‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 38 sur 64 · PAT · texte numérisé non relu

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lement. Ainsi la sentence épiscopale était non avenue pour l'Université ; et elle, si vigilante gardienne des droits de l'Ordinaire, elle en appelait, dans une discussion théologique, des lumières du Pasteur à la juridiction au moins ignorante d’une Cour de justice. La Sorbonne et le corps enseignant avaient appris aux Evêques à être jaloux de leur pouvoir; Gondi menaça d’excommunier les rebelles et de frapper d'anathème Tissart, recteur de l’Université, si elle condamnait Maldonat. L'Evèque de Paris jugeait en faveur des Jésuites, l'Université avait recours au Parlement. En même temps elle s’adressait au Saint- Siége par une supplique. .

Dans cet écrit qui est une satire et non une œuvre sérieuse, les Quatre-Facultés s'occupent plutôt de malignes allusions contre les Pêres que de solides arguments. « Nous ne tourmentons, disent-elles', ni les églises ni les particuliers. Nous ne troublons. pas l'ordre des successions; nous ne sollicitons pas des testaments au préjudice des héritiers, pour nous en appliquer le profit; nous ne tendons pas d’embüches aux monastéres ni aux autres bénéficiers ecclésiastiques pour nous enrichir de leurs biens sans être assujettis aux charges imposées par les fondateurs ; nous n’employor:s pas le nom de Jésus pour tromper les consciences des princes en soutenant qu'on ne reste pas plus de dix ans en purgatoire. »

Le cardinal de Bourbon est le conservateur des privilèges de l'Université. On cherche à obtenir sa protection. Le Pape, le cardinal ainsi que l'Evèque de Paris donnent tort aux Universitaires dans la forme et dans le fond. Les Universitaires résistent; ils ne cessent de solliciter arrêt du Parlement, comme si le Parlemeni pouvait, en matière de Foi, infirmer le jugement de l'Eglise.

Ainsi attaqués, ainsi défendus, les Pères ne consentent pas à rester sous le coup de l'Université. Elle les a dénoncés au Pape : sa dénonciation a reçu la plus grande publicité. Clau”c Matthieu, recteur du Collége de Paris, adresse à Grégoire XIIT un mémoire secret, qui, aprés deux cent cinquante ans, voit le jour

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pour la première fois. On lit dans ce mémoire, daté de Paris le 19 août 1575 :

« Notre Société eut toujours en France, et cela dès qu'elle mit le pied dans ce royaume, deux sortes e puissants adversaires : les hérétiques, et parmi les docteurs de Sorbonne, ceux qui par l’âge et l'autorité avaient le plus d'influence. Quoique ces deux genres d'ennemis nous offrissent les mêmes dangers et les mêmes obstacles, cependant notre manière de leur résister fut bien différente. Avec les sectaires, ce n'était point nos antagonisies que nous combattions, mais les ennemis de Dieu et de la sainte Eglise Catholique. Nous leur avons donc fait une guerre ouverte. La patience et le silence sont les seules armes que nous ayons eru devoir employer contre les docteurs de l'Université, dont l'inimitié n'attaquait que nous-mêmes, parce que nous les regardions comme des frères. Nous pensions que la résistance qu'ils nous opposaient, et en nous à Dieu et à l'Eglise, ne venait pas de la corruption du cœur mais d’une erreur de jugement. Pour les hérétiques, nous les avons défiés, et quand ils fuyaient nous les avons poursuivis. F'rovoqués nousmêmes par les injures de l'Université, nous n'avons point répondu, de peur qu’une juste défense ne lui fournit un injuste motif de se trouver offensée. Néanmoins les docteurs traversaient beaucoup plus nos desseins que ne le faisaient les hérétiques, et cela d'autant plus facilement que, de notre côté, nous vouhons moins leur nuire. Cela prêtait une grande efficacité aux moyens employés par eux pour anéantir nos efforts, dont le seul but était, nous le pensons, la gloire de Dieu et l'utilité de son Eglise. C’est que ces hommes étaient Catholiques, pieux, graves, doctes, et en faveur auprès de tous les Fidèles, par le nom seul de Sorbonne dont ils étaient honorés. »

Cette défense, il faut en convenir, est plus digne que l'attaque. On disputait aux Jésuites le w droit d'existence sur le sol français ; pendant ce temps le roi de rance, à peine sacré dans la basilique de Reims (1575), leur doanait la plus haute marque d'estime qu'un prince chrétien pût accorder à un prêtre. Îl choisissait pour son confesseur ce même Père Émond, l’aumônier de ses victoires. Ce fut le premier Jésuite qui, en France, reçut

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cette redoutable dignité. Elle devint plus tard pour quelques-uns de ses successeurs et pour l'Ordre tout entier une source d'accusations que l’histoire devra éclaircir.

Henri II avait encore une valonté; on retrouvait en lui le courage du duc d'Anjou, et de là à ce prince efféminé qui bientôt ne saura ni affronter ses ennemis ni reconnaître ses amis, il ya loin. Le roi voulait être obéi; on s’empressait de suivre ses ordres. Il se montrait favorable aux Jésuites; le Parlement, qui le jugeait sur sa réputation de victorieux à Jarnac et à Moncontour, laissareposer dans la poussière de ses greffes toutes les instances, tous les appointés de l'Université.

Les Jésuites, débarrassés de ces procédures, purent, à l'abri du trône, s'étendre dans les provinces et se consolider à Paris. En 1577, la contagion sévissait dans le Midi : les villes de Lyon et d'Avignon étaient en proie au fléau. Les Pères courent au soulugement des pestiférés : douze perissent martyrs de la charité. Claude Matthieu parcourt ces provinces en qualité de visiteur, Maldonat remplit les mêmes fonctions dans le nord de la France ; partout leur présence électrise les Catholiques. À Toulouse, Jean de Montluc, évêque renégat de Valence, allait rendre compte d'une vie passée dans les apostasies de l'épiscopat et dans les honneurs de la terre. Seize fois ambassadeur de son roi, Montluc, ancien Dominicain, n'avait été infidèle qu'à son Dieu. Il agonisait, et déjà les Hugenots se félicitaient de cette victoire remportée jusque dans la tombe, lorsque le Père Grand- Jean pénètre auprès du malade. À la vue de ce prêtre, à ses touchantes exhortations, le cœur de Montluc est ému ; il revient à des sentiments catholiques. Le prélat, que le Saint- Siége a condamné comme hérétique, meurt en chrétien, meurt en Evêque, dans les bras du Jésuite qui l’a réconcilié avec le ciel.

L’Aunis et la Saintonge étaient un lieu d'asile pour l'erreur. Les paysans de ces contrées, si âpres au travail et au gain, se dépouillaient de leur caractère industrieux pour se faire théologiens. Natures abruptes, dont l'éducation n'avait jamais assoupli les mœurs, ils acceptaient de la Réforme tout ce qui flattait leurs: penchants. Ils s'étaient emparés des biens de

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l'Eglise, et, vivant dans ce libertinage dont une pensée de respect humain ne voile pas les turpitudes, ils ne savaient plus que se mettre en révolte contre l'Eglise, que s’insurger contre l'autorité royale. Dans l'année 1579, les excès furent poussés si loin que la force elle-même était impuissante. Le Gouvernement, affaibli, déchiré par les factions, n'avait pas d'armée pour contenir ces agitations : le Père Maldonat y envoya des Jésuites. [ls préchaient dans la Saintonge ainsi qu'aux portes de la Rochelle, le boulevard du Calvinisme. A la même époque, Émond Auger s'éloïgnait de la cour; il se rendait au vœu du Pére Valère Reginald, l'ami de François de Sales. Henri II professait pour Emond une amitié et une déférence qui ne se démentirent jamais. Il désira de l'attacher à son royaume par des liens plus forts que ceux de la naissance ; il lui offrit la pourpre romaine. Auger avait, dans les ‘raditions vivantes de son Ordre, des modèles d'humilité; il s'empressa de suivre leur exemple. Il refusa le cardinalat, et, afin de se faire oublier, il partit pour la Franche-Comté, où la Compagnie de Jésus n'avait pas encore pénétré. Les Etats de la province étaient assemblés à Dôle : le Père Auger prèche devant cette noblesse d'épée et de robe; il évangélise le peuple, et un Collége est fondé dans cette ville. À Dijon, le Parlement en corps lui demande d’instruire la multitude. Auger paraît dans les chaires ; pour récompenser un zèle si productif, le président de Goudran, qui, quelques mois après, mourait sans héritiers, consacre sa fortune à la création d’un Collège. Le Parlement est nommé son exécuteur testamentaire, et l'établissement commence par les soins mêmes de ce corps judiciaire ; le Père Richeome en fut le premier recteur. À Paris, le président de Montbrun imitait Goudran ; à Bordeaux, le fils de Largebarton, premier président du Parlement de Guyenne, et le comte de Canillac ne se contentaient pas de favoriser la Société de Jésus ; ils fuyaient le monde et les honneurs pour vouer leur existence à l’apostolat de la Compagnie.

Elle faisait donc de rapides progrès sous les yeux mêmes de l’hérésie. Les Catholiques de France, comme ceux des autres royaumes, comprenaient ce qu'il y avait d'énergie dans cet Institut, que rien ne décourageait et qui se plaçait avec autant

d'ardeur à la tête des bonnes œuvres qu'en face des dangers Tous sembla ent dire alors ce que, dans cette même année 1580,

le due de Parme, Alexandre Farnèse, écrivait à Philippe IL.

« Sire, mandait au roi d'Espagne le grand capitaine, Votre Majesté désirait que je fisse construire une citadelle à Maëstricht ; mais j'ai pensé qu'un Collége de Jésuites serait une forteresse plus propre à défendre les habitants contre les ennemis de l'autel et du trône : je l'ai bâti. »

Le duc de Lorraine avait eu la même idée, et, lorsque déjà le Collége de Pont-à-Mousson florissait et que son fils et les deux frères de la reine de France en fréquentaient les classes, lorsque le cardinal de Vaudémont se montrait l'un des auditeurs les plus assidus des cours de théologie, le duc voulut donner une base plus large à sa fondation. Il pria le Souverain-Pontife d'ériger une Université dans ses Etats. Grégoire XIIT déféra à ce vœu, et, par lettres patentes du 28 juillet 1580, Charles de Lorraine décréta que le recteur du Collége des Jésuites serait recteur de l'Université, afin que les Facultés de Droit et de Médecine ne pussent jamais apporter d’entraves aux Pères.

:« Premitrement, disent les lettres patentes, celui qui sera supérieur ou recteur du Collége de la Compagnie en notre ville de Pont-à-Mousson, sera recteur de l'Université, il mettra cette diligence que tout le contenu en la bulle de fondation soit estroictement observé et que les escoliers y résidens soient instruicts en piété, vertu et bonnes lettres, selon les Constitutions de ladite Compagnie; et, comme il est porté par la bulle donnée de nostre Saint-Père pour la confirmation et l’establissement de ladite Université, y aura un chancelier, qui sera de ladite Compagnie, homme de bien, versé aux lettres. »

La date de la bulle et ceile des lettres patentes sont authentiques. Cela n’a point empêché les ennemis des Jésuites de soutenir qu la Compagnie avait usurpé le rectorat de l'Université de Pont-à-Mousson au moyen d’une bulle supposée de Sixte-Quint !.

‘ La bulle supposée de Sixte-Quint existe cependant. Elle est intitulée : Bulla S. D. N. Sixti F de rectore Universitatis Mussipontane, et elle commence par ces mots : Rationi congruit. Les lettres patentes el les bulles de Grégoire XIII et de Sixtc-Quint furent imprimées à Pont-à-Mousson et confrontées avec les originaux par N. Hombroux ef J. Estienne, notaires apostoliques.

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