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couraient le Catholicisme et la Monarchie, le Parlement et l'Université, à moitié gagnés au Calvinisme, aimaient mieux batailler contre les Jésuites que de tenir tête aux empiétements de l'hérésie. Le procès entamé entre le corps savant et les Pères se poursuivait au milieu des désordres dont la France était le théâtre. C'était une chose profondément triste que de suivre dans ses détails cette misérable querelle d'arguties qui ne tient compte ni des malheurs actuels ni des calamités futures, et qui, pour la satisfaction d'une vanité froissée, trahit tous ses devoirs afin de poursuivre judiciairement sa rivale dans les belleslettres.
Le Père Possevin était parti en 1565 pour solliciter de nouveau la protection de Charles IX à Bayonne. Le roi y conférait des affaires de la Religion et de la politique avec Philippe I d'Espagne. Possevin résuma devant le Conseil les demandes de sa Compagnie. « Sire, disait-il, elle à l'avantage d'être connue en l'rance, où les actions, les paroles et les mœurs de ses enfants sont exposés aux yeux et à la censure des hérétiques. Cet unique témoignage n’est pas peut-être celui qui lui fait le moins d’honueur, ni qui la justifie moins contre tout ce qu'on peut alléguer à son préjudice. Nous prions seule "nt très-humblement Votre Majesté de vouloir lui continuer la protection dont elle l’a honorée jusqu'ici, et qu'il lui soit permis de travailler dans son royaume trés-chrétien à l'instruction de la jeunesse et à la conservation de la véritable Religion. »
Pour donner plus de poids aux motifs sur lesquels le Jésuite s'appuyait, il remit au roi un mémoire où le but et la fin de la Société étaient sommairement déduits. Le mémoire dont l'original est sous nos yeux, professe sur les priviléges de l'ancienne Université et sar la liberté d'enseignement une doctrine qui a toujours été celle des Jésuites. « Finalement, dit Possevin, il faut pourvoir aux besoins et aux maux si graves de la France, avoir égard à des priviléges que l'Université aurait anciennement obtenus. Il est licite à chacun d'ouvrir des écoles dans sa propre maison et d’y recevair quiconque s'y présente. La Franee n'est pas dans la situation, qui créa ces priviléges; ef que de novo emergunt, novis remedis egent. »
Le roi cet son conseil prirent en considération la demande de Possevin. Le chancelier de L'Hôpital reçut ordre d’expédier au Parlement de Paris les lettres sollicitées par le Jésuite. L'Hôpital s'était créé entre les deux partis extrêmes une position difficile. En les ménageant pour les amener sans doute à une conciliation dont tout démontrait l'impossibilité, L'Hôpital se révélait honnête homme, mais politique peu versé dans la connaissance du cœur humain. Il tendait à plaire aux Catholiques et à gagner la confiance des Huguenots; les uns et les autres incriminérent sa pensée, ils taxèreni sa modération de dupliaté. L'Hôpital redoutait de se compromettre par une démarche officielle en faveur des Jésuites. Il était de ces hommes qui prennent la voie d'une sagesse diplomatique pour se hisser à la popularité, et, au milieu du déchaïrement des passions, il s'arrangeait un rôle de placidité qui devait éterniser son pouvoir. Les Jésuites, selon lui, entraient trop vivement dans les intérêts de l'Eglise ; leur foi était trop ardente; leur zèle effrayait sa timidité calculée. Il écrivit, cependant, car le roi avait ordonné. La reine Catherine, le cardinal de Bourbon et les autres princes recommandèrent la Compagnie au Parlement, à l'Evêque ct au Gouverneur de Paris; puis alors Possevin eut des conférences avec Philippe IE.
Les hérétiques reprochaient aux désuites de répandre partout leur esprit; mais le Calvinisme ne reculait guère quand il fallait user des mêmes moyens pour faire la propagande de ses idées. L'Espagne lui était fermée par les bûchers de l'Inquisition et par la rigidité du roi. Spifames, évêque apostat de Nevers, le ministre Viret ct les autres chefs du Protestantisme avaient cependant ouvert à leurs doctrines, en Espagne, un débouché dont personne ne soupçonnait le mystère. Les livres hérétiques cireulaient secrètement au cœur de la Péninsule ; par l'attrait du fruit défendu, ils étaient recherchés avec avidité. Possevin découvre à Philippe Il l'artifice à l’aide duquel les œuvres de Genève pénêtrent dans son royaume. Quelques jours après, des mesures étaient prises en conséquence, et les Huguenots, par une guerre encore plus acharnée que jamais, faisaient expier aux Pères les révélations de Possevi.
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Afin de s’entourer de protecteurs, les Jésuites s'adressaient aux princes catholiques : l'Université ne voulut pas être en reste avec la Compagnie, et, elle, la fille aînée des rois trèschrétiens, elle alla mendier l'appui des Dévoyés de l'Eglise. Dans un temps où les opinions étaient si nettement tranchées, cette démarche de l'Université, s'abritant sous l'épée du chef des Huguenots, fut regardée comme une lâcheté ou comme une apostasie par alliance. Les amis du corps enseignant essayérent de lui faire comprendre le fâcheux effet que produirait en France ‘un acte aussi opposé aux intérêts de la Catholicité qu'à ceux des Universitaires. Ces derniers ne consentirent pas à modifier leur plan. Le 12 mai 1565, le recteur, suivi des quatre Facultés, vint supplier le prince de Condé de faire chasser les Jésuites, qui troublaient les études publiques !.
Crévier, dans son Aisloire de l’Université, raconte aussi cette triste arubassade, etil ajeute judicieusement : « Le prince; chef des Protestants de France, n'eût pas sans doute mieux demandé ; mais l'entreprise passait son pouvoir, et l'Université gâtait son affaire en recourant à une protection si justement suspecte ?. »
Il ne faut cependant pas trop s'étonner d'une pareille démarche : l'Université avait dans son sein plusieurs personnages infectés d'hérésie et qui, sous prétexte de défendre ses priviléges et ses droits, tâchaient de la compromettre pour la séparer de la Communion romaine. Pierre Ramus, iconoclaste et calviniste, selon Crévier*, mais qui à grandement contribué au progrès des sciences, et Guillaume Galiand, avaient persuadé aux Facultés que le procès des Jésuites était plutôt une affaire de corps qu’une affaire de religion; l'Université, sans savoir où cette coalition pouvait l'entrainer, l'acceptait pour l'acquit de ses vengeances.
Pasquier et ses confrères étaient déjà entrés dans la lice avec
‘ « Reclor amplissimo doctissimoque statu principem Condæum salutavit, illumique rogavit ut illius providentia et consilio isti Jesuitæ, publicorum studiorum remoramenta, exturbarentur. » (Hes{oriu Universitatis, par Dn Boulay, p. 646).
2 Crévier, t, VE,
3 Crévier, Histoire de l’Université, À, V1, p. 480.
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une consultation en neuf points de l'avocat Dumouis1. Pasquier avait plaidé dans le jargon du barreau, et son discours, vaste répertoire où la science est mise au service des ambitions universitaires, avait produit sur l'esprit du Parlement, prévenu d'avance, un effet incroyable, lorsque Versoris commença la défense des Jésuites.
Versoris, dit Pasquier dans sa lettre à M. de Sainte-Marthe, lieutenant-général en la maréchaussée de France, avait été aidé par le Père Caigord”, « .un des plus braves solliciteurs que jamais le Palais ait eus. » Dans un style qui, pour la diffusion et l'emphase, ne le cède en rien à celui de son confrère, il félicita les parties d'avoir « pour juge cette cour qui regarde chacun d'un œil qui a sa rondeur également proportionnée, œil plus droit que celui de Polyphème, lequel aucuns ont estimé sur Philostrate être l'œil de la France. »
Dans le feu de ces plaidoiries, les lettres du chancelier de L'Hôpital, obtenues par Possevin, furent remises à leurs adresses. Ce n'était pas un procès civil qui se débattait, mais bien
1 une affaire religieuse et politique. La justice n'avait donc à in- A. | tervenir que pour le plus grand avantage de la Religion et de | L l'Etat. Le premicr président, Christophe de Thou, père du céhl lèbre historien? , se prononça pour les Jésuites, et, le 5 avril | 1565 un arrêt intervint. « Cette cause ayant tenu deux audiences : I entières, raconte de Thou3, le Parlement, ou persuadé qu'il n'y | avait rien à craindre pour l'avenir, où par opposition contre les | Protestants dont les Jésuites semblaient destinés à combattre les Î progrès, ordonna qu'il serait plus amplement délibéré sur cette U affaire, et néanmoins il autorisa les Pères à ouvrir leur Colj | lège. »
ll Gagner Gu temps était pour la Compagnie gagner son procés. (| L | * Le P. Cogordan.
2 On a ainsi dépeint le talent ct le caractère du président de Thou, sur l’histoire has
duquel le Père Possevin a publié des notes critiques : « Audax nimium, hostis Jesuitarum implacabilis, calumniator Guisiorum, Protestantiun exscriptor, laudator, amicus; Sedi Apostolicæ et Synodo Tridentinæ (otique rei catholicæ parum æquus, » Ce ne sont là que les défauts de l’annaliste ; mais à ces défauts 11 joignait | de grandes qualités de style et une profonde connaissance des mœurs et des hommes
de son temps.
8 J, A. Thuani histor, Gb. 37, €, 8.
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Mier Chaque jour elle se rendait plus nécessaire, chaque jour aussi asie les Catholiques s'attachaïent à elle par de nouveaux liens, L'Uuni- niversité ne se dissimulait pas que ces délais étaient peu faenu vorables à sa cause. Afin de les conjurer elle s'adressait au prince à la de Condé, Le Protestantisme lui promettait un concours actif
contre les Jésuites; il était bien disposé à tenir sa parole, mais the, ce concours n'avait pas pour l'Université toute l'efficacité désiaidé rable. Après s'être unie avec les Dévoyés qui ne demandaient pas » Jar mieux que cette erre intestine, elle essaya de s'appuyer sw: n et le vieux co de Montmorency. Aux fêtes de Pâqu:3 leita de l'année 1 + Galland vont le supplier « d'exter- ‘eur miner les dés sont, disent-ils, la peste de l’'Univerplus sité, parce que, dès qu'une mesure de sévérité est employée sur contre les écoliers, ces derniers répondent par la menace de
se retirer chez les Pères'. Le maréchal duc de Damville, fils * de du connétable, assistait à l'entrevue; les Jésuites le comptaient res- au nombre de leurs plus chauds défenseurs. Il imposa silence bien à Ramus et à Galland; puis Anne de Montmorency leur dit : in-
« I vous serait bien plus honorable d'imiter la Compagnie de Jésus que de l’incriminer. » Sur la proposition du maréchal de Damville, les Pères sont appelés, et, après un débat assez animé entre eux et les Universitaires, le Connétable termina la discussion en s'adressant aux Jésuites : « Je n’ignore pas, Ÿ ; leur dit-il, tout ce que votre Institut à eu à souffrir en France, surtout depuis que le schisme s'y est publiquement démasqué. Vous devez supporter ces persécutions d'autant plus généreusement qu'elles vous sont communes avec tous les honnêtes gens, et sachez bien que tous ceux qui opérent de grandes choses dans l'Eglise de Dieu ont rencontré comme vous une multitude d'obstacles. Si vous continuez à servir l'Eglise et la Patrie avec le même désintéressement, vous n'aurez rien a redouter. Quant à ce qui me concerne, mes services ne vous manqueront nulle part. »
rum Jusqu'au jour où‘il périt, à la bataille de Saint-Denis, enseveli dans son triomphe, le Connétable fut l'ami des Jésuites.
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t Sacchini, Historia Sacictatis Jesu, pars in, liber 11, p. 66.
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