‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 4 sur 51 · CON · texte numérisé non relu

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mande à son Fils, Jésus-Christ, chargé de sa croix. accepte son dévouement ainsi que celui de ses compagnons, et se tournant vers lui avec un doux regard: « Je vous serai propice à Rome, » dit-il.

A peine Ignace a-t-il recouvré le sentiment de la vie que, les traits encore tout enflammés de bonheur, il sort de la chapelle. Il fait part à Lefèvre et à Laynès du prodige dont il vient d'être le témoin et la cause. Jésus-Christ leur sera propice à Rome, soit pour les souffrances , soit pour le triomphe de leur ordre. Cet engagement que confirment la parole de Loyola et son œil inspiré ne tombe pas sur une terre stérile. Lefèvre et Laynès crurent au prodige. Plus tard, lorsque les exaltations du moment furent passées, lorsqu’à tête reposée Ignace faisait les constitutions de sa société, il écrivait encore en espagnol que le Père Éternel l'avait dans ce moment associé

- avec son Fils (1).

Quelques jours après cette vision, devenue célèbre dans l’histoire, parce qu’elle attacha aux enfants d'Ignace le nom de compagnie de Jésus. les trois Pères entraient à Rome. C'était au mois d'octobre

Sous le pontificat de Paul TITI (de la famille des Farnèse) le Saint-Siége avait beaucoup perdu de son prestige sur l’esprit des peuples. Aux yeux des fidèles, Rome était bien encore et plus que jamais le centre et le lien des nations chrétiennes, mais le vent de la révolte soufflait contre son autorité. Dans les jours de sa puissance, l’Eglise s'était endormie sur la parole de son divin pasteur. On l’avait vue se mettre à la recherche des gloires humaines et offrir un asile

(1) Quando el Padre Eterno me puso con su Higo.

à toutes les sciences, à tous les arls renaissants, EHe semblait, dans l'éclat de ses magnificences, vouloir encore dominer la terre par son Inxe commeelle la dominait par la foi. De nouvelles passions étaient nées au contact des grandes ehoses que réalisaient ou inspiraient les derniers pontifes. Les richesses du clergé avaient introduit parmi la plupart de ses mersbres un goût pour les plaisirs mondains qui quelqnefois aHait jusqu'à la licence.

Le triomphe de l’action religieuse dans l'univers ‘avait poussé à l'abus. L'abus conduisait à la réftexion ceux qui ne savent pas faire la part de tout ce qu’il y à d'humaine faiblesse, de vices même, selon les temps, d'ambition et d'avidité au fond des cœurs pour qui la perfection: ést un devoir. La réflexion amenait le doute. Du doute au schisme ou à l'hérésie il n’y a qu'un pas. Ce pas fut franchi. Rome vit tout à coup se séparer de sa communion plusieurs Etats de l'Allemagne. ta Suisse et PAngleterre. Lés idées de réforme germaient dans le Piémont, dans la Savoie et au fond des vallées alpines , comme sur lés berds du Rhin et dans la France. Roussel, évêque d'Oleron , les répandait sous la protection de. Marguerite de Valois, reine de Navarre. Elles avaient accès jusqu'en Italie, autour du patrimeine eeclésiastique; ear la duchesse de Ferrare , Renée , file de Louis XII, suivait à sa eour les leçons de Caivin. De là elles fermentaient dans la Romagne ; elles s’efforçaient d’enfermer la ville sainte comme dans un réseau.

Ce n'étaient donc pas les peuples qui se laissaient les premiers entraîner aux innovations. Les peuples alors abandonnaient aux monarques et aux grands le droit d'initiative. Le principe d'autorité n’était pas

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“Dans hs hautes régions du pouvoir, il n'en était plus ainsi. La puissance témporelle des papes, lent attion ‘sut les souverains , l'empire qu'ils éxerçaient au nom de la religion, et que parfois. au détriment mème de lEgtise , ils “faisaient tourner à l'avantage de leurs tailles > le luxe des uns, l'ambition des autres. l'austérité des vertus du plis grand nombre, tout cela réum en faisceau amassait contre la bar. que de saint Pierre une formidable tempête. Etlé s'étevait dans te éœur dés rois; elle germait dans Pesprit de quelques prêtres avides de nouveautés on séduits par l'amour du brait, Eñe s’élançait surtout des monastères on les désordres de toute espècé s'étaient introdüits. Il y avait de la jalousie chez quèl. ques-uns , de coupables passions chez plusieurs, de Pavidité chez tous. Tous comprétiaient à inerveñlle qu'en se séparant de l'unité ils devensient , par la violence , les possesseurs des biens éctlésiastiqu : dont Re: ctergé serait dépouillé par le fait même de la séparation.

Cette réflexion n'a échappé à personne, pas mérnè aox écrivains protestants. Robertson, au livre xt de son Æéstoire de Charties-Quint, ia met dans une évidence déplorable. Ce n'était pas un cuite plus vrai que les hommes, que les prêtres apostats invoquaient, :aaïs la confiscation des biens. Ts se les appropriaient en Angleterre et en France. Quant à l'Allemagne. l'auteur écossais s'exprime ainsi : « Comme les princes catholiques de l'empire hrent

observer exactement cetteconvention (1) dans toutes les:occasions, eile devint en Allemagne la plus forte barrière de l'Eglise romaine centre la réformation. Dès ce moment , les. ecclésiastiques n'étant. plus sollicités par l'appât de l’intérèt pour renoncer à lçur croyance, il ne s’en trouva que très-peu d'assez prévenus “en faveur de la nouvelle doctrine pour :y sacrifier les riches bénéfices dont ils étaient en possession.

Ainsi, au dire même d'un protestant , le Luthéranisme n’avait pris un aussi formidable accroissement que lorsqu'on lui promettait la spoliation. Quand elle ne fut plus autorisée, le culte réformé compta beaucoup moins de: sectateurs.

La révolution que. ce, changement de croyance amenait dans l'esprit des pauples. les conséquences que l'état monarchique de l'Europe devait en éprouver.ne modifièrent point les: secrètes pensées des souverains. Un moine apostat venait de donner le signal. . Des princes débauchés ou sanguinaires y répondirent ; princes aveugles qui s’effrayaient. de l'ambition de Charles-Quint , qui cherchaient à tout prix à abaisser sa puissance impériale. et qui ne voyaient pas que lui-même énervait son empireen ne se liguant pas avec eux contre l'ennemi commun. Alors l’adv-vsaire le plus redoutable des rois, ce n’était pas Charles-Quint avec ses chimères de monarchie universelle, François I°" avec ses chevaleresques entreprises , Henri VIII avec ses passions dé-

(1) La convention dont parle l'historien Robertson, ministre de l’église presbytérienne , est celle d’Augsbourg. Elle réserve au clergé catholique la disposition des bénéfices de tous ceux qui renonceront par la suite à la religion romaine. C’est ce qu’on appelle la réserce ecclésiastique.

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. L ; bordant comme un volcan dévorant tous ceux qu’elles atteignaient : ces convoitises, ces passions se rencontraient dans chaque siècle, Mais, ce qui ne s'était encore vu dans aucun , c'est cette inintelligence du pouvoir qui laisse l'esprit de liberté s'exercer: sur des questions religieuses sans prévoir qu'après. la religion on discutera les droits des souverains.

Il y a dans l’histoire des époques néfastes où les rois semblent emportés comme par un vertige. Afin de rester quelques jours de plus paisibles sur leurs trônes ébranlés , ilsyn’osent ni comprimer les. révolutions, ni en approfondir le p#ncipe ni y porter à l'instant. même le remède qui les étoufferait en germe, Ils se laissent vivre acceptant d'une main les transactions que leur cœur. repousse et. s’alliant de l’autre avec ceux qui, par la.nature de leur élévation, seront contraints plus-tard de.les combattre. Dans ces. époques qui: sé présentent au commence: ment de toutes.les révolutions, on voït d’autres monarques qui désertent leur propre cause pour se ranger par ambition sous la bannière des idées nouvelles. Ceux-là, comme en 1540 tous les, princes allemands qui embrassèrent le protestantisme, ceuxlà ne voient , ne comptent que l'heure présente. Ils ont sous la main des peuples en révolte contre l’autorité de Dieu. Ils flattent ces peuples , ils s’en servent, ils les approuvent dans leur apostasie , ils les

imitent lâchement. Quand les peuples ont vaincu.

ils tournent contre la monarchie les armes que les monarques leur mirent à la main contre Dieu.

: Ce sont ces fautes, véritables crimes des rois, que l'histoire doit signaler. : Dans l'erreur des masses , il n'y a qu'erreur ; un bras fort peut en triompher facilement. Dans la trahjson que les princes. font à

# HISTOTRE

tétrs devoirs, il y a forfaiture, puisqu'au Tea de préssentir le mal ils courent au-devant de lui st lui oavrent à deux battants les portes de leurs noyau: mes. Triste spectacle que de grands souverains , que d'habiles vapitaines donnaient au seizième siècle, et qui‘se renouvellera dans des temps postérieurs aveu ceux qui hériteront de leurs ouronnes et rarement de leurs talents.

La crise du protestantisme était sans aucun doute la plas dangereuse de toutes celles que l'Eglise avait eu à traverser. Les difficultés naissaient de la rruiti plicité des accusations , de la rapidns avec laquelle cés accusations se propagenient, ‘et surtout de l’'adhésion enthousiaste que les ioititudes y apportaient. On faisait vibrer à leurs oreilles des paroles d'mdé:pendance et de liberté. ‘Onles affranchissait du joug sacerdotal , des impôts: p} ‘élevés par le clergé; on leur montrait en perspect ve ces riches domainés que les ordres religieux avaient fécondés: on leur en promettait le partage. Les multitudes accouraient à ta suite des grands . et. comme eux , elles réclamaient à haute voix la destruction de l'Eglise.

L'Egtise avait dans son sein des ennemis encore plus acharhés : la corruption avait-pénétré jusque dans le sanctuaire; corruption affreuse, car elle em ployait mème les chosessaintes pour étendre partout son germe. Elle s'asseyait sur l'autel. elle régnait dans le clottre; elle fournissait aux sectaires leurs plus redoutables armes : car ce n'est pus la religion que le peuple discute, c'est son ministre ; c'est le prêtre. Or, le prêtre était parvenu à jeter des doutes sur la religion en se livrant lui-même sans frein et sans pudeur à tous les désordres contre lesquels il recevait mission de s'élever,

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Paul HIl s'alarma avec raison d'une situation qui me pouvait qu'aller en s'aggravant si des remèdes n'étaient pas employés sur-le-champ. Le mal régnait partout. dans la cour romaine , dans les divvèses, duns les couvents. 11 faHait l'extirper avant de songer à combattre victorieusement l'hérésies :

Pour entreprendre eétte œuvre de réforme il nomma, en 1538, une congrégation ‘composée de quatre cardinaux et de cinq prélats ou abbés : il choisit ces neuf personnages parmi les plus vertueux etles plus doctes. Les quatre cardinaux étaient Con torini. Sadolet, Caraffa et Polus; les cinq prétats , Frégosi, archevêque de Salekñes Jérôme Alexandre, archevèque de Brindes; Gibert, évêque de Vérone ; Cortesi , abbé de SaintGebrges de Venise, et Thomas Budia, Dominicainiet maitre du Sacré-Palais. Le Saint-Siége demandait à ces médecins qui vsnaient de sonder les misêres de la catholicité le moyen de cicatriser tant de plaies. Après avoir parlé

de tout ce que l’on doit émonder dans les différentes

branches de l'arbre ecclésiastique, ils ajoutaient :

« Un autre abus à corriger se présente dans les ordres religieux, parce qu'ils sont tellement corrompus qu'ils deviennent un grand scandale pour Îles séculiers et qu'ils nuisent beaucoup par leur exe: ple. Nous croyons qu'il est urgent de les abolir tous, sans cependant faire injure à qui que ce soit . mais en leur interdisant de recevoir des novices. De cette manière ils seront bientôt éteints sans porter préjadice à personne , et on pourra leur substituer de bons religieux. Quant à présent , nous croyons que le mieux serait de renvoyer des monastères tous les

- jeunes gens qui n'ont pas encore fait profession.

» Un autre abus trouble le peuple chrétien par

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