‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 30 sur 64 · ESS · texte numérisé non relu

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résie mettait sous ses yeux, il chercha, avec Pierre Fechten son confident, les moyens de rétablir l'Eglise catholique sans secousse intérieure. La Religion était pour lui un ressort de gouvernement ; et, en s'appuyant sur ses propres lumières, il essayait de combiner tellement les choses que tout devait sourire à son vœu d’honnête homme, de catholique indécis. Ce n’était point à l’aide de réformes partielles dans les mœurs, dans la liturgie, que le roi devait espérer une salutaire amélioration. Les Protestants de ses Etats l’accepteraient sans doute comme ils accepteront tout système qui tendra à les séparer de la Communion romaine, car dans cette séparation réside leur seul dogme. Mais les Catholiques suédois, à la tête desquels on voyait Nicolas Brask, Eric de Sparre, André Chet, Hogenschild Bjelke, Jacques Typotius, Mathéi, Gyllenstern, le baron de Luentholm, Magnus Gothus, Georges Gera et le comte de Brahe ; mais les paysans de la Dalécarlie, qui s'étaient dévoués pour Gustave Wasa, et que ce prince, après avoir éprouvé leur fidélité politique, osa contraindre à être infidèles à Dieu; mais la reine se montraient hostile à cette doctrine. Le clergé de Stockholm et l’Université d'Upsal s’en faisaient les apôtres.

À la prière de Catherine et du Cardinal Hosius, le Souverain- Pontife donna mission au Père Warsevicz d'éclairer le roi Jean sur les véritables fondements de la Religion. Le Jésuite ne put pénétrer à la cour de Suède qu’en qualité d’ambassadeur de la reine Anne de Pologne auprès de sa sœur Catherine. Eric était prisonnier ; son parti pourtant ne désespérait pas de la fortune; il comptait sur les exaltés.

Jean IIT hésitait entre les factions et sa conscience. Les hérétiques toléraient assez facilement la présence des prêtres séculiers, mais les Jésuites leur étaient odieux. Les prêtres séculiers n’exerçaient sur les esprits que le moins d'influence possible ; les Jésuites, au contraire, s'emparaient des cœurs par la persuasion ; ils les dominaient par cette ténacité que rien n'’ébranlait. Ils apparaissaient donc aux sectaires comme un point de mire sur lequel tous les coups devaient se diriger. Warseviez était un de ces Pères qu la noblesse de son origine, que l'usage du monde, que la science des hommes avaient familiarisés avec

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toutes les positions. La Reine le cacha dans un appartement du palais; Warseviez attendit là l'heure propice : elle sonna enfin, et Jean consentit à le voir.

Les instructions du Jésuite roulaient sur deux points principaux : il avait à entretenir le roi d’un traité d'alliance avec Philippe II d'Espagne; en second lieu, il devait préparer son retour aux croyances de ses aïeux. Jean était un érudit en théologie; quatre années de détention l'avaient mis à même d'étudier les Saints-Pères; cette étude, faite de bonne foi, mais sous l'inspiration des préjugés de son époque, produisit le chaos au lieu de la lumière ; elle lui laissa une ardeur de dispute qui aurait été mieux employée dans ses intérêts politiques que dans ceux de la religion ;ilaimait plutôt à enseigner qu’à être enseigné.

Pendant six jours, dans des conférences de quatre à cinq heures, le roi et le Jésuite firent assaut de savoir ecclésiastique, se proposant mutuellement des objections que l'un résolvait avec sa raison, que l’autre expliquait avec ses doutes. Le roi Jean admettait la suprématie du Pape; mais toujours, en vue de son pays, il essayait de mettre des restrictions à cette suprématie. Le culte des Saints et des reliques était accepté par lui; il convenait que les idées des novateurs, que leur libre examen dans les matières de religion et de pouvoir temporel, étaient incompatibles avec la subordination ; mais il n'osait adopter un parti. Il affirmait que, par des voies lentes et détournées, il parviendrait à introduire l'ancienne Religion dans ses Etats. Puis aussitôt, craignant de trop s’avancer, il demandait qu'aux termes du fameux /nlerim de Charles-Quint, le Pape autorisät la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres et la célébration du culte dans la langue vulgaire. « Les Suédois, répétait-il sans cesse, ne seront catholiques qu'à ces conditions. » Elles étaient-inacceptables, et si, par impossible, le Saint-Siége y eût adhéré, elles n'auraient rien changé à l'état des choses.

Warseviez prit congé du roi le 44 août 1574, et, de Dantzick, il adressa au Général des Jésuites, sous la date du 3 septembre, un rapport d'où ces faits sont tirés. Il était le premier Jésuite qui paraissait en Suède; cependant, à en croire les

docteurs de l’hérésie, le roi Jean, depuis son rétablissement Hill sur le trône, ne se voyait entouré que de prêtres de la Compagnie de Jésus.

Tandis que ce prince n'osait être ni Catholique ni Luthérien, Etienne Bathori, roi de Pologne par suite de l'abdication de Henri de France, savait se faire aimer et craindre tout en ne déguisant aucun de ses sentiments pieux. Ce monarque, l’un des plus renommé; de la Pologne par l'éclat de ses talents et de ses victoires, accordait aux Collèges des Jésuites l'immunité de tout tribut, et, pour ne pas frustrer l'Etat, il décidait, en 1576, que son trésor particulier paierait les impôts dont ces établissements étaient déchargés. Un an après, le 24 juin 4577, il adressait la lettre suivante aux Pères de l'Institut :

« Etienne, par la grâce de Dieu, Roi de Pologne, Grand- Duc de Lithuanie, de Russie, de Prusse, de Mazovie, de Samogitie, et prince de Transylvanie.

» Vénérables, pieux et bien-aimés Pères !

» Le témoignage de votre bienveillante affection, dont nous avons été informé par vos lettres et par notre secrétaire Jean Zamoski, les félicitations que vous nous adressez et les prières que vous faites pour notre prospérité nous ont été et nous sont très-agréables.

» Nous souhaitons que nos Etats soient pourvus des ressources que leur assure la protection divine bien plus que les forces humaines, si incertaines et si peu stables: et jusqu'à présent, grâces en soient rendues à Dieu, son secours ne nous a pas manqué. Les intérêts de l'Eglise et de la Religion que vous nous recommandez si vivement, comme il convient à vos religieuses et louables pensées, ont toujours été et seront encore plus à l'avenir l’objet de notre principale sollicitude. Tous les bienfaits que nous avons reçus de la divine Majesté, nous nous cfforcerons de les faire retourner vers leur source en les faisant servir à la gloire et à la propagation de son nom, et à l'exaltation de la Religion chrétienne. Comme votre Ordre nous est trés-nécessaire pour la réussite de ce dessein, c'est bien justement que nous le chérissons et l'aimerons toujours. Et ectle affection, nous vous la témoignerons plutôt par les ac-

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lions que par les paroles, dès que nous aurons mis en ordre et pacifié nos Etats. Nous nous recommandons instamment à vos prières, afin que nous puissions le faire le plus tôt possible. »

Jean ne s'était pas placé dans une position aussi tranchée. Toujours flottant entre l'erreur et la vérité, il n’osait s'arrêter à aucune détermination, lorsque le Père Laurent Nicolaï, Norwégien, lui est encore envoyé par le Souverain-Pontife. Dans le mois de maide l’année 1576, la reine présenta le Jésuite à son royal époux. 1c prince s’égarait alors dans le dédale des discussions que ses Synodes soulevaient. Nicolaï plaisait à ses goûts; mais son titre de membre de la Compagnie de Jésus pouvait effaroucher les susceptibilités épiscopales. Il fut convenu que le Père annoncerait à chaque docteur de Stockholm qu'après avoir étudié aux Üniversités de Louvain, de Douai ct de Cologne, il revenait dans sa patrie, et qu’il demandait à ses collègues, les ministres protestants de Suède, des lettres de recommandation pour le roi. Ces lettres furent obtenues, et Jean, qui abritait sous un pareil subterfuge ses craintes politiques et ses sentiments religieux, accorda au Père Nicolaï le droit d'enseigner la théologie. Une situalion si péniblement amenée ne pouvait durer longtemps. Le 7 septembre 1576, Abraham, recteur de l’Académie de Stockholm, et Olof Luth, pasteur de la ville, refusent de célébrer la fête de la Nativité de la Vierge, ne voulant pas accepter la liturgie catholique, œuvre, disaient-ils, de l’idolâtrie romaine. Les Protestants demandaient un Concile national, libre et général; ils promettaient de se soumettre à ses décisions. Ce Concile flattait les pensées secrétes du monarque ; il adhéra à leur vœu, et un nouveau Synode fut convoqué pour le 11 février 1577.

Jean avait senti Le soin d'avoir un ambassadeur auprès du Saint-Siége. Il choisit un gentilhomme français, un de ces aventuriers de haut fignage et d'audace encore plus grande que la naissance, qui alors mettaient leur fortune au bout d'une épée ou dans les secrets de la politique. Pontus de La Gardie avait la vaillance d’un soldat et la dextérité d’un diplomate; il se prétendait Calviniste. Pour traiter avec le Pape, ce titre d'hérétique n'était pas une recommandation. Il allait à Rome

158 CHAP. IV. — HISTOIRE chargé de réconcilier l'Eglise de Suëde avec le Saint-Siége ; il jugea convenable d'être catholique au centre de la Catholicité. Quelques-unes des propositions qui lui furent remises étaient discutables; une Congrégation de cardinaux et de thclogiens examina les différents points en litige. Le comte de La Gardie avait fait connaître à Grégoire XIII la position du roi de Suède, menacé par [van Basilowiez, le terrible ezar de Muscovie, par les Danois et par son frére.

Ce frère, toujours relelle, entretenait le trouble dans le royaume; pour débarrasser le monarque ét la Suède de ses éternels complots, l'archevêque Laurent Peierssobn, le chef la réforme, et tout l’épiscopat luthérien avaient, dès l'an 1574, conseillé au roi de faire empoisonner Eric. Trois ans plus tard, en 15:56, le haut clergé et les Sénateurs déclaraient par écrit qu’en conscience le roi était obligé de laisser mourir Eric par le poison!. Le 25 février 1577, la doctrine du fratricide et du régicide triompha ; Éric périt; et ce fut le Proiestantisme, ses prélais, ses conseillers laïques qui l'inspirèrent, qui la développérent, qni l'approuvèrent, qui la mirent en pratique. L'assassinat était ordonné comme cas de conscience, ordonné par les sectaires, lors même que les théologiens catholiques ne songeaient pas à discuter cette thèse sur le régicide, qui a servi si longtemps d'arme contre eux aux docteurs du Luthéranisme et du Calvinisme. Le Jésuite Possevin disait? plus tard à ce malheureux prince en lui parlant du clergé protestant : « Ceux qui ne sentent pas de remords à usurper les fonctions ecclésiastiques en sentiront bien moins encore à chasser et à assassiner les rois. » Ce mot si vrai était pour Jean IIT un acte d’accusation, un reproche et un conseil.

La cour de Rome, dont la prudence est passée en proverbe dans les chancelleries européennes, tenait compte de la situation de Jean; et'tandis que les cardinaux en congrégation appréciaient les demandes du roi de Suëde, elle s'occupait à chercher un homme digne par ses talents diplomatiques et par

‘ Rühs, Histoire de Suède, t. ir, page 346. F. J. Tegel : Kon. Eric. XIV, Dec Historie Utgifwen af a. a. Stiernemann, S{ockholm 1574, in-4e, p. 302.

? Réponse de PosseyM à Ja troisième demande du roi de Suède, liv. 11, chap. vu.

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