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maniére dont on me traitait, de même que moi aussi, je l’avoue, ce n’est pas sans peine que je me suis séparée de celui qui a été mon guide spirituel pendant plusieurs années. »
Ce document n’a aucun des caractères d'authenticité exigés par l’histoire; mais la reine Catherine elle-même, en faisant la part de ses chagrins d’aïeule délaissée, a été plus juste que ses interprètes envers la Société dont on essayait de la poser comme l'adversaire. À sa mort, le 12 février 1578, elle voulut être assistée par ce même Père de Torrès, et elle légua à la Maison-Professe de Lisbonne une somme considérable, un reliquaire précieux et le portrait de la Vierge peint par saint Luc.
Est-il vrai maintenant que les Jésuites, n’aspirant pas à ceindre collectivement la couronne de Portugal, ont au moins chérché à la déposer sur la tête de Philippe II d'Espagne, et que, après la mort de don Sébastien, ils ont fait servir le règne du cardinal Henri à cette transition ?
Les Jésuites sont fins et accorts, selon l'expression de Pasquier, nous leur accordons ces deux qualités sans trop nous préoccuper de leurs sentiments envers la maison de Portugal. La reconnaissance dans les corporations ainsi que dans les familles ne va guère au delà de la génération qui a reçu le bienfait; souvent même on voit disparaître avant elle cette reconnaissance, étouflée par le mouvement des partis et par le besoin des situations. Les corps religieux ou politiques n’établissent pas l'ingratitude en principe; mais en dehors des devoirs pieux et des prières pour les morts, ils oublient assez vite le bienfaiteur passé pour s’étayer sur le bienfaiteur actuel ou pour pressentir le futur. Cette règle générale a-t-elle été adoptée par les Jésuites dans les circonstances où le trépas de Sébastien plaçait le Portugal? Leurs antagonistes affirment qu'oui; eux déclarent que non.
Le cardinal don Henri, monté sur le trône, leur conserva l'estime qu'il avait témoignée à leur Ordre dès sa fondation. Au milieu des héritiers qui, de son vivant même, ouvraient sa succession, les Jésuites n’apparaissaient ostensiblement sous aucun drapeau. Portugais pour la plupart, ils devaient avoir contre fout ce qui était espagnol une répulsion nationale. Pu-
rent-ils ainsi appuyer Philippe IE, qui du reste ne leur était favorable que par contrainte? Ils n'osèrent pas non plus s'étayer sur le duc de Bragance, qui n’affichait ni le courage d’un fondateur de dynastie, ni l'audace d’un conquérant. Le duc de Bragance allait lui-même au roi d’Espagne, et, soit timidité, soit indolence, il ne disputait cette couronne que pour l'acquit de sa conscience. « En effet, dit de Thou !, ce duc, qui avouait sa faiblesse, commençait à croire qu'il était plus avantageux pour lui de s'assurer de la protection d'un prince aussi puissant que Philippe, que de s’obstiner à soutenir ses droits, puisqu'il n'était pas sûr de réussir. »
Les Jésuites alors auraient eu beau jeu à se faire déclarer les successeurs du cardinal-roi, ne voyant que par leurs yeux, n'agissant que par leurs conseils. Ils avaient mesuré le duc de Bragance de la tête au cœur; ils l'avaient jugé tel que l'historien de Thou le peint, ambitieux et pusillanime ; il n'était pas permis à des hommes sensés de compter sur un prétendant qui ne faisait valoir ses droits qu'avec de méticuleuses précautions. Ils laissèrent tout marcher au gré des événements, et ils se renfermérent dans la neutralité. Cette neutralité fut si bien constatée qu'à Madrid et à l'Escurial on les accusait de favoriser avec les Français don Antoine de Crato, compétiteur de Philippe, et qu'à Lisbonne et à Coïmbre on les poursuivait comme partisans du roi d'Espagne.
Henriquez, confesseur du vieux roi, reçut ordre du Général de la Compagnie de ne se mêler d’aucune affaire politique *. Le duc d'Ossuna, ambassadeur de Philippe, avait amené à Lisbonne son directeur, le Jésuite Louis Gusman. A l’arrivée de ce Père espagnol, les Portugais, craignant que son nom ne devienne un drapeau, supplient leur Général de le faire retourner en Espagne, « de peur, écrivent-ils, qu'on ne pense qu'il est là pour soutenir les intérêts de Philippe. » Les Jésuites s’effaçaient avec tant d’abnégation, avec tant d'art, si l'on veut, que Philippe ne se servait plus d'eux pour demander au roi de Portugal ce qu'il ambitionnait d'obtenir. Ainsi, don Henri, cardinal
1 Histoire universelle de M. de Thou, t. vur. 2 Franco, Synopsis annalium Sociclalis Jesu in Lusitania, anno 4575,
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