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l'éminence de ses vertus de la représenter à Stockholm. Il fallait d'abord convaincre le roi, le décider à faire profession publique de Catholicisme, et ensuite rattacher par lui la Suède au tronc commun. Le sacré collége porta ses regards sur un Jésuite qui avait rendu à l'Eglise et aux sciences des services de plus d’une sorte : le Père Possevin fut désigné par le Cardinal Ptolémée de Como, secrélaire des brefs, et le Pape le nomma son légat en Suède. Les instructions du Souverain-Pontifs se résuma.vnt ainsi : faire triompher la foi dans le Nord et empècher Jean de mettre sa flotte à la disposition du prince d'Orange. Dans la préface de sa Bibliothèque , ouvrage qui fraya la route aux Montfaucon et aux Mabillon du dix- septième siècle, Possevin parle en ces termes de sa nonciature : « Quoique je connusse très-bien que tout me manquait pour soutenir le poids d’une telle charge, je me vis forcé de céder à l'autorité de celui qui me parlait de la part de Dieu. Je pensai que le même Seigneur qui se sert de la boue comme d’un collyre pour rendre la vue à un aveugle pourrait m'éclairer et suppléer par le secours de sa grâce à l'insuffisance de son ministre. »
Possevin partit de Rome le 15 septembre 1577; il était accompagné du Père William Good, Irlandais, et du Père Fournier, Jésuite français. À Prague, il eut plusieurs entrevues avec l’Impératrice d'Allemagne, veuve de Maximilien If, qui, pour faciliter l'accès du Père à la cour de Stockholm, l'y nomma son ambassadeur extraordinaire. Ce fut en cette qualité que le roi le reçut avec le cérémonial usité, et que, devant cette foule de seigneurs luthériens, il remit ses lettres de créance. Possevin, d'après les ordres du Pape, était revêtu d’un riche costume séculier, et il avait ceint l'épée. Îl ne restait plus sur sa personne trace de Jésuite, mais, pour racheter d'avance ces honneurs passagers, le Père avait fait à pied la plus longue, la plus difficile partie de la route.
Quand l'ambassadeur impérial eut accompli sa mission, celle du légat apostolique commenca. Alors le Jésuite perça sous les splendides broderies du négociateur. Le roi et le Père étaient
* Bibliotheca selecta, Romeæ, 4593, 2 vol, in-fol.
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seuls. Après lui avoir donné connaissance du bref pontifical à la date du 12 septembre 1577, l’accréditant auprès de la cour de Suède, Possevin entretint le prince des espérances conçues et de la fermeté que les circonstances exigeaient. Ils se revirent souvent, et si souvent, que bientôt le roi ne prit plus la peine de cacher la tendresse et la confiance que lui inspirait le Jésuite. Sa science avait vaincu les derniers doutes de Jean ; il était disposé à revenir à l'unité, mais la raison d'Etat laissait encore des incerlitudes dans son esprit. Avec ses connaissances théologiques, il disputait pied à pied le terrain, essayant d’arracher à la dialectique du nonce les concessions dont il croyait que ses sujets se contenteraient. Jean acceptait la doctrine; il n’en était pas de même pour la discipline ecclésiastique. Il se retranchait dans les propositions que Pontus de La Gardie avait portées en son nom à la cour pontificale.
Ces conversations, qui jettent une si vive lumière sur la situation des esprits dans le Nord, ont été recueillies par Possevin qui-même !, elles forment un véritable traité de l’unité de l'Eglise. Jean avait le cœur droit et l'esprit juste. Les démonstrations du Jésuite étaient si concluantes que, sans attendre la réponse du Saint-Siège aux articles que La Gardie avait mission de faire accepter, le monarque se décida à rompre evec l’hérésie. Le 16 mai 1578, dans son appartement intérieur, un autel fut érigé. Ce jour-là même, Possevin, en habits sacerdota: + et au moment de célébrer les saints mystères, vit le roi tomber dans ses bras et s’écrier avec des larmes de bonheur : « Mon Père, je vous embrasse, vous et la sainte Eglise Catholique Romaine, pour toujours. » La reine, Nicolas Brask, gouverneur de Stockholm, et Jean Heinrichssohn, secrétaire du monarque, furent les seuls témoins de cette cérémi nie, qui allait provoquer de si graves événements. Elle s'était accomplie dans le mystère, mais une indiscrétion pouvait tout compromettre. Le roi, quoique Catholique de cœur et d'esprit, ne voulait pas
fournir à son peuple un sujet de plainte ou de défiance; il
1 Antonii Possevini, de Societate Jesu, Responsiones ad nobilissimi et regii viri septentrionalis inlerrogationes, qui de salutis ælternæ comparandæ ratione, ac de vera Ecclesia, cupichat institui. Ribliotheca, liber vi, pag. 438.
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