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aux Moluques. Elle devait protéger les Catholiques contre les persécutions du roi de Ternate. Le Père Mascarenhas parcourut les résidences où le fer et le feu avaient passé ; il consola, il rencontra partout une population que la souffrance avait affermie dans la Foi. Ici les uns persévéraient, là les autres, comme dans l'archipel d'Amboine, se précipitaient à la recherche des Péres pour recevoir le baptème qui donnait aux plus faibles le courage et la force.
Pereira était un capitaine expérimenté. A l'exemple de ses prédécesseurs, il ne voulait pas s'exposer à être un jour chassé de ces contrées ou à laisser sans appui les nouveaux Chrétiens, devenus, par le fait de leur conversion, les alliés naturels des Portugais. [l forma le projet de construire un fort à Oubi, parce que de cette île sortaient les plus farouches oppresseurs des néophytes Pour se rendre maitres du terrain, il fallut livrer plus d’un combat. Dans ces engagements, le Père Mascarenhas et le frère Vincent Diaz portaient la croix au milieu de la mêlée, comme le labarum qui devait assurer la victoire. Diaz se vit couvert de blessures, mais la victoire ne fit pas défaut à la valeur des soldats et aux prières des Missionnaires. La citadelle s'éleva. Quand elle domina le pays, l'Évangile ne rencontra plus d'obstacles.
Sous ce ciel dévorant, les tempéraments les plus robustes s'épuisaient bien vite, et le décès d'un officier européen préparait souvent une révolution défavorable aux Catholiques. Pereira expire; un Portugais, nommé Alphonse Martinez, assassine le roi de Ternate. Cette mort et ce crime rouvrent l'ére des persécutions. Babu, successeur du prince qui a succombé, met à profit le décès de Pereira, et, pour inaugurer son pouvoir, il serre de près et réduit à la dernière extrémité la citadelle des Portugais. Ces derniers ne furent pas secourus à temps ; ils capitulèrent. À Bacian, à Tidore et à Amboine, la Religion n'avait pas autant de combats à livrer; elle prospérait sous l'influence des Jésuites, et à l'ombre de la croix la civilisation s'étendait. Les royaumes de Siokon, de Manado et de Sanguir sont convertis par Mascarenhas. Témoins de ses succès, Îles Paiens le poursuivent; la mort pour lui eût été un bienfait,
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mais elle laissait dans l'abattement les nouvelles chrétientés ; et afin de les soutenir, les Jésuites se condamnaient à vivre. [ls cherchaient même à détourne: de leurs têtes la persécution, qui ne pouvait que les glorifier individuellement. Ainsi, Mascarenhas, afin d'échapper aux coups dés Gentils, s'était retiré aù fond d'un bois, ne prenant pour toute nourriture que quelques herbes. Comme les Indieñs rôdaient dans les environs, Mascarenhas fut forcé d'y deneurer huit jours. Néanmoins il ne put échapper longtemps aux embûches des Infidèles ; le 7 janvier 4570, il mourut empoisonné par eux.
Au Japon, la Providence bénissait comme partout les entreprises apostoliques. La vie des Jésuites n'était qu'une longue suite de souffrances; mais à travers cet éternel exil auquel ils se consacraient, mais en présence de ces misères du jour et de la nuit, enidurées dans les solitudes avec un héroïsme qu'aucun regard humain ne devait contempler, toutes les privations, tous les dangers avaient pour eux un attrait de plus. Les Calvinistes, les Anglicans les égorgeaient sur les mers; les sauvages les mutilaient, ils les tuaient sous la subtilité de leurs poisons ; rien ne faisait chanceler le courage des Pères. Quand ils eurent, à force de patience , arraché les armes de la main des barbares, les Calvinistes et les Anglicans, changeant de tactique, essayèrent de glauer dans le champ que les sueurs etle sang des Jésuites avaient fécondé. D'assassins de Missionnaires que le fanatisme les faisait, ils se transformèrent en Missionnaires. Ici encore le Chrétien l’emporta sur le marchand.
Les Protestants eux-mêmes rendent justice à ce zële des Jésuites qui n'attendait aucune récompense terrestre pour éclairer et pour vivifier. « Noble enthousiasme, s'écrie Babington Macaulay en parlant des Pères *, abnégation rare et sublime, devant laquelle on peut se prosterner sans craindre par là de leur susciter des imitateurs nombreux. L'’enthousiasme, hélas! n’est de notre temps qu'un fantôme vain, contre lequel se brise, également vaine, l’âride et froide éloquence de nos prédicateurs: mais, en vérité, où le chercher ? Sera-ce sur ces mar-
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chés de dime hantés par nos dévots les plus sincéres ? ou bien sous le toit fastueux de nos bénéficiers opulents ? le trouvonsnous dans le cœur de nos missionnaires régulièrement appointés? et les mitres étincelantes de nos évêques pompeusement anoblis n’en préservent-elles pas leur front, comme ces conducteurs métalliques qui détournent la foudre attirée par l'élévalion même de nos édifices? Oui, nous avons le fade enthousiasme de nos faiseurs d'expériences dévotes, l'enthousiasme sentimental de nos bazars de religion, l’enthousiasme raéteur des tréteaux où notre charité pérore, l'enthousiasme écrivassier de nos ascèles bien rentés; mais en que tous ces enthousiasmes ressemblent-ils à la ferveur intime, au frémissement divin, à la foi pleine de transports, apanage de François Xavier ? »
Ce qu'un anglican révèle en termes si beaux de conviction, un prêtre démocrate, La Mennais, le confirme avec l'autorité de son génie : « Comparer, dit-il', les missions protestantes à nos missions! quelle inexprimable différence dans l'esprit qui les forme et dans les succès et dans les moyens! où sont les ministres protestants qui sachent mourir pour annoncer à l’Américain sauvage ou au Chinois lettré la bonne nouvelle du salut? l'Angleterre peut tant qu'elle le voudra nous vanter ses apôtres à la Lancaster et ses sociétés bibliques; elle peut, dans de fastueux rapports, nous peindre les progrès de l’agriculture chez les Nègres et des sciences élémentaires chez les Indous. Toutes ces pitoyables missions de comptoir, dont la politique est l'unique moteur comme l'or en est l'unique agent, ne prouveront jamais autre chose que l'ineurable apathie religieuse des sociétés protestantes, que l'intérêt seul remue. »
Le Japon avait été la terre de prédilection de François Xavier, il fut aussi celle de ses suecesseurs. Le Père Villéla venait d'y passer six années, et, dans cet espace de temps, à n'avait pas xu un seul visage européen. À Méaco il s'était épuisé pour le salut des Japonais. Le froïd et les travaux de tout genre avaient tellement compromis sa santé, que cet homme, à peine âgé de quarante ans, en annonçait soixante-dix par ses cheveux blancs
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et par ses rides. Au mois d: ianvier 1565, le Père Louis Froës awrive dans cette ville pour consumer à son tour sa jeunesse et ses forces. Il n'y est que depuis peu de semaines, lorsqu'une révolution éclate, renverse du trône Quonquenindono, le Cubo- Sama protecteur des Chrétiens, et remet en question le bien réalisé par Villéla. L'instigateur de cette révolution était un prince partisan des Bonzes. L'exercice de son autorité commença par la persécution contre les catéchumènes et surtout contre les Missionnaires. Des menaces de mort sont proférées ; les Bonzes demandent qu'on en finisse avec des hommes que la douleur elle-même n'abat jamais. Les Chrétiens ont compris les intentions des révoltés; ils pressent Villéla et Froës de mettre leur vie en sûreté; c'est pour les néophytes une garantie de l'avenir. Ils conduisent les deux Jésuites à Sacai ; puis, comme si rien ne pouvait ébranler leur audace, les Jésuites reprennent dans cette cité les prédica‘ions interrompues à Méaco.
Au fond du royaume de Firando, la tranquillité était troublée de la même manière; mais là aussi les Catholiques rencontraient un modèle de courage dans le Père Acosta. L'île de Tacaxima était chrétienne, il la rend charitable. Un hôpital est construit sur ses grèves; cet asile, ouvert à toutes les misères sans distinction de culte, voit ies principaux du pays servir avec joie les malades. Le Père Louis Alméida et un dJésuite japonais nommé Laurent introduisaient en même temps l'Evângile dans les cinq îles de Gotto et dans celle de Xéqui. La ville d'Ocica, la première, entendit leur voix; les habitants et le prince de ces iles les écoutérent avec recueillement. Le lendemain, le prince se sent atteint d'une fièvre violente ; les Bonzes proclament que ce mal subit est une punition de leurs dieux. Le peuple, qui aimait son souverain, partage la colère superstitieuse des Bonzes; il va se porter à de funestes excès, lorsque Alméida, qui avait quelques notions de médecine, déclare qu’il se charge de la guérison du malade. La cure s'opère, et les deux Missionnaires acquiérent ainsi le droit de continuer leur apostolat. Il v avait de l'incertitude dans les esprits; l'on balançait entre la religion des ancêtres et celle que préchrient les Européens :
mais deux marchands du royaume de ‘Facata, célèbres dans la science des dogmes japonais, témoignent le désir de conférer avec les Jésuites. Alméida fait descendre la conviction dans leurs Ames; ils s'avouent chrétiens : leur franchise décide les autres.
Des églises se construisent à Ocica. Les habitants d'Ocuru, que le Missionnaire a visités, en bâtissent une. Le, Tono, ou gouverneur de Xéqui, appelle Alméida dans son île. Le Jésuite parle; la foule sollicite le baptème. Le Tono lui-même, que des raisons politiques ont fait hésiter pendant. quelques jours, brise ses idoles pour confesser le Christ. Un bonze, âgé de plus de quatre-vingts ans, suit cet exemple; il prend le nom de Siméon, comme pour proclamer que maintenant Dieu peut le retirer de ce monde, puisque ses yeux ont vu le salut des nations, L'Evangile avait déjà pénétré à Ximabara, lorsqu'en 1567 le Tono sévit contre les néophytes ; il veut les ramener au culte des faux dieux. Les Chrétiens étaient bien jeunes dans la Foi; mais en apprenant que leur liberté religieuse est menacée, ils sacrifient leurs biens et leur patrie; puis, heureux de donner à l'Eglise un témoignage aussi éclatant de leur fidélité, ils vont en grand nombre sous d’autres cieux chercher un asile catholique. Le Pére de Torrès, le compagnon de Xavier, les introduit dans le royaume de Cocinoxu.
Les Jésuites se rendaient si populaires au Japon que, dès qu'un navire européen en laissait un sur cette partie du globe, c'était une fête pour tout le littoral. En 1568, le Père Valla aborde dans cet archipel; il y est accueilli avec les démonstrations de joie qu'un monarque bien-aimé soulève à son passage. Le peuple, les grands se précipitent à sa rencontre. Îl y a des cris de bonheur, des chants d’allégresse ; chacun comprend que c'est un père qui lui arrive. À peine débarqué, et comme porté par l'enthousiasme universel, Valla passe dans l’île de Xéqui, où résidait le vieux Torrès. Valla tombe à ses genoux, il supplie l'ami de François Xavier de bénir ses premiers pas sur cette terre où il a fait germer la parole de Dieu. Torrès, mettant à profit l’arrivée du Jésuite, réunit en synode provincial les Missionnaires, et, après avoir réglé en commun les affairesde ces Chrétientés, il distribue à chacun le poste qu'il doit occuper.
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Valla et Jean Gonzalès sont envoyés dans le Gotto, Del Monte à Cocinoxu, Melchior Figueredo à Fuchéo, Balthazar Acosta à Firando, Villéla à Fucundo, et Alméida part pour Nangasaki. En 1569, Alméida se décide à semer la Foi dans la partie de l'ile de Xéqui que les Japonais nomment Amacusa. Le Tono de ce district reçoit au baptème le nom de Léon; ses subordonnés l’imitent. Léon, quoique chrétien, était homme et soldat; le martyre n'effraie pas son courage; mais il lattendra les armes à la main, ne pensant pas qu'il soit de l'intérêt de la Religion d'abandonner aux injustices des Bonzes les hommes qui, avec lui, ont accepté la loi nouvelle. Léon prend ses précautions, car il connait la faiblesse du roi; il sait que ce prince, pour acheter quelques heures de repos, sacrificra aux prêtres des fausses, divinités ses meilleurs amis et son propre honneur. Léon avait bien calculé. Le roi laisse les Bonzes arbitres de sa vie ; mais les Bonzes n’osent l'attaquer à main armée. Ils députent au Tono chréien un des leurs qu, au nom du roi, lui signifie qu'il n'a plus qu'à se tuer s'il désire d'échapper à une mort infamante.
Tibère et Néron permettaient äux sénateurs romains de s’ouvrir, dans un bain chaud, les quatre veines. Les monarques du Japon accordaient aux seigneurs condamnés à mort le droit de se fendre le ventre. Ce privilége les arrachait à la hache du licteur ou au fer du bourreau. Léon ne crut pas devoir accepter l'alternative; il résista. De prière en prière, de concession en concession, les Bonzes descendent jusqu'à faire de son exil volontaire un cas de guerre ou de paix. Le vieux soldat refuse encore, ct cependant l'émeute soulevée par les Bonzes grondait à la porte des néophytes. Le Père Alméida interpose enfin son autorité. Le roi n'avait rien pu gagner : le Jésuite fut plus heureux. Il apprit à ce vaillant général que la douceur chrétienne est préférable à la force. Léon cônsentit à un exil que ses ennemis mêmes n'osaient lui infliger; la tranquillité fut ainsi rétablie.
La révolution qui chassa de Méaco Villéla et Froës se terminuit par le triomplie de la légitimité, que des généraux fidèles avaient préparé de longuc main. Vatandono et Nobunanga, ro:
de Voary, formérent le projet de restituer la couronne au frère du Cubo-Sama détrôné. Ils réussirent; et Vatandono, qui n'était pas encore baptisé, demanda pour toute récompense de voir le sort du Christianisme assuré à Méaco. Son vœu fut exaucé; le Père Froës revint auprès de ses catéchumènes ; mais, ainsi que le disait le Jésuite Laurent à Nobunanga, « la bonne semence ne çommence pas encore à naître, qu'elle est déjà étouflée par les épines. »
Froës était rappelé par le monarque; ce rappel même formait une des principales conditions de son rétablissement sur le trône. Cependant, à l'exemple passé ou futur de toutes les dynasties restaurées, le Cumo-Sama s'occupa beaucoup plus de plaire aux anciens factieux que de contenter ses défenseurs. Il ne doutait pas de la sincérité de leur dévouement, il les laissa de côté pour tenter des conquètes dans le camp ennemi. Nichiso- Xonin, chef des Bonzes, s'était montré le plus ardent dans ses hostilités contre lui : ce fut Nichiso-Xonin qui eut la confiance et les faveurs du prince. Cette trahison faite à son parti était une lâcheté; car les rois qui ne doivent jamais redouter leurs adversaires, sont, pour l'honneur du trône, obligés d'aimer leurs amis. Le Cubo-Sama ne s'arrêta pas à de stériles démonstrations. Le Bonze, son favori de l'opposition, avait été vaincu en sa présence dans une lutte où Froës et lui s'étaient constitués les champions des deux cultes. Il y avait un si grand nombre de catéchumènes dans le royaume que le Gubo-Sama ne put se décider à signer un ordre d’exil contre le Pêre; mais sa colère retomba sur celui qui s'était sacrifié pour sa cause. Vatandono fut dépouillé de ses biens et de ses titres,
Cette même année 4574, le Père François Cabral, succédant à Torrès! dans la charge de Supérieur des Missions, débarquait à l'ile de Xéqui, et aeccompagnè d’Alméida, il entreprenait la visite des chrétientés du Japon. Elles prospéraient; mais, aux yeux de cet hemme rigide il n'en était pas ainsi de l'observance de la pauvreté évangélique. Quelques Missionnaires avaient eru, sans l'enfreindre, pouvoir sure l’usage du pays et se vêtir
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d'habits de soie comme les indigènes. Ils pensaient par là relever la dignité du caractère sacerdotal et donner aux Japonais une plus haute idée de la Religion catholique. Cabral ne se contenta pas des raisons alléguées ; les Jésuites se soumirent à l'ordre qu'il puisait dans les splendeurs de la pauvreté et dans la majesté de l'obéissance religieuse ; puis, en 1572, quand il dut se présenter à la cour du Cubo-Sama de Méaco, il refusa de se départir de la modestie dansles vêtements qu'il avait si fortement recommandée,
Tandis que Cabral poursuivait ses visites, le Frère Laurent portait les premières semences de la Foi dans le royaume de Tamba, et les habitants d'Inga désiraient si vivement l'arrivée des Missionnaires que, pour l’accélérer, ils se mirent, tout païens qu'ils étaient, à construire des églises. A Omura, Barthélemy Sumitanda, roi de la contrée, s'était depuis longtemps déclaré chrétien. C'était, comme les princes de Bungo, le disciple le plus fidèle, l'allié le plus constant des Jésuites. IL les couvrait de sa protection; eux apprenaient à ses peuples à honorer la loi de Dicu et à respecter celle du monarque.