‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 5)Chapitre 69 sur 86 · con · texte numérisé non relu

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Révérend

res; serviteurs de l'Eglise, nous vivons et poursuivons: avec elle d'ans tous les temps et. dans tous les lieux, sous fous les genres de gouvernement. l'œuvre du'ministère évangélique.

» On nous transforme en ennemis des libertés et des'iastitutions, de’ la France ; qu'en sait-on,? Pourquoi le serions-nous ?

» Et quand nous ;sommes:les. seuls. menacés, ou même! les seuls exclus des bienfaits d'une’ législation libérale, comment nous traduire en oppresseurs ?

» Le ridicule: n'est-il pas:égal à l'injustice ? »

Le: Père deRav:ÿnan concluait en ces termes (1) :

« Ou je me:trompe, ou, après cet, exposé, le lecteur de bonne foi concevra comment un magistrat, un Français, un homme’ du dix-neuvième siècle, a pu librement, consciencieusement. se faire Jésuite sans abdiquer pour cela sa raison, sans renoncer à son temps et à son pays.

» Non, il n’a pas abdiqué. sa raison, paree qu'il l'a mise dans le port à l'abri de l'orage; -sousila garde: assurée. du principe-tutélaire de l'autorité...

- » Non, il n’a pas renoncé: à son pays... ILest bien

vrai que la: charité catholique ;, embrassant dans son

ardente expansion l’humanité tout entière, met au cœur de ses apôtres un dévouement: plus étendu que celui du vairiotisme ; il est vrai encore-que. le Missionnaire; allant porter la lumière:de la Foi à ses frè. res idolâtres de la Corée, qu. des solitudes. de l’Amérique, risque parfois, en présence. des: intérêts immortels. d'oublier les intérêts d'un: jour qui s'agitent auw.seia de: sa patrie. Mais. oublie-t-il pour cela sa patrie elle-même? Cesse-t-il d'en porter: la douce image dans-soa cœur ? cesse-t-il de prier pour sa fé,

(1) bidons ps 154:

licité ? cesse-t-il d'invoquer les bénédictions du Très- Haut sur ceux qui portent le pesant fardeau du gouvernemient des peuples.

» Oh! ils ne savent pas, ces hommes qui interdisent au Jésuite amour de son pays, quelle délicieuse émotion de joie il éprouve en retrouvant parmi Îles tribus sauvages du Nouveau-Mondequelqu:s-uns des sons de sa langue natale, ou en entendant dans les mers de la Chine et du Japon le lointain retentissement de la gloire de ses ârmes !

» Et la France nous serait moins chère, à nous. qui ne l’avons pas quittée! Nous ne serions pas fiers de ses triomphes dans la paix comme dans la guerre, de son génie pour les lettres et pour les arts, de ses hardies conquêtes dans le domaine de la science et dans les régions nouvellement ouvertes à l’industrie ! Nous n'aimerions pas en elle le vrai foyer de la civilisation chrétienne ! Nous ne serions pas heureux des ineffables consoiations qu'aujourd'hui encore elle donne à l'Eglise !

» Non, il n’a pas renoncé à son siècle. Il est bien vrai que nous n’appelons pas du nom d'amélioration et de progrès tout ce que la sagesse moderne en son orgueil décore de ces titres pompeux ; ilest bien vrai

que nous n'attendons pas de l'avenir une Religion plus parfaite que ‘a Religion de Notre Seigneur Jé-

sus-Christ, ei que l'humanité fécondée par les systèmes ne nous paraît pas en t:ayail d'une ère indéfinie de vertu et de bonheur.

» Mais, sous cetle autorité immuable de la Foi, nous n’en appartenons pas moins à notre temps par nos idées et par nos cœurs. et surtout nous le connaissons mieux qu’on ne se plait à le croire.

» Aussi, ne nous est-il jamais venu en pensée que deux cents pauvres ouvriers évangéliques. distribués

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sur la vaste étendue du territoire dela France, pussent se proposer, en des jours comme ceux-ci, d'y établir ce qu'on n’a pas eu honte de nommer leur domination.

» Cet anachronisme n'est pas la nôtre, il est celui de nos adversaires. Parce qu'il y a deux siècles, la Compagnie de Jésus a pu entreprendre sur une terre vierge, parmi des peuplades qui naissaient à la civilisation, de réaliser le règne de l'Evangile, on nous suppose aujourd'hui l'absurde projet de régner sur la France. Ge serait un rêve d'insensés..…. Mais, encore un coup, il n'est pas le nôtre ; nous lerenvoyons aux cerveaux malades de ceux qui se sont faits nos ennemis.

» À les en croire, une partie de cette œuvre serait déjà accomplie, et l'Eglise de France, ayant abjuré ses vieilles traditions, subirait toute entière le joug des influences ultramontaines.

» Faut-il done que nous soyons obligés de renvoyer aux leçons de l'histoire ceux qui aiment tant à se servir contre nous de son autorité? Ils oublient donc ce qui s’est passé depuis soixante ans... Grâce à Dieu! l’Episcopat français en a gardé meilleure mémoire ; il a compris qu'après de semblables épreuves, il ne fallait pas , par des controverses désormais sans objet. faire courir à l'Unité de nouveaux périls ; il s’est réuni, il s'est serré tout entier, confondu en un seul corps et en une seule âme, autour de la Chaire de saint Pierre, et il a répété, d’une voix unanime, les immortelles paroles de Bossuet : « Sainte Eglise Romaine, mère des Eglises et mère de tousles Fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même Foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton Unité par le fond de nos entrailles. Si je t'oublie, Eglise Romaine, puissé-je m'oublier moi-même!

» Et.moi aussi, simple: soldat de: l'Unité cathpli-. que, c'est : pour: lui donner, s'il était possible, plus. intimement..et plus complétement mon àm eet:ma. vie tout entière, que je suis allé chercher une place obseure dans les:rangs de la Compagnie: de. Jésus.

» Dons l'état où je voyais la sainte Religion de mon, matére en: ce:monde, après la grande guerre déclarée : à Jésus: Christ par l’inçrédulité: du dit-huitième siècle, la Catholicité im’apparaissait comme une armée. raugée en bataille sur un:front: d’une; vaste étendue, pour fairé'face de-toutes partsàl'impiété età l'erreur, et:ponter:sedours: à la saciété en péril. Il: n’y avait plus dei camps divérsinide drapeaux divisés. ;

» Au centre, je voyais la Chaire de saint Pierre dans sa majestueuse immobilité, et auprès delle, au premier rang du dévouement et de : la fidélité: eourageuse, l'Eglise de France avec ses: Evèques et ses Prêtres, belle et forte encore malgréles jours de mat: heur:

» Gertes en m'enrôlant:sous la bannière du saint fondateur de là Compagnie de Jésus; je n'ai pas pré: tendu.me séparer:de læ milicé: sacrée de:mon pays; simple combattant. j'ai pris seulementun autre poste dans la mème armée. » .

Ce livre auquel ‘était jointe:une savante :consultation de M: de: Vatimesnil, l’angien ministre de: l'instruetion publique-en:1828; fut un événement. Il plaçait la question sur le terrain que les Jésuites n'avaient jamais déserté. Aux yeux des gens de bonne foi, il les rendait forts de leur faiblesse, peut-être aussi de : cette inertie troprésignéeque leurs amis necessaient de stimuler, etique leurs adversaires transformaieat en-un inexplicable besoin d'action et d'autorité. Le Père Cahour publia de son côté son ouvrage: Des : Jésuites, par'un, Jésute: Dans 'ee:long confit, ils :

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ne poussèrent pas plus loin la démonstration de la: vérité. Ils l'avaient dite de déux manières différentes : iciavec effusion, là aveo esprit. Ils laisbèrent à l'Episcopat, au Clergé, aux'orateurs et aux.écrivains indépendants lesain de: les venger. L'Universités’était flattéedel’espoir qu'elleaurait enfinraison decetteCompagaie, dont lesuccèslui semblaitun remordset un péril. Lesrhéteursiet les: sophistes appelaiènt à leur aide : tous leshommes dont le nom passait pour-une autorité:; ils les enrôlaient de: gré. ou de force. Mais plus d'une fois l’Institut de Jésus trouva dans; les intelli-

gences-d’élite une justice que la médiocrité lui .dé-

niait. Il existait encore à cette:époque un:vieux philosophe ; un célèbre orateur qui avait: gouverné l'Université. Il'se faisait gloire d'avoir formé par ses : leçons etparses discours toute la génération libérale. Royer:Collard, du fond de sa retraite, où il achevait . sà vie; entenditles elameurs retentissant autour des : Pères. El prit en: pitié.ces viclences.; et écrivil: le 15. février 1844 à Xavier de'Ravignan: «Votre élogaent : plaidoyer pour l’Institut des Jésuites me fait oem: prendre l'énergie de cette création extraordinaire :et la puissance qu’elle a ‘exercée. Autant qu'on peut: comparer les:ehoses les plus dissemblables, on pourrait dire qu'à la distance de la terre au ciel ; Lycurgueet Sparte sont le berceau: de saint Ignace. Sparte. a passé, les Jésuites ne passeront pas. Ils ont un principe d’immortalité dans le Christianisme: et dans: les: passions guerrières de l’homme: »

Pour colorer ses résistanecs à la: loi sur: la tibérté de l'enseignement, l'Université montrait les: Jéduites envahissant les écoleset y'implantant leurs deetrines: avee l'inquisition. ils se tenaient à l'écart del toute : intrigue politique. Le duc de. Bordeaux. dans son;

Marie d'Oscott. Sur-le-champ, le Messager et le Journal des Débats annoncent que les Jésuites ont reçu ce prince avec des honneurs inaccoutumés. Le docteur Wiseman , évêque de Mélipotame et directeur de l'établissement, déclare qu'il n’y a jamais eu de Pères de la Société à Oscott. Ce démenti, fondé sur un fait matériel, n'arrête pas la calomnic. Il faut à tout prix méler les Jésuites à la flétrissure que les députés dynastiques prétendent infliger à ceux de leurs collègues qui sont allés porter au petit-fils de Henri IV l'hommage d'un respectueux souvenir.

La tempête battait les disciples de l'Institut ; M. Villemain, ministre de l'Instruction publique, saisit ce moment pour présenter son projet de loi sur l'enseignement. Ce projet accuse de funestes tendan ces : il prend contre le Clergé d'injurieuses précautions, et, tout en consacrant une dérisoire liberté, il fraie une voie plus large que jamais au despotisme uaiversitaire. L'Episcopal ne pouvait rester spectateuräauifférent de ces luttes dans lesquelles se jouent l'avenir du Royaume très-chrétien. Il avait des devoirs à remplir, il les remplit tous avec une prudence n’excluant ni la dignité ni l'énergie. Dans celte guerre acharnée faite aux Jésuites , on avait essayé de séparer Ja cause du Clergé de "celle des Pères ; on avait dit que leur lyrannie é(ait odieuse aux ecclésiastiques séculiers, et que ces derniers ne demandäient pas mieux que de s’y soustraire. L'heure élait venue ; aucun Evêque ne se fait l'écho de ces doléances. Tous combattent pour la liberté, tous rendent hommage au zèle et à la science des Jésuites, leurs coopérateurs dans les soins du ministère. L'Episcopat refusait d’accepter le rôle que lui offrait cette conspiration ourdie par l'incrédulité; on lui fitexpier cerefusenle frappant dela méme proscfiption. Les Archevêques et leurs suf-

fragantss'adressaient au Roi des Français, aux assemblées législatives et à l'opinion publique pour savoir si enfin l'éducation chrétienne serait esclave ; l'Université, ayant ses porte-étent'ards aux deux tribunes parlementaires, répondit à ce cri de détres: 4r des ou- {rages nouveaux.

Le projet de loi amena de vives dis D'un côté les calculs d’une peur intéressée ; 1rent outre mesure les Jésuites; de l'autre on apprit à la France à scruter les doctrines que les générations nouvelles devaient subir. Sous les convictions noblement formulées de plusieurs orateurs, en face des panthéistes de l’Université, dont les emportements dissimulaient mal la déroute, la Chambre des Pairs ne voulut pas sanctionner tout le système prohibitif invoqué par le corps enseignant comme la seule digue à opposer aux Jésuites et au Sacerdoce. Il y avait dans ce vieux sénat des magistrats, des diplomates, des administrateurs de foi et d'expérience, tels que le premier président Séguier , le comte Beugnot, le marquis de Barthélemy, le duc d'Harcourt, de Brigode, de Fréville et de Courtarvel; des temporisateurs qui pressentaient un désir royal sous les amendements du comte de Montalivet; des hommes’nlus jeunes, plus audacieux, et qui, sur les pas du comte de Motalembert ou du vicomte de Ségur-Lamoignon, exprimaient les besoins et les répugnantes catholiques. L'Université avait essuyé un grave échec dans ces débats. Les chefs de l’éclectisme espérèrent que la Chambre des Députés, plus mobile, plus révolutionnaire contre le Clergé, saurait raviver les pas. sions amorties et cicatriser par une loi de défiance les blessures sous lesquelles saignait encoreleur orgueil. M. Thiers leur parut le plus apte à faire sortir le despotisme d'un projet de loi sur la liberté.

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