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ner, soit plutôt que la fierté castillane reprit tiop souvent | 4 son empire, des dissensions intérieures couvaient au fond des âmes. |
D'un autre côté, les Espagnols nourrissaient des préjugés de race contre quelques-uns de leurs compatriotes, Maures ou Juifs récemment convertis à la Foi catholique ; ils les confondaient tous sous le nom de Nouveaux-Chrétiens. Le Père Polahque, disait-on, était issu d'une de ces familles , et les Espagnols avaient tellement peur de le voir arriver au généralat que Philippe 11, don Sébastien et le cardinal Henri de Portugal avaient, par lettres, prié le Pape et le sacré-collége de s'opposer à l'élection de tout Jésuite soupçonné d’une pareille origine. Grégoire XIIT n'ignorait point ces dissentiments ou ces préjugés. Afin de les étouffer en germe, il avait adopté le parti regardé comme le plus sage; mais ce parti enlevait à la Congré-
:‘ton le droit plein et entier de choisir librement son chef. Il u: résolu qu'une députation, composée de Léon Henriquez, d'Hoffée, de Maggio, de Manare et de Canisius, se transporterait sur-le-champ auprès du Souverain-Pontife, et qu’elle lui adresserait d’humbles observations. Le Pape les écouta, puis, peu à peu vaincu par les raisons que les Pères alléguaient, il leur accorda toute latitude, avec la restriction pourtant que. si un Espagnol était nommé, la Congrégation lui ferait connaitre le choix avant de le proclamer solennellement. Le lendemain, 23 avril, Everard Mercurian fut élu à la majorité de vingt-sept voix.
Everard Mercurian était Belge, sujet par conséquent du roi Philippe II d'Espagne. La majorité, en le nommant, faisait acte de justice, et elle se rendait agréable au Saint-Siége, qui croyait ne pas devoir laisser se perpétuer dans la même nation un privilège tacite devenant ainsi l’apanage exclusif des Espagnols. Grégoire XIIL avait jugé utile de rompre cette série de généraux de la Compagnie de Jésus tirés du même royaume. Mercurian avait soixante-huit ans; mais l’âge n'avait point affaibli chez lui la vivacité du jugement. Doux et prudent, il ne bu restait qu'à consolider l'édifice de la Compagnie : ce fut sa principale occupation.
Les Assistants du nouveau Général furent, pour la France ct l'Allemagne, Olivier Manare; pour le Portugal, le Brésil et les Indes Orientales, le Père Fonseca ; pour l'Espagne et le Pérou, Gil Gonsalès; pour l'Italie et la Sicile, Benoît Palmio. Le Père Manare < vit en outre chargé des fonctions d'Admoniteur.
Le 1C juin 153, la Congrégation se sépara ; elle avait sanclionné quarante-huit décrets. Elle régla la forme d'élection pour le Général, la manière de procéder dans les Congrégations provinciales et les devoirs attachés aux fonctions temporaires du Vicaire-Général. Le huitième décret était pour la Société de Jésus d'une haute importance. Il nommait une commission pour examiner si dans les actes du Concile de Trents il se trouvait quelque article qui püût paraître en désaccord avec les Constitutions de l'Ordre. Par le vingt-unième décret, les Profès des Quatre-Vœux devaient obéissance aux Proiès des Trois-Vœux et aux Prètres qui n'avaient pas fait profession, lorsque ces derniers remplissaient dans des Maisons de l’Institut les charges de recteur et de ministre. Ainsi, aux yeux de la Congrégation géné-
rale, interprétant le principe d'obéissance, ce n'était point au ti-
tre, mais à l'emploi que le respect était dû. Selon elle, la hiérarchie du pouvoir ne ressortait pas directement de la qua-lité individuelle et conférée par la profession des Quatre-Vœux, mais de la volonté, de la confiance du Général. Ce caleul, — car en parlant des choses religieuses nous sommes obligés d'avoir recours aux mots usuels, — ce calcul dénotait une rare intelligence. Il émancipait la vertu et le talent; il les consacrait en dehors des rêgles convenues. En brisant les catégories dans lesquelles on parque trop souvent le génie ou la force, il laissait à la sagacité du Général un droit d'initiative dont la Société tout entière devait recueillir le bienfait.
La mort d'un Général, la vacance du siège et l'élection d'un nouveau chef ne pouvaient apporter aucune grave modification au plan tracé par les Constitutions d’Ignace de Loyola. L'Ordre des Jésuites se propageait dans l'univers. Pour obtenir de semblables résultats, il lui suffisait d'avoir recours aux mêmes moyens. La force d'impulsion que son fondateur lui avait imprimée s'étendait ; mais elle ne changeait jamais ni de nature
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ni d'objet. La Compagnie de Jésus était pour l'Eglise une armée de volontaires toujours prête à l'obéissance. Les rois l'adoptaient, la réclamaient comme leur plus sûr appui au milieu des tempêtes soulevées par l’hérésie contre leurs trônes. Dans la pensée de Loyola, la politique était, il est vrai, exelue de l’Institut; mais au seizième siècle toutes les affaires des cours, toutes les négociations diplomatiques, les gucrres ellesmèmes avaient un principe religieux. On ne traitait de puissance à puissance, de nation à nation; on ne livrait des batailles que parce qu'on s’eflorçait de détruire ou de conserver le Catholicisme. Tout s'entreprenait, tout s’achevait au détriment ou à l'avantage de l'Eglise universelle ; les Jésuites furent done en l'obligation de se mêler au mouvement des idées politiques et sociales. Ces idées marquaient avec trop de violence dans le bien comme dans le mal pour ne pas être combattues ou dirigées. L'Allemagne et la France étaient le champ-clos où s’agitaient les plus terribles passions. Dans ces deux empires, la résistance fut plus vive qu'ailleurs, parce que là les deux partis avaient la plus forte organisation.
En France, le Calvinisme, ligué contre la Société de Jésus avec l'Université et le Parlement, lui faisait une de ces guerres de mots qui n’allaient point à l'esprit national. En Allemagne, on ae tenait pas les Maisons et les Collèges des Jésuites sous le coup d'un arrêt judiciaire ; on les aftaquait plus ouvertement. Dans les Pays-Bas, l'insurrection proiestante les mettait à sac; au fond de la Germanie, on essayait d’entraver leur action, et pour triompher, les hérétiques ne craignaient point d’avoir recours à toutes les armes.
1es Jésuites se trouvaient forcément mêlés à l'agitation des esprits. Les princes les voyaient sans cesse sur la brèche. Dans ses Voyages en Allemayne et en Italie, Michel Montaigne, spectateur indifférent de la lutte, ne craint pas de dire en parlant de la Compagnie‘, « et croi qu'ii ne fut jamais confréric et cors parmi nous qui tint un tel rane, ni qui produisit enfin des effaicts tels que fairont ceus ici. Si leurs desseins continuent,
1 J'oyages de Montaigne en Allemagne et en Italie en 4580 ef 1581, p. 666. (édition da l'anthéon.)
ils possèdent tantost toute la chrétianté. C'est une pépiniére de grans hommes en toutes sortes de grandeur. C'est celui de | nos membres qui menasse le plus les hérétiques de notre temps. »
Le nouveau pontife que l'Eglise avait élu était un prêtre ardent et sage, plein d'enthousiasme et de perspicacité et qui, | au fond dv snctuaire, jugeait les Pères de la Société comme Michel Me «ague les appréciait du haut de sa philosophie. Il n'aurait jamais consenti à laisser impunément accuser les défenseurs du Saint-Siége par ceux qui espéraient arriver à sa ruine. Il aimait les Jésuites par affection, par reconnaissance 1 des services rendus, par espérance de ceux qu’ils rendraient à l'avenir. Il fallait ébranler Grégoire XIIT dans ses convictions, ou perdre l’Institut aux yeux des masses. Les Protestants d'AIlemagne s’atta ‘ièrent à cette double tâche. C'était par l'éducation que les Pères pénétraient au cœur du peuple : on calomnie À leurs Colléges. En 1573, les hérétiques incriminent l'enseignement des Jésuites à Gratz, à Prague, à Vienne, à Inspruck. La cause de ces hostilités combinées diffère selon les lieux et
l'Université réunit ses efforts à ceux de l’hérésie. Le Provincial Laurent Maggio est éloigné. On profite de son absence pour arracher à l'empereur Maximilien un décret par lequel il est LE interdit à la Société de Jésus de conférer les grades académiques, et d'expliquer les mêmes livres et aux mêmes heures que 6 dans les cours de l'Université. Maggio revient de Rome en toute hâte. La vérité se fait jour au pied du trône, et l'Empereur
abroge son décret.
A Inspruck, les sectaires n’eurent pas besoin de tant de L détours; un Religieux nommé Jean Nas avait été poussé par 'f eux; il se montrait toujours et partout opposé à la Compagnie. l Jean Nas fut nommé prédicateur de l'archiduc, et, de cette 1 tribune dressée à ses préventions, il fit descendre sur son auditoire les plus améres plaisanteries. Jean Nas, sacrifiant à ses sarcasmes les ministres de l'Église dont lui-même était l’un des prêtres, dut, par ce fait seul, être pour les Protestants un apôtre de vérité et de tolérance. L'archidue et les Catholiques
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selon les princes, mais le fond est toujours le même. A Vienne,
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d'Inspruck se laissèrent d'abord séduire; mais le Père Volch, recteur des Jésuites, ne consentit pas à voir dégénérer ainsi le ministère de la parole sacrée ; il prit fait et cause pour sa Comgagnie. Bientôt Nas se vit contraint par l'archiduc et par le peuple de chercher ailleurs ‘me chaire et des auditeurs.
Pendant ce temps, Canisius recevait de Grégoire XIII un bref qui lui enjoignait de se rendre à la cour de l’archiduc d'Autriche, à celles du duc de Bavière et de l'archevêque de Saltzhourg. La mission de Canisius imporiait au bien de la Religion,'et le Saint- Père lui écrivait : « Je veux que vous m'aidiez dans le dessein que je conçois de soulager l'Allemagne; et je vous choisis, parce que je sais combien votre sagesse et votre habileté peuvent être utiles dans ces circonstances. » Le souhait du Pape était un ordre : Canisius part; il remplit les vues du Saint-Siége. À peine a-t-il terminé cette nonciature, . *e Grégoire XIII l'appelle à Rome pour le consulter sur les mu, sns les plus propres à rétablir la Foi dans le Nord. Le Pontife ne connaissait le Jésuite que de réputation; en le voyant jeter une si éclatante lumière sur les affaires de la Catholicité, en l’entendant parier avec tant de pénétration des intérêts de l'Allemagne et des trames hérétiques, Grégoire XIII se crut destiné à récompenser un mérite aussi transcendant. H communiqua son dessein à quelques membres du sacré collége, qui, heureux de compter Canisius au nombre des cardinaux, ne firent pas mystère de cette promotion. Selon Eusèbe Niéremberg !, Pie V avait eu la même pensée. Elle était restée à l’état de projet; mais Grégoire XIII songeait, au rapport de l'historien Rader, à l'exécuter sur-le-champ. Comme " aynès et Borgia dans les mêmes circonstances, le Pére jugea que la fuite pouvait seule le préserver de ces dignités; il se retira à Dillingen, où la mort du cardinal Othon Truschez venait de porter le deuil.
Ainsi que tous les Jésuites, Canisius refusait les honneurs ecclésiastiques ; mais il acceptait avec joic les charges du sacerdoce. Le cardinal Moroni, légat du Saint-Siége, va présider la Diète de Ratishbonne; Canisius est son conseiller. Delfino, évé-
t Niéremberg citant la Bibliothèque des Chartreux, par Théodore Pétree, LR 10
que de Brescia, se rend plus tard à celle de Nuremberg, en qualité de Nonce du Pape; Canisius l'accompagnera encore. Dans ce vieillard usé par les travaux, il y a une telle surabondance de vie, que toutes les fois que l’Église lui ordonne de marcher, il court.
En 1580, Jean-François Bonhomi, Evèque de Verceil et Nonce dans les Cantons Suisses, informe la cour romaine de la difficile position de l’Eglise au sein de ces montagnes devenues le camp et le refuge des hérésies. Genève, la France, l'Allemagne et l'Italie ont livré à tout vent de doctrine ce pays, dont le chanoine apostat de Constance, Alderic Zwingle, a gangrené le cœur. Quelques cantons résistens avec courage à la lutte que les sectaires ont engagée; mais cette ardeur s’affaiblira peu à peu ; elle disparaîtra même avec la génération existante, car la jeunesse ne peut recevoir d'éducation qu'à Genève, à Lausanne ou à Berne. Le gouvernement est catholique encore, mais il suivra dans l'erreur les populations qui s’y précipitent. Alors les remèdes les plus actifs seront inutiles. Le Clergé séculier sent si bien son impuissance qu’il n’essaie même plus de raviver la Foi, et que plongé dans la corruption ou dans l'ignorance, il ne reste catholique que par respect humain.
Telles étaient les craintes dout la correspondance du Nonce entretenait le Saint-Siége. Il terminait en disant !: « Pour détruire les principes irréligieux ct restituer aux mœurs dépravées leur antique pureté, il n’y a plus qu'un moyen, c’est l'érection d'un Collége de Jésuites à Fribourg. » Pierre Schnewlin, Vicaire-Général du diocèse, et le Cardinal Archevêque de Milan favorisaient cette idée. Elle est proposée au Grand-Conseil. Des hérétiques y siégeaient en petit nombre; mais ils pouvaient faire surgir certaines difficultés que l’indigence des cantons et la parcimonie des individus rendraient insolubles. Afin d’obvier à cet ‘embarras, le Pape attribue les biens de l’ancienne abbaye de Marsens au Collége projeté, et le Grand-Conseil adopte à l'unanimité le plan du Nonce et du cardinal Charles Borromee.
3 Dépêche du Nonce François Borhomi, du 18 mars 1580,
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I restait à trouver un homme qui, par l'énergie de sa volonté et par la splendeur de ses vertus, pût commander à la Suisse le respect et l'affection. Les Jésuites hésitaient ; le Pape enjoint à Everard Mercurian de diriger aussitôt sur Fribourg deux des Pères d'Allemagne. Paul Hoffée, Provincial, juge que Canisius seul est capable de réaliser les espérances conçues par le Souverain-Pontife : il lui mande de partir avec le Père Andren. Au plus fort de l'hiver, Canisius traverse à pied les Alpes ; il arrive à Lucerne auprès du légat apostolique. Alors ce Jésuite, dont l'existence avait été agitée par tant d'études, par tant de missions, et qui s'était si souvent vu en contact avec les empereurs et les rois, consacre ses dernières années à évangéliser de rudes mentagnards et à développer l'intelligence de leurs enfants. |
Le Père Canisius était enseveli dans la retraite de Fribourg, dont ses soins et ceux de ses successeurs ont fait l’un des plus florissants Colléges de l'Europe‘. Il disparaissait de la scène du monde ; d’autres Jésuites lui succédaient en Allemagne. Il les avait formés à la piété et à la science, ils voulurent se montrer dignes d'un pareil maître.
Au milieu des excès de tout genre dont les Pays-Bas devenaient le théâtre, les Pères n'avaient pas renoncé au projet de s’y établir. Ils élevaient des Colléges à Bruges, à Maëstricht et à Anvers. Louis de Requesens, gouverneur au nom de Philippe IF, les protégeait ; mais cette protection n'était pas suffisante. Guillaume de Nassau dirigeait et combinait les attaques
4 Lorsque l’auteur traçait ces ligues en 4844, le Collége de Fribourg était encore
l'un des plus florissants de l’Europe; depuis lors la main du vandalisme irréligieux en a fait une ruine,
Mais la ville de Fribourg n’est pas entièrement déshéritée des Jésuites. Le suuvenir de Canisius, son Apôtre, vit encore au milieu des cœurs catholiques; et les restes mortels de ce grand homme déposés dans l’église collégiale c.° Saint-Nicolas, objet de la vénération des pieuses populations helvétiques dent il a sauvegardé la Foi, semblent encore attirer les bénédictions du Ciel sur cette cité malheureuse qu'il avait tant aimée.
Un grand nombre de merveilles opérées au tombeau du Père Pierre Canisius, sur lesquelles l’autorité ecclésiastique a été appelée à se prononcer, et les prières adressées autrefois au Saint-Siège par la plupart des souverains de l’Europe, font espérer que, dans un avenir non lointain, l’Église aura à porter un jugesnent fa-
vorable dans la cause de la béatification du vénérable serviteur de Dicu. (Note de l'éditeur.)
des sectaires. Les idées républicaines fermentaient dans les têtes : elles ne produisaient que la plus déplorable confusion. Cette confusion était l'œuvre du Taciturne ; il l'entretenait par tous les | moyens, bien persuadé que, du sein de cette anarchie, lui seut
ferait sortir un gouvernement. Son plan était tracé, il n'en dénil viait jamais, et, quelque grandes que fussent les calamités attirées sur Ja Belgique par son ambition, le prmce d'Orange ne s'en préoecupait que pour les multiplier. Louis de Requesens succomba à la peine; et, afin de donner à Guillaume de Nassau un rival digne de lui, Philippe I nomma don Juan d'Autriche gouverneur général des Pays-Bas.
Au commencement de l’année 1576, don Juan n'avait pas encore pris en main l'administration, lorsque les hérétiques, mettant à profit cet interrègne, répandent à Anvers le bruit que la Maison des Jésuites est pleine d'armes, de munitions de guerre, et que plusieurs traîtres au pays y ont trouvé asile. Dans ces moments de perturbation, le peuple est toujours prêt à accueillir
| les faits les plus extraordinaires et à en tirer des conséquences.
| Ses conséquences, à lui, sont le pillage et la dévastation. I
se porte sur le Collége, il en forme le siége. Le Collége va être
| 1 fl livré aux flammes, lorsque Othon, comte d'Herbenstein, Frédéric | } |
Perrenot, gouverneur d'Anvers, et le margrave Gossvin interposent leur autorité et calment les esprits. Dans le même moment, la même accusation se produisait à Liége; elle y enfantait le désordre.
Le vainqueur de Eépante était l'ami des Jésuites. Il les vourlait forts et respectés, parce qu'il sentait que son autorité n’avait qu'à y gagner. Le provineial de Belgique était Baudouin de l’Ange. Baudouin lui conseille d'employer les voies de douceur et de chercher plutôt à apaiser qu'à irriter. Don Juan, quoique jeune encore, avait déjà assez de gloire militaire pour aspirer à celle de pacificateur. I se présenta aux Pays-Bas avec ces intentions; mais trois partis y existaient : les Protestants, marchant sous la hannière du prince d'Orange, maître de la Hollande et de de la Zélande, les Etats essayant de créer une république ; et les Gueux qui, après s'être détachés de Guillaume, ne songeaient, en aventuriers politiques, qu'à rançonner les villes, qu'à dévas-
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ter les campagnes. Le système de conciliation adopté par don Juan était impraticable ; il en appelle à la victoire. Le 31 décembre 15717, il bat, dans les plaines de Gembloux, l'armée des Etats, commandée par le général Goignies. Le 21 avril 1578, les Etats publient à Anvers une ordonnance qui contenait la pacification de Gand, et qui enjoignait à tous les habitants de prèter serment et de l'observer. Ce n'était qu'un compromis ; le serment exigé cachait un piége. Les Jésuites, fidèles à don Juan, refusent d'adhérer à cet acte. On les flatte, on les menace, on leur insinue qu’en donnant aux Catholiques un pareil exemple de soumission à la volonté des Etats, ils peuvent s'assurer à tout jamais de nombreux établissements dans le pays. Les Jésuites sont aussi inaccessibles à l'intimidation qu'aux promesses. Quand il fut démontré que rien ne les séparerait de don Juan, les Etats prirent le parti de les expulser. Le 18 mai 1578, on les embarque sur l'Escaut et on les transporte à Malines, d’où le prince les fit conduire à Louvain. Les Protestants commandaient à Bruges et à Tournai. Ils chassent les Pères de leurs maisons; à Douai, le mème sort leur est réservé. Un ordre du Sénat les force à se retirer ; mais, quinze jours après et sur la demande même du recteur de l'Université, l'ordre d'expulsion est révoqué.
Les Jésuites se trouvaient réunis à Louvain. La peste, suîte de toutes les commotions intestines, fond sur cette ville. Il était défendu aux Pères d'enseigner; ils se vouent au soulagement des pauvres et des malades. Usmar Boysson, Jean de Harlem, Antoine Salazar et Élisée Heivod meurent en les servant, victimes de la contagion qu'ils espéraient conjurer. Les Pères Nicolas Minutius, Baudouin Hangart, Jacques d’Ast, Arnold Hœsius, André Boccaci, Rainier, recteur du Collége de Louvain et le Frère Louis partagent leur sort à Louvain, à Liége, à Douai et à Bruxelles.
Le 1° octobre de la même année, don Juan expirait près de Namur, à l'âge de trente-trois ans. Sa maladie fut si imprévue, son trépas si rapide, que chacun crut que le poison avait hâté la fin du héros catholique. On soupçonna la reine Élisabeth ; l'historien Strada raconte que deux Anglais furent accusés et convaincus de ce crime et mis à mort par jugement du due de
Parme, successeur de don Juan‘. Les preuves de ce forfait ne sont que des présomptions à nos yeux. Élisabeth n'ignorait pas que la cour d'Espagne nourrissait le projet d'unir don Juan à Marie Stuart, prisonnière en Angleterre. Le Jésuite Parsons avait fait naître cette idée à Philippell; elle dut sembler à Elisabeth grosse d’inquiétudes et de périls. Le trépas de don Juan les faisait cesser, il est vrai ; mais pour prétendre qu'elle en est l'auteur ou la complice, nous pensons qu'il faut autre chose que des hypothèses ou une sentence contre deux Anglais dont les noms même ne sont pas indiqués.
Le duc de Parme remplaçait don Juan ; les Jésuites eurent en lui un nouveau protecteur. Le Père Jean Fernandez, confesseur de don Juan d'Autriche, s'était retiré en France après la mort de ce prince. À la prière de Farnèse il abandonna ce pays et revient en Belgique. C'était un homme d'une humilité et d’une obéissance peu commune. « Plüt à Dieu, disait Mercurian en parlant de lui, que nous eussions beaucoup d'Abraham comme le Père Fernandez! » Le premier soin du duc de Parme fut de restituer aux Jésuites les Colléges dont les hérétiques s'étaient emparés. En 1580, ils en avaient recouvré une partie, et le Père Tolet arrivait à Louvain en qualité de commissaire du Saint-Siége pour recevoir la rétractation des erreurs de Baïus.
Michel c'e Bay, qui, comme la plupart des savants de cette époque, a latinisé son nom, afin de lui donner un vernis d'antiquité classique, naquit à Mélin-l'Evêque en 1513. Il n'était ni un hérésiarque ni un sectaire, mais il y avait en lui de l'étoffe pour ces deux rôles, si, dans son cœur, la Foi ne l’eût emporté sur l’orgueil. Professeur, puis chancelier de l’Université de Louvain, Baïus, esprit novateur et singulier, avait, dans divers ouvrages, émis des opinions contraires à la doctrine catholique. Il soutenait, par exemple, que depuis la chute d'Adam toutes les œuvres de l'homme, faites sans la grâce, sont des péchés ; que la liberté, selon l'Ecriture-Sainte, est la délivrance du péché, qu’elle est compatible avec la nécessité. S'égarant dans
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contre lui une condamnation de la Faculté de théologie de Paris, condamnation que provoquérent les Cordeliers. Le 1° octobre 4567, une bulle de Pie V censurait soixante-seize de ses propositions. Baïus hésita, chercha des faux-fuyants, des commentaires, et se soumit enfin; mais sa soumission n'avait pas été assez volontaire pour inspirer confiance au Saint-Siége. Sans se rétracter dans la forme, Baïus semblait prendre à tâche de s'expliquer sur le fond. Son enseignement devenait une apologie de ses idées. L'Eglise avait des docteurs et des théologiens pour tenir tête à Baïus. La Compagnis de Jésus voulut, elle aussi, avoir le sien dans ce champ-clos. Le Père Bellarmin fut dirigé sur le Brabant.
Robert Bellarmin, né à Montepulciano, le 4 octobre 1542, était neveu du Pape Marcel II. L’exiguité de sa taille et l'excellence de ses talents faisaient dire à ses contemporains qu'il étaii tout à la fois l’homme le plus petit et le plus grar4 de son siècle. Bellarmin n'avait pas encore osé recevoir la prètrise. Déjà prédicateur et professeur illustre, il avait acquis une immense réputation, lorsque, pour obéir à l'ordre de François de Borgia, il se vit obligé d'accepter en Belgique le sacerdoce que lui conféra Cornélius Jansénius, Evêque de Gand. La mission de Bellarmin était de combattre la doctrine de Baïus. De 1570 à 1577, il la combattit avec tant de succès que, selon la parole du Janséniste Quesnel !, « sa jeunesse et son éloquence paraissaient deux choses si rarement réunies que tout le monde était curieux de l'entendre. Sa réputation devint si universelle qu’elle attirait les Protestants 41 agleterre et de Hollande. »
Bellarmin était chargé de faire la guerre à Baïus ; il la fit, il la soutint en homme qui estime son adversaire, et qui veut plutôt convaincre les esprits qu'ulcirer les cœurs ; il prit à partie les opinions de Baïus en présence même de ses amis, il les analysa, il en indiqua si bien la source dans celles de Luther et de Calvin, que, sans avoir jamais laissé échapper de sa bouche le non du chancelier de l'Université brabançonne, il éclaira toute
‘ Histoire religieuse de La Compagnie de Jésus, par l'abbé Quesnel, t.ut, p.245.
cette discussion. Le théologien jésuite avait ménagé l'homme sans jamais faire une concession aux erreurs. Baïus comprit qu'avec un pareil antagoniste il s’exposait à une défaite assurée : il garda le silence; mais à peine Bellarmin eut-il abandonné la Belgique que le feu longtemps couvé sous la cendrée éclata. Baïus s'était mis en rapport avec Marnix de Sainte-Aldegonde, confident du prince d'Orange. Sainte-Aldegonde lui persuada que lui seul opérerait la réunion du Calvinisme et de la Religion catholique en sachant faire à propos des concessions que ses ouvrages contenaient en germe. Baïus se laissa gagner par la latterie, et, comme Bellarmin n'était plus là pour le réfuter, il commença ses plans de fusion par déclarer que la bulle de Pie V était supposée, ou qu'elle avait été arrachée au Saint-Siège.
Le 29 janvier 1579, le Pape Grégoire XII se porta solidaire de son prédécesseur : il confirma la bulle Æx omnibus afflictionibus, que, par ménagement pour Baïus et Jean de Louvain, la cour romaine n'avait pas encore promulguée, et Tolet reçut ordre de partir pour le Brabant. Un Jésuite avait pendant sept ans comprimé le Baïanisme par une savante modération : un autre Jésuite allait apaiser cette affaire, qui menaçait Rome d’une
complication d’embarras. Grégoire XIII et Philippe IHavaient choisi
le Père Tolet, dans cette grave circonstance, comme mandataire de l'autorité du Saint-Siége et de la puissance royale. Tolet, armé des foudres de l'Eglise, et fort de l'appui de Philippe, ne venait cependant pas en ennemi, mais en médiateur. D'un mot, il pouvait faire surgir une hérésie ou engendrer un schisme : Tolet n’aspira qu'à provoquer le repentir. Sa réputation de fermeté, de talent et de conciliation était si bien établie que Baïus lui-même aima mieux se jeter dans les bras du commissaire apostolique que de soutenir une lutte mégale. Tolet connaissait les faiblesses de l’homme; il voulut épargner à Baïus les discussions préliminaires ; afin de le convaincre de ses erreurs, il songea beaucoup plus à l'éclairer qu'à l'humilier. Le Jésuite triompha des sophismes du sectaire, et, ce qu'il y eut peut-être de plus glorieux pour lui, il l’amena à fouler publiquement aux pieds ses vanités théologiques. Le 24 mars 1580, devant toutes les Facultés réunies sous la présidence du Jésuite, Baïus, chancelier
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de l’Université, condamna ses propositions selon l'intention de la bulle et de la même manière que la bulle les condamne. Les docteurs, les licenciés, les bacheliers et les étudiants, tous partisans ou disciples de Baïus, firent la même déclaration entre les mains de Tolet. Jusqu'à ce jour on n'avait jamais pu décider Baïus à confirmer par un acte signé de lui la rétractation de ses erreurs ; Tolet l'y amena, et le théologien « reconnutt qu’au moyen des communications qu'il avait eues avec le Révérend Père François Tolet,il acquiesçait à la sentence portée par le Saint-Siège, et qu'il était dans la résolution sincère de ne plus enseigner, ni avancer, ni défendre ces propositions. »
Un Jésuite avait, par la persuasion, étouffé le Baïanisme en germe : le Jansénisme, dont le chancelier de Louvain ne fut que le précurseur, ne pardonna jamais cette victoire à la Compagnie de Jésus.
En 1574, le Père Georges Schorrit rappelait le pays de Bade à la Foi; il mourait sous ses travaux de Missionnaire comme un soldat expire au champ d'honneur. Le 16 juillet de la même année, le Père Warsev:ez arrivait en Suëde. Ainsi que le reste de l'Europe, ce royaume avait subi sa révolution religieuse. Sous le sceptre de Jean IL, il cherchait à se faire un culte à lui, et à réparer les désastres que les divisions intestines de Jean et de son frère Eric avaient provoquées.
Comme tous les caractères dont la douceur forme le fond, Jean de Suède était faible, sans volonté; il avait connu le malheur. Fait prisonnier à Abo, il s'était vu pendant quatre années captif de son frère au château de Gripsholm; il n'avait trouvé de consolation qu'auprès de Catherine, sa jeune épouse, et le dernier rejeton de la race des Jagellons. Cette princesse avait toutes [es vertus, toute la piété de sa famille. Elle inspira au roi prisonnier l'amour de l'étude; l'étude le conduisit à la Foi; mais cette Foi était plutôt snéculative qu'agissante. Lorsqu'il fut rétabli sur le trône, ce prince essaya de concilier ses croyances intimes avec ses préjugés, avec ses torreurs, avec les préventions de son peuple?. Timide parce qu'il avait souffert, mais ne pouvant supporter le spectacle de démoralisation que l'hé-
\ Baïana, p.152, ap. n° 10.
3 Messenius, second illust , t vu.