‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 5)Chapitre 71 sur 86 · RAT · texte numérisé non relu

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la: justice informa. Affnaer comparut enfin les 8 et 9 ‘avril 1846devant la Cour d'assises de la Seine. De toute cette fantasmagorie, qui avait cherché à égarer ls crédulité publique, il ne resta-plus alors qu’un vo- ‘leur de-bas:étage dont le courageux réquisitoire de -l'avocat-général; M. de Thorigny, brisa pourijamais -le masque ‘constitutionnel. Affnaer fut flétri par:le jury etoublié par les hommes qui avaient voulu le doter d’une impudence à:laquelle la fermeté des magistrats le contraignit de renoncer. Pour instrüirece |. procès, pour démontrer que toutes les versions de l'accusé étaient autant de fables, il avait fallu que l'œil investigaterr des juges d'instruction et des membres du parquet étudièt les-registres de là Compa- -gnie. On'descendit jusqu'aux plus minutieux détails de ses affaires, Le voleur s'était imaginé que les Jé- Suites ne consentiraient: jamais à livrer le secret de ‘leur existence. à un pouvoir qui ne: demandait pas mieux,.que de les saisir en faute. La publicité devait, selon lui, effrayer les Pères ; ce fut cette idée qui le ramena audacieusement à. Paris. ,On leur imputait tous les crimes; dans le. meme moment, ils ouvrent “aux préventions dela Magistrature le plus court chemia pour les dévoiler, La Magistrature se tut. Ce silence; en.face de Fardente hostilité des partis, est le -plus significatif des éloges pour :la:Compagaie. Cependant le. Ministère :sans cesse harcelé par les clemeurs'de l'opposition, résolut de sacrifier les Jésuites: Il neles avait nisoutenus ni encouragés ; mais, dominant de: toute: la hauteur.de:fa pensée philosophique :ces :clauteurs auxquelles son protestantisme éclairé: répugnait: à-s’associer, M; Guizot avait jusqu'elors rufasé d'immolerla liberté religieuse à d'absurdes préjugés. IL ne :se:-prètait qu'à contre-cœur -aux-porsécutions: dont il confessait l'iniquité; néan-

moins, les choses étaient poussées si avant, qu'il falfait offrir une satisfaction quelconque à ces écrivains, à ces orateurs se blessant eux:mêmes sur le champ de. bataille où ils ne rencontraient pas d'adversaires. La position des Jésuites vivant en France comme .citoyens soumis aux lois du pays était inattaquable. On: pouvait les égorger dans une émeute, leur appliquer ‘un des cent mille décrets de proscription oubliés dans les limbes du Comité de salut public, être implacable selon le conseil peu libéral de M. Dupin; mais ces mesures avaient leur côté odieux ou ridicule. Le gouvernement, désintéressé dans la querelle, reculait devant de pareilles violences ; il disait avec Portalis, le savant ministre des cultes dans les premières années du règne de Napoléon (1) : «Les lois ne peuvent régler que les actions ; la pensée et la conscience ne sont pas du ressort des. lois. L'empire sur les âmes est un genre de domination que les gouvernements humains ne connaissent pas et ne peuvent pas même connaître. Les lois ont donc fait ce qu’elles peuvent et tout .ce qu'elles doivent pour: la liberté. humaine lorsqu'elles ont annoncé qu'elles ne reconnattraient et qu’elles ne sanctionneraient aucun vœu-perpétuel. “Elles n’ont pas d’ailleurs à s'inquiéter de ce:qui n’intéresse que la conscience ; il. ne leur appartient-pas de forcer le rétranchement impénétrable du cœur.de l'homme. »

Convaineu de cette vérité, le gouvernement avait les mains liées ; il jugea plus opportun de demander . au Saint-Siége un service que ses promesses escomptèrént. à l'avance. Les. Jésuites, n'existant dans.le “Royaume qu'à l’état d'individus, de prêtres séeuliers autorisés. par l'Ordinaire, n'avaient rien à déméler

(1) Rapport à l'Enpereur:(26 mars 1807.)

avec les chicanes de puise administrative. Ils n'appartenaient à l'Ordre de Jésus que dans leur conscience; la loi était donc impuissante à connaître d'un vœu ou d'une intention ne se manifestant point au dehors et ne réclamant d’autres priviléges que ceux dont jouit chaque Français. Il était légalement, constitutionnellement impossible de forcer les disciples de l'Institut derrière ce rempart de la liberté individuelle; on crut que Rome se préterait, sans trop de difficultés à une cprabiaanes. La mission de M. Rossi fut décidée.

M. Rossi était un de ces condottieri de l'intelligence qui n'ont d'autre patrie que le lieu où il leur est permis d’abriter la fortune sous leur tente. Les premières années d'une vie nomade avaient vu cet Italien professer des doctrines peu en harmonie avec la Foi catholique et les principes conseryaleurs, À Genève. il avait servi tous les dieux, il avait courbé la tête sous tous les cultes. Un hasard, heureux pour luj, le poussa vers la France. Il y prit racine; bientôt il fut un des truchements les mieux rétribués du . pouvoir. La Faculté de droit, l'Université, la Cham-

bre des Pairs s'ouvrirent devant lui et, afin de le.

mettre à même de mériter les faveurs dont on l'avait accablé, on l'envoya négocier auprès du Souverain Pontife l'expulsion à l'amiable des Jésuites.

Jamais ambassade allant proposer un glorieux traité de paix ou tracer la délimitation de provinces ‘conquises ne tira de la presse autant d'importance ; jamais nom ignoré ne recueillit en quelques jours autant de félicitations et d'outrages. Il se dirigeait vers Rome pour mendier l'exil ou la mort religieuse ‘des Jésuites français ; tous les partis s'occupèrent de lui. Les uns chantèrent son triomphe hypothétique, les autres ne virent dans le nouveau plénipotentiaire

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qu'un affront jeté au Saint-Siége. L’humble étranger qui était venu quelques années auparavant tenter le sort à Paris prenait des proportions coloss:les, Il grandissait sous les vœux des adversaires de l'Eglise, comme sous les malédictions des Catholiques. On le fit tout à la fois ami de Grégoire XVI et Carbonaro réfugié (1), on suivit. pas à pas son itinéraire;

(1) On a souveut affirmé que M. Rossi était an Suisse, réfugié italien, et sur ce thème on a brodé beaucoup de versions : ici, pour acouser Je gouvernement français d’avoir choisi un pareil agent diplomatique, là, pour blâmer le Saint-Siége de l'avoir accueilli en cette qualité. Nous allons rétablir les faits.

Eu 1815, lorsque Murat, sur le trône de Naples, résolut de s'emparer de la Romagne afin de seconder l’entreprise de Napoléon et de faire une diversion. jugée utile au complot des. Cent- Jours, M. Rossi était jeune et inconnu; mais déja il cherchait à

percer par tous les moyens. Dans l'impuissance où étaient les'

partisans de Murat de trouver des complices, ils jetérent les yeux sur M. Rossi, qui habitait la ville de Bologne, et on lui donna une commission révolutionnaire. Ce titre commença à

développer en lui la morgue doctrinaire. A peine en fut-il

investi qu’il se rendit chez l’avocat Gambar:, srofesseur à l'Université. Ce Gembara était un de ves Italiens à l'esprit caustique, et joignant une vaste érudition àla connaissance du cœur humain, M. Rossi p‘nètre dans ‘le cabinet de son ancien maître

avec un air si tranchant, que Gambara court à sa rencontre, fait *

ua profond salut, et, sans lui laisser le temps de notifier les motifs de sa visite, dit à haute voix :.« Sire, que commande Votre Najesté? elle sera servie à l'instant même. » L'expression de

‘ figure du jurisconsulte bolonais ayait quelque chose de si railleur

que M. Rossi, écrasé sous cc persiflage, s'échappa rouge de honte et de colère. Gambara ne fit point mystère de la plaisanterie, elle fut connue, elle donna une triste célébrité à la première mission de M. Rossi. Quand les Cent-Jours furent accomplis, le fonctionnaire improvisé et bafoué sentit que la place n'était pas |

tenable pour sa vanité et que son début politique ne lui laissait .

aucune chance dans les Etats de l'Eglise. Il s'exils à Genève où le travail et l'élesticité de ses principes mirent en relief son ambi-

: tion et ses talents.

Fiat. de la Comp. de Jésus —T.VL, ; 23

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on annonça d'un côté que le Pipe l'avait requ'avec :: uné touchante ‘cordintité; ‘de’ l'atitre: ion: prétendait que lés portes du‘ Yätisan ! äyatent été fermées detant luf ét que sa négocidtion se terminait ‘avant mème

d'étrecommiencée."Ainist qu brrive souvent tes deux:

extrêmes témbètent dns l'érreur Le choix de M.'Rossi n'était nt hébilé /ni'héeureux,-

à moins que Louis-Philippe n’eut eu le secret désir de montrer au Pape etiau Sacré-Collége la facilité. avec laquelle’ il'transformait h‘son gré‘en fervents Catholiques.les plus fougueux adversaires ‘de l'Eglise. M. Rossi passait auprès du Saint-Siëége pour le chargé d’affaires. des doctrines de: MM.. Dupin. .Cousin et

. Michelet: Le jour:où se présenta-au. Vatican afin de

remettre ‘ses lettres’ de: eréance.'lx Cour de Rome,

Ce fut dans cette ville que, vers l'année'1828,'H'At paraître un éorit que le PéréMaur Capellari, anjourd'hui lé Pape Grégoire XVI, se chargea de réfüter. On lit 4ans’cette’réfatation,;:empreintode toutes les qualitéside style, de‘logique'et de prudence qui distin-

guent les ouvrages id 'Cumhidifie couronné, ‘une'appréciation: de M. Rossi que le rapprochement si étrange des'deux-auteurs: :

doit faire remettre en'lumibre. ‘Le Père Maur CapeMatis'oxprime, pinsi sur le futür ambassadeur de Louts- Philippe auprés'de Grégoire XVI: « Un verto PT Re di Rosbi, cnthblico rinegalo. »

Nous avons'enténdu raconitér: à éteperdibperionnuges qui ont lieu de se croire bien ‘infurmés que M. "Rossi, avant de songer à devenit l’une des Iümibres de la France libérale, avait fait d'actives; de pressantes ‘démarches ‘auprès ‘de ‘Pempereur Nicolas de Russie pour diriger l’édécation' du feune-Grand-Duc héréditaire! Le prôfesteur: pes ‘tartit'aussi bien réussi à inculquer au Pririce, qu'il'ambittônnait d'élever; des dodtrines du plus pur sbsolutisie qu'il éét parvenn:ÿ sc'fuire edeptér:cumme. l’un. des’ réguléteurs de Vopiiioa ‘eomtitutiunnelle; Tout cela

nésrytoiné nie le “fuit as réfogié ftalièh.: et b'ést cétté erreur : trop aceréättét qu’if notätiporiuit de combattre’ nn ds

précis dans l'intérêt et pour la dignité des deux evwrs::

Socté feu il milité gr éga | Pas :c grandé dansn Les même, son bt toire‘ilt plus’ha surpisss semblai

rien'ent yeux:et’

sprtiertesant d'laljuste sévérité &é l'Episcopat français, publia la condamnation portée contre tous les manuels dé la jurisprudence gallicane et de j'éclec-

tisme. Le froïd accueil que le Sacré-Collége et les

Princes romains firent au négociateur dut peu flatter sa vanité ; mais fl savait qu'un sucéès’ dfplbmatique rejetterait dans l'ombre toutes ces impressions ‘fa. cheuses. M."Rossi ne songea point à marcherde pair avec les égaux: que’ lui donnait son titre provisoire.

* 11 f’était pas de taille à exéreer le prestige d'ün am-

bassadeur ‘dé Roi très-chrétieh : il cherthaih se dédommager de cette première décéption, Dans le

tournoi oratoire “où la’ Chambre ‘des!'Paîirs en'1844

discuta la loi sur'da tiberté enseignement, M. Rossi s'était mêlé aux combattants de ces’ fameuses journées.’et, quoique universitaire, il avaît su prendre un rôle de modérateur. On l'avait vu s'éfforcer de concentrer, de restreindre peut'êtré les colères dont la Société'de Jésus: était l'objet, et pour faire cesser le feu 'il s'exprimuit en ces termes : « Je ne sais siThumitité chrétienne est’ parmi Tes vertus de tette Congrégation; mais certes elle aura quelque peine à ne pas ‘céder aux ‘séductions de: l'orgueil, tellement est grande la place qu'ellé a occupé depuis quelques jours dans nos débats.»

Les Jésuites, P'Episcopät, la France, l'Eglise ellemême, tout cela n’était que secondaire pour M. Rossi ; son but principal était de réussir, parce que la victoirelui servait ‘dé imarchepted ‘afin d'arriver à de

plus’hautes destitiées. A'Rome, où tanit de défiances

surgissaient autour dé lui, où un cordoh sanitaire

semblait lui laisser le palais Colonna pour ‘lszaret, | M. Rôssi ne voulut rien voir de tout ce qui se‘faisait, rien entendre de tout ce-qui se disait. M'ferma'les -

yeuxet lès oréitiés, puis, à'force d'intrigucs croisées,

il se mit à battre en brèche la Compagnie de Jésus, M. Rossi avait longtemps vécu dans une situstion précaire, L'ambition lui inspira la science de la flatterie et de la souplesse ; elle lui révéla le point vulnéreble de beaucoup d'amours-propres. Il possédait la clef des passions de l'humanité ; il se servit de cet art qui ‘déjà lui avait été si fructueux. IL lui fallait des trompettes pour répandre dans les salons les rumeurs qu’ilsentait le besoin d’accréditer, les promesses que son gouvernement s'engageait à ralifier, les menaces qu'en cas de refus il devait faire entendre au Saint-Siége. La Prélature romaine se tenait sur ses gardes ; le diplomate improvisé trouva dans quelques ecclésiastiques français l'appui qui lui était dénié par le Clergé d'au delà des monts.

Comme tous les parvenus encore peu habitués aux dignités et au pouvoir, M. Rossi, en me‘tant le pied sur le patrimoine de l'Eglise, avait espéré que sa préseuce seule aplanirait les obstacles et qu'il enlèverait de haute lutte la négociation dont il posait impérieu sement les bases. Représentant de ce qu'en France on appelle le pays légal, M. Rossi s'était imaginé qu'il ne lui en coûterait pas beaucoup pour effrayer lé Saint Siége. Les quelques prêtres aux yeux desquels il faisait briller dans un prochain avenir des mitres épiscopale et de hautes fonctions comme récompense .de leur jeune dévouement l'entretenaient dans ces idées. Il crut avoir partie gagnée avant mine d'avoir commencé le jeu, et il se persuada que, par courtoises subtilités ou par inlimidation, il n'y aurait rien de plus aisé que d'amener à son but le Vicaire de Jésus-Christ. Le rôle, de l'ambassadeur espagnol Florida-Blanca l'avait séduit. Ainsi que lui, il se croyait destiné à commander dans la capitale du monde chrétien et à imposer à un nouveau Ganga-

sus, tion flatvulédait e cet allait ss r'u- 1mesr, les endre it sur quelit dé-

és aux le pied Sa préèverait pér'ieu -

rance naginé ffrayer x desir des me réenaient même e, par aurait icaire pagnol il se ale du anga-

nelli les volontés de son maitre. Clément XIV avait fléchi sous l’audaeieuse étreinte du plénipotentisire de Charles III ; Grégoire XVI, plus calme et plus fort dans sa simplicité pleine de grandeur, n'était pas un Pontife à se laisser violenter. On prétendait en France qu'il n'y avait qu'à demander à Rome pour obtenir. Le caractère conciliant du Pape et du Cardinal Lambruschini, son secrétrire d'Etat, était peint sous des traits qui faisaient présager la débilité. On ne tenait compte ni de leur amour pour la paix, ni de la condescendance que la Chaire apostolique est heureuse de témoigner dans toutes les transactions ne préjudiciant en rien aux droits de l'Eglise et à ceux de la

. justice. Le Pape s'était plus d'une fois montré géné-

reux ; on rêva que cette bonté irait jusqu'à la faiblesse. Ce fut sous de tels auspices que M. Rossi entama l'aFaire des Jésuites.

Les Jésuites avaient, dans le Sacré-Collége, dans la Prélature et dans les divers Ordres religieux, des juges, des maîtres, des amis, des émules qui appréciaient sainement cette guerre incompréhensible. Ils voyaient tous là Société à l’œuvre; ils l'étudiaient ; ils la suivaient dans ses luttes et dans ses travaux ; ils se rendaient un compte exact de ses progrès et de ses défaites, Sur les lieux mêmes où l'on affirmait que son action avait quelque chose d'irrésistible, ils trouvaient dans la réalité le contre-poids des mensonges. Le prisme sous lequel on faisait mouvoir l'ombre du Jésuitisme ne séduisait personne. L’ex-

‘ périence du passé servait de leçon à l'avenir, et, forte

de l'exemple du gouvernement ipontifical, Rome attendait, dans un silence plein d'équité, les terribles accusations dont M. Rossi se faisait l'organe. Les abbés de Falloux, de Bonnechose et Lacroix, chacun selon la mésure de ses ambitions individuel-

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