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et prêtre, avait sollicité à Rome une dispense à l'effet de pouvoir contracter mariage et d'essayer par là de continuer la race d'Emmanuel le Grand, qui s’éteignait en lui. La cour d'Espa-gne s'opposa vivement à ce désir, et, pour dissuader le roi de ce dessein, elle lui envoya non pas un Jésuite, mais un Dominican, le Père Ferdinand del Castillo.
Cependant l'historien génois Conestaggio n'est pas aussi affirmatif. « Quelques-uns disent, raconte-t-il, que te Père Léon Henriquez, après l'avoir fait pencher d’abord vers la famille de Bragance, lui conseilla ensuite de choisir Philippe pour son héritier, mais à des conditions très-avantageuses au Portugal. »
I n'y a pas d'autre trace de ce fait que l’assertion de ces quelques-uns dont parle Conestaggio. Cette assertion pourtant coïncide assez bien avec la proposition faite par le cardinalroi aux États de Portugal. Don Henri demandait que le roi d’Espagne fût nommé son successeur; mais les États ne voulurent pas adhérer à ce projet. Si, après avoir sondé les chances des deux compétiteurs, le Jésuite a conseillé à son royal pénitent de préférer l'Espagnol au Portugais, nous ne savons trop comment on s’y prendrait pour blâmer un pareil acte. Henriquez connaissait les incertitudes du caractère de Bragance; il calculait que la guerre était imminente, et, dans l’état d’affaiblissement où les expéditions de Sébastien avaient laissé le royaume, l'issue de cette guerre ne pouvait être douteuse.
Trois concurrents se disputaient le trône; leurs droits respectifs, en dehors de celui de la force invoqué par Philippe I, n'étaient point assez ciitrs pour ne pas excuser l’hésitation. Dans nos idées modernes, le principe de la légitimité n’est plus exposé à de pareils conflits ; les études politiques, la science des faits lui ont donné une vitalité qu'il n'avait pas alors; mais quant aux Jésuites, on les voit bien offrir aux princes des avis concernant l'administration, surtout lorsque l'Église ou la Foi s’y trouvent intéressées; on ne les rencontre jamais conspirant ou formant des brigues dans un intérêt purement dynastique. Les successions de couronnes, les querelles de prétendants leur sont étrangères en tout ce qui n'a pas rapport à la Religion. La Ligue lle-même est une confirmation de ces paroles. La politique
nour eux se renferme dans les devoirs de leur état et dans la propagation de l'Évangile; ils acceptent les gouvernements établis, ils s’y soumettent; ils les servent mème quand ces gouvernements ne sont hostiles ni aux lois de Dieu ni à celles de l'Église ; et, tout en prévoyant les événements qui allaient diviser le Portugal, ils n’ont pas dû dévier de la règle si nettement formulée par leur fondateur.
D'après les auteurs contemporains, les Jésuites ne se dessinérent qu'une fois dans les troubles qui suivirent le trépas de don Henri, et c'est aux Açores que le fait se passa. Les princes enlevés subitement à leurs peuples ou qui meurent de mort tragique laissent après eux des hommes qu'une ressemblance plus ou moins parfaite pousse à jouer leur rôle. Chaque histoire nationale a ses faux monarques. Le bruit se répandit donc à Tercère que Sébastien n'avait pas péri sur la côte d'Afrique, et que, de retour en Europe, il allait reprendre possession de son trône. Des religieux, égarés par un dévouement dont l'intention était plus louable que fondée, s’empressent aussitôt de prêcher une croisade en faveur de ce prétendu don Sébastien. « Les Jésuites, dit de Thou !, s’efforcèrent de détromper le peuple. »
Cette conduite était la seul: que pussent tenir des hommes sages; mais la sagesse est toujours condamnée à avoir tort lorsque l’exaltation dirige les esprits. On portait une haine nationale aux Espagnols; les Jésuites étaient sous le conp de quelques jalousies monastiques : ces deux causes réunies fomentérent une insurrection. Les partisans € ” faux Sébastien murèrent la maison des Pères. Peu à peu cependant le calme sc rétablit. Us n'intervinrent que dans cette occasion; cette occasion seule a suffi pour fournir des armes contre eux. Antoine Arnauld, dans son fameux plaidoyer en faveur de l'Université de Paris, s'exprime ainsi ;
« Les désuites, qui avaient révolté le reste du royaume, commencèrent à fulminer contre les Français et à exalter le roi Philippe. Que fit-on? Au lieu de les jeter à la mer ou au moins de les chasser hors des îles, on se contenta de les murer
1 Histoire universelle, liv, x, page 420,