‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 5)Chapitre 38 sur 86 · ESS · texte numérisé non relu

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tion de la presse ; ils furent les incendiaires (1) qui couvrirent la Normandie de deuil et de ruines; puis,

Ainsi que les ambassadeurs étrangers et les hauts fonctionnaires de l’Etat, Lambruschini ne connut que par le Moniteur’ les mesures adoptées, Tout le monde sait «ujourd'hui que les Ministres eurent le tort de garder trop fidélémient le secret qui leur était imposé, et ceux qui vivent encore sont les premiers à avouer qu'ils en firent mystère à leurs confidents les plusintimes. Tandis qu’on se battait dans les rues de Paris, Lambruschini pensa qu'il était de son devoir d’aller offrir ses services au Roiet de lui parler franchement de la situation menaçante dans laquelle le repos de la France se trouvait «ompromis avec celui de l’Europe. Il se rendit à Saint-Cloud, bravant tous les dangers que son costume et son nom allaient lui faire courir. Il exposa à Charles X les conséquences qui surgiraient. Il reçut pour toute réponse que le Roi avisait à mettre le duc de Bordeaux sous la garde de la Vendée Militaire, et que lui songeait à se placer de sa personne à la tête du camp de Saint-Omer. Charles X voulait marcher contre la capitale. Ces résolutions, ainsi annoncées et mises en avant comme un remède én exfremss, parurent impraticablés au Nonce. Il le fitcomprendre au Roi, dont il connaissait le caractère: et ce fut la seule part que Lambruschini prit aux événements, en dehors des réunions diplomatiques qui eurent lieu alors,

(1) Pendant l'instruction du procès des Ministres siguataires des ordonnances de juillet, M. Béranger, commissaire accusateur près la chambre des pairs, reçut de Toulouse une lettre datée du Ler octobre 1830. Cette lettre était ainsi conçue :

« Monsieur, des malheurs inouïs me forcérent à devenir l'instrument d’un parti dont j'étais un principal agent dans les incendies qui désolèrent la Normandie, et qui devaient s'étendre sur la France cntière si j'avais rempli les instructions données à ce sujet.

> Mais le cri d'alarme des journaux, le tableau qu'ils présentaient du déplorable état de ces victimes, et, si j'ose le dire, mes propres sentiments, m’inspirérent une horreur de moi-même. Je suspendis mon infâme mission ; je pris la fuite pour me soustraire à la rage de ceux qui comptaient sur moi et arrêter ainsi le cours des dévastions que je devaisorganiser dans le nero, la Provence, le Dauphiné, etc,

les lis:

-persor

ments.

vrai,n toutes authe:

vos ma donné

ous ainsi edoc,

De LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 293

au moment où les ordonnances du % juillet 1830 éclatérent comme la foudre, on oublia les Jésuites

» Je n’ai pas jugé à propos de livrer la majeure partie. des pièces à l'appui de ma déclaration, Une seule lettre, qui prouve mon affiliation avec la Congrégation de Montrouge, qui metransmeltait les ordres qu’elle recovait du prince de Polignao , m’a été saisie.

» Ma volumineuse correspondance, les instructions écrites,

… les listes qui designaient les propriétés à incendier et le nom des -personnages qu devaient me donner de plus amples renscigne-

ments, ainsi qu’une espèce de sauf-conduit, interprétatif, il est vrai, mais dont il est facile de deviner le but par l’enscinble de toutes les pièces, et signé prince de Polignac, toutesces preuves authentiques sont à ma disposition ; mais je neles livrerui entre vos mains qu’alors qu’un homme d'en :5 vous messieurs, m’aura donné sa parole qu'il ne sera rien fait à la pérsonne qui en est le dépositaire, ct que j’obtiendrai quelque adoucissement aux peines qui pourront être prononcées contre moi, Je demande cette assurance de votre part, car vous. aurez le pouvoir de la tenir. »

L'auteur de cette dénonciation, qui allait si bien aux idées du

temps, se nommait Charles=Théodoro Berrié; c'était un repris

de justice,un voleur condamné en 1824, condamné de nouveau

“en 1826. En 1840, il se trouvait dans l:s prisons de Toulouse

sous le poids de plusieurs accusations, lorsqu'il s’imagina que les feuilles libérales avaicnt assez menti à la France sur le compte de la Société de Jésus pour l’autoriser lui-même à continuer leur œuvre. Ancien détenu de Dicêtre, il y avait vu les Pères prècher ct consolér les prisonniers ; il avait lu sans aucun doute les impostures dont le Constitutionnel, le Courrier français et le National se repaissaient; il crut qu'en so portant l'uvousateur des disciples de l'Institut il obtiendrait quelqie allégement ou que peut-être il passerait grand citoyen. Il écrivit donc la lettre citée plus haut. La chambre des pairs, comme la’presso libérale, n'avait plus besoin des Jésuites pour batire en’ brèche la Religion et la Royauté; il ne Ini restait plus qu'à savair être équitable, Le comte Bastard de l'Estang, rapporteur de' la commission d'accusation, ne put s 'empéchier de dire èn parlant de ce misérable, qui avait simal choisi son monictit ;e' Toiis les autres points de sa déclaration sont également éclaircis, et partout le’

ist, de la, Comp. de Jésua. —T Ur, 13

pour renverser le trône, La. tempête les await:diaper-

sés : ils erraient.çà,.et là. On:pillaitdeurs; maisons

pour se donner le droit de les accuser encore; mais le triomphe du Libéralisme devait enfin,amener celui 2e la vérité, La Révolntian.étaitiviotorieuse.; elle-eut

l'auducivuse franchise «de: proclamer elle-mêrne ‘ses impostures. ‘Le Globe, dont MM. Ducliâtel, Cousin,

yn-parcilinaident «dt été écarié sans exnmeni; mais.il vautauieux engore:qu'il. ne le suit. qu'uprés une complète ivérifention des faite, »

Berrié était reconnu :wenteur par. la. Cour des Pairs ; maiscce qu’il ne dismit.pas, c'est qu'iliavais trouvé des :dupes ou: dos:complices, et,que,ce. famenx.brexet: d'afilié. à, Lu cougrégätioncde ‘Montrouge était. tout simplement an. diplôme felsifié et orné de ls, prétendue, signatura de. l'abbé. Desmasures, lui eenférantle titre de, gardien du ; Ssint,Sépulere. Ce diplôme avait. étui: saisi surlui, le 8 wars.L830,-larsque le commissaire de, police. Lemarle l'ariéta à HMordeeuz. Les faits étaient constants, apurés niême per ln Cour des Pains; la; presse :libérale:ne:resta. cependant pas moins convainoue; que cet hemme svaitieu ides:selations.inees - diaires. avec. les: Jésuites, Plus tard, il obtint Ja liberié avant A'espiration de sa; prine,. ets. il faut ira justes: RER SERA

1cs enfants.de saint.Ignace de celte grâce.

Dans:ce. 4empe-là, ;plusieurs. coupables. RH RATS se;! faire .

acquitter en.0c: dosnant.les Jésuites, pour:instigateursde lenrs crimes, Ile.voyaient que. Ja calomnie avait si bien/réussi en faveur de plus audacieux, qu'ils calomnisient, à leur'tour.et à leur:manière..Berrié.se,proclanmiti maendiaire\du faitide la Compagnie ;

un jerdinier.de Verrières,. nom Troclet,.imagina dessejnstifier

ainsi de l'assassiant;qu'il.avaiticommisisur la, pessonne:de Bellaure, habitant d’Antony, soncréancier, 1} accus le Père, Jennesseaux.et deux.autces, Jésuites,:qui,.le 28 juillet, 1830, l'avaient, prétendait-il,.ehargé :de eur cacher.uae malle, pleine. d’abÿets présieus. : Devant, la Cour :d'essises :de.la Seine, présidée jar .M..Agier, . Traglet reproduisit se fable. :Le. Père, Jennesseaux.me . l'avait, jamais conns, jamais vu ; oela resta démontré, L'apsasain fut condamméà make: 23 mai \K@3l etiluidésuite mis hersrde ‘CtUMRe .

mensonge: est.consiaté. S'ilie. fût egi dune affaire moins-grave,

‘Charles de'Rémusät et Dubois s'étaient fait une arme

contre les'idéés religieuses et monarchiques, s'écrie. le 24 octobre 1850, en s'adressant aux vaincus :

« Tout ce que vous invoquez,-tous,ces arlicles. de la Charte et de nos Codes que vous citez-avec profusion, tout cela n'est que. des: fictions -éngénieuses.

“Lorsque nous avons juréfidélite à Chanles X.et obéis-

sance à la Charte,.lorique. nous savons étourdiice

-Mônarque imbécile de, nos qrolestations. d'amour,

‘Jorsque. nous couvrions.pour lui, nos routes d'arcside triomphe, lorsque nous jassemblions les.ponulätiens sur son passage, pour:le saluer dè mille scclametions,

lorsque nous semians l’adulation sur seë. pas. lorsque ‘ . ‘les temples, les académies, les.écoles. retentissaient

d'un concert parfumé d'élogen, de:bénédictions pour lüïet.pour sa, race; lorsque nos poètes chantaient ses verlus, lorsqu’ ils s'épanchaient en. allusions louangenses sur là bravoure de ce nouvel Henri. TV, de grâce de ‘cet autre François, I‘, tout eela ‘n'était qu'une. feinte à l'aide; de laquelle. nous {èchibns de nous dérober aux chaines dans lesquelles.il s'eforçait de nous culacer. Vous. avez été comme, .un .de. ces spectatetrs notices qui, a$sise au, pañterr'e pour Ja première, fois,,prennent. pour la: réalité la soëne que l'on joue devant eux. Détrompez-vous,; pairs, députés. magistrals ji simples citoyens, nous avons toùs

jpué une comédié de.quinze ans, »

Les Jésuites étaient chassés de France. ‘les, vérita-

‘bles hypocrites, sy révélérent. Celte déclaration fut une leçon significalive: dé Nationalne resta, pas an.

arrière. de semblables épanchements..Il était devenu

fépublicain ‘sous Ja rédaction de Carrel,, de Béquel.

‘dé Passy, d'Emile Pereire el de ‘Chatiballe, pomme ‘ses anciens ‘associés s'improvisaient, minit

de France ou dignitaires de l'Université. Le 17'octo-

DE 2 a. me À ee

bre 1852, il étala aux yeux de l'Europe les mensonges convenus qui avaient été mis en jeu pour perdre les Jésuites :

« La Restauration est tombée, disait:il, et avec elle les Jésuites. On le croit du moins. Cependant toute !a France a vu la famille des Bourbons faire route de Paris à Cherbourg et s'embarquer tristement pour l'Angleterre, Quant aux Jésuites, on ne dit pas par quelle porte ils ont fait retraite : personne n'a plus songé à eux le lendemain de la Révolution de juillet ni pour les attaquer ni pour les défendre. Y a-t-il, n’y a-t-il pus encore des petits Séminaires, des Congrégations non autorisées par la loi ? I1 n’est pas aujourd'hui de si petit esprit qui ne se croïe avec raison au-dessus d'une pareille inquiétude, et de trés-grands esprits s'étaient consacrés, sous la Restauration, à inspirer à la France la haine cl la peur de cette fameuse Congrégation Jésuitique qui n’existait peut-être point ou ne valait pas fa peine qu'on s'enquit de son existence.

» Elait-ce donc une comédie que cette infatigabte polémique de la presse patriote contre les Jésuites ? était:ce pure manie de persécution, si l'on trouvait mal que M. Dupin portät les cordons du dais à Saint-

Acheyl? Non, on savait bien que la Société de Jésus

proprement ‘dite ‘n'offrait pas de bien grands dangers: on n'en voulait qu'à l'esprit jésuite, l'esprit dévot, l'esprit tartufe : c'était l'esprit de la dynastie régnonite. On s'entendait à merveille sur la valeur du ‘mot jésuitisme : il était synonyme de dévouement à h légitimité, On disait dans ce temps- à jésuité pour royaliste: il eût été dangereux de s'attaquer à la légitimité en l'appelant par son nom; on la saisissait dans l'une de ses manières d'être, et la plus: Aieue, qui était l'esprit jésuite.

révéli œuvr que le dre e

» L: France, petit à petit, se prit d'une haine implacable., universeiie, immense, pour ce qu'on appelait la faction, quelquefois mêmé la coterie jésuite, et il arriva un moment où, pour nerdre Charles X, il suffit d'affirmer qu'il était Jésuite; que, comme Jésuite, il professait la doctrine des restriclions mentales; qu’en prétant à Reims serment à la Charte, il avait dans sa pocl.e l'absolution de ce parjure, et qu'ainsi le coup d'Etat élait sa pensée favorite.

» Cest comme cela que raisonnent et parlent les messes dans tous les temps; elles donnent à leurs soupçons une forme matérielle qui les aide singulièrement à soutenir le combat. »

Devant celte cynique théorie de limposture qui, révélée à la France, sera encore mise plus tard en œuvre avec le même succès, il ne reste à l'histoire que le droit de flétrir tant d'impudence et de prendre en pitié la crédulité des hommes.

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