CHAPITRE IV
Polanque, Vicaire-Général. — Congrégation générale, — Le Pape demande qu’elle choisisse un Général qui ne soit pas espagnol. — Motifs de cette demande, — Préventions des Espagnols. — Everard Mercurian est élu, — Décrets rendus par la Congrégation. — Pourquoi les Jésuites se mélent des affaires politiques. — Les Prolestants d’All'magne les attaquent dans leur enseignement, — Le Père Canisius, Nonce du Pape en Autriche et en Bavière. — Le Pape veut le
ë nommer cardinal. — 1 prend la fuite. — I va fonder le Collége de Fribourg. —
Rôvolution en Belgique, Guillaume de Nassau et don Juan d'Autriche, — Siége
du Collège d'Anvers. = Le Père Baudouin de l’Ange conscille la douceur à &on
Juan, — Bataille de Gembloux. — Les Jésuites refusent le serment exigé par À
les Etats. — ]s sont chassés d'Anvers. — Peste de Louvain. — Mort de don Juan. ” E
— Ou accuse Elisabeth d'Angleterre de cette mort. — Le due de Parme, — g
Baïus ct Bellarmin. — Affaire du baïauisme — Le Père Tolet. — Le Pire À
Warsevicz en Subde, — Portrait du roi Jean II. — Position religieuse de la
Suède, — Warseviez caché à Ia Cour. — Etieune Bathori, roi de Pologne, éerit
aux Jésuites, — Les Protestants conseillent à Jean HE le fratricide, — Le Père
Nicolaï. — Poutus de la Gardic, ambassadeur de Suède auprès du Saint-Siége.
— Le Père Possevin, légat en Suède. — Incertitudes de Jean HI. — 11 abjure le
Luthéranisme entre les mains de Possevin.— Conditions qu'il met au rétablisse-
ment du Catholicisme dans son royaume, — Possevin retourne à Rome pour les
discuter, — Elles sont refusées, — Biens ecclésiastiques tuujours abandonnés par l'Eglise. — Nouveau voyage de Possevin à Stockholm, — Superstitions protestantes. — Retour de Jean HE au Luthéranisme, — Intrigues des Protestants et de La Gardie, — Possevin à la diète de Wadstena. — Mort de Charles IX. — Les Jésuites à Bordeaux, à Bourges et à Pont-à-Mousson. — Le Père Maldonat et l'Université de Paris. — Le Cardinal de Gondi et sa sentence sur la question de l’immaculée Conception. — L'Université en appelle de la décision de l'Evèque de Paris au Parlement. — Le Père Auger, confesseur du roi. — La peste à Lyon et à Avignon. — Jean de Montluc converti par le Père Granjean. — Les Jésuites en Aunis et en Saintonge. — Henri HI veut faire le Père Auger cardinal.
— Auger à Dole et à Dijon. — Le Président de Goudran fonde un collége de
Jésuites à Dijon. — Les Jésuites à la tète de l'Université de Pont-à-Mousson.
— Maison-Professe à Paris, fondée par le Cardinal de Bourbon. — Perte à Paris.
— L'Université et les Jésuites, — Commencement des dissensions intérieures
de la Compagnie en Espagne. — Les Jésuites à Milan. — Ils renoncent au sé-
ininaire, — Les Jésuites et saint Charles Borromée. — Aceusation contre eux.
— Le Père Mazarini s’emporte en chaire contre le cardingl. — Sa mort. —
Mort du Général de la Compagnie. — Le Père Manare, Vicaire-Général, UE ;
cusé de captation, — Laccusation est déférée aux Profes. — Situation de ii $
Compagnie, — Jugement qui intervient. — Mauare se relire de Pélection, — ÿ
Le Père Claude Aquaviva cest élu. — Décrets rendus dans celle Congrégation, — !
Portrait d'Aquaviva.
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L'année 4573 commença dans la Société de Jésus par la réunion des Congrégations provinciales qui devaient choisir les députés chargés d'assister à la Congrégation générale, où le successeur de François Borgia serait élu. Le Père Polinqu?,
immédiatement après la mort de ce dernier, avait été nommé | Vicaire- Général, et il indiqua la Congrégation pour le 12 avril. Les députés se trouvèrent au Gesù à l’époque assignéc ; il n'en manquait que quatre : le Père Émond Auger, retenu par le
roi Charles IX à l'armée qui assiégeait les Calvinistes dans la ville de La Rochelle, et les Pères Gil Gonsalès, provincial de Castille, Martin Guttierez et Jean Suarès. Ces trois Jésuites, accompagnés d’un Frère coadjuteur, étaient tombés, près du château de Cardaillac, dans un parti de Huguenots rouerguais.
Les Huguenots avaient des prêtres catholiques sous la main ;
ils mirent en délibération quelle peine leur serait infligée. Les
uns demandaient la mort, les autres exigeaient une grosse rançon de ces quatre étrangers. Les Jésuites, ne croyant pas
que leur vie pût être estimée à si haut prix, refusent de se racheter. Gonsalès est grièvement blessé, Gutticrez expire au milieu des Protestants, et les Pères de Lyon rachètent Suarès
et Gonsalès, auxquels cctte captivité ne permit pas de sc rendre
à Rome.
Quarante-sept Profès vinrent siéger à la Congrégation. On remarquait parmi eux Salmeron et Bobadilla, Everard Mereurian, Olivier Manare, Léon Henriquez, Laurent Maggio, Jean de Plaza, Natal, Ribadeneira, Denis Vasquez, Polanque, Hoffée, Adorno, Michel de Torrès, Palmio, Possevin, Claude Matthieu, Miron, Madride et Canisius.
Polanque, Salmeron et les plus anciens de l'Ordre allèrent, . selon l'usage, demander au Saint-Père sa bénédiction apostolique. Grégoire XIII l’accorda, et, après leur avoir fait plusieurs questions sur le mode d'élection, sur le nombre de voix formant la majorité, il ajouta : « Combien les Espagnols comptent-ils de sufrages ? combien y a-t-il eu jusqu’à présent de Généraux de cette nation? » Les Jésuites répondent : « La Compagnie n'a eu encore que trois chefs; tous trois étaient Espagnols. — Eh bien! reprend le Pape, il me semble juste maintenant qu'il soit choisi dms une autre nation. »
Cette parole, dont Grégoire XI avait caleulé la portée, parut aux Pères une atteinte mdirecte à la liberté de leurs votes, et Polanque dit : « La Congrégation générale s'assemble à Rome
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afin d'agir en dehors de toute influence. Puisque Votre Béatitude s'est déclarée le protecteur de notre Ordre, elle ne doit pas entraver nos opérations. — Mais, répliqua le Pape, est-ce qu'il
n’y a pas d’autres sujets aussi capables que les Espagnols de gé-
rer ces hautes fonctions? Le Père Everard Mercurian me paraîtrait digne de votre choix. » Et, sans laisser aux Jésuites le temps de protester contre cette désignation : « Allez, continuatil, et faites ce qui est le plus juste. »
La Congrégation était réunie; Possevin avait déjà commencé le discours d'ouverture, lorsque le cardinal Ptolémée de Como se fait annoncer. [! +ient au nom du Souverain-Pontife, et dans l'intérêt de l'Église universelle, prier les Profés d'élire, au moins pour cette fois, un Général non espagnol.
Au milieu de la diversité de nations composant la Société de Jésus, il n’avait pas été d’abord très-pénible de soumettre à une loi commune ces dévouements qui se rangeaient sous la bannière de Loyola. L'obéissance semblait douce à une première ferveur; mais peu à peu, quand l'Ordre eut pris un rapide accroissement, et que la majorité ne se forma plus d'Espagnols et de Portugais, l'on commença à s’apercevoir que les sujets de la Péninsule remplissaient toutes les grandes charges. Personne n'y prétendait pour soi-même, chacun demandait qu'il y eût au moins partage. Les (Constitutions d'Ignace domptaient bien les caractères les plus entiers , les naturels les plus turbulents; il n’en était pas encore de même pour l'égoisme national, la passion peut-être la plus difficile à déraciner, parce qu’elle s'appuie sur de généreux sentiments innés dans l’homme, et qu’elle est la source d’affections dont le cœur ne perd jamais le souvenir.
L'Apôtre avait dit que, devant Dieu, il n'y avait point de différence entre le Juif, le Grec, le Barbare et le Scythe. Les Jésuites, sans faire éclater leurs plaintes, se montraient pourtant jaloux du triomphe de cette égalité. Ignace, Laynés et Borgia, quoique espagnols, s'étaient, par esprit de justice, conformés à un vœu dont ils ne méconnaissaient pas l'influence; mais, sojt que certains Péres fussent encore trop assujettis aux passions de l'humanité pour se laisser domi-