce mobile de l’émulation parmi les hommes, mnis uue récompense céleste qui vous a été proposée : et cette nou= velle ambition, allumée, il y a pen d'années. par le grand Ignace de Loyola, ne s’éteindra jamais ; elle prodaira les plus heureux effets, non-seulement dans cette ville, mais aussi dans tout l'univers Quelle ville, quelle nation, quel peuple sincèrement attaché aux lois de Jésus-Christ qui n'approuve votre Institut, ne vous reçoive dans son sein et ne vous appelle pour instruire la jeunesse, conserver les bonnes mœurs, étendre l’empire de la religionPs
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 56b
Rome la distribution publique des prix, solennité si douce au cœur des mères, simagique dans la vie des enfants et même dans les souvenirs de l'âge mur. Le cardinal Farnèse s'associa à cette pensée; il fit les frais des ouvrages que les professeurs distribuèrent aux plus dignes. La splendeur de la cérémonie et ses heureux effets sur les études la rendirent populaire dans toutes les maisons de la compagnie ; plus tard elle fut adoptée partout comme une récompense et un stimulant : le monde littéraire marcha sur les traces du colége Romain.
En 1576, le père Bellarmin y commença ses célèbres controverses. Les cardinaux Charles Borromée et de Lorraine avaient pris la maison sous leur protection spéciale ; ils fournissaient, ainsi que les Papes, aux plus pressants besoins. Lorsque, dans la quatrième congrégation générale, les jésuites assemblés supplièrent Grégoire XIII de donner au collége une base plus durable. le souverain Pontife consulta le cardinal Matteo Contarelli.
« Saint-Père, lui répond ce dernier, vos prédécesseurs et vous-mêmes avez fait une statue semblable à celle de Nabuchodonosor : le collége germanique est sa tête d'or. le collége anglais sa poitrine d'argent ; mais le collége Romain qui sert d'appui à cette statue et qui soutient toutes les autres. a des pieds d'argile. Affermissons-le done. afin qu'un jour tant de dépenses utiles ne soient pas perdues. »
Le Pape comprit que cette situation devait avoir un terme. Ordre est donné de construire l'immense édifice que Loyola avait entrevu dans ses prophétiques espérances. Des revenus fixes et suffisants sont assignés pour payer les dettes contractées etpour entretenir les professeurs.
Hist. de la Comp. de Jésus. — T. 1. 16
: Le régistre des élèves pour l'an 1584 portele:chiffre.de 2107. Jusqu'en l’année 1591, ce chiffre ne varia guère.
La-famine et la peste envahissaient l'Htalie ; le, bol lége:ouvrit:ses portes à tons les orphelins. Les Scolastiques:les reçurent comme des frères. Louis de Gonzague, devenu par la sainteté de.sa vie le patron de la jeunesse, mourait cette année-là mênse dans le collége Romain, où ilétudiait la philosophie. Le père: Tucci, poète, orateur, historien, philosophe et cano:: niste , expirait , lui aussi , dans cette même maison ÿ dont, il fut l'une des gloires littéraires.
Le pape Grégoire XIII mérite donc, après: ue de Loyola .. le titre de fondateur: de l'établissement à sa mort , en 1628 , un élève.de ce collége lui suecéda sous le nom d’Urbain VIII. Depuis cette époque le collége Romain :n'a pas cessé: de produire: des hommes distingués, soit dans les lettres. soit dans la politique, soit dans les sciences, soit dans la sainteté. Sept autres Papes : Innocent X:; Clément'IX, Çlément X, Innocent XIE, Clément XI. Tandcont XIII et Clément XII, qui marquent. avec tant d'éclat dans les annales de l'Église, sortirent de : cette maison. Elle avait d’illustres élèves , mais ses professeurs n'é-taient pas moins: célèbres : on vit tour à tour dans ses chaires Sacchini, Maffei, Clavio, Mariana, Maldo: nat, Suarez, Azorio, Vasquez , Cornelius a Lapide , Pallavicini, Conti, Kireher , Martinez et Casati. On y formait des‘savants , on ÿ élevait des saints: tels que Jean Berchmans, saint Çamille de Lellic, le bienheureux Léonard de Porto Maurisn et le vénérable Pierre Berna, martyr. ::
Ce:n'était plus le collége de jésuites, il devenait le collége du monde entier ; car tous les autres éta-
blissements de Rome:se faisaient honneur de n'être qu’une de ses succursales. Rome avait la suprématie de l’éducation; on prétendait que l'Eglise catholique était ennemie des lumières, et. dans cette seule ville, ilexistait quatorze écoles qui , en dehors de leurs cours particuliers. suivaient ceux des jésuites. Par la simple nomenclature de leurs noms on verra de quelle manière le Saint-Siége répondait au reproche d'obscurantisme et d'ignorance que la mauyaise foi lui.a si souvent jeté : les colléges des anglais, des Grecs, des Ecossais, des Maronites ; des Irlandais et des Néophytes ; les” colléges Capranica Fuccioli. Mattei , Pamphili., Salviati, Ghislieri, le collége germanique et le .collége gymnasio (1) formaient cette brillante pléiade.
Ignace venait de jeter les bases. d'un monument ; il ne s'arrêta pas dans ses créations.
L’hérésie avait mordu l'Allemagne au cœur. Chaque:année . l'Eglise voyait une des provinges germaniques se détacher du centre de l'unité, pour se mettre.à la suite de Luther ou de ses disciples. Afin de défendre cet empire, l’un des plus beaux fleurons de la couronne de Saint-Pierre, Loyola avait dirigé vers l'Allemagne tous les efforts de Lefèvre, de Bobadilla, de Lejay , de Salmeron st de Canisius; mais. quelle
(1) Ces quatorze établissements étaient des institutions fondées, les unes par des papes ou des cardinaux, les autres par des princes ou des évêques. Parmi ces colléges, quelques-uns n’existent plus ; les autres, qui ont résisté aux efforts du temps et aux bouleversements politiques, conservent encore le nom de leurs fondateurs, Les élèves des collèges Capranica, Pamphili, Salviati, ceux du Collége Germanique, des Irlandais, des Écossais et des Nobles comptent encore parmi les auditeurs du Collége Romain. ALL
que fût la puissance d'entratnement de ces cinq hommes, ils ne pouvaient pas se multiplier selon les besoins. Leur petit nombre les empéchait: de plates à tous les désirs.
‘Il y avait d'ailleurs une autre raison que les protestants ne cessaient de mettre en avant pour enlever aux chrétiens toute foi dans la parole des jésuites. Les protestants tournaient contre les Pères et contre la Papauté le vœu d’obéissance au Saint-Siége. Cet obstacle , dont Ignace avait plus d’une fois constaté les effets, était pour lui un stimulant ; il conçut la pensée: d'un collége spécial, où seraient élevés . à Rome , les Allemands que l'on pourrait arracher à l'Hérésie, Le général savait par expérience qu'il est plus aisé de former cent jeunes gens que de façonner un homme mûr ou un vieillard à des études ou à des mœurs nouvelles. Il lui venait bien des auxiliaires d’Ilalie, d'Espagne, de France et même d’outre-Rhin ; mais ces auxiliaires, déjà prêtres pour la plupart , ne se pliaient que difficilement au joug. Loyola aspirait à mieux ; il lui fallait des prêtres qui, pleins: de vie et d'ardeur, pussent reporter dans leur patrie le zèle dont il les aurait animés. À ces prêtres, que l'excellence de leurs vertus ferait missionnaires, que la perfection de leurs études rendrait théologiens et prédicateurs, il attacha le salut de l’Allemagne. Il avait si sagement calculé, que les luthériens eux-mêmes le confessent. L’historien de la Suisse , Jean de Muller, dit (1) : « La réformation se serait peut-être répandue bien plus généralement sans les combats que soutinrent les jésuites pour en arrêter les progrès. »
(1) Histoire universelle, t. III.
L'idée d'un collége Germanique était dans la tête de Loyola. Pour lui, concevoir c'était déjà avoir entrepris. Il n'a aucune ressource pour fonder l'édifice, pas même d'argent pour appeler à Rome les jeunes gens qui formeront le noyau de l'établissement. Cependant Ignace ne désespère ni de la providence ni des hommes.
Le cardinal Moroni avait vu de près les misères de l'Eglise catholique d'outre-Rhin ; le général s'adresse à lui; il lui fait part de ses plans. Moroni les approuve; le cardinal Marcel Cervini s’y intéresse. Tous. deux parlent au souverain Pontife, Jules IT, de l’importance de ve projet. « Mais, qui soutiendra ces dépenses? s’écrie le Pape effrayé de la grandeur du dessein. La guerre de Parme a épuisé le trésor public; nous sommes obérés. J'offre à l'instant même une partie de mes revenus annuels ; mais cet argent nesufhra pas pour faire sortir de terre le collége. — Ce qui manquera, Très-Saint-Père, répond Moroni, sera fourni par les cardinaux; votre Béatitude donne l'exemple. Des hommes de ce caractère ne voudront pas rester en arrière. Votre Sainteté s'impose des sacrifices pour venir au secours de l’Allemagne; il est du devoir des princes de l'Eglise de marcher sur les traces de leur chef. «
Cervini tint le même langage, Jules IIT les charge de consulter leurs collègues : tous se montrent favorables à l’entreprise du général de la compagnie de Jésus, tous s’empressent de s’y associer.
Un consistoire est indiqué. Le Pape dépeint à ses vénérables Frères la position de l'Eglise Germanique ; il demande à chacun de proposer son avis sur les moyens de remédier à un pareil état de choses.
Le premier cardinal qui prit la parole ne voyait que
l’action catholique à opposer à l’action protestante ; il prononça le mot de Croisade ; ilinvoqua le souvenir dé Godefroi de Bouillon, de Richard Cœur-de-Lion, dé’ saint Louis, et dé tous ces princes d'Allemagne qui à tant de reprises différentes, avaient porté leurs armes dans la Palestine. « Ce n’est plus, disait-il, le tombeau du Christ qui est profané ; c'est son règne. Ce que les peuples chrétiens ont entrepris pour la délivrance du Saint-Sépulcre, ne le réaliseront-ils pas pour le triomphe de leur foi? »
Les temps n'étaient plus les mêmes. L'Europeétait divisée, :morcelée, et les monarques catholiques avaient trop d'ambitieux calculs dans le cœur, trop de rivalités dans l'esprit, et le Saint-Siége trop de faiblesse morale pour s'arrêter à un conseil chevaleresque. C
Moroni connaissait la pensée de Loyola; il s'était chargé de la développer : il fit donc sentir les avantages et:la nécessité d’un collège fondé à Rome; dans lequel on élèverait sous les yeux du souverain Pontife des prétres Atlémands destinés à entretenir la religion au cœur de l'Allemagne, par leur piété et par leur doctrine, Le cardinal Cervini soutint la proposition. Les Trente-trois cardinaux, qui assistaient au consistoire, déclarèrent à l'unanimité que l'établissement du collége conçu par Ignace était la seule chose praticable, la seule utile.
Jules III descend de son trône et il écrit:
« Pour une œuvre si pieuse, si sainte et si loüable, nous donuerons tous les ans cinq cents écus d'or.» :
Les cardinaux s'empressent d’apposer leur signatures à la suite de celle du Pape. Dans l’espace de quelques minutes, la somme des souscriptions an-
te; nuelles s'éleva a 3065 écus d'or (1): L'histoire doit nir conserver le nom de ceux qui s'associèrent à la créaion, tion du collége Germanique. | gne Le cardinal d'Ostie, 131400 écus d'or par an. urs Le cardinal Porto, .11:01400 |, le Le cardinal de Tournon, 80 ne. Jean du Bellay, card. de Paris, 150 r la :: Le:cardinal Carpi, 40 pas ‘Le cardinal de Saint-Jacques, 100 y Le cardinal de Sainte-Croix, : 80:
était … Le cardinal Moroni, 120 ques Le cardinal de Trente. 120 trop : Le cardinal d’Armagnae, :: 60 p. de “Le cardinal d’Augsbourg, 120 vale- Le cardinal Cueva, 120 Le cardinal Cesis, . 100 était Le cardinal Pacheco, | 100 Le cardinal de Saint-Ange, : 20 Le cardinal deLorraine, 240 :
Le cardinal Veralli, "40 ‘Le‘cardinal Medici, : 60:
Le cardinal Crispi, . 25 Le cardinal de Pérouse, 100 ‘Le cardinal de Montepulciana, 40 ‘Le cardinal Campegi, 40 Le cardinal Poggi, 40 Le cardinal de Saint-Clément, 40 Le cardinal Farnèse, 120 Le cardinal de Sainte-Flore, 120 Le cardinal Polus, 100
(1) L'écu d’or valuit à peu près quatorze francs. La somme entière, eu égard à la valeur actuelle des métaux ét des denrées, équivaudrait aujourd'hui à 300,000 francs.
Le cardinai Sermonetta, 50 écus d'orparan.
Le cardinal de Ferrare, 150 ,
Le cardinal Savelli, 40
Le cardinal d'Orvieto, 120
Le cardinal del Monte, 200
Le cardinal Cornely, 40:
L'œuvre d’'Ignace prenait vie. Cefutlui quele Pape chargea de la direction à donner aux: études. La veille des calendes de septembre, 81 août 1552, Jules III publie la bulle d’érection du collége : cette bulle lui accorde de nombreux priviléges ; elle confèreau recteur le droit de créér docteurs ceux des élèves qui, par leur science, seront jugés dignes de cet honneur.
Le pape et les princes de l'Eglise avaient fait leur devoir ; il restait à don Ignace à remplir le sien. Le général ne recule pas devant les difficultés, A peine a-t-il une somme assurée pour les premiers besoins, qu'il se hâte d'écrire à Vienne et à Cologne; il faut qu’on lui envoie des jeunes gens tels qu'il les demande. Le collége est fondé à la date du 51 août. Loyola ne veut pas perdre de temps; il établit des règles que plus tard Grégoire XIII adoptera;il choisit pour premierrecteurlepère Frusis, qu'il regardecomme le plus propre à diriger cette maison naissante. On n’enseignait au coltége romain que le grec, le latin et l’hébreu. Ignace consulte le Pape. Par son ordre, des
chairesde philosophie, de théologie, d'écriture sainte
sont ouvertes au collége germanique, afin que les jeunes gens aient sous la main tous les élements d’une forte éducation. Au mois d'octobre 1552, Loyola y réunissait dix-huit élèves; l’année suivante on en comptait cinquante-quatre.
% Cv À © nm A
DÈ LA COMPAGNIE DE sÉSUS. 575
Dès les premiers jours de leur rentrée on les examinait avec soin pour voir s'ils étaient aptes au travail dont ils allaient être chargés; après l'examen on lesrevétait d'une robe rouge avec une ceinture noire, et ils signaient un formulaire de foi. Au bout de quelque temps d'épreuves, ils s'engageaient sous serment à se conformer aux intentions du souverain Pontife aussi bien pendant leur séjour dans le collége qu’à leur sortie.
En apprenant que cet établissement est non-seulement en voie de fondation , mais que déjà il menace de prospérité, les hérétiques ne purent retenir leur colère. Kenmitius, l’un de leurs chefs, s'écria : « Ilne manquait plus que cela : Ignace n’en a donc pas assez avec sa compagnie ? il ne se contente pas de nousfaire attaquer par des étrangers ; le voilà qui
nous jette surles brasnoscompatriotes eux-mêmes. »
Ces plaintes étaient motivées, et elles prouvent que Loyola avait saisi l'Hérésie au vif. L'initiative était prise : il ne restait plus aux catholiques qu’à s’y associer. Le duc de Bavière envoie à Rome son secrétaire Schreicher pour ériger une maison semblable. en faveur de ses sujets. Le roi des Romains choisit à Prague , à Ingolstadt et dans ses autres Universités , les jeunes gens qui font concevoir les plus brillantes espérances , et il les dirige sur Rome à ses frais.
Ce séminaire était organisé et administré avec un ordre si parfait que , sur la proposition du cardinal Moroni , Légat du Pape à Trente , le concile adopta la plus grande partie de son règlement pour rédiger le décret relatif aux séminaires épiscopaux.
Jules IT et Marcel II étant morts, Paul IV refusa toute espèce de secours au collége. Le mauvais vou-
loir du pontife ne décourage point Loyola. Les Sectaires profitent de cette occasion pour répandre le bruit dans les provinces Rhénanes que les élèves meurent de faim à Rome, et que les jésuites, pour qui ils sont devenus un surcroît d'embarras, les traitent avec des rigueurs inoutes. Ignace apprend ces rumeurs, il charge Canisius de les démentir , mais ce n'était pas assez,
La guerre suscitée entre Paul IV et Philippe LE laissait à peu près sans ressource le collége Germanique. Le général, privé des dons annuels qui soutenaient son établissement, en dissémine les écoliers dans les différentes maisons de la compagnie. Son ami, Othon Truschez, cardinal d’Augsbourg, lui conseille de renoncer à l’entreprise. Plusieurs autres personnes lui font entendre le même langage. Loyola ne se laisse point ébranler. « Si on abandonne cette œuvre, disait-il, je m'en chargerai tout seul; si je ne puis réussir par les moyens ordinaires, je me vendrai
plutôt que de renvoyer mes germaniques. »
Sa confiance était si entière que les difficultés mêmes semblaient la ranimer. «Il viendra un pontife, répélait-il souvent, qui établira ce collége avec une munificence digne du chef de l'Eglise et qui en as-
surera la perpétuité.
Quelqués années s’écoulèrent dans ces alternatives. Mais ce quele Jésuite n'avait fait qu’espérer avec une foi toute. prophétique , Grégoire XIII se plut à le réaliser, Ignace mourut, et, sur l'autel qui lui est consacré dans l'église de l’Apollinaire, on lit encore :
«Sancto Ignatio, societatis Jesu fundatori, Collegium Germanicum auctori suot posuit (1). »
(1) A saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus et du CollégeGermanique; le Collége Germanique a élevé cemonument.
Et chaque année , au réfectoire de cette maison, lorsqu’à la, veille de la fête de Loyola son nom:est prononcé dans le martyrologe, tous se lèvent:et. découvrent leur tête en signe de reconnaissante vénération. ;
La mort de Frusis suivit de près celle d'Ignace ; mais Laynès avait hérité de tous les sentiments du général pour le collége germanique. Usmar: Goyson succède à Frusis ; Usmar essaie d’intéresser le.pape Paul IV à ce séminaire; il parle, il fait parler : Paul IV restesourd. Usmar s'adresse au sacré collége le sacré collège se réunit sous la présidence du cardinal Jean du Beliay, son doyen;.il engage à fournir: autant d’écus d'or chaque mois qu'il y, a dans ce moment deïcardinaux à Rome : cette cotisation produisit un revenu annuel de 400 écus. Jean du Bellay fit mieux : à sa mort, il légua pour l'entretien des Germaniques un fonds de terre que, plus tard , les travaux entrepris par Sixte-Quint dans les marais pontins couvrirentd’eau et rendirent improductif.
. Ces; secours permirent aux étudiants de retourner à Rome, ils y-revinrent. et avec eux un grand nombre d’autres .sollicitant la faveur d'y être reçus. Pie IV., qui prenait le contre-pied de son-prédécesseur,,se montra le protecteur du collége : il confia même à la compagnie de Jésus la direction du Séminaire romain créé sur le modèle du collége Germanique. À la mort de Pie IV, en 1572, vingt ans s'étaient écoulés depuis la fondation, et plus de cent soixante élèves étaient, sortis de cet établissement ; la plupart se signalaient déjà par leur zèle. En reconnaissance de l'éducation que Loyola leur avait fait donner, plusieurs entrèrent dans l'institut ; .quelques-uns même y acquirent de la célébrité en com-
battant lhérésie. Paul Hoffée (1) est de ce nombre, ainsi que le hongrois Etienne Arator . et le jésuite Guillaume de Metternich, qui, dans la ville de Cologne , sa patrie, rendit à l'Eglise et à la compagnie les plus importants services. R A peine Grégoire XII fut:il assis sur la Chaire de Saint Pierre que le cardinal Truschez et le Père Canisius lui exposèrent la nécessité où se trouvait le Saint-Siége de favoriser les accroissements dont la création de Loyola était susceptible. Grégoire XIIE partage leur avis; il envoie des Légats à l'empereur, aux rois et aux princes catholiques. Ces Légats ont ordre d’intéresser les souverains à une maison dont tuus les états d'Allemagne éprouvent depuis longtemps la salutaire influence. Le 6 août 1575. le Pape publie une bulle par laquelle il accorde au collége Germanique les biens et l’église d’un Monastère situé sur le Mont Aventin ; une rente de treize cents écus d'or lui est assignée. Par une autre bulle en date du 9 janvier 1574, le souverain Pontife consacre pour le collége Germanique l'église et le palais de l'Apollinaire et tous les bâtiments qui y sont adjoints; il l’exempte de tout impôt, il lui achète de ses deniers une villa où les élèves iront passer les vacances. Il leur donne des cardinaux pourprotecteurs; enfinilréalisepar une pieuse reconnaissance tous les rêves dont un autre homme qu'Ignace de Loyola n'aurait pas osé nourrir son imaginalion. ok "Le bien opéré avait quelque chose de si merveilleux qu'en 1577 le pape Grégoire fonda le collège
( 1) Duns ane lettre de l’empereur Ferdinand Il.on lit : « Canisius ef Paulus Hofæus ipsi docuerunt nos legem tuam, Domine. »
Hongrois. Trois ans après, par sa bulle du 18 avril 1580, ce collége fut réuni su Germanique: avec les revenus que le Saint-Siége avait fixés pour son entretien. L'œuvre de Loyola prospérait donc à Rome. Mais, pour être tenue en si particulière estime par les souverains Pontifes, il fallait que cette œuvre répandit sur l'Allemagne de bien vives lurnières. Les Papes lui portaient une affection paternelle, En étudiant dans l'histoire les progrès qu’elle a fait faire au catholicisme, les luttes qu’elle a soutenues contre l'Hérésie, on comprend aisément le motif de cette affection.
L'Allemagne fournissait des jeunes gens au collége Germanique; elle en retirait des prètres instruits, vertueux et dont rien ne/faisait chanceler la foi. A leur retour dans la patrie, ils communiquaient à leurs familles, à leurs amis, le fruit des leçons reçues
Les novateurs ne cessaient de reprocher au clergé ses mœurs déréglées. En présence de la chasteté de ces ecclésiastiques , le reproche n’était plus possible.
Le célibat des prêtres avait toujours été pour les sectaires un formidsble argument dont ils exagéraient la portée aux oreilles dela foule. La pudeur, peut-être un peu sauvage, des Germaniques, leur attitude aussi modeste que réservée, rendait impossible la calomnie.
On accusait, et non sans motifs, le clergé séculier et régulier de célébrer les offices avec une indifférencé qui allait jusqu'au mépris ou à l'incrédulité. Les Germaniques se montraient si pieux à l'autel que leur vue seule vengeait les saints mystères du discrédit dans lequel les avait fait tomber l’irrévérence des prêtres. BR AE On disait, on prouvait que le clergé était'avide ;
qu'avant tout; que: par-dessus tout, il n'aspirait qu'à s'enrichir pour vivre dans l'abondance. La s0briétéet le désintéressement des Germaniques s'élevaient enfin contre l'intolérable situation que le: clergé s'était faite, et qu'il se résignait à accepter:
Les prêtres étaient soupçonnés d'ignorance. En Allemagné, sur cette terre des fortes études, il se rencontrait des hérétiques qui, en torturant les textes de la bible ou des Saints-Pères, se préparaient un triomphe facile. Ils argumentaient contre la religion, et publiquement ils défiaient les prêtres de leur répondre. Les prêtres se taisaient, et la foule: les abandonnait pour courir aux Luthériens, dont la parole avait un vernis d’érudition. Les premiers élèves du collége Germanique dissipèrent ces bruits. On les avait nourris du lait dé la science. Le peuple les entendait confondre la dialectique des sectaires; il savait qu'ils venaient de Rome, la source de toute doctrine : il les adopta comme savants.
Le préjugé se formaen leur faveur : il subsiste encore. C'est un préjugé, car les masses ne sont pas aptés à prononcer sur d'aussi graves matières; mais ce préjugé a un fondement de raison qui en fait une vérité.
Les Allemands se pr ir ent d'affection . pour ces jeunes gens qui, afin de les conduire dans les sentiers du devoir, s'éloignaient de leur patrie, et allaient sous d'autres cieux demander des leçons et des exemples qu'ils ne trouvaient pas dans le sein de la famille allemande. Leur âge même excitait l'intérêt. Loyola avait conçu l'idée de l'établissement. Les Papes avaient.tous les moyens nécessaires pour développer cette idée; ils le firent, et, aujourd’hui encore, il est
impossible d'apprécier les services de tout genre que la religion catholique a retirés de leur ministère. Les plus grandes maisons de. l'empire y ont eu des représentants à chaque année scolaire. Sur les listes des élèves qui passèrent dans cette maison, nous avons lu les noms les plus illustres de l'Allemagne. de l'Italie et de diverses autres contrées. On y voit figurer des Ferdinand de Bavière, des comtes d'Harach, des Dietrichstein, des Thun, des Kuenburg, des Furstenberg, des Schrattenbach, des Kollonitz, des Chimay, des Sotern, des Kollowrat, des Metternich. des Esterhasy, des Firmian, des Breiner, des Frarkenberg, des Lodron, des Waldstein, des Erdœdy, des Rainach, des margravesde Bade, des Wartenberg, des Holstein, des Orsini, des Bacalar, des Cibo, des Sadolet, des Chisholm, des Conti, des Aldobrandini, des Seyton, des Aquaviva, des Justiniani et des Ximenès.
À la fin du dix-huitième siècle, on‘comptait déjà vingt-quatre cardinaux et le Pape Grégoire XV, six électeurs du saint empire, dix-neuf princes, vingt-
“un archevèques et prélats, cent vingt-un évêques
titulaires, cent évêques x partibus infidelium , quarante-six abbés ou généraux d'ordre, onze martyrs pour la foi, treize martyrs de la charité, qui s'étaient assis sur les bancs du collége, et qui avaient été formés dans cette école dont Loyola avait laissé le germe.