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‘sonen prison, Dans un espace de quarante lieues, de
Coimbre à Lisbonne , ils marchèrent à pied sous un soleil brûlant, au milieu. d’une grande affluence de.
Chrétiens implofant à genoux leur bénédiction et en-
tre deux haies de soldats qui, plus d’une fois mélèrent leurs larmes à celles de la foule. Quelques mois auparavant ils avaient parcouru cette même route ; alors on jetait sur leur passage des fleurs et des branches d'oranger. Maintenant, proscrits sans avoir. combattu, ils recueillaient le cride regret qui s’'échappait de
tous les cœurs. Cette ovation faite à des vaincus était .
un mauvais symptôme pour les idées novatrices. Les Jésuites dans les fers avaient été salués comme des martyrs; à l'approche de la capitale, on crut utile d'organiser la contre-partie du triomphe. Le peuple les accueillait avec un douloureux respect ; on enjoignait à la populace de se porter à leur rencontre, et,
paf des huées sans fin ; dé leur faire expier ces démonstrations de pieuse gratitude. L'ordré fut exécuté ; les Jésuites arrivèrent sous le coup des menaces et des outrages. Ils étaient Français; le baron Mor-
tier, ambassadeur de Louis - Philippe à Lisbonne, ne
consentit pas à se laisser servir de jouet à cette tourbe
de libéraux mercenaires enrégimentés par l’ancien
Empereur du Brésil. On entrainait les Pères vers la
capitale pour diriger contre eux un mouvement et .
pour les offrir peut-être en holocauste aux excès démagogiques. Le baron Mortier s'oppose à ce plan ; il réclame, au nom de la France, les enfants de saint Ignace. Sa fermeté leur sauva la vie. Il ÿ avait non loin de Lisbonne une prison célèbre dans les annales de la Compagnie. C'était la tour de Saint - Julien, où, sous Pombal, tant de Pères se virent mourir dans le dénûment le plus absolu. On déposa leurs successeurs à cette même tour; mais l’active vigilance du
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baron Mortier et l'appui de M. Guizot ne leur firent pas défaut. Le nouveau gouvernement portugais cherchait à les garder en apprentissage de martyre ; peu de jours après, il fut forcé de les rendre à la liberté.
La Compagnie de Jésus reprend ses Missions au delà des mers. — Reproches qui lui sont adressés. — Elle ne veut pas créer de Clergé indigène. — Ses motifs. — Elle cherche partout à établir la liturgie romaine au préjudice des autres rites.— Les Jésuites américains retournent dans leur patrie après la suppression. — Le Père John Carroll, Washington et Franklin, — Le Jésuite fait reconnaitre la liberté des cultes aux Etats-Unis. — Il est nommé premier Evêque de Baltimore. — Lettre de Carroll et du Père Léonard Neale au Général des Jésuites en Russie. — Le Père Molineux Supérieur des Missions en Amérique. — Le Collége de Georgetown. — Difficultés de la position des Jésuites. — Les Américains et les idées religieuses. — Le Protestantisme encourage les Missionnaires catholiques.
— Ee Père Grassi Supérieur. — Le Père Kohlman et le secret’
de la confession. — Il est traduit devant la Cour suprême de justice.— Défense du Jéauitééms#1lfait triompher la discrétion sacerdotale.— Le Collége‘déGegpgetown établi en Université. — Mort de Carroll et de Neale.— Six frères dans la Compagnie, — Ses progrès, — Les Sauvages demandent des robes noires. — Les Nègres de la Jamaïque font entendre le même vœu.— Guillaume du Bourg, Evêque de la Nouvelle-Orléans, et les Jésuites. — Le Père Van Quickenborn part avec des Novices belges pour le Missouri. — Van Quickenborn fonde des résidences et un Collége. — Excursion dans l’intérieur des terres. — Les Jésuites d’abord n'osent pas se livrer à leur zèle apostolique dans les tribus sauvages. — Causes de leur retard, — Les Colléges périclitent faute d’argent.— Les Jésuites refusent de toucher à la subvention universitaire que la loi les oblige de recevoir. — Expulsion du Père Kelly, — Le choléra aux Etats-Unis, — Les Jésuites et les sœurs de la-Charité. — Le Père Mac-Elroy à Fredericktown. — Ses fondations. — Mac- Elroy apaise une sédition d’ouvriers irlandais. — Les Jésuites répandus dans les Etats de l’Union. — Leurs travaux. — Leurs succès.— Ils essaient de civiliser lessauvages par l'éducation. —Van Quickenborn au pays des Kickapoas.—Comparaison que font les Indiens entre les Jésuites et les Ministres anglicans.— Mort de Van Quickenborn.—Le Père Hélias chez les Osages —Le Père Rookerchez les Potowatomies.—Ilse fait médecin et architecte.—Les présidents de l'Union favorisent les Pères.—Les tribus de l'Orégon veulent des robes noires. - Le Père de Smet part pourlepays des Tètes-Plates.—Réception qui lui est faite.—Le
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Père Point.— Réduction de aient. Ve des Jésuites ge Monta euses: — Le. Larkin, à l'anniversaire de l’indé enr amsn Le Vaio prche devant l'armée et les magistrats dés Etats-Unis: < lies Pères àila Jamaïque, —+ Ils arsivont-au Mona: vr Loge prampipdon. + Le Pére arillase au énat,.— Le Général Santa-Anna les rappelle. — ission de Syrie, — Le Roi Othon et! les Jésuites. — Le Père Franco à'Syéa. :— ,Obatacles qui ngigsent. — Le Père Blanchet à onth. — Les Jésuites ne veuiqut pus renoncer à la protection de la France. — Les Catholiques de Caloutta demandent des Jésuites au Pape. — Le Père Saint-Léger y installe les; Missionnaires. — (pme rent de la Mission. — Les mauvais Prêtres repoussés par les . üghicans, qui ne veulent plus avoir affaire qu'aux Jésuites, =:Création:du Collége de Saist-François:Xavier à Calcutta. — sEvèques secondent les. Pères. — Un Prince indien, abou-Seu, fonde un Collége indien pour les Jésuites. — Condition qu'il y: met. — Les Jésaites acceptent de faire l'éducation des Gentils. — Inauguration du\Collége Seal. — Les enfants de saint Ignace et les nagi rats apgleis. — Mort des Pères Mdré, Erwin et Weld.—
Infraétion aux coutumes indiennes. ei héites perdent leur :Collége indien. + Dérelaprement des a è
Missions. — Les Jésuites à Madagascar. — L épublique Argentine sollieite des Jésuites pour instruire la ‘jeunesse. — Blle, décrète leur rétablissement; —Les Jésuites refusent de soutenir la politique de Rosas..— Rosas les force à sortir de Buenos-Ayrés. — Ils s’ouvrent le Chili et le Brésil. —’ Le commerce: de Catamarca et la Nouvelle-Grenade les accueillent.— Le Père Gotteland en Chine. — Travaux des Missionnaires. — Le Père Clavelin et l'ambassade de M. de La Grenée. — Situation des Catholiques dans ‘le Céleste-Empire. — Les Jésuites entrent dons le Maduré. ;-Obstacles à leur Mission. — Les Pères Bertrand et Garniers.— Moœurs et schisme des Prêtres. —'La mort frappe les Jésuites, — Enthousiasme des Pères en Europe. — Edmus et moriamur. — Succès des Jésuitesdans.le Maduré.
Tout en travaillant à se réorganiser dansiles divers Etats de l'Europe, la Société de Jésus n'avait pas ab-. diqué son génie des conquêtes évangéliques ; elle. ne renonçäit point'à l’héritage:de:martyre et: de :cixilisation que ses prédécesseurs lui léguèrent. Ses:souvenirs du temps passé,.lesvœux des peuples:ensevelis dans les'ténèbres de l'erreur, les besoins dela Religion faisaient une loi aux nouveaux Jésuitesidéirentre dars la carrière des Missions; à, plus .que
partout:ailleurs, l'anéantissément de l'Inétitut avait produit des maux: irréparables. Clément XIV d'un trait de plume brisait l'œuvre de trois siècles, et, quand il ne subsista plus aucun vestigé de ce grand ‘ monument élevé à la Foi catholique, le Saint-Siège invitait les Jésuites à le reconstruiré. Des obstacles de toute nature s’opposaient à la réalisation de ce dessein. Il fallait former des sujets aptes à répandre l'Evangile, leur donner le goût des langues, leur . inspirer ce zèle que ne rebutent jamais les fatigues, les privations et le découragement né d'infructueuses tentatives.
À peine sortie de son tombeau, la Compagnie s'empresse d'accepter le fardeau que le Pontife impose à son dévouement. Elle n’a plus, pour forcer les portes des empires idelâtres, de ces hommes qui, comme François-Xavicr, savent se mettre au-dessus des lois.de la nature. Réduite aux proportions de l'humanité, elle doit affronter les périls et les passions; mais ce ne sont pas là les seuls ennemis contre lesquels elle. aura à lutter. De plus graves embarras surgiront de l'Eglise catholique elle-même. D’autres Missionnaires, mus par une idée différente, s'étaient joints autrefois aux adversaires de l'Institut pour lui reprocher de n'avoir jamais su, jamais voulu créer de clergé national. Ces imputations se renouvelèrent à l'instant même où les Jésuites reprirent le cours de leur Apostolat. Nous ayons déjà examiné l'objection que les ennemis du Christianisme empruntèrent aux émules. de la Société de Jésus. Avant d'entrer dans le récit des faits, nous croyons devoir étudier à fond cette question, si tristement agitée et si difficile à résoudre.
‘On a préteéhdu, on prétend. encore que, par la nature même de son institut, la Compagnie est inca-
pablé d'établir d’une manière avantageuse l'œuvre des Missions. On a dit que sa force’ centralisatrice. l'empéchait de se naturaliser dans les régions transatlantiques et de former des prêtres indigènes. Il a été posé en fait qu'elle ne s'était jamais occupée mûrement. de ce. soin, et que tous les Japonais, Chinois, Indiens ou Américaïns qu'elle a élevés aux honneurs du Sacerdoce ont perdu leur nationalité en prononçant des vœux de Religion. Ainsi la Société de J ‘sus aurait négligé d'arroser les racines de l'arbre afin d’ornef ses rameaux de fleurs éphémères ; elle aurait plutôt cherché à se renforcer elle-même qu'à donner à l'Evangile l'accroissement moral dont il était susceptible. Nr
Ces objections se produisent souvent. Le zèle de quelques Missionnaires n'appartenant pas à la Compaganie de Jésus, les a fournies à l’impiété ; les uns et les autres en ont tiré de fausses conséquences. Pour notre part, nous ne croyons pas qu'une Chrétienté puisse se jeter dans le moule comme une statue, et qu'elle sorte de là subsistant par elle-même. Sans doute il serait beau de produire d’un seul coup des œuvres tellement parfaites, qu’à peine nées elles n'auraient plus qu’à vivre de leur propre vie ; mais cette miraculeuse faculté n'a jamais été concédée aux hommes. Il faut bien les accep.er dans la véhémence de leur zèle, ainsi que dans les imperfections de leur nature. Les Jésuites avaient fondé sur tous les continents du Nouveau-Monde d'importantes Chrétientés. La destruction de l'Ordré amena la chute de plusieurs. Est-ce aux Missionnaires que la civilisation doit reprocher cette perte? Est-ce aux Apôtres primitifs de l’Asie et de l'Afrique que le monde attribue. la ruine de tant d'Eglises jadis si florissantes ? Les Jésuites furent long-temps, il est vrai. les porte-dra-
peaux les plas intrépides de la Catholicité ; mais,,et cela.ressort jusqu'à l'évidence des entraillès mêmes de l'histoire, ils n'aspirèrent jamais à saner leur édi-” fice chrétien, gar un système d'égoisme, ou par une ambition. trop personnelle. Partout où ils le purent,
ils fandèrent des Ecoles cléricales, les indigènes fu-
rent.appelés à s'ÿ fagonner aux devoirs du Sacerdoce.
Sur la côte. malabare seulement, de Goa à Cochin,
la Compagnie possédait six Séminaires. Elle y élevait
une. foule de jeunes Indiens ; et, sous la date du 28
janvier 1629, l'Archevèque de Cranganore écrivait :
« Les prêtres indigènes de ce diocèse surpassent le
nomi:re.de trois cents, tous formés et bien instruits
par les Pères de la Compagnie de Jésus. » Il'en était
de même. surles.autres points de Mission, à Colombo,
à Jafanapatam, à Negapatam, à Agra et à Meliapour.
En 1666 les Jésuites de Chine se réunissent en synode
et,.àda majorité de plus des deux tiers de votants, il
est décidé.que l'ontravaillera immédiatement à créer
un Clergé national. Les choses se passèrent ainsi au
fond. des deux, Amériques (1).
Dans le principe, on osait à peine regarder les Sauvages comme:.des hommes. On essayait de les constituer peu à peu. en famille, puis en société; mais fallait-il, avant d’infuser du sang chrétien dans les
(1) Nous trouvons dans un mémoire envoyé à la Société léopoldine par le‘ Pète Stephen Dübuisson des considérations qui corréberent singulièrement ces paroles. Le Pève, Bûbuissan est uuigieux Missionsnsire de l'Amérique septentriongle, ét, au.mois de:mers 1836); il.adrasse au gomité, aentral de Vienne pour .la : ” propagation.de :la Kai les observations suivantes, :
« Il n’en.est pas moins vrai, dit-il, que les Américains, comme peuple, ont beaucoup d'esprit national, et comme Catholiques, désivent ardemmententendre préèher leur dogme de manière, quantou langage, quant à ia forme;aussi bien qu’au: fond, à:feire hogpeus.à Jqur.çommunion et à leur nation. N'y,aurait-il pes. de
veines de,ces peuplades, couronner par le Sacerdoce, l'œuvre. si péniblement ébauchée de la civilisation ? LesJ ésuites avaient. le temps devant. eux ;.ils.ne.s'attendaient pas qu’un jofir le Saint-Siége les trenpecal de mort;: ils ne vaulurent donc. rien présipiter..afin de pouvoir plus, sûrement arriver au téaultat. Les événements trahirent leur combinaison, et, au. moment de.toucher au. but, ils,en, furent, feartés, par la main qui aurait dû:les,y.conduire.
Le Père. Alexandre de Rhodes, nous l'ayons. ve dans.le cours del'histoire,.avait conçu L'idée d'un
Episcopatet d'un Glergé. en-dehors de .la Société % Jésus. C'est pour réaliser cette idée qu'il. fenda la Congrégation.des Missions-Etrapgères ; parles J'ésuites, imitant en cela les Apôtres du:nord, de l'Europe, commencèrent la pépinière sacerdotale par assujettir aux règles, de leur Institut les 'Néophytes, auxquels cette dignité était réservée. En..faisant un .Glergé régulier pour.tendre à le séculariser dans les générations suivantes, on ne détruisait point sa nationalité. Ees Jésuites n'appréciaient pas Los ‘choses et les hommes des seizième et. dix-septième siècle . d'après les mœurs et les lois du temps au du pays dans lequel nous vivons. Îs.savaient. qu'en. s'efforcant de trop émanciper le Clergé, on.affaiblit l'Unité catholique qui doit. contenir, dans..son sein. toutes les Eglises
fait quelque chose d'humiliant pour eux, aujourd’hui surtout que lqurs églises sont si ;“équentées par leuts frères errants, à ce que ce fusent:toujours des:étrangers. qui dussent leur: prêcher, leur.iaterpréter. la parale. de. Dieu?
» Je. le demande done, peut-il yavoir.de sacaqurs aux, Missions mieux employés que ceux qui seraient consacrés à aider les Evêques et les’ Supérieurs d’Ordres religieux ‘à créer un'‘Clergé nationäl:? Les: Sociétés qui ont à cœur lœuvre:dela Propagation de la: Foi peuvent-elles: rien faire qui teniée : RES au but? »,
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