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en France, ils s'instruisaient pour instruire les autres, selon le conseil de Sénèque; ils avaient fait les morts, ne se rebulant jamais et espérant toujours, Ainsi s'écoulèrent quelques années. Le trépas imprévu de Henri IT, les événements que cette fin tragique devait hâter, les décidèrent à sortir de leur retraite de Saint-Germain-des-Prés. «Ils crurent; ainsi que. le remarque l'historien de Thou. leur adversaire (1), qu'il fallait s’'accommoder au temps; et, dans l'espérance que la° haine qu’on avait conçue pour le nouvel Institut s’adoucirait peu à peu, ils gardèrent un profond silence jusqu’au règne de François II. Alors les Guise, qui les favorisaient de tout leur pouvoir, étant à la tête des affaires, les Pères recommencèrent leurs poursuites, »
Il y avait alors à Paris un membre de la Compagnie de Jésus qui unissait le zèle à une grande dextérité dans les affaires; c'était Ponce Cogordan, que, s’il faut en croire Etienne Pasquier (2), «Charles, cardinal de Lorraine, en ses communs propos, disoit être le plus fin négociateur qu'il eût jamais vu, et en avait vu plusieurs.» Cogordan fait sentir aux princes et à la reine-mère qu'il devient indispensable d’opposer une digue au torrent hérétique. Cette digue, qu'il est impossible de trouver dans le clergé de France, il la montre sortant de la Société de Jésus, instituée pour combattre les sectaires. Le conseil du roi comprend ces raisons; il se décide à faire entériner les lettres patentes de Henri II qui, depuis huit
(1) De Thou, t. III, Liv. xxXxVIr,
(2) Catéchisme des Jésuites, liv. I, chap. 1v.
années, restaient au greffe du Parlement. Le 12 février 1560, injonction lui est faite de confirmer la Compagnie de Jésus; le Parlement résiste, var déjà il comptait dans son sein quelques Calvinistes et plusieurs conseillers partisans secrets du Protestantisme. Le 25 avril suivant, le Roi expédie de nouvelles lettres patentes ainsi conçues :
« Le roi, après avoir fait voir enson privé conseil les remontrances de la Faculté de Théologie, et entendu que ladite Compagnie avait été reçue ès royaumes d’Espagne, Portugal et en plusieurs autres pays, et qu’en icelle Société pourront être nourris personnages qui précheront, instruiront et édifieront le peuple tant en ladite viile de Paris qu'ailleurs, mande à ladite cour de procéder à l'homologation et vérification desdites bulles et- lettres, nonobstant lesdites remontrances faites par ladite cour et par l'Evêque de Paris. »
Le Parlement et l'université ne setirirent pas pour battus; ils connaissaient la faiblesse du pouvoir : ils essayèrent de résister avec des formes légales. Le Parlement ordonna que « lesdites bulles, lettres du roi et statuts desdits escoliers et. société, s’'aucuns y a, seroient communiqués à l’évêque dé Paris diocésain, pour. lui ouf, être ordonné ce que de raison.» La Faculté de théologie avait seule répondu pour toutes les facultés; on crut qu’une assemblée des quatre corps enseignants ferait autorité ; ils se réunirent au mois d'août 1560, et ils conclurent à la nonadmission du nouvel Institut. « Il n’est propre, dit l'arrêt, qu'à en imposer à grand nombre de personnes, et principalement aux simples ; il a des priviléges exorbilants de précher. il n’a aucunespratiques particulières qui le distinguent des laïques et des
bommes du commun , et il n’est approuvé par aucun concile universel ou provincial. »
Dans ces chicanes il 1vait plus de petitesse que de véritable opposition. Cosordan et ses compagnons n'eurent pas de peine à désrèler l'intrigue ourdie par l'Université pour associer à ses répugnances l'Eglise Gallicane. L'université s'appuyait sur les priviléges accordés par les papes à la Compagnie de Jésus. Dans une requêle adressée au roi, « les Pères et écoliers de ladite société de Jésus demandent à être reçus à Paris et dans le royaume de France, à la charge, y est-il dit, que leurs priviléges obtenus du Saint- Siége apostolique , et leurs statuts et règles de ladite compagnie ne soient aucunement contre les lois royales , contre l'Eglise Gallicane , ni contre les concordats entre notre Saint-Père le Pape et le Saint- Siége apostolique d'une part, et la majesté du roi, le royaume , d'autre ; ni contre tous droits épiscopaux ni parochiaux, ni pareillement contre les chapitres des églises, soit cathédrales , soit collégiales, ni aux dignités d'icelles; mais seulement qu'ils soient reçus comme religion approuvée avec la susdite limitation ei restriction. »
Les difficultés légales faites par la magistrature, par Eustache du Bellay et par l’université étaient donc levées. Cet acte de renonciation à leurs priviléges plaçait les jésuites dans une position inexpugnable. On arguait des faveurs que Rome leur avait accordées ; ils les abandonnaïent aussi explicitement que possible. Leurs antagonistes virent qu'ils ne pouvaient plus parer le coup ; ils se soumirent de mauvaise grâcé, mais seulement sur un ordre du roi à la date du 51 octobre 1560, et sur une lettre impérative de Catherine de Médicis, qui , le 8 novembre.
1e ns ar se es ns ers s à ntlite lois onintroi, SCO-
commentait au Parlement ce que le roi son fils avait ordonné.
L'université et le Parlement abritaient leur opposition sous la crosse épiscopale d'Eustache du Bellay. Ce prélat, vaincu dans ses derniers retranchements par le désistement des jésuites, et pressé par A | la cour, dont il espérait un chapeau de cardinal, con- à sentit enfin à l'admission de la compagnie de Jésus ; L: mais dans son cœur il régnait trop de désespoir de sa défaite pour qu'Eustache du Bellay n’attachât pas à un acquiescement des restrictions qui er infirmaient l'effet à ses yeux.
Les jésuites s'engageaient devant le roi; ils promettaient par acte officiel d'accepter et de suivre les lois du royaume et celles de l'Eglise Gallicane sur la juridiction de l'ordinaire. L’évêque de Paris ne se contenta pas de cette promesse, que relataient en détail les lettres patentes de François IT et celle de la reine-mère ; il ne céda le champ de bataille qu’en faisant ses réserves sur tous les points de juridiction et en demandant «que lesdits Pères soient reçus par forme de societé et de compagnie seulement, et non de religion nouvelle, iesquels seroat tenus prendre un autre nom que Jésus ou Jésu'tes, qu'ils ne pourront faire aucunes constitutions nouvelles, changer ge altérer celles qu'ils ont jà faites. »
Ces excès de précautions étaient une arme à deux tranchants dont les calvinistes et le Parlement espéraient bien un jour se servir et contre les jésuites et contre les évêques de France. Les Calvinistes voyaient qu'il était impossible de s'opposer à l’entérinement des lettres patentes concernant la société de jésus ; par le mal que ces Pères avaient fait à l'hérésie, on appréciait celui qu'ils allaient lui faire lorsque , léga-
lement établis dans le royaunte, ils, pourraient fonder des colléges et couvrir la France de ieurs prédi: cateurs.. El était interdit aux hérétiques de leur fermer l'entrée du royaume : les hérétiques voulurent au moins leur susciter des obstacles continuels et les mettre sans cesse en désaccord apparent avéc les évêques, si susceptibles sur leurs prérogatives. Le calcul des sectaires était juste; nous verrons avec quel art ils surent profiter de la passion d'Eustache du Bellay, qui à Paris proscrivait les jésuiles , tandis qu'à Rome le cardinal son oncle se montrait un ‘ie leurs défenseurs Les plus éclairés.
L'évêque ue Paris, sous ioutes réserves, recevait les Pères de la compagnie dans. son diocèse, qui devenait pour eux une espèce de lazaret, où, pour obtenir ia libre pratique . ils n'avaient qu'à attendre son bon plaisir. Le parlement suivit la même marche, et le. 18 novembre 1560 il adhéra en ces térmes à la volonté du roi :
« Ce jour, les gens du roi, par M. Baptiste du Mesnil. avocat dudit seigneur, assisté de M. Edmond Boucherat, aussi avocat de Sa Majesté, ont présenté à la cour les lettres missives du roi et de la reine sa mère, ci-après .insérées , pour le fait de la vérification tant des lettres patentes du feu roi que des lettres du roi à présent régnant, contenant l’homologation et approbalion des bulles, priviléges et institution de l’ordre et religion de la Compagnie de Jésus ; qui ont dit, quant à eux. attendu la déclaration faite par les prêtres , religieux et escholiers dudit ordre , qu’ils n’entendent par leurs priviléges préjudicier aux lois royales, libertés de l'Eglise. cracordats faits entre Notre-Saint. Père le Pape, le Siint-Siége et ledit seigneur roi, ne contre tous
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droits épiscopaux et parochiaux , ne semblablement contre les chapitres, ne autres dignités, consentent l'approbation desdits priviléges ; sauf où en après ils se trouveront dommageables ou préjudiciables aux droits et priviléges ecclésiastiques, de requérir y être pourvu. »
Le Parlement, on le voit, se montrait aussi récalcitrant que l’évêque de Paris. François IT allait mourir; il expirait le 5 décembre 1560. Comme dans toutes les morts inattendues qui viennent compliquer ou
- évoquer des révolutions , soit de palais, soit de peu-
ples, le trépas de ce jeune roi fut attribué à ceux qui paraissaiént y avoir intérêt. On chargea les Calvinistes de cet attentat improbable, on les accusa d’avoir administré une dose de poison qui produisit la langueur mortelle sous laquelle succomba le débile époux de Marie Stuart. |
Il y a dans l'histoire tant de forfaits prouvés qu'elle ne peut pas admettre ceux qui ne reposent que sur de vagues soupçons. Pour incriminer un grand parti ou un homme de ce parti, il ne s’agit pas de présomptions; des preuves matérielles sont nécessaires. Ici les preuves manquent. Sans doute parmi les Calvinistes , ainsi que dans toutes les factions prenant les armes au nom d’un principe religieux ou politique, il sera toujours aisé de faire surgir un monstre; mais ce monstre, souvent en proie à un fanatisme isolé, laisse après lui une trace de honte que ses coreligionnaires s'empressent d'effacer par des protestations auxquelles l'histoire doit ajouter plus de foi que les passions de l’époque.
La mort de François II ne changeait rien à la si- {uation des affaires; sa mère et les Guise gouvernaient sous son nom. Cette mort les investissait d'un
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pouvoir plus régulier, car Charles IX était mineur et Catherine de Médicis devenait régente par le droit.
Un des premiers actes de la reine fut de donner enfin aux jésuites salisfaction complète.
Guillaume du Prat, en mourant, avait légué à la compagnie une partie de sa fortune. Ce legs éfait destiné, selon le vœu de l'évêque de Clermont à l’entretien des colléges de Billom et de Paris, La détresse de ces maisons était profonde, les exécuteurs testamentaires refusant de céder les biens tant que la société ne serait pas reconnue.
Le 22 février 1561, une nouvelle injonction est adressée par le roi au- parlement ; on y lit: « Ayant Sa Majesté avec la reine-mère connu la grande fàcherie desdits religieux, et trouvé que ladite société ne peut que porter un grand profit à la religion et utilité à la chrétienté et au grand bien de son royaume, sur quoi la reine, sa mère, par l'avis de son conseil, mande très-expressément ledit sieur de Saint-Jean signifier aux magistrals sa dernière et totale volonté, qui est que ladite compagnie soit reçu à Paris et par tout le royaume, suivant toujours la déclaration faite par lesdits religieux. »
Tandis qu'à Fontainebleau le roi Charles IX adressait sa lettre de jussion au Parlement, dont les troùbles inséparables d’une régence paraissaient encourager les résistances, Ponce Cogordan excitait la reinemère, les cardinaux de Lorraine, de Bourbon ct de Tournon à prendre parti en faveur de l'Institut. Il obtenait d'sux de pressantes recommandations auprès des membres influents du Parlement. Eustache du Bellay était à moitié vaineu. Il ne restait plus que cette cour de justice ; mais les Huguenots avoués ou
secrets (1) qu'elle comptait sur ses bancs, et surtout cet esprit d'opposition aux ordres du roi, se transformant si vite en révolte lorsque le pouvoir royal était mal affermi, ne permettaient pas au père Cogordan de beaucoup espérer de l'intervention de ces hauts personnages. Le 4 mars 1561, Charles IX à la prière des jésuites, intimait ordre de recevoir la compagnie, ou d'exposer les motifs de refus dans le délai de quinze jours.
Cet ordre était péremptoire ; il ne permettait plus de faux-fuyants. Ponce Cogordan est appelé devant la cour. « Apprenez-nous, hommes nouveaux que vous êtes, lui dit le premier président Gilles Le Maitre, avec quelles ressources vous vivrez dans ces temps de calamité où la charité de plusieurs s'est refroidie ? »
— « De plusieurs, oui, répond le Père; de tous, non. Le Seigneur ne refusera jamais le nécessaire aux pauvres qui le servent avec piété et droiture ; qu’ils soient tels par Choix ou par nécessité, peu importe. »
A ces mots, le président saisit le décret de la Sorbonne ; ilen commença la lecture, et à Chaque phrase,
(1) Le Conseiller-Clerce Anne du Bourg avait été, en 1559, déclaré hérétique et dégradé du sacerdoce par l'Évêque de Paris, qui l'avait livré au bras séculier. Après l'assasinat du président Minard, un de ses juges, du Bourg fut pendu et son corps brülé en place de Grève le 20 décembre 1559. Cette exécution d’ua membre du Parlement de Paris n’empêcha point l’hérésie de faire des progrès même dans le sein du Parlement. Le martyre pour le Calvinisme cffrayait les autres; mais ils cherchuient à lui marquer leur zèle, soit en entravant les mesures prises par Je gouvernement, soit en favorisant sous main les Sectaires.
ils'arrétait : « Qu’avez-vous à répondre ? » disait-il à Cogordan.
Cogordan, suivant Pasquier et le cardinal de Lorraine, était un très-habile négociateur. Il avait beaucoup de suite dans les idées, un grand sens, et une franchise qui n’excluait pas la connaissance du cœur humain. Il parla avec un abandon si éloquent de confiance, que la cour décida qu'elle en référerait à la Sorbonne. Mais ce triomphe n'était pas le seul que Ponce Cogordan remportait : il avait dévoilé la plaie que l’université et le calvinisme étaient intéressés à envenimer, Quelques membres de la cour affirmèrent qu'après avoir lu les bulles des papes ils reconnaissaient que tout ce que renfermait le décret universitaire était toujours futile et souvent erroné. L'affaire fut renvoyée aux états-généraux ou au futur concile national. Néanmoins le parlement déclara que, par ce renvoi, il n’entendait point priver la Compagnie de Jésus du droit d'entrer en possession des legs à elle faits par l'évêque de Clermont.
L'université et le Parlement ne cédaient donc qu’à la force morale. Dans les provinces, il n’en était pas ainsi. Les consuls de Billom chargeaient des députés de parcourir les principales villes de l’Auvergne et d’en obtenir des adhésions en faveur d’un ordre religieux qui leur paraissait si utile, La noblesse d'Auvergne avouait hautement : « À moins que le roi veuille que toute la province devienne hérétique, il est urgent d'admettre la Compagnie de Jésus. »
Si la noblesse d'Auvergne tenait à conserver intact, par les jésuites, le dépôt de la foi, elle avait complétement raison. Le protestantisme ne fit des progrès que dans les villes où ils ne purent le com-
battre; et, en suivant pas à pas le récit des événements, on est inévitablement conduit à celte conséquence.
Leurs combats sont consignés dans les archives mêmes du catholicisme ; c'est done là qu'on doit aller en chercher la preuve. Car, par des motifs peu en rapport avec la vérité historique, les annalistes se sont efforcés de passer sous silence ou d’atténuer ce que firent alors les jésuites, que l'évêque de Paris et l'université accusaient tantôt de papisme, tantôt de doctrines nouvelles, quelquefois même d'hérésie. Avant de parler du Colloque de Poissy, nous allons jeter un rapide coup d'œil sur leurs travaux.
La mort d'Henri IT avait enhardi les protestants. Robert de Pellevé, évêque de Pamiers, a, dès l’année 1559, appelé les Pères dans son diocèse pour opposer leur logique à l'entratnement des calvinistes. Les calvinistes, qui. en demandant la liberté pour eux: n'accordaient aux autres que l'esclavage, tel que leur maître de Genève l'entendait, $e révoltent à la seule idée qu’ils vont rencontrer dansles montagnes de l’Ariége des adversaires que le bruit n'intimidera pas. L'évêque Robert de Pellevé devient le but de leurs insultes; mais, sur ce théâtre de luttes acharnées, paraît le père Émond Auger.
IL était de l’école même d'Tgnace de Loyola, Né en 1551 dans un village près de Sézanne en Brie, il en: tra au noviciat de la compagnie à Rome. Vif, impétueux, ce jeune homme, avec ses saillies toutes françaises et son enjouement poétique, dont la religion ne parvenail pas à étouffer les éclats, tourmentait la patience des Italiens. Il mettait leur gravité à de rudes épreuves; mais Loyola, qui, mieux que les pères romains, avait compris tout ce que ce caractère si
communicatif renfermait d'énergie et d'application, semblait l'avoir adopté comme un fils. Il espérait que l'excellence de son cœur triompherait des étourderies de la jeunesse, et, lorsque Auger eut achevé son noviciat, le général lui donna la chaire de poésie au collége romain. Il la remplit avec distinction, ainsi que d’autres emplois analogues; puis après la mort d'Henri 11 de France, Laynès, à la demande de plusieurs évêques, le renvoya dans ce royaume. Il y arriva avec les pères Jean Roger et Pelletier.
Les voilà à Pamiers au mois d'octobre 1559 ; l'éveque était absent : ils ne trouvent point deprotecteurs, point d'amis dans la ville, mais des Huguenots tout prêts d'avance à rendre inutiles leurs efforts ou des hommes indifférents qui font cause commune avec les Sectaires.
Auger et ses compagnons ne se découragent point; les Calvinistes les accusent d'être dévoués au Pape de Rome: les jésuites acceptent l'accusation, ils s'en font gloire, et, malgré les répulsions dont ils se savent l'objet. malgré les dangers qui les environnent, ils montent en chaire. Leur conviction avait quelque chose de si profond que bientôt les catholiques ne consentent plus à subir la loi dictée par les protestants. La réaction s'opère. L'évèque de Pamiers avait appelé Emond Auger et Pellelier pour fonder un collége: le collége est établi. Les jeunes gens y accourent; mais ils apportent avec eux les Psaumes de Marot, quelques chansons impures et le catéchisme de Calvin, seuls livres mis à leur disposition.
Les jésuites avaient des auditeurs, il ne leur restait plus qu'à en. faire* des chrétiens. Pelletier et Emond ne reculent pas devant la tâche qui leur est préparée: ils prêchent. ils enseignent ; la jeunesse
qui les écoute se montre docile à leurs instructions.
Le comté de Foix était en même temps une autre contrée ouverte à leur zèle ; le Calvinisme y faisait de rapides progrès : il pénétrait partout, trainant à sa suite le sacrilége et la profanation. À Toulouse la sédition se coalisait avec l'hérésie. Pelletier accourt; il s'adresse à ces imaginations m‘ridionales ; pendant tout le carême il leur fait passer sous les yeux les leçons Îles plus frappantes de la religion. Sa parole'vibre avec tant d'onction au cœur des Toulousains que l'hérésie comprit enfin que cette ville n'était plus tenable pour elle,
Pelletier et Auger s'était révélés les adversaires du calvinisme. Le cardinal de Tournon les appelle à lui. Il'avait, en 1542, fondé un collége dans la ville dont il portait le nom; mais ce collège, placé sous les auspices d'un prince de l'Eglise, était tombé entre les mains de professeurs qui, à l’aide des belles-lettres, faisaient couler le venin de l'erreur dans l'âme de leurs élèves. Le cardinal sentit le besoin de remédier à ces excès; il cherchait des hommes dignes de sa confiance, quand Pierre de Villars, évêque de Mirepoix, lui conseilla d'introduiréles jésuites à Tournon, dans cette province du Vivarais où déjà calvin comptait tant de sectateurs. Le conseil fut suivi : Emond Auger reçut ordre de combattre sur ce terrain.
Dans l'année 1559, la ville d'Annecy devient la proie des novateurs; le père Louis Codret s’y présente, il fait entendre les vérités du salut à des chrétiens que l’aimable pièté de François de Sales maintiendra plus tard dans la foi de l'Eglise. 11 triomphe de tous les empêchements; puis, après avoir préservé Annecy de la contagion calviniste. Codret offre un nouvel aliment à son ardeur.
En 1560, le protestantisme, gardé dans quelques familles comme un secret, et, par cette espèce de mystère, attirant à sa cause de plus nombreux prosélytes, n'invoquait plus la tolérance; il l'imposait par ses prédicateurs, il menaçait même de l’imposer par les armes. À Marseille, à Avignon, et dans la plupart des villes du Midi, aujourd’hui si catholiques, tout était en feu. Les provinces du Nord se voyaient aussi agitées ; mais, dans ce chaingemeut de culte qui est une révolution, il surnage un fait qu'il ne faut pas oublier. Partout où les jésuites purent pénétrer. en Auvergne, en Languedoc, par les villes de Billom. de Mauriac, de Rodez, de Toulouse, de Pamiers et de Tournon, l’action protestante fut beaucoup moins décisive. Elle trouvait là des contradicteurs dont l’éloquence, dont lés vertus ne laissaient guère de prise aux sophismes ou à des reproches mérités,
CE at | CHAPITRE VIN.
Arrivée du cardinal de Ferrare et de Laynès au Colloque de Poissy. — Les Catholiques et les Huguenots. — Conditions mises à l’admission de la Compagnie de Jésus. — Acte d’admission. — Théodore de Bèze et Pierre Martyr. — Discours de Laynès. — Laynès et le prince de Condé. — Le Roi et la cour n’assistent plus aux conférences. — Lettre de Calvin sur le Colloque.— Mémoire demandé à Laynès par le prince de Condé pour la réunion des deux religions. — Mémoire de Laynès à la reine régente pour empêcher les Réformés d’obtenir des temples. — Prévoyance politique de Laynés. — Enregistrement de Pacte de Poissy au Parlement.— Premiers succès des Jésuites dans l’enscignement constatés par Du Boulay, greffier de l'Université, par d’Alermbert et par Ranke. — Interrogatoire de Ponce Cogordan au Parlement. — Procès avec l'Université. — Étienne Pasquier et les avocats de l’Université. — Versiors avocat des Jésuites. — Le Père Auger à Valence. — Ilest fait prisonoier par le baron des Adrets. — Le Père Pelletier à Pamiers. — Les Jésuites Possevin et Auger à Lyon. — Peste dans cette ville. — Le vœu des Lyonnais. — Possevin en Savoie. — Ses prédications. — Guerre dans les vallées, — 1lest ambassadeur d’Emmanuel Philibert auprès de ces populations. — L'Université de Louvain suit exemple de celle de Paris, -— Résistance du Conseil de Brabant à l'admission de la Compagnie. — Ses succès dans les provinccs rhénanes. — Dévouement des Jésuites pendant la peste, — Canisius à la diète de Petrikaw en Pologne, — Ses henrenx efforts en faveur de la Religion. — Il convertit Agricola — Diète d’Augsbourg. — Cunisius en Souabe. — Le cardinal Truschez donne aux Jésuites l'Université de Dillingen. — Le Père David Wolf nonce du Pape en Irlande, — Le père Nicolas Gaudan nonce en Écosse, — Marie Stuart, — Le Pape Pie IV momentanément opposé à la Compagnie, — Causes secrètes de ce mécontentement, — Calomnies répandues contre les Jésuites. — Le Père Ribéra et le cardinal Charles Borromée, — Laynès justifie sa Compagnie. — Bref du Pape à l'Empereur Maxiinilien pour détruire les bruits répandus. — Le Séminaire Romain est donné aux Jésuites. — Protestation de quelques membres du Ciergé Romain, — Mort de Laynés.
Telle était la situation de l'Eglise et de la Compagniede Jésusen France, lorsquele cardinal Hippolyte d'Este et Laynès se rendirent au colloque de Poissy, ouvert depuis le 51 juillet 1561. Comme toutes les Dièles germaniques dont Charles-Quint avait été le promoteur, cette assemblée ne devait porter aucun fruit. La reine-mère, régente du royaume, y assistait avec le roi charles IX et toute la cour. Ce concile national avait pour président le cardinal de Tournon. Les cardinaux d'Armagnac. de Bourbon, de Lorraine, de Chatillon et de Guise, quarante Archevéques et évêques, un grand nombre de doc‘eurs et de canonistes, parmi lesquels on compte Salignac, Couteiller, Despance, Vigor, Dupré, Sénéchal, de Saintes et Ciry, prenaient part aux discussions. Le chancelier de l'hopital portait la parole au nom de la Couronne ; le roi de Navarre et le prince de Condé y représentaient les Huguenots, que les actes du Colloque nomment les Dévoyés de l'Eglise. Les principaux ministres calvinistes étaient Théodore de Bèze, Pierre Vermigli dit Martyr. vieillard décrépit e: invétéré des mauvais jours (1); Jean Malo, de la Tour, Raymond, Nicolas des Gallards, Claude de la Boissière, Barbançon, Gabriel du Housset, Marlorat et Jean de l'E pine. Le 9 septembre, cts ministres furent introduits dans l'assemblée : huit jours après. le légat du Saint-Siége, accompagné de Laynès et de Polanque admoniteur du général des Jésuites, y prit place.
Le voyage de Laynès avait. deux fins : la réception
(1) Senexz decrepitus et inveteralus malarum dierum. (4etes du Clergé de France, t. 1, p. 25, édit. in-fol. de 1767).
1palyte ISSY, les é le Icun ssiscon- | de bon.
) Ar- ‘eurs Nac, . de ,. Le de la idé y Colrinci- Bèze, , inour, Boisat et rent légat olanprit
tion
de son ordre en France, et la possibilité de mettre un terme à une réunion dont le Pape comprenait tous les dangers.
Les Jésuites placèrent sous les yeux des prélats et des grands du royaume convoqués à Poissy les témoignages que les pères répandus en France avaient obtenus des principales villes. Ces attestations de leurs bonnes mœurs et de leur doctrine dissipèrent les doutes. Les Cardinaux de Tournon , de Lorraine, de Bourbon, d'Armagnac et de Guise se portèrent forts pour un Institut dont ils avaient été à même plus d'une fois d’éprouver la science ; le seul Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, évèque de Beauvais, s’opposa à leur réception; mais déjà ce prélat, huguenot dans le cœur, méditait son apostasie et son mariage. Les princes et ministres calvinistes se servirent donc de lui pour dicter à la Compagnie de Jésus d'onéreuses conditions. L'’évêque de Paris et les membres de l’université combattirent et parlèrent a peu près dans le même sens. Cependant Eustache du Bellay, rapporteur de cette affaire, se montra moins hostile que les années précédentes. En 1554, l'Institut lui paraissait étrange et aliéné de raison; en 1561, il l’acceptait avec les réserves que l'acte d’admission va contenir.
La compagnie désirait d'entrer à tout prix, car elle savait qu’en Fränce le temps a toujours raison; elle se soumit aux restrictions qu'on lui imposait, et le décret suivant fut promulgué trois jours avant larrivée de Laynès :
« L'Assemblée, suivant le renvoi de ladite cour de Paris, a reçu et recoit, approuvé et aprouve ladite société et compagnie par forme de société et de collége, et non de religion nouvellement instituée, à la
charge qu’ils seront tenus prendre autre titre que de société de Jésus ou Jésuites, et que sur icelle dite société ou collége, l’évêque diacésain aura toute superintendance, juridiction et correction de chasser et ôter de ladite compagnie les forfaiteurs et malvivants ; n’entreprendront les frères d'icclle compagnie et ne feront ne en spirituel , ne en temporel , aucune chose au préjudice des évêques, chapitres, curés, paroisses et universités, ne des autres religions ; ains seront tenus de se conformer entièrement à ladite disposition du droit commun, sans qu'ils ayent droit ne juridiction aucune, et renonçants au préalable, et par après. à tous priviléges portés par leurs bulles aux choses susdites contraires. Autrement, à faute de ce faire, ou que pour l’advenir ;:s en obtiennent d’autres, les présentes demeureront nulles et de nul effet et vertu, sauf le droit de ladite assemblée et d'autrui en toutes choses. Donné en l'assemblée de l'Eglise Gallicane tenue par le commandement du roi à Poissy, au grand réfectoire des vénérables religieuses dudit Poissy, sous les seing et scel du révérendissime cardinal de Tournon, archevêque de Lyon, primat de France, président en ladite assemblée, comme premier archevêque de ladite Eglise Gallicane, et revérend Père en Dieu M. évêque de Paris, rapporteur dudit fait, sous les sigr : de Nicolas Breton et Guill. Blanchey, greffiers et secrétaires de ladite assemblée, le lundi quinzième jour de septembre 1561.»
Quand le sort de la Compagnie de Jésus fut fixé, Laynès descendit dans l’arène avec les hérétiques; ils avaient dèjà rencontré dans le cârdinal de Lorraine et dans plusieurs évêques ou docteurs de rudes antagonistes. Théodors de Bèze, au nom de tous ses
e de
dite