‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 5)Chapitre 10 sur 86 · L 41 HISTOIRE · texte numérisé non relu

L 41 HISTOIRE

rent vivant le souvenir de l’ancienne Compagnie; te

“Bélisaire collectif de l'Église qui, après avoir arraché

Ja Catholicité‘aux ‘étreintes du Protestantisme, ‘était

: «condamné:par un Pape à l’inaction et à la mort. En +apprenant'que la Société se ‘reconstituait, ils:aceou-

rurent à Rome. La liberté dont ils avaient joui ne servait qu’à leur faire mieux appréeier le bonheur de

‘Pobéissance.

Quelques mois se sont à peine écoulés depuis le 7 ‘août 1814, et déjà les Jésuites occupent les colléges de Terni, de Ferrare, d'Orvieto, de Viterbe, de Gal- Toro, de Tivoli, d’Urbin, de Fano et de Ferentino.

Par‘un:décret en date du 16 octobre 1815, Ferdi-

mand EN, duc de Modène, les ‘introduit dans ses

‘Etats: L'Italie dont les guerres dela ‘Révolution et ” de l'Empire viennent de bouleverser les lois et de

modifier les mœurs ‘est restée catholique tont ‘en

:‘:hangesnt de mattres.'Elle désire :consacrerile prin ‘tipe'ique l'oceupation ‘ennemie n’a pu vaincre, elle © demande ües:Jésuites. Afin @e répondre à ‘cette una

bimité, les-jeures-gens des meilleures familles, ceux ‘1quisdonvent:iles plus ‘heureuses ‘espérances, sepres Jsent:pour entrer ‘au :Novidiat de Saint-André. Cette

‘imeispniest spacieuse: elle né peut plus conteniriles

meostukants. En 4816, un second Noviciat se fonde à Reggio de Modène. L'année suivante, un troisième @8t.créé à Gênes. On se précipitait dans les nouvelles . Maisons dela Compagnie pour être admis au nombre sde #68: Profès; mais .cet empressement , que l'on ne put régulsriser-dans:les premières années, produisit

des abus aurquels il importait de remédier: La eonfusion s’établissait à la place de Torre. Lé ‘bien ‘se faisait au dehors, mais dans l'intérieur il n’en était pds ainsi. L'Institut ne parvenait point à s'asseoir sur ses vieilles bases et à retrouver son ancienne ‘discipline. Il se voyait menacé de dissolution au moment même où l'existence lui était rendue.

Les Noviciats garantissaient une certitude d’avenir, mais ils ne satisfaisaient aucun besoin du présent. Il fallait ÿ achever le temps des épreuves ét dés études, discerner la véritable vocation d’un premier enthousiasme et épurer' lalliage qui s'y était glissé. Les vieillards, dont une joie inespérée renouvelaïit la jeunesse comme celle de l'aigle, succombèrent en peu de temps aux labeurs que le courage ne trouva jamais au-dessus de ses forces. En moïns de quatre ans, ‘près de cinquante de ces vétérans moururent, léguant à leurs héritiers, comme tradition de famille, les anciens usages et l'esprit de YInstitut. Quelquesuns, tels qu'Andrès, Iturriaga et Doria, | laissaient des titres savants destinés à leur survivre, et le Père

Louis Felici un renom de vertus que Rome conservé

avec respeët. Ces vertus étaient devenues populaires,

parce que Feliei s'était toujou:s mis en Ml avec,

le peuple par les associations pieuses M

l'art de fonder et d'entrétenir. En 1819 l'Ordre de

Jésus perdait un de ses membres : celui-là avait été

souverain, et il s'appelait dans Fhistoire ‘Charles-

Emmepuel IV, roi de Sardaigne et dé Piémont.

Au mitiéu des cruelles épreuves que la fin du dixhuitième siècle accumulait sur la tête des Monarques, Charles-Emmanuel, né en 1751, avait été réservé à deux bonheurs bien rares dans l'existence d'un prince, Son éducation fut confiée au cardinal

Gerdil ; il eut pour épouse Clotitde de France. Les

calamités de l'Italie étaient à leur comble, lorsqu'en 1796 Charles-Emmanuel monta sur le trône. La résistance devenait impossible ; le nouveau Roi, partant pour l'exil, accourut saluer à la Chartreuse de Florence le vieux Pontife Pie VI, trainé lui-même en captivité. Le 7 mars 1802, il perdit cette Clotilde, dont la sainteté est un des plus beaux fleurons des couronnes de France et de Sardaigne. Le 4 juin de la même année , il renonça, en faveur de son frère Victor-Emmanuel, à un diadème qu’il n'avait ceint que pour suivre le deuil de la Monarchie. Retiré à Rome, il ne voulut plus entendre parler que des choses du ciel. Le Père Pignatelli et les Religieux les plus illustres des différents Instituts devinrent ses amis et ses commensaux. Quand la Compagnie de Jésus se vit rappelée à l'existence, il témoigna le . désir de lui consacrer ses derniers jours. Son vœu fut.enfin exaucé, et le 11 janvier 1815, il entra au Noviciat de Saint-André, sur le Quirinal. Il revêtit l’habit de la Société. Autant que ses infirmités le permirent, il s’astreignit de point en point à la règle ; il pria, ilmédita, tandis que les autres Monarques couraient dans les Congrès à la poursuite de leurs royaumes morcelés par la Révolution. Calme et heureux dans sa cellule, il laissait ses derniers jours s’écouler au milieu des Novices, qu'il aimait comme un père, et.à l'avenir desquels il s’intéressait avecun cœur de vieillard qui a vu gronder sur sa tête tous les orages. Le nouveau Jésuite ne vécut que quatre ans parmi les Frères qu’il s'était choisis. Il expira le 7 octobre 1819, et, comme il l'avait demandé, on l'ensevelit avec le costume de la Compagnie (1).

(1) Les Ministres de Victor-Emmanuel dominés par la sagesse. au siècle, n’osérent pas apprécier cette gloire de l’humilité

. Le 6 décembre 1818, Louis Fortis succéda au père Perelli dans la charge de Vicaire-général. Ce dernier était accablé par l'âge; et, dans la position des choses, l’on sentait plus que jamais le besoin de conserver lenerf dela discipline, ainsi que l’unité du gouvernement. Le père Sinéo fut choisi pour Provincial ; mais le 5 février 1820, la mort de Thadée Bzrozowski mit un terme à une situation exceptionnelle. Il avait désigné pour Vicaire-général le père Mariano Petrucci. Petrucci s'empresse d’accourir à Rome, il désigne quatre consulteurs pour suppléer à l'absence des assistants, et il fixe la congrégation générale au 4 septembre. Des difficultés de plus d’un genre s'offraient dans l'application des règles à suivre pour élire un nouveau chef. Pie VII consentit , le 2 juin, à valider, par la plénitude de sa puissance, les formalités que les circonstances ne permettraient pas de remplir. Les provinces nommèrent leurs députés à la congrégation; les uns franchissaient les Alpes, d'autresétaient déjà dans la ville pcntificale. Tout se disposait pour l'ouverture de l’assembiée, lorsque le 1er août, le cardinal Annibal della Genga, vicaire du Pape, écrit au nom de Pie VIT, que les Jésuites polonais forment une partie notible de la Société, et qu’on ne doit pas tenir sans eux la congrégation générale.

: Un espace d’un mois et demi leur restait encore ; les pères ne tardèrent pas à deviner que cette note

chrétienne et reconnaître le Jésuite dans le roi Charles-Emmanuol. Sur le mausolée qu’ils firent élever à la mémoire de ce Prince, ils inscrivirent tous ses titres souverains s ils oubliérent comme à dessein celui qui lui fut le plus cher, puisqu’il était descendu volontairement du trône pour mourir sous l’habit de la Compagnie de Jésus,

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du cardinal della Genga cachait un piége, Mariano Petrucei, sans consulter les Provinoiaux et les £legteurs, enjoint à ceux qui sont en route de suspendre leur voyage. Cette démarche étonne et inquiète les Jésuites; ils prient le Vicaire-général de sonder les intentions du Pape, le Vicaire refuse d'obtempérer à ce vœu. Rozaven alors sedécide à presser le départ

des Profès que la lettre de. Petrueei doit-arrèter ; ik:

leur mande de ne point tenir compte des ordres eontraires qu’ils pourraient recevoir. Accompagné des pères Sinéoet Monzon, il se présente au cardinaldella Genga ; ce dernier leur donne l'assurance qu'aussitôt l’arrivée des Polonais la congrgation s'ouvrira. Au commencement de sepiembre, ces pères touchent à Rome. Rien ne s'oppose plus à la tenue de l'assemblée. Mais, le 6, le cardinal della Genga mande * qu'il faut ajouter de nouveaux assistants à ceux déjà en exercice, et que, pour régler les difficultés touchant la congrégation, des commissaires seront normés. Les cardinaux della Genga et Galeff sont à leur tête. Le 14, trois nouvelles lettres de della Genga parviennent coup sur coup : la première confère au Vicaire-général toutes les prérogatives du chef de l'Ordre, et, selon qu'il l'a désiré, lle Ii adjoint d’autres assistants ; la seconde @éelareque, pour rémédier aux nullités et aux irrégularités, le Saiiit-= Père souhaite que della Genga et Gale président à l'élection ; la troisième resta secrète, | Les Jésuites connaissaient l'affection que le Pape portait à la Société ; ils savaient qu'il voulait cor:erver intactes ses Constitutions ; ils me conçurent : une même pas la:pensée de l'accuser ou de le soupçonner; mais l'intrigue leur semblait. évidente. Dans la manière d'agir, dans les .eatretiens de. Petrucci, ils trouvaient une preuve palpable de:sa partieipation.

5 A un ns Obs ms à à

Une mesure extrème pouvait seule sauver la Gompagnie d’un péril dont les eauses étaient encore pour eux ua mystère; la mesure fut adoptée. Les assistants. les Provinciaux , les Députés, au nombre de dix-neuf, adressent une supplique à Pie VIT. Deux Pères la remettent au cardinal Consalvi, secrétaire d'Etat. Consalvi était plutôt un grand diplomate, un homme du monde, qu'un ecclésiastique. IL.aimait peu les Jésuites, qu’il regardait comme un nouvel embarras politique, au milieu des complications de l'Europe. Mais il savait être juste ; il dédaignait de seconder de sa toute-puissante autorité un complot qui allait faire rejaillir sur la tiare le contre-coup d'une trame obscure. Il affirma aux deux Pères qu'il appuierait leur supplique, et qu’à partir de ce momeutils pouvaient regarderl'intrigue comme vaineue. Cette intrigue, dontle Vicaire-Général était l'agent, sans en mesurer la gravité, avait pour but.de modifier les Constitutions dans plusieurs de leurs points essentiels, et d'amener le Souverain Pontife, par Lassitude ou par dégoût, à laisser crouler le monument que ses mains ayaient réédifié. La discorde éclatant au sein de la Compagnie, au moment même où il s'agissait de procéder à l'élection d'un Général, sont forcer Pie VII au repentir. ou tout.au moins l'em pôcher de soutenir un Ordre qui ne savait pas ts uni, pour tècher de se montrer fort, Le calcul était habile; ceux qui l'avaient fait espéraient.que tout marcherait selon leurs:vues. Della Genga, dont la redigion avait été sunprise, se rangeait de leur côtés ils p'igsoraientpas que Consalvi,absorbépar lessoins du gouvernement extérieur, ne prendrait pas longtemps la défense .de la Compagnie de Jésus, ef que les eardinaux Mattei, Pacca et Galeffi ne pourraient: jamais faire prévaleir leur amitié pour J'Anstitué contre. an

plan sibien combiné. II fallait que l'élection du Général devint une impossibilité morale, afin que le Saint-

"Siége se décidAt à briser son œuvre. On travailla à la réussite de ce projet.

Consalvi avait promis que la Congrégation se réunirait immédiatement ; le 5 octobre un rescrit pontifical en ce sens est adressé à la Société. Le Vicaire- Général cherche encore à surseoir ; il se croit appuyé par ie cardinal della Genga ; della "Genga est excité par les meneurs que ia Compagnie renferme dans

son sein; ils prétendent l’anéantir ou s’en rendre ‘maîtres. Consalvi n’a pas eu de peine à pénétrer leur intention ; Pie VII ordonne que le jour de l’ouverture de l’Assemblée sera Séterminé à la majorité des voix. Cette majorité ne se fait pas attendre, elle dé- -cide que le lendemain la Congrégation se “étitiira. Petrucci la préside ; mais à peine a-t-il ouvert la session que, pour se débarrasser d’un électeur aussi clairvoyant que Rozaven, il affirme que les députés de France, d'Angleterre et d'Italie ne sont pas investis de pouvoirs réguliers : il leur enjoint dé sortir de la salle. Ces profès obéissent sur-le-champ. Les difficultés soulevées par le Vicaire sont examinées par les autres et résolues à la pluralité des voix. Les députés expulsés rentrent pour exercer leur droit, et ‘la Congr:;ation se déclare, à l'unanimité des suffrages, moins celui de etrucci, légitimement convoquée

‘et réunie.

: ‘Cette fermeté déconcertait les trames hostiles ; le ‘Père Pietroboni est l’un des fauteurs du complot, il refuse d'intervenir à l'élection ; il arrache à Petrucci ‘une protestätion centre la légitimité de l'assemblée ; il force même ce dernier à insinuer qu'il aura recours “à un tribunal extérieur. Le péril était imminent ; ‘par’un décret solennel, la Congrégation frappe de

mR- PSP

‘déchéance le Vicaire-Géaéral ; le lendemain, 11 octo-

bre, Pietroboni est exclu. Le cardinal della Gerga était son protecteur ; il épouse sa querelle, il veut faire partager au Souverain Pontife son irritation -contre les Jésuites. Pie VII refuse d'associer le Saint- Siége à des intrigues dont Consalvi lui a découvert le jeu; il passe outre. et le 18 la vingtième Congrégation est en permanente. On remarquait, parmi, les Pères Fortis, Rozaven, Billy, Gharles Plowden, André Galan, Sinéo, Swietockowski , Montesisto, Vulltet, Delfa, Raymond Bzrozowski, Korsak, Landès, Monzon , Grivel, Grassi et Ganuza. Le même jour Louis Fortis se vit nommé Général de la Société au deuxième scrutin.

Le Père Vincent Zauli, théologien de la Sacrée- Pénitencerie, Rozaven , Monzon et Bzrozowski furent élus assistants. Joseph Koriski admoniteur du nouveau Général, et Monzon secrétaire de la Compagnie.

Quand le pouvoir fut régulièrement établi, on constitua un tribunal pour juger les Profès qui

-“dvaient ambitionné le pouvoir où essayé de porter le désordre au sein de l'Institut. Le 27 octobre, ce tribunal condamna Petrucci et Pietroboni. Ils se soumirent à la sentence, ils reconnurent leur faute, et les Jésuites se contentèrent d’un repentir tardif. Mais les deux chefs apparents du complot n'étaient pas les plus coupables. Il y avait au sein de la Compagnie des jeunes gens dont l'expérience n'avait pas müri la

- fougue de caractère, des esprits inquiets aspirant à tout réformer ou à tout briser, et qui. récemment entrés dans l'Institut, voulaient l'appliquer à leurs fins particulières. La Congrégation les jugea dangereux, soit comme réformateurs sans intelligence, soit comme Religieux , faisant servir leur état à une ambition coupable. Elle les expulsa.

-:"Ges mesures étaient nécessaires pour assurer le repos de l'Ordre de Jésus, Quand elles furent prises, la Congrégation s'occupa de rendre les décrets dont elle sentait l'urgence. Par le sixième elle confirme, en tant que besoin est, les anciennes Constitutions, règles et formules de l’Institut, Par un autre elle fortifie, elle explique de nouveau le vœu de pauvreté, afin de prévenir les abus que peut entrainer la réunion de tant de Pères qui, pendant si longtemps, jouirent de la liberté et disposèrent de leur fortune. Ees idées sur l'éducation avaient subi dans le monde de notables changements. On résolut d’adapter le Ratio sludiorum aux besoins de la société moderne. Saint Ignace avait prévu ces besoins, il avait laissé à ses disciples la faculté d'y pourvoir. Une commission composée des Jésuites les plus versés dans l'enseignement fut formée. Le résultat de leurs investigations et de leur examen dut être soumis au Général, qui, aidé de ses assistants, se vit chargé de coordonner les améliorations proposées.

Une certaine uniformité, au moins dans chaque Province, paraissait indispensable à établir sur-lechamp. L'éducation était partout livrée à des novateurs dont les doctrines hasirdées pouvaient produire de tristes conséquences. Les Jésuites s'avouaient que même parmi eux il y aurait des combats intérieurs à livrer surce point fondamental. El fut décidé que l’on tracerait et soumettrait au Général des règles provisoires qui obligeraient tous les maîtres. : ::°8e termina la première Congrégation de l’Ensticut renaissant. :

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