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qui, comme la génération nouvelle, pouvait dire si les Jésuites tiennent école de lächeté, de trahison,
de mépris des lois ou des serments. M. Thiers, il faut en convenir, n'est pas le premier qui donna un corps à cette imposture. Avant lui Carlo Botta, dans son Histoire d’Italie, avait poussé l'incrimination plus loin que l'historien de la Révolution: Selon Botta,
dont un prêtre, réfugié piémontais. VincentGioberti,
reproduisit les paroles dans son introduction de/ Primato morale e civile degl’ Italiani, les Jésuites ne sont plus: seulement criminels pour étouffer dans l’âme de la jeunesse tout amour de la patrie.
Botta et Gioberti leur reprochent d'absorber au profit de la Compagnie la ds ré proies tendresse que les fils doivent à leurs parents.
» L'empire que les Jésuites usurpaient sur la volonté, ainsi s'exprima Botta (1), était plein de dangers, parce que leur première pensée, et ils la! mettaient à' exécution , était d'arracher du’ cœur des jeunes gens l'amour de la famille. Les Jésuites agissoient ainsi pour que leurs disciples fussént plus dévoués en tout à eux-mêmes et à la’ Compagnie.
Les enfants de la vieille Rome s'écriaient : Patrie!
patrie ! ét, préparés à ce dévouement, ils faisaient passér la patrie avant leur famille. Les élèves des Jésuites disent au contraire : Les Jésuites! les Jésuites.
et au besoin ils préfèrent leurs mattrés à leurs pères!
Parmi ces générations, les unes tendaient à l'honnéur “et à la liberté, les autres allaient à l'abjection et à la servitude. »
Botta et Gioberti, son enthousiaste commentateur (2), peuvent bien, à l'aide de quelques plirases
(1) \Storia d'Italia continuas, da quella del SANReUEN,
XCVIIE (2) Le Primato morale « civile avait été dédié en iBäs, par
Franc de son violen lement:
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déclamatoires, jeter la pierre à l'Ordre de Jésus; mais, en lisant ce passage, chacun s'avouera, comme nous, qu'ils n’ont oublié qu’une chose : c'est d'expliquer comment il se fait que des pères de famille élevés par les Jésuites dans ces principes néfastes aient consenti à se priver de l'amour de leurs enfants. Une pareille éducation pourrait à toute force se supposer. Elle abusera peut-être une génération; est-il possible qu'elle’ s'étende à la seconde? Faudra:t:il admettre que, depuis trois cents ans, les pères de famille se soient laissés volontairement dépouiller de l'affection de leurs fils, et que, pour plaire à des Jésuites, corrupteurs de tous les sentiments les plus naturels, ces parents se soient prêtés à cette désolante combinaison ? Car. iln'y a point à tergiverser, le plan des Jésuites est toujours le même. Ils l'ont appliqué
dès l'origine de l'Institut, ét après avoir appris à.
Vincent Gioberti, à Silvio Pellico, Le Prêtre réfugié à Bruxelles voulait placer sous le patronage d’un boau génie et d’une haute probité un ouvrage contre la Société de Jésus. Silvio Pellico répudisa cette dédicace en publiant le 16 juillet 1845 la déclaration s suivante :
« Ami de Vincen! Gioberti, écrivait l’auteur de Mie prigiontie à la date de Turia, 28 juin 1845, et profondément attaché à François Peliico, Jésuite, mon frère j‘ai lu dans l’avertissement de son Primato morale e civile degl’ Italiani une manifestation violente de colère contre les Jésuites, Si je me taisais, non-seulement je manquerais à l'amitié qui m’unit à mon frère, mais je laisserais supposer que j'adhère aux préventions de Gioberti sur la Compogaie à laquelle mon frère appartient. Je ne suis paÿ éloquent, et j'ai peu de foi dans l’effet des apologies ; jeme borne à déclarer ce qui suit : \
» Jene partage pas les spiitons de Gioberti sur les Jésuites. 11 a cru les peindre avec vérité, il n°en a fait qu’un odieux tableau. Pour le tempérer, il dit, il répète qu’il y a des exceptions honorables à faire ; mais tel est le blâme qu’il répandsurle Compagnie entière, que même les individus à excepter auraient, à son avis,
Hist, de la Comp. de Jésua —T. vi, 26
leurs premiers élèves à détester les,auteurs.de leurs jours, il faut que ces élèves, devenus pères, aient trempé dans Je complot révélé par Botta. et par Gioberti. Celui de M. Thiers n’est. qu'un mensonge parlementaire,.celui de Botta est un érime. impossible.
En présence de ces hostilités de parti pris qui ne craignent pas d'aller jusqu’à l'absurde, les disciples de saint Ignace ne pouvaient faire qu'une réponse. On leur imputait d’avoir créé un.système d'éducation antinationale ; ils montraient leurs élèves servant la patrie dans toutes les conditions. On prétendait qu’ils dépouillaient le cœur des enfants de tout sentiment de reconnaissance filiale..Les Jésuites demandaient que, dans-cette hypothèse, on. expliquât.d'une manière raisonnable cette succession non-interrompue de générations qui, depuis trois cents ans,remplit leurs colléges, où le père de famille vient avec bonheur marquer à ses fils la place qu'il occupa lui-mé-
le tort de s'être dévoués à servir une Société devenue :malfaisante,
.» Sur ce point, je déclare qu'ayant une. connaissance intime de mon frère et de quantité de ses collègues, je sais que ce.nesont point de faibles esprits, entroinés dans l'illusion, mais des : hommes.forts de discernement et de vertu.
» Comme j'estime les Jésuites, les autres Religieux ct en général le Sacerdoce, quelques-uns ant porté çantremoi.une accusation qui est bien vulgaire aujourd’hui, en disant que je suis ce qu’ils appellent un affilié du Jésuitisme, un instrument de cette prétendue secte artificieuse. Je suis seulement un homme d'étude-et de réflexion, qui a lu et examiné, qui n’a pas la faiblesse de se rendre le sezviteur des opinions véhénentes, qui sonrit des lettres anonymes et d’autres. baysesses semblables par lesquelles quelques-uns ont eu la simplicité de. vouloir m'appreodre à penser. Ja pense èt jeme canduis selon ma consciences je ne m'asservis à d’autre.lien qu'à celui de ne veuloir haïr personne. et d’être Catholique, Apostolique:et Romain.
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me pendant son adolescence. On faisait les Religieux de l’Institut. ennemis du mouvement intellectuel et du pragrès des lumières ; ils acceptaient les innovations”utiles, ils popularisaient l'amour des arts, ils appelaient la jeunesse à l'étude des sciences exactes, ils perfectionnaient les théories modernes de l'enseignement ; quelques-uns même d'entre eux se signalaient par de savantes découvertes «et par d'incontestables succès. Ils produisaient tous cesarguments ; la haine passait outre en souriant de pitié.et elle calomniait encore, |
Reconstituée à une époque de transition. la Compagnie de Jésus n'avait pas seulement à ‘s'occuper de former des savants et des littérateurs. Pour elle, ce dernier but n'était qu’un brillant accessoire. L'Eglise et le monde éhrétien attendaient autre chose de son rétablissement. L'Eglise souhaitait de profonds théologiens, des orateurs éminents. des zélés missionnai. res; le monde réclamait d’habiles instituteurs de la jeunesse, des guides spirituels pour l’âge mr. Cette agrégation de devoirs et de sacrifices ne pouvait manquer de fournir, comme par le passé, des intelligences à toutes les études humaines. Les soins si multipliés d'un triple apostelat. et le travail d'intérieur auquel la Société dat se livrer pour rendre homogènes ces diverses parties se réunissant de chaque point du globe, afin de former un tout, ne permirent pas à la première génération des Jésuites de.créer de grandes œuvres. Il fallait prêcher et professer. Ces enfants de saint Ignace. ainsi que les vieux Pères de:la Foi, leurs émules, furent donc plutôt des hommes du ministère sacré que des écrivains ou.des savants. Dans.le monde, dans leurs colléges, ils cherchèrent. à faire revivre la piété et les. bonnes études. Leurs travaux de cette époque sont
utiles, mais peu éclatants, Ils commentent les exercices de saint Ignace; ils apprennent à méditer, ils annotent les livres classiques, ils donnent des préceptes de rhétorique et de littérature, ils dirigent les jeunes professeurs. Sous l'impulsion du Père Barruel,
athlète vieilli dans la polémique, ils combattent pour
la défense de la Religion et de l'Eglise. De Brosse, Loriquet, Varin, Louis de Bussy et Chaignon offrent aux Fidéles des opuscules pleins d'oction. Mais la situation précaire qu'ils s'étaient faite en France, où la loi ne reconnaissait ni ne les proscrivait, dut avoir, surtout dans les premiers moments, de fatales conséquences. Cet état peu normal privait les Pères du stimulant nécessaire pour écrire ; il leur fit douter de leur liberté et de leur existence : ils furent donc mis dans l'impossibilité de se produire.
Peu à peu cependant ils s’habituèrent à une position aussi étrange, et comme les autres disciples de l'Enstitut, plus favorisés qu'eux, ils entrèrent à pleines voiles dans le mouvement social. Les fatigues du mipistère ecclésiastique, l'éducation des Novices, celle de la jeunesse, les Missions en Europe et au delà des mers, les contre-coups révolutionnaires devaient absorber leur vie, Ils trouvèrent néanmoins au fond de toutes les Provinces de l'Ordre des moments à consacrer aux travaux qui établirent la gloire littéraire de l’ancienne Compagnie. Les uns se livrèrent à l’étude des saintes Ecritures et de la théologie ; les autres se firent ascètes ou philosophes. Il se forma parmi eux des orateurs et des historiens, des astronomes et des archéologues, des polémistes et des littérateurs. C'est ce tableau de quelques années seulement qu'il importé de dérouler pour apprécier sainement les efforts et les succès des enfants de saint Ignace. Nous les avons vus aux prises avec le monde, il faut main-
ascète, tation:
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tenant les suivre dans la cellule, où Ja culture de l'esprit devient un délassement des labeurs de l’apostolat.
‘À la tête des nouvelles générations de docteurs apparaît Perrone. Ses œuvres théologiques, adaptées aux nécessités du siècle, ont déjà obtenu l'honneur de quinze éditions. Avec le Père Jean Martin , dont le traité de Matrimonio fit la réputation, et Rozaven, qui, par son Eglise catholique justifiée, a élevé le bon sens à sa plus haute puissance, Xavier Wenin-
- ger remonte à la source des principes, Au fond de
l'Allemagne,d’oùsurgissent tant de novateurs essayant d'arracher leur patrie à l'Unité catholique, Weninger défend la suprématie spirituelle des Papes. Le peuple a besoin d'enseignements précis sur ce sujet : afin de faire descendre la lumière jusque dans les masses, Weninger se sert de sa langue maternelle. Pendant ce temps Patrizi compose ses Cours élémentaires d’Ecriture sainte ; Roothaan commente les Exercices de saint Ignace : il publie son livre de Ratione meditandi, opuscule substantiel; de Bussy jette dans le Mois de Marie l'onclion de son âme ; de Brosse, Guillermet, Charles Deplace, Arthur Martin sont tout à la fois pieux et pleins d’une élégance qui rappelle saint François de Sales. Joseph Lambillotte écrit sur son lit de mort le Conso/ateur des âmes affligées, testament d’un Jésuite, dont cha-
‘ que parole est destinée à adoucir aux hommes ie
passage du temps à l'éternité.
Les Pères de la Compagnie étaient théologiens et ascètes. Ils recommencçaient au milieu des saintes agitations de leur vie les travaux d’un autre âge ; ils voulurent que l’Institut reprit encore son rang parmi les maitres de la chaire. Nicolas de Maccarthy et Ravignan pour la France ; Finelti, Minini et Sagrini
pour l'Italie ; Caraffa, Puyal, Gilet Montemayor pour l'Espagne, entrent avec-éclat dans cette voie que tant de jeunes Jésuites parcourent déjà avec succès. Maccarthy. c'est le prédicateur d’une époque de transition. Tout a changé autour de lui, les lois; les mœurs. les trônes; lui seul est resté immobile: dans sa foi et dans les magnificences de son langage. Ce Bourdaloue: improvisateur, dont la tête est pleine d'idées, dont l'âme déborde d’éloquence et de charité, s'est abreuvé aux sources les plus puresdel'art dehien dire et surtout de bien faire: Il: fut Fapôtre de la France sous le règne des derniers Bourbons, ainsi que Xavier de Ravignan l’est devenu: sous la nouvelle . dynastie:
Ravignan ne procède pas par les mêmes moyens que Maccarthy. À eette foule d'hommes éminents où lettrés, à cette jeunesse que lx politique a rendue libre, mais dont le cœur aspire à reprendre la chatne des vieilles croyances religieuses, il faut donner toutes les jouissances de l'esprit avee toutes les:satisfactions du cœur. Ravignan: remplit dans une mesure parfaite les conditions imposées à son talent. Moins heureux que ses émules d'Italie et d'Espagne, il ne trouve pas tout d'abord un'auditoire:convainceu ; mais, le saisissant tantôt par là majesté de sa raison, tantôt par son onctueuse lucidité: ou par l'irrésistible énergie de sa foi, il le: subjugue, il lentratne jusqu'au pied des autels, Le doute, l'indifférence ou la curiosité avaient poussé la multitude autour de sa chaire. Forte de son scepticisme, cette multitude s'était assise: em face de l’erateur chrétien pour applaudir à son beau'langage. Le Jésuite parle, la:vérité se fait jour peu:à peu dans les: cœurs; les têtesis'inclinent, les genoux‘flé: chissent, les convictions éclatent, et tous, confondus dans la même prière , oublient les distances de rang