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pressait Possevin d'obtenir du Pape les dispenses qui, selon lui, devaient concilier les deux communions. Possevin avait convaineu le roi, il espéra pouvoir de même convaincre le Clergé et les Suédois.
Pour le tenter avec fruit, il fllait retourner à Rome afin d'éclairer le Saint-Pére et la Congrégation des cardinaux. Le prince avait abjuré le 46; le 20 du même mis, Possevin s'embarquait , convoyé par deux frégates royales qui l'escortérent jusque sur l’autre rive du Sund. Il était accompagné de cinq jeunes Suédois, d’un Moscovite et d'un Lithuanien, premières conquêtes de l'Institut dans ces contrées. À Bantzick, il trouve deux Jésuites, les Pères Warseviez et André Wisowski, i les dirige sur Stockholm po: : qu'ils joignent leurs efforts à ceux de Nicolaï. À Braunsberg, à Olmütz, à Vienne, dans la Pologne, la Moravie, la Prusse et l'Autriche, il prépare les esprits. Il communique à l’empereur Rodelphe IT les résultats de sa négociation ; il lui fait promettre de donner sa sœur en mariage à Sigismond, fils et héritier de Jean IT ; puis il arrive auprès du Saint-Père. Possevin avait, par ses lettres, disposé la cour de Rome à concéder au roi de Suède tout ce qui pourrait lui être accordé sans préjudicier aux droits permanents de l'Eglise; et, le 25 juillet, il mandait à Mercurian : « Dans le désir qu'il a de voir les choses en bon chemin, le roi pensait qu’il serait utile dé convoquer un Concile ou une Assemblée, au moins des princes luthériens et autres hérétiques, pour voir si lon n’en tirerait pas quelque arrangement, et si on ne les réconcilierait pas, moyennant certaines conditions, avec la sainte Eglise. Mais je lui ai fait sentir que ce qui n'avait pu se faire par un Concile de Trente, au sein même de l'Allemagne, ne se ferait pas par voie de conditions, l’Esprit-Saint voulant des esprits humbles et désintéressés. Sa Majesté me prouva qu'au fond elle partageait mon opinion; elle ajouta même à deux reprises que, de toute façon, quand même les Luthériens et les autres hérétiques conviendraient de quelque confession à leur manière, ils la changeraient demain et en feraient plusieurs, comme il est arrivé. »
Là se découvrait le nœud de la difficulté. Jean de Suède s'était
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fatté qu'avec des modifications à la discipline ecclésiastique, parviendrait à rétablir le culte catholique dans son royaume ; ais l'expérience avait été partiellement tentée. Rien d'effi- L cace n'était sorti de ces concessions. L'Eglise, gardienne de la Foi et des traditions qui la maintiennent dans le cœur des masses, ne pouvait se relâcher de son principe, sous peine de L saper eile-même la base sur laquelle les Apôtres l'ont assise. 1] fallait l'accepter telle qu'elle se gouverne ou la méconnaître ; car, immuable dans son principe, elle ne devait point se laisser discuter et recevoir de l’un les conditions qu'elle avait rejetées de l'autre. E
Possevin, mieux que personne, se rendait compte de ces impossibilités morales et de la situation complexe dans laquelle se plaçait le roi de Suède. Afin de lui montrer la bonne volonté de l'Eglise à son égard, il ne négligeait rien pour lui assurer le concours de l'Empereur et celui des rois d'Espagne et de Pologne. La Suède, redevenue catholique, serait inévitablement en butte aux attaques à main armée des princes protestants. Le Jésuite espérait, en lui offrant de puissants alliés, donner à ce pays protection et sécurité.
Grégoire XUI n'avait pas attendu le retour de Possevin pour adopter des mesures décisives en faveur du royaume de Suëde. Une nouvelle Congrégation avait été formée. Elle se composait des cardinaux les plus illustres, de Moroni, d'Alexandre Farnèse, de Sabelli, de Como, d’Hosius, de Félix Peretti, de Madrucci et de Guillaume Sirlet, le restaurateur des lettres hébraïques et grecques en Îtalie. Elle avait pour secrétaires deux des théolosiens les. plus savants de leur siècle, le Jésuite Tolet et le Franeiscain César Montalcino.
Douze demandes étaient faites au Saint-Siége.
Par la premiére, le roi sollicitait des prières générales pour le retour de la Suède à l'Eglise. La seconde portait sur la faculté de célébrer la Messe en langue vulgaire; la troisième, sur la Communion qui devait se faire sous les deux espèces; la quatrième concernait l'autorisation de poursuivre devant la juridiction civile les Evèques prévenus de crimes d'Etat ou de haute trahison ; la cinquième, sur la non-restitution des biens ecclé-
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siastiques tombés entre les mains des laïques ; la sixième proposait l'établissement d'un séminaire catholique dans le couvent des Franciscains de Stockholm ; la septième, l'autorisation de laisser dans l'Eglise le tombeau de Gustave ‘ ; la huitième, le serment de fidélité des Evèques au roi ; la neuvième, le mariage des prêtres ; la dixième l'autorisation d'assister aux prêches et aux cérémonies du culte luthérien. Les deux dernières exigeaient qu'on supprimät l'invocation des Saints, les prières pour les morts et l'abolition de l’eau bénite.
La Congrégation des cardinaux avait délibéré sur ces douze articles, espèce de Concordat qui détruisait l'économie de l'Eglise. Le 25 juillet, elle faisait passer à Possevin le résultat ce ses conférences. Ce travail de Montalcino et de Tolet, que le cardinal de Como résuma dans sa dépêche, est un chefd'œuvre de doctrine et de prévoyance. La Messe en langue vulgaire, la Communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, l'abolition de l'eau bénite ct du cüke des Saints, les prières pour les morts, furent à l'unanimité déclarés inadmissibles. L'Eglise voulait rester une, en faisant partout les concessions que les difficultés du temps lui permettaient d’accepter. Elle abandonnait aux laïques les biens dont ils avaient frustré le clergé; et ce ne sera pas la dernière fois que cette Eglise, représentée si avide, sacrifiera, au bonheur de tous, les propriété défrichées, fécondées par ses sueurs, ou léguées par la
Sur ce chapitre, la cour de Rome, et c’est un reproche que les hommes d'avenir doivent lui adresser, se montre toujours trop accommodante. Avec ce désintéressement, elle donne accès à toutes les révolutions; elle les excommunie d’abord comme spoliatrices, puis, lorsque chacun s'est arrangé une fortune aux dépens du clergé, chacun retourne au Catholicisme pour faire sanetionner par la Foi le vol à main armée. On redevient chrétien, lorsqu'on a usé tous les cultes d'imagination, et fait conspuer toutes les idoles que l'on fabriquait pour détrôner la Religion de Jésus-Christ.
U Le fameux Gustave Wasa était le père de Jean HE,
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Par des motifs plus élevés que ceux de la raison naturelle, la cour de Rome s'empressa de renoncer, au nom de l'Eglise, à ses biens temporels; et ce fut, humainement parlant, un tort que les ambitieux exploitérent. Non-seulement on absolvait de crime sans repentir, mais encore on laissait un encouragement lacite aux spéculateurs révolutionnaires. Cette ampliation du vol constitutionnel à eu, en France et en Espagne, un fatal écho. Les révolutions qu'on enfante au nom d'une idée se terminent toujours par le pillage. On a dépouillé le Clergé; mais cette spoliation éveille d'autres cupidités. Ces cupidités insatiables, parce qu'elles naissent à chaque carrefour et qu’elles se multiplient par l'exemple, destinent les propriétaires à la mort ou à la confiseation. Les premières ont dépossédé le Clergé ; il ne reste aux dernicres que la ressource de priver les familles de leur patrimoine.
L'Eglise, à cette époque comme plus tard, ne fit pas ces réflexions. On l'aceusait d’avidité : elle se hâtait d'abandonner ses biens au premier occupant. On la disait intolérante, elle concédait à la Suède tout ce qu'il était possible d'accorder ; mais elle n'allait pas au-delà : au-delà se rencontrait l'abime.
Les choses avaient marché plus vite que la Congrégation des cardinaux. Possevin était à Rome, où son avis devait avoir un poids immense. La Congrégation se réunit done de nouveau ; le Jésuite y fut adjoint, et, dans un mémoire détaillé”, il ex posa les difficultés de droit, de fait et de juridiction. Le Jésuite entendu, la Congrégation des cardinaux décida qu'il n'y avait rien à retrancher, rien à ajouter à sa première détermination. Possevin partageait le même avis. Le Pape, par un bref du Le décembre 1578, le confirma dans sa dignité de légat et le nomma Vicaire apostolique en Russie, en Moravie, en Lithuanie, en Hongrie et dans toutes les eontrées du nord. Le pouvoir de ce Jésuite était illimité ; un Jubilé universel fut indiqué pour le succès de sa mission. Il reste à dire comment il l’accomplit.
Philippe Il, à la demande de Possevin, envoyait un plénipotentiaire à Stockholm ; mais ce diplomate n'avait que les affaires
1 Ce mémoire est intitulé: Propositiones quas Possevinus rerum Sueticarune statu observate Gyessil ar Pontilici obtulit expendendas.
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courantes ; Possevin était chargé des confidentielles. IL partit le 14 décembre, accompagné du Jésuite Ludovico Odescalshi. Sur sa route, il vitle duc Albert de Bavière; à Augsbourg, il conféra, par ordre du Pape, avec les Fugger, banquiers alle mands dont la colossale fortune était au service de l'Eglise et qui soutenaient les Catholiques de’ Lubeck, auxquels Grégoire XIIL accordait comme prévôt de leur cathédrale Adrien de Mérode.
Ce pauvre Religieux, destiné malgré lui aux grandeurs de la terre, passait d'un banquier à un empereur. D'Augsbourg il se dirigeait sur Prague, où Rodolphe II le recevait. À Olmütz, il jetait les fondements de la célèbre mission du nord; puis, à Vilna, il s'entretenait avec Etienne Bathori, roi de Pologne. Partout sur son chemin le Jésuite avait réveillé le dévouement en faveur du Catholicisme. On attaquait l'unité sur tous les points, dans bes choses, dans les hommes, dans la conscience : Possevin la défendait. On s'acharnait sur l'Eglise; on détruisait ses maisons, ses colléges, ses temples : Possevin, par une puissance inexplicable, faisait sortir de ces débris de nouveaux colléges, de nouvelles églises. Ce voyage fut une victoire continuelle remportée sur l'hérésie. Une frégate suédoise l’attendait à Dantzick. Après quatorze jours de traversée, il mouilla dans la rade de Stockholm le 26 juillet 1579. De même que la première fois, Possevin ne jugea plus à propos de paraître sous un costume d'emprunt à la cour de Jean IL. Pour donner de l’espoir aux Catholiques et pour ealever aux sectaires tout prétexte de crier à la surprise, il résolut de faire son entrée dans la capitale sous l'habit de son Ordre. Les principales autorités allèrent à sa rencontre; mais ce n'était pas des pompes futiles que le Père venait chercher de si loin. Il avait gagné une âme royale à la Foi, il voulait achever la conquête d’un royaume.
Des intérêts d'ambition et de prosélytisme luthérien s'étaient jetés à la traverse des projets de Jean. Le duc Charles de Sudermanie, frère du roi, avait épousé Marie, sœur du duc des Deux-Ponts. Cette princesse, ainsi que Charles de Sudermanie, était zélée protestante; elle fomentait contre Jean une ligue de
tous les Luthériens d'Allemagne. La coalition se servait, pour soulever le peuple suédois, des phénomènes célestes qu’elle laissait 'à l'astrologie des pasteurs le soin d'expliquer et de tourner contre le Papisme. Ici, un chien de chasse courait dans les nuages après le gibier; là, un dragon essayait d'attirer à lui le soleil; et Baazius, évêque protestant de Linkæping !, annonça que non-seulement ce dragon infernal pouvait obscurcir le soleil de la justification de Jésus-Christ, mais qu'il tenterait même de l’expulser de la Suède pour y substituer l’Antechrist romain. .
Ces météores, si singulièrement commentés par la malice luthérienne à l'ignorance des masses, avaient produit une inquiétude que le fanatisme entretenait, David Chytræus, professeur à Rostock, se chargea d'un autre rôle. Il composait sur les chroniques saxonnes un ouvrage historique. Il supplie le roi de l'éclairer de ses conseils ? dans toutes les questtons relatives à la Suède. En échange, il lui promet de répandre sur son nom un éclat qui le fera resplendir dans la postérité. Jean, comme toutes les âmes irrésolues, aimait la flatterie; celle-là s'offrait avec l'attrait d’une plume aussi audacieuse qu’exercée ; il fut heureux de l'accepter. IL vit l’écrivam. L'écrivain ‘était protestant ; il fit naître des doutes, il proposa des objections. Puis, enfin, pour l’engager, il lui dédia son Histoire de la Confession d’'Augsbourg *. D'un autre côté, Pontus de La Gardie, de retour à Stockhoim, avait sondé l’état des choses. Avec sa subtilité gasconne, saisissant très-bien la force des sectaires et la faiblesse morale du roi, il s'était secrètement soumis de rechef au Luthéranisme. Il ne cherchait plus qu'à effrayer le prince sur son plan de réunir les deux Églises, car ce qu’il fallait à La Gardie ce n'était pas la vérité, mais une position.
Les Évêques suédois se sentaient menacés dans l'existence de leur culte; ils étaient Luthériens : pour gagner le peuple à leur cause, ils s’allièrent avee les prédicateurs cawinistes du
! Baazius, 44, 22, p. 374.
2 Correspondance de Chytræus, lelres au roi Jean, année 1579, pag. 78 el suiv, 3 Puffendorf, Zntroduction à l'histoire de Suède, page 564.
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