‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 37 sur 51 · US · texte numérisé non relu

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A la vue de ce prêtre, dont les vertus, la science et la fermeté sont connus de tout le sacré collége, les cardinaux pensent qu'ils ne peuvent faire un meilleur. choix. Cette élection, selon eux, assurera le repos de l'Eglise, puisque Laynès, sars aucun doute, s'empressera d'activer la réforme dans les mœurs et dans le clergé, réforme dont il a déjà été le promoteur le plus infatigable. Quelques mots échappés mettent le “Père sur la voie de cette intrigue de nouvelle espèce. Il se dérobe à l'empressement dont il est l’objet, et ne. veut plus, malgré toutes les sollicitations, reparaitre au conciave. Cependant les cardinaux les plus éminents avcis. . :‘isla chose à cœur. Une minorité, pouvant facile :: :i devenir majorité, se prononçait pour porter au trône punlifical le général de la compagnie de Jésus, iorsqu'il surgit une difficulté de forme qui fit échouer le projet. Un ancien usage de la cour Romaine, qui n’est pas loi, mais qui a force de loi, veut que le souverain Pontife soit toujours choisi parmi les membres du sacré collége. A cet usage, il n’y avait rien à répliquer. Les partisans improvisés de Laynès reportèrent leurs suffrages sur le cardinal Médici, qui prit le nom de Pie IV.

Le nouveau Pape se montra plus favorable aux jésuites que Paul LIT lui-même. Son neveu, le cardinal Charles Borromée, que l'Eglise a placé au rang des saints, l’entretenait dans ses bonnes intentions.

(1) Ce fuit est attesté par le cardinal d’Angsbourg lui-mème dans l’éluge qu'il prononça, en 1565, à"Dillingen, au milieu du service funèbre qu'il fit célébrer à la mort du second Générul des Jésuites,

Mais un procès célèbre, de sanglantes exécutions, signalaient les commencements de ce pontificat et occupaient tous les esprits.

Le 6 mars 1561, les neveux-de Paul IV mouraient par ‘a main du bourreau dans cette même ville de Rome qu'ils avaient gouvernée quelques mois anparavanf.

L'histoire s’est emparée des faits qui donnèrent lieu à mettre en accusation un cardinal. Nous avons nous-même indiqué ces faits. Après le décès du souverain Pontife, le procès s'instruisit, et le cardinal Charles Caraffa, Jean Caraffa, comte de Montorio,

- duc de Palliano, neveux du Pape Caraffa, le comte Attfani et Léonard Cardini, ses parents, furent condamnés à mort (1). Le Saint-Père ne pouvait faire grâce. I! ne leur restait plus qu’à ea appeler au tribunal de Dieu. Le duc de Pallianc, le premier, fait prier Laynès de lui envoyer un Père pour l’assister. Paul IV et ses neveux avaient été hostiles à la société. Cette marque d'estime, donnée dans un pareil moment, était pour l’ordre une satisfaction que tous ses membres déploraient. Les héritiersde Paul IV, à leur dernière heure, demandaient un jésuite. Le jésuite se présenta : ce fut le père Jean-Baptiste Perucci.

En le voyant descendre dans son cachot, le duc de Pallianolui dit : Je regarde ce malheur comme le plus

(1) Après le décès de Pie IV, la famille des Caraffa sollicita la révision du procès; elle fut accordée par Pie V. Les nouveaux juges déclarèrent que Pie IV avait été induit en erreur par le procureur-général. Il fut mis à mort, et la famille Caraffa rétablie dans ses honneurs et dignités. L’historien Pallavicini, qui l a fait de grandes recherches sur cette affaire, uffirme que la cul- ( pabilité du cardinal ne lui paruît pas démontrée. :

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grand bienfait de Dieu puisqu'il me rend ce que la félicité m'avait enlevé, le soin de mon âme. « L'heure du supplice approchait. La place de d'exécution avait été fixé à Tordinone. Le condamné à qui la religion

inspirait la résignation, tenait dans sa main gaucheun

petit crucifix d'ergent; dans la droite, une lettre adressée à son fils et qui se conserve encore. À la porte de son cachot, les confrères de la miséricorde lattendaient pour l'accompagner à l'échafaud. Il donna eu père Perucci le collier de l'ordre de Saint- Michel, que naguère il avait reçu du roi de France, Henri IT ; le papier sur lequel étaient écritsles points de sa dernière méditation sur la mort, un livre de prières et un chapelet.

Les geôliers l’introduisirent alors dans un autre cachot où étaient déjà réunis ses deux parents, coupables comme lui, condamnés comme lui. Selon la version du père Polanque,témoin oculaire, qui, dans une de ses lettres, retrace toute cette tragédie, ces trois hommes s'embrassèrent avec effusion, se jetèrent à genoux et avouèrent à haute voix qu'ils étaient les auteurs des calamités fondant sur eux; ils se dirent :" 1 dernier adieu et on les sépar”. Palliano resta seul avec le jésuite ; Allifani et Cardini furent assistés par un autre Père. Les condamnés prièrent avec leurs confesseurs ; ils se firent lire la passion de Jésus- Christ; et, au moment de partir, le duc s’exprima ainsi : « Après mon trépas, père Perucci, vous remettrez ce crucifix et ces livres à votre général priez-le qu’il se souvienne de moi. »

Palliano s’ét’it détaché de toute pensée terrestre ; il allait à la mort, et, en passant au milieu des soldats sous les armes, il louait la justice éternelle de Dieu qui avait déterminé son vicaire le Pape à punir

ses crimes, Il s'accusait souvent; mais de temps à autre, plein de confiance, il récitait avec le Père quelques strophes du Te Deum qui se confondaient dans son cœur avecles lugubres versets du De profundis. Il supporta avec constance tous les funèbres apprèts du supplice, et, quand le bourreau lui sépara la tête du tronc, le nom de Jésus expira sur ses lèvres. Allifani et Cardini moururent avec le même courage. La même nuit — car c'est dans la nuit du 6 au 7 mars que celte triple exécution eut lieu, — on lisait sa sentence au cardinal Caraffa. Il ne s'était jamais arrêté à l’idée que le Saint-Siége frapperait en sa personne un pareil coup; il n’y avait ni recours en grâce possible, ni moyens de suspendre les arrêts de la justice. Le cardinal se résigna; il fit sa confession, reçut la communion et récita l'office de la vierge; mais au moment où les exéculeurs s’'approchèrent de lui pour l’étrangler, l'humanité l'emporta sur la pénilence. Caraffa, qui avait été l'ami de plusieurs monarques, jeta un regard en arrière, et, avec un accent dereproche dont l'énergiene peutsetraduire: «O pape Pie! s’écria-t-il, à roi Philippe ! je n’attendais pas cela de vous.» Ces mots à peine achevés, le cardinal Charles Cüraffa n’était plus qu'un cadavre de supplicié. Le lendemain, les corpsmutilés du ducde Palliano, - G’Allifani et de Cardini étaient exposés sur le pont du château Saint-Ange. Les Romains capricieux dans leur amour pour les papes, avaient en haine de ses neveux, brisé au Capitole les armes el la statue de Paul IV. Son nom leur était odieux autant par les exactions de sa famille que par les réformes qu'il s’efforçait d'introduire dans les états pontificaux; mais à la vue de ces tèêles tranchées qu'on leur offrait en expiation, la colère des Romains se change en pitié.

La loi est vengée, ils pleurent sur les victimes qu'ils ont exigées.

Cette réaction avait son danger: il était urgent de calmer la mobilité de ce peuple que les objets extérieurs impressionnent si vivement. Les jésuites, qui étaient sur la terre les derniers amis des Caraffa, furent chargés de rétablir dans Rome la tranquillité que de sourdes agitations faisaient craindre de voir compromise: ilsréussirent.

La congrégation générale avait bien pu, et Laynès avec elle, déclarer que le chef de l’ordre devait être perpétuel, Cependant Laynès voulait offrir au Saint- Siége un témoignage de son respect pour des décisions que les jésuites n’approuvaient pas. Le souverain Pontife Paul IV avait désiré que le général ne fût élu que pour trois ans. Les trois ans allaient expirer, el Laynès annonça à Pie IV et à ses frères en religion qu’il se proposait de résigner sa charge.

Que :e soit un acte d’humilité privée et de soumission à la Chaire de Saint Pierre ou un caleul politique, il n’en reste pas moins établi que le général, suivant en cela l'exemple de son prédécesseur, se proposa d’abdiquer le pouvoir. Les assistants furent consultés, le souverain Pontife aussi : tous se montrèrent ungnimes en leur décision; tous furent d'avis que, dans les circonstances, il était impossible d'accepter une démission aussi préjudiciable. Laynès ne s’en tint pas là; en vertu de l’obéissance, il fit une loi à tous les provinciaux et à tous les profès de donner leur opinion par écrit; il s'interdisait de connaître ces opinions, et il nomma des commissaires pour les recueillir. |

La perpétuité du généralat était ainsi remise en question : les Pères consultés répondirent tous dans

le même sens. BobAdilla, au mornent de l'élection, avait paru contrarié et mécontent ; son suffrage vint avec les autres. Il est conçu en termes si pleins d'expressive originalité que l’histoire doit le citer tel qu’il fut adressé à Laynès :

« Quand au généralat, écrit Bobadilla alors à Raguse mon avis est que selon quelles constitutions l'ordonnent, il doit étre perpétuel et à vie. Qu'il soit tellement stable entre vos mains que vous le gardiez encore cent ans, Si, après votre mort, vous venez à ressusciter, mon avis esie:core qu'on vous le rende etque vous le gardiez jusqu’au jour du jugement, et je vous supplie, pour l'amour de Jésus-Christ, de conserver avec paix et avec joie votre charge. Ces sentiments, que j'ai profondément gravés dans mon cœur, je les écris ici, et j'en signe l'expression de ma propre main ad perpetuam rei memoriam. »

Laynès se vit donc forcé de conserver ses fonctions, que le Pape lui-même. contre la pensée de Paul 1V, reconnaissait perpétuelles, et les jésuites, délivrés de ce nouvel embarras, purent continuer leur apostolat.

Pie IV, reconnaissant de tout ce qu'ils entreprenaient pour la gloire du Saint-Siége. acquittait largement la dette contractée par l'Eglise. Il se présentait chaque jour une occasion de servir l'Institut ; chaque jour, en effet, lui jetait un nouvel ennemi sur les bras. Philippe II lui était hostile ; la république de Venise imitait l'Espagne. Voici en quelles circonstances: |

En 1560, Venise 2vait pour patriarche Jean Tre visani. Bien différent en cela de Driedo, son prédécesseur sur ce siége, l'archevêque Jean se prononçait

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très-ouvertement contre les jésuites. Il avait juré de né pas laisser longtemps sur le territoire de la république ceux qu'il appelait Chisppini (1) ; mais pour ne passe montrer injuste, il épiait une occasion. L'occasion s'offrit à souhait.

Il y avait à Venise un monastère de Pénitentes. auxquelles leur directeur faisait une réputation de sainteté. Ce prêtre, qui se nommaäïit Jean Berre, fut juridiquement convaincu d'exciter ces converties à la débauche et condamné au dernier supplice. Les Pénitentes, qui étaient au nombre de plus de cent, refusent de prendre aucune nourriture tant qu'elles seront forcées d’habiter leur couvent; à tout prix elles veulent s'échapper. Le scandale allait devenir public, lorsque le père Palmio est appelé. Il avait le don de la persuasion : il apaise cette insurrection de femmes ; mais le Patriarche, en tacticien adroit, avait su mettre à profit les événements.

Les jésuites confessaient ou dirigeaient la plupart des femmes nobles de la ville. On répand le bruit que, par cette voie souterraine, ils s'imitient aux secrets de la République. On va plus loin; le Sénat s’'assemble, et un de ses membres, chargé de Pinstruction, déclare dans son rapport que «les jésuites se mélent d’une infinité d'affaires civiles et même de celles de la république. Ils se servent, ajoute-t-il, des choses les plus respectables et les plus saintes pour suborner les dames. Non contents d’avoir avec elles des entretiens fort longs dans le confessionnal . ils les font encore venir chez eux pour en conférer

(1) Ce mot, dans la langue italienne, est un terme de mépris qu’il est impossible de rendre en français avec quelque décence.

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avec elles. C'est surtout aux femmes de la première qualité que les principaux personnages de cet ordre s’attachent. Nous devons remédier plus tôt que plus tard à cet abus, ou en les chassant du pays, ou en préposant une personne d'autorité et de mérite, telle que le Patriarche, pour veiller sur leur conduite. »

Avec les habitudes inquisitoriales et les formes ombrageuses de Venise, un semblable rapport ne devait pas manquer d’être accueilli. Dans cette république, on était coupable dès qu’elle pouvait vous croire suspect ; ce soupçon suffisait pour faire éloigner à tout jamais la compagnie de Jésus. Le palriarche et les adversaires de l’Institut avaient bien calculé; mais un autre sénateur, ami des Pères, prit la parole.

On accusait les Jésuites d'ambition; il montra que les moyens proposés pour remédier au mal deviendraient beaucoup plus préjudiciables à la république que le mal lui-même.

« Cette compagnie, dit-il, a été nie sur plusieurs points de la juridiction des seconds pasteurs par l'autorité du pasteur suprême; il n'est pas à croire qu'elle subisse à Venise des lois qu’on ne lui a prescrites nulle part ailleurs. De plus, le moyen indiqué ne me parait pas expédient, si l'on considère les changements que tant d'éventualités peuvent apporter. Celte mesure n’est pas nécessaire si l’on s'arrête à l’état actuel des choses. Si l’un de nos concitoyens a des reproches à faire aux Pères, si le sénat croit utile de prendre à leur égard quelques précautions, confions au sérénissime Doge le soin de les avertir : ainsi ne leur fournirons-nous aucun sujet de plainte, Si ces mesures sont insuffisantes, plus tard nous pourrons aviser à de plus sévères. »

Le conseil fut goûté, car les projets ambitieux du

Patriarche n'étaient un mystère pour personne; mais, dans cet intervalle, le pape Pie IV écrivait lui-même au sénat et au doge Priuli; il se portait garint des bonnes mœurs et des doctrines de la compagnie. Son suffrage pesa dans la balance de Venise au moins autant que celui du patriarche, qui n'était pas un redoutable ennemi, puisqu'il mettait ses haines à découvert. Cependant le Doge fit appeler le père Palmio. L'exemple de Jean Berre, dans le couvent des Pénitentes, effrayait quelques esprits : il fallait les rassurer.

Priuli rend compte au jésuite de ce qui s’est passé dans le sénat : « Si vous avez des détracteurs ajoutat-il(1), supportez-les avec patience : c’est le propre de la vertu d'avoir à combattre. L'Institut a parmi nous de chaleureux défenseurs; mais je suis chargé d'appeler votre attention sur un ou deux points : ce sont les seuls qui aient été retenus dans cet amas de fables débitées par vos ennemis. D'ébord on voit avec peine que, vous qui mieux que tout autre pouvez entendre les confessions, vous vous en absteniez, et qu'au grand regret de toute la ville, vous chargiez de ce ministère, auprès de plusieurs bataillons de femmes, des jeunes gens d’à-peine vingt-cinq ou vingtsix ans. »

Le père Palmio lui démontre que le plus jeune des jésuites confesseurs à Venise est âgé de plus de trentedeux ans. En expliquant les constitutions, il lui indique les précautions. les détails de vigilance mis en

(1) C’est à une lettre du père Palmio que nous empruntons ces détails, qui sont confirmés par les historiens de la République et par les actes officicls déposés aux archives de Venise.

usage par la compagnie pour prévenir tout soupçon dans un ministère aussi délicat.

L'affaire en resta là. Pie IV, en intervenant si à propos, avait rendu service à la compagnie. Dans le même temps, par sa bulle £tsi ex debito, du 13 avril 1561, il lui accordait la faculté de s'étendre sans voir se renouveler les tristes scènes dont la ville de Saragosse avait été le théâtre.

Les fondations des colléges et des maisons de la société étaient une source intarissable de différends ou de procès avec les ordres mendiants. Ces sociétés religieuses s’'appuyaient sur un usage consacré par le temps. Cet usage avait établi qu'aucune chapelle ou maison ne pourrait être bâtie dans un rayon de cent quarante cannes (1), dont leurs monastères étaient le centre. Le collége des jésuites à Palencia et quelques autres allaient être supprimés par ce motif,

Le Pape confirme et accorde de nouveau à la Compagnie de Jésus le droit de bâtir, quand bien même il se trouverait" d’autres monastères qui ne seraient pâs à cent quarante cannes de distance.

Le 19 août 1561, le souverain Pontife, par sa bulle Exponi nobis, donnait à ses faveurs encore plus d'extension. ) |

H survenait souvent des querelles entre les universités et les colléges de la compagnie, parce que cellescirefusaient de conférer les grades de maitre ès-arts et de docteur, soit aux jésuites, Soit à leurs écoliers. Le seul motif allégué par les universités était qu'ils n'avaient pas étudié sur leurs bancs.

(1) La caune est un: mesure d’un pen plus d’un mètre.

Ainsi on plaçait déjà le monopole de l'instruction en lutte avec la liberté: d'éducation. L'enseignement des jésuites était gratuit partout et en tout. Mais, pour recevoir les distinctions honorifiques que vendait l'université, il fallait s'astreindr'e à des dépenses excédant les moyens pécuniaires de la plupart des jeunes gens, qui avaient plus de science que de rentes, D’autres répugnaicnt à prendre leurs grades, parce que, dans certaines villes, on exigeait un serment en désaccord avec leurs croyancesou avec leurs principes. Laynès comprenait les difficultés de la position.

Il supplia le Pape de délivrer les membres de la société et'leurs élèves de pareilles entraves. Pie IV accorda au général de la compagnie pr'o temporeexistenti, c'est-à-dire à perpétuité, le droit de conférer par lui-même ou par ses délégués les grades de bachelier, licencié, maître ès-arts et docteur. Ce droit, avec tous les priviléges annexés, concernait les religieux de l’ordre, les écoliers externes dans l'indigence et même les écoliers riches, si les Universités refusaient de les recevoir ; à la condition, toutefois, que les riches leur payeraient la taxe établie.

Cette bulle, sollicitée et obtenue-par Laynès, était. dans beaucoup de cas, un bienfait pour la jeunesse ; mais elle mettait la compagnie en hostilités flagrantes avec toutes les Facultés. D'un côté, par la bulle du 13 avril 1560, ils se montraient en opnosition avec les Ordres Mendiants; de l’autre, par la bulle du 19 août, ils n’avaient plus à attendre des corps enseignants qu'une guerre à mort. Cette multiplicité d'antagonistes n’intimida point la compagnie de Jésus.

Au moment de partir pour le colloque de Poissy, Laynès sentit qu'il ne devait pas fournir aux cal-

vinistes une arme qu’ils sauraient bien placer entre les mains de l’université. On ne fit pas d'abord grand bruit de cette bulle. Ce silence est une concession, selon les uns ; une finesse diplomatique, selon les autres. Laynès n’en parla point au colloque de Poissy, et ce fat un tort qu'il se donna aux yeux d'ennemis implacables. Les jésuites renonçaient en France à tout.privilége qui porterait atteinte aux lois de l'Etat. Il n’y avait qu’à examiner si ce privilége beaucoup plus favorable à la liberté d'enseignement qu'à la compagnie de Jésus, blessait, en quelquepoint, les lois ou coutumes du royaume, et tout était dit.

Le cardinal Hippolyte d’Este et Laynès arrivèrent à Paris le 16 septembre 1%61.

Une seconde génération de jésuites avait succédé à la première. Formée par Ignace lui-même à l’apostolat , elle s'élançait contre les calvinistes, qui enfin levaient le masque. Henri IT avait trouvé une mort cruelle au milieu des fêtes du tournoi donné le 4°" juillet 1559 à l’occasion du mariage de sa fille, la princesse Elisabeth, avec Philippe IT d'Espagne. Dans ces circonslances, une main forte seule aurait pu triompher des obstacles. Au lieu de cette puissance de volonté que François I°* et Henri EI avaient déployée, sans cependant parvenir à comprimer l'hérésie , le royaume se voyait confié à la garde d’un roiencore enfant, et aux ruses d’une Italienne que son caractère, bien plus que son titre de reine-mère, investissait d’une suprême autorité.

Catherine de Médicis avait de grandes qualités. Elle était étrangère ; mais , en France , ce n’était qu'une chose fort ordinaire et à laquelle les peuples s’accommodaient facilement. Les reines devenaïent Françaises par la maternité. À l'exception d’Isabeau de

Bavière, toutes, depuis Blanche de Castille jusqu'à Catherine, se faisaient gloire de répudier la politique de leur patrie pour adopter celle de la France, l’héritage de leurs enfants. Catherine resta fidèle à ce principe ; mais, intrigante et adroite, elle crut qu'il lui serait possible de tromper les deux partis et de consolider son pouvoir en s’efforçant de souffler la discorde entre eux. Les catholiques et les calvinistes ne se laissèrent pas prendre au piége. Les catholiques avaient pour chefs le roi, les Montmorency et les Guise. Par la prise de Calais sur l'armée anglaise, les Guise venaient de rendre à la patrie un de ces services que les nations ne doivent jamais oublier. Avoir eu l'honneur de mettre la dernière main à l'œuvre de du Guesclin, le bon connétable; avoir chassé l'Anglais du sol de France, c'était, pour une famille française, un si grand titre à la popularité, qu'alors le duc de Guise et le cardinal de Lorraine étaient à peu près les arbitres du royaume. Ils commandaient, ils gouvernaient, et les catholiques se montraient fiers, comme le vieux connélable de Montmorency et le maréchal de Saint-André, de suivre la ligne qu'ils traçaient.

Les Huguenots marchaient sous la bannière du prince de Condé et de l'amiral de Coligny; les concessions que ces derniers arrachaient au pouvoir, l'amour de la nouveauté et, plus que tout cela, les calomnies fondées sur quelques abus trop évidents, avaient donné aux doctrines de Calvin une funeste prépondérance.

‘Les Jésuites avaient vu le mal ; leur Société était frappée de proscription presque en naissant par l'université , l’évêque de Paris et le Parlement. Condamnés à ne pouvoir former d'établissements publics

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