‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 39 sur 64 · D A SES · texte numérisé non relu

D A SES

Or, Sixte-Quint n'a été élu Souverain-Pontife qu'en 1583, et la bulle de: Grégoire XIE et les lettres patentes du due de Lorraine remontent à l'année 1580, Ce simple rapprochement évitait un mensonge historique ; on s’est bien gardé de le faire. On avait la vérité sous la main, on a préféré l'erreur.

Ce que le duc de Parme entreprenait dans les Pays-Bas, et le duc de Lorraine à Nanci, le Parlement de Dijon le réalisait en Bourgogne; le cardinal de Por continuait à Paris. Une Maison-Professe de l'Ordre s ses auspices dans la rue Saint-Antoine, et le P à cette occasion le bref suivant à Pierre de Gondi, 6. cque de Paris :

« VÉNERABLE FRÈRE, SALUT :

» Bien que nous tenions pour certain que Votre Fraternité apprécie les prêtres de ln Compagnie de Jésus, nous pensons néanmoins qu'il importe beaucoup à la gloire de Dieu et au salut des âmes, double objet des travaux et des œuvres de cet Ordre, de faire connaitre à Votre Fraternité que, pour cela même, nous le chérissons tendrement, et nous désirons que Votre Fraternité en prenne grandement à cœur les intérêts. Ils sont violemment attaqués chez vous, et cela sans aueune faute de leur part, mais par suite de la condition commune aux serviteurs de Jésus-Christ, Vous étendrez doric jusqu'à eux votre protection, vous les soutiendrez de votre autorité, ct vous défendrez qu'on s'oppose à la construction de la maison que leur fait bâtir la générosité de notre fils bien-aimé le cardinal Charles de Bourbon. Cette œuvre est digne de votre piété; elle sera frès-agréable et d'un grand mérite devant le Seigneur. Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 8 avril 1580, et l'an huitième de notre Pontificat. »

Par de nouvelles lettres patentes, Henri accordait aux Jésuites le droit d'exercer dans tous ses Etats le ministère de la parole et de l'éducation selon leur Institut. C'était raviver les douleurs de l'Université. Elle appela les Curés de Paris à son secours; Lois ou quatre d'entre eux se mirent en campagne contre la Compagnie. Cette guerre de chicane menaçait de s'éterniser, lorsque la peste vint y mettre un terme. La charité confondit, à Paris, dans une même pensée de dévouement, ces hommes

Hi, 12

a ER — Es = — = re

, = Re s = TS = EE em

qui ne s'étaient encoré vus que sur les champs de bataille théologiques. Le recteur des Jésuites mit tous les Pères à la disposition des magistrats de la ville. Les Pères Anatole Réginald, Edmond de Morangiez et François Bilques avaient déjà succombé au service des pestiférés. Les Curés et les {Universitaires ne consentirent pas à leur laisser l'initiative de ce martyre. A leur suite, avec eux, souvent à leur tête, ils se précipitérent dans les périls que la contagion faisait naître à chaque pas. L'Université et les enfants de Loyola s'étaient rencontrés ailleurs que dans la grande salle du Palais; ils allaient encore marcher de concert sur le nouveau terrain que la Religion et la politique s'étaient choisi. La Sainte-Union ou la Ligue arborait son drapeau.

Les Jésuites, en Espagne, n'avaient à repousser que des adversaires de peu de consistance, des rivalités de couvent ou des calomnies tombées de la plume de certains ecclésiastiques que la Compagnie s'était vue forcée d’expulser de son sein. C'est ainsi qu’à la mort du Nonce apostolique, à Madrid, en 4577, on trouva dans ses papiers un ouvrage anonyme en forme de mémoire, où la séparation des Pères espagnols du reste de l’Institut était discutée avec une malveillance pleine d’habileté. Dans ce mémoire, auquel les Protestants du nord de l’Europe attachérent beaucoup de prix, on dressait trois chefs d'accusation contre l'Ordre de Jésus. L'inégalité des degrés, le mode d'élection et la facilité d'expulsion accordée aû Général formaient la base de ce triple réquisitoire. La main qui avait écrit l'ouvrage était évidemment celle d'u désuite révolté.

Un autre Jésuite, que ses turbulences faisaient renvoyer d'Italie en Espagne, aborda plus résolument la question. La direction suprême n'était pas inféodée à la Péninsule; les Pères choisissaient leur Général parmi les Profës sans distinction de patrie. Le réformateur posa en principe que les Espagnols avaient le droit, et que pour eux il devenait de toute nécessité de se donner un chef particulier. Le Père Ribadeneira était espagnol ; il avait été le compagnon et l'ami d'Ignace de Loyola et de Laynès : ce fut lui qu'Everard Mercurian chargea de répondre à ces attaques. Ribadeneira soutint ce premier assaut, qui en présageait

1 pr Te SP 2 LRnS QE xt" s"RR — Se 2 RS s kid . Re RAR Len A + ag Pair on né — 1588 BR 9 FES bd s Frs

ea

Re es À à î À ra #

taille à disnald , sucrsitairtyre.

térent > pas.

illeurs marla po-

ait son

es adou des les que a. C'est 511, on de mé- Institut Dans ce chèrent

contre tion et base de re était

er d'Itairection hoisispatrie.

aient le donner il avait ès : ce s attasageait

bi, LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 179

tant d'autres. Il démontra que l’Institut, en perdant son unité et en se faisant une autre patrie que l'Eglise catholique, se cündamnait, par ce fait seul, à l'impuissance, qui est la mort de toute société civile ou religieuse. Ces discussions d'intérieur, que la turbulence cherche toujours à ébruiter, soit pour provoquer des scandales, sait pour fixer l'attention publique, ne détournaient point les Jésuites du but proposé. Dans le même temps, ils jetaiént les fondements de plusieurs Coléges à Concha, à Soria, à Oviédo, au Ferrol et à Pampelune. Valence et Séville leur offraient des Maisons-Professes.

La Lombardie, dont le cardinal Charles Borromée était l'apôtre, ressentait, elle aussi, leur influence. Le cardinal Îles gardait autour de lui comme ses plus fervents auxiliaires. Le Père Léonti était le compagnon de ses visites pastorales ; Palmio, Perucci, Adorno, Gagliardi travaillaient sous ses ordres au salut des àmes et à l'éducation de la jeunesse. Le 5 juillet 1569, il posait la première pierre de l’église de Saint-Fidèle, donnée par lui aux Jésuites. Le 4 octobre 1572, il les mettait en possession de l'abbaye de Bréra, et il traçait avec eux le plan de la célèbre Université de ce nom. La même année, il créait un noviciat de Jésuites à Arona, sûr le lac Majeur; en 1573, il leur confiait à Milan le Collége des nobles.

La confiance de Charles Borromée était un encouragement et un éloge pour la Compagnie de Jésus; mais tant de Maisons agglomérées sur un seul point nuisaient à la diffusion de la So-ciété, ou, tout au moins, lui attiraient des embarras par la pénurie des sujets. Elle se vit dans la nécessité de renoncer an séminaire de Milan et au Collége des nobles. Lorsque les Jésuites tiennent quelque chose, il semble impossible à leurs adversaires qu'ils puissent s’en séparer volontairement. Ils se déchargeaient de ce soin ; on répandit le bruit et on a mille fois imprimé que le cardinal, irrité contre eux, leur avait enlevé ces maisons. Pour faire passer toutes les accusations dans une seule, on confondit les événements et les dates. On rapprocha tellement l'année 156: de l’année 1577 qu'il n’y eut plus d'intervalle entre ces deux époques. Ce ne fut pourtant qu’en cette derniére année que les Pères obtinrent de Charles Borromée de n'avoir plus

10 CHAC, IV, — HISTONE

à diriger son séminre, et le saint, archevêque de Milan le constate lui-même : « Il y a déjà deux ans, écrit-il le 9 avril 1579 au prélat Spéciano, son agent à Rome‘, que j'ai terminé cette affaire (il parle de son séminaire) avec les Pères de la Compagnie. Ils semblaient demander de moi, et avec beaucoup d’insistance, que je conliasse à des prêtres de mon diocèse l'adininistration de mon séminaire. »

Giussano, l'historien du cardinal, explique cet événement de la même manière. « Les Pères de la Compagnie, raconte-til, eurent pour quelques années le gouvernement du séminaire : Charles se servait d'eux dans tous les ministères de son église; mais voyant les cecupations de leur ministère grandes et amples, de leur consentement il le donna à la Congrégation des Oblats. »

La diff. >lté de recruter autant de Jésuites qu'il en désirait avait engagé l'archevêque de Milan à fonder cette Congrégation des Oblats. Dans sa pensée, elle devait pour ses bonnes œuvres et pour ses créations, suppléer la Société de Jésus. L'affaire du séminaire est jugée. Oltrocchi, archiviste de la Bibliothèque ambroisicnne, va expliquer celle du Collége des nobles : « Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine, dit-il #, que Charles, malgré tons les bons oflices rendus par lui à la Compagnie de Jésus, put obtenir des supérieurs de cet Ordre qu'ils acceptassent nouveau Collège. Il existe encore dans les Archives une et du Père Adorno par laquelle il avertissait l’archevêque qu'il avait reçu l'injonction de retirer nn des trois Pér*s employés au gouvernement du Collège. Ainsi, quoique le cardinal eût beaucoup insisté et à plusieurs reprises, il n'obtint que trésdifficilement de voir les Péres continuer ces fonctions, même pour un temps limité. »

Les Jésuites possédaient à Milan leur Maison-Professe ct le Collége de Bréra; ils les conservaient. Afin d'exercer le ministère de la parole et de l'enseignement selon leurs statuts, c'était assez.

: De vita sancti Caroli Borromei, cum notis Oltrocchi, 1. ne. v,n. 6, col, 97. 2 Jbid., lib. 13, tap, v, n.6, par. 86 (Paris, 4645). 8 Zhid , lib. a, ce. av, n, 6, col. 537.

le iné e la oUp

'ad-

ment le-témie son andes ration

ésirail gation euvres ire du hèque :« Ce algré Jésus, sent iet qu'il iployés al eût trèsmême

ct le minisc'était

ï col, 97.

Nous avons examiné cette accusation, qui depuis plus de deux cent cinquante ans pèse sur l'Ordre de Jésus. Appréciée à sa valeur, voilà les proportions auxquelles l'impartialité de l'histoire est obligée de la réduire. Cette accusation avait cependant une espèce de base, par malheur, la base n'est venue qu'après la construction de l'édifice.

Dans l'année 1579, le gouverneur du Milanais, pour Philippe IE, se mit en opposition avec le cardinal, sous prétexte que quelques-uns de ses privilèges avaient été violés. L'homme de guerre s’imagina qu’il aurait facilement raison de l'homme de paix; mais, s’apercevant que l'humilité du chrétien n'empéchait pas Charles Borromée de soutenir ses droits d'archevêque et de prince de l'Eglise, il organisa-une persécution contre lui. Dans les troubles excités à Milan par cette lutte des deux pouvoirs, ‘les Jésuites ne furent pas d'accord. Les uns, avec le Père Adorno, recteur du Collège, privent parti pour le : cardinal; les autres, sous l'insprration de Perucei, déclarérent que, sans blâmier la conduite du prélat, ils regrettaient de voir la Compagnie s’immiscer dans des questions étrangères à l'lnstitut. Le Jésuite Jules Mazarini préchait la station quadragésimale dans l’église de Saint-Fidèle. Il était l'ami, le confesseur du gouverneur; 1l avait une tribune : il s'en servit pour attuquer le cardinal Borromée. Il l’attaqua sans modération, sans justice. Ces paroles, tombant de la chaire que l’archevêque avait crigée, et retentissant dans un tempie que sa munificence avait donné aux Jésuites, durent froisser tous les sentiments du saint prélat. Dans plusieurs de ses lettres, il en témoigna une vive indignation; mais son indignation n'égali pas celle des Jésuites. Les Pères de Milan se hâtèrent de désapprouver l'imprudent orateur, le Général de la Compagnie le réprimanda, et Mazarini fut traduit à Rome devant un tribunal ecclésiastique. IL se vit privé pendant deux ans de la faculté de prècher, et condamné à passer ce temps dans une Maison de l'Ordre.

Quelques mois après, Charles Borromée, avant son départ de Milan, avait voulu faire lui-mème la dédicace de Saint- Vidèle. Il s'était assis à la table des Jésuites ; à Rome, il visitait

les Péres et les Colléges de l'Institut, comme pour prouver qu'il ne rendait pas le cerps entier responsable de la faute d’un de ses membres: Jules Mazarini subissait sa peine; Everard Mercurian lui en imposa une autre. Claude Aquaviva, Provincial d'Italie, le conduisit aux pieds du cardinal, et l'offenseur demanda pardon à l'offensé.

C'est à l'aide de ce fait seul que les adversaires des Jésuites ont fabriqué tant d’hypothèses. Charles Borromée a survécu cinq ans à cet événement, et après, comme avant, on le voit toujours entouré des Pères de la Compagnie. En 1583, le Père Gagliardi l’accompagne dans ses visites aux Suisses et aux Grisons. L’annotateur Oltrocchi avoue que « ce fut lui qui établit les Jésuites, ou les fit établir, à Vérone, à Mantoue, à Lucerne, . à Verceil, à Gênes et à Fribourg. » Puis il ajoute? : « Et afin d'environner, pour ainsi dire, sa province d’une barrière infran-

: chissable, ‘saint Charles fit plus d'une démarche, quoique sans succès, pour faire occuper par les Jésuites les maisons que les Frères-Humiliés habitaient à Locarno. »

Le cardinal Borromée avait aimé la Compagnie de, Jésus pendant toute sa vie; il voulut l’aimer jusque dans la mort. Ce fut à Arona, où aujourd'hui sa statue colossale domine le lac Majeur, qu'il désira de célébrer, pour la dernière fois. les saints mystéres. Le comte René Borromée, son neveu, habitait un palais dans cette ville, où le cardinal était né. Il supplie son oncle de sanctifier par sa présence ce berceau de la famille. Le cardinal répond qu'il a « trop besoin de secours spirituels pour ne pas aller où il est assuré de les rencontrer ; » ct il frappe à la porte des Jésuites. Le 4° novembre 1584, il célébrait sa dernière messe dans leur église d'Arona, comme dix-neuf ans auparavant il avait célébré sa seconde au Gesû de Rome, Il expira à Milan dans les bras du Père Adorno, son confesseur.

Quatre ans auparavant, le 4e août 1589, Everard Mercurian, plein de jours et de bonnes œuvres, s'était endormi dans le Seigneur. Il avait fait un abrégé de l'Institut, qu'il publia sous le titre de : Sommaire des Constitutions. KW mit en ordre les Æègles communes et les Regles des différents

1 De vita sancti Curoli cum notis Oltrocchi, À, ft, liv. vi, ch. vit, col. 298,

ver l'un rard vin seur

uites vécu voit Père Gritablit erne, :

t afin nfrane sans que les

Jésus rt. Ce

le lac saints

ait un

lie son

lle. Le s pour appe à

ait Sa buf ans pme, Il esseur .

ercui dans publia nit en ferents

Offices; et, comme ses prédécesseurs, il veilla à donner aux Missions le plus d'extension possible. Il créa celle des Maronites et celle d'Angleterre; puis à sa mort, après huit années de généralat, il laissa la Société de Jésus dans une situation si prospère qu'elle comptait plus de cinq mille religieux, cent dix maisons, et vingt-et-une provinces.

Dans les commencements de son généralat, ce vieillard, qui ne se croyait pas assez fort pour porter seul le fardeau qu'on lui avait imposé, accorda une confiance absolue au Pére Benoit Palmio, Assistant d'Italie. S'apercevant que cette confiance pouvait être taxée de partialité, il la circonscrivit en appelant le Père Olivier Manare à la partager. Manare était Assistant des provinces du nord; il devenait ainsi un concurrent de Palmio dans l'estime du Générai. Palmio se montra sensible à cette substitution d'autorité. Le 2 août 1580, Olivier Manare fut créé Vicaire-Général, et il annonça la quatrième Congrégation pour le 7 février 1581.

A peine ces dispositions sont-elles prises que le bruit se répand parmi les Jésuites que Manare aspire au généralat. On raconte que, s’entretenant avec cinq ou six Pères des améliorations à introduire dans l’Institut, il a dit un jour : « Si jamais je suis Général, je ne manquerai pas de mettre à exécution les idées que je développe. » Une telle parole, échappée dans la conversation, n'était ni une espérance, ni un désir, ni surtout une captation. Elle froissait cependant les susceptibilités de quelques Jésuites, qui y voyaient une atteinte portée à leur engagement solennel de ne jamais briguer les honneurs du dehors ou les dignités du dedans. Manare était connu, on honorait son caractère ; mais les uns voulaient consacrer l’abnégation par un exemple, les autres déclaraient qu'il fallait que Manare confondit la calomnie. Claude Aquaviva, Provincial de Rome, se range parmi les défenseurs du Père accusé, il le presse de poursuivre les auteurs de l’imputation. Manare était à la tête de la Compagnie; il ne crut pas devoir accéder à un projet que sa position rendait facile. Il laissa ce soin au Père Jules Fatio, secrétaire de l'Ordre, ct au Père Fabio de Fabiis, descendant de l'antique famille romaine de ce nom.

Le 7 février, la Congrégation générale s'assembla au milieu de ces troubles intérieurs ; elle était composée de cinquante-sept membres; on y remarquait Salmeron et Bobadilla, Domenech, Lanney, Claude Matthieu, Bellarmin, Palmio, Aquaviva, Gonsalès, Hoffée, Maggio, Garcias de Alarcon et Maldonat. Au moment où l’on va procéder à l'élection du nouveau chef, cette accusation se renouvelle ; on la défére aux quatre plus anciens Profès, selon la règle établie par les Constitutions. Bobadilla était du nombre; les accusateurs demandent qu'il se récuse, parce qu'il a, disent-ils, fait connaître d'avance une opinion favorable au Père Manare. Claude Aquaviva et Gil Gonsalès s’interposent; dans Ja persuasion qu'aucun membre de la Compagnie n’attribuera quelque tort à l’inculpé, ils décident le vieux Bobadilla à ne point user de son privilége. Les juges de ce singulier procès furent Salmeron, Domenech, Lannoy et Cordesès. L'affaire est examinée par eux ; trois voix contre une prononcent que le Père Manare ne leur paraît point exempt de reproches. Lannoy n'adhéra pas à cette sentence, que la presque-unanimité des Pères désapprouvait hautement, et Bobadilla, toujours impétueux comme dans son jeune âge, protestait qu'il avait été frauduleusement écarté. On ne savait quelle conclusion donner à l'incident; muis le Vicaire-Général accusé, que son autorité transitoire portait à la conciliation, prend la parole. « Mes Pères, dit-il, j'ai la conscience de beaucoup de fautes pour lesquelles je me reconnais indigne non-seulement d’être élevé à tout honneur, mais même d'appartenir à cette sainte Compagnie. Quant à celle dont on me déclare coupable, j'y suis resté complétement étranger, j'en atteste celui qui jugera les vivants et les morts, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et la plupart d’entre vous qui me connaissez. Toutefois, comme je suis un grand pécheur, je ne récuse point le jugement prononcé; mais, avant tout, il faut que la dignité et la tranquillité de la Compagnie soient sauves. Créez donc un Général; les Constitutions, en indiquant les qualités requises, m'excluent assez de cette charge; et, pour que tout se passe régulièrement ct dans la paix, je renonce de mon plein gré aux droits que me confère mon titre de Profés. »

ulicu -sepl nech, Gou- | Mocette iciens adilla cuse , favo- ’interpagnie x Boe sinrdesès.

oncent rouhes.

animité rs imait été donner utorité Pères, quelles it hon- Quant

npléte-

et les e vous cheur, tout, il soient diquant re; et, enonce tre de

Les Pères de la Congrégation voulurent prouver à Manare que l'imputation dirigée contre lui ne changeait en rien leurs sentiments à son égard; il fut conservé dans ses fonctions de Vicaire-Général. Quelques écrivains ont cherché, par la futilité même de l'accusation, à expliquer d'une autre manière les motifs de cette étrange conduite. Les uns ont mis en avant l'idée que le Pape Grégoire XII avait déjà essayé de faire tiompher contre les Espagnols ; les autres ont cru qu'il y avait accord pour élever un Italien au généralat; mais une simple réflexion modifie singulièrement cette pensée. Sur les quatre Jésuites auxquels fut déféré par la Congrégation l'examen de l'affaire, trois sont Espagnols : Salmeron, Domenech et Cordesès. Lannoy est Allemand, et c’est lui qui seul se prononce en faveur de Manare. Les trois autres auraient donc abdiqué les prétentions des Espagnols au généralat, ou ils auraient fait cause commune avec leurs rivaux présumés. Cette supposition n'est guère admissible, et, comme il ne faut voir dans les faits cuc ce qui s’y trouve, nous croyons que, dans tout cela, il y a eu d'abord un malentendu, puis susceptibilité, ensuite des deux côtés une délicatesse électorale que le monde ne comprendra pas, mais qui s'explique très-bien par Îe respect que tout Jésuite vouc au texte ainsi qu’à l'esprit des statuts d'Ignace de Loyola. L'ambition et l'intrigue devaient à jamais être exclues de tout: Congrégation. Afin de laisser un exemple à leurs successeurs, les Pères accueillirent l'ombre même d'un ra et ils lui donnèrent un corps.

Le 19 février 4581, Cl:ude Aquaviva fut élu Général de la Compagnie à une forte majorité; les Pères Palmio et Maggio réunirent quelques suffrages. On désigna pour assistants au nouveau chef de l'Ordre Paul Hoffée, Laurent Maggio, Garcias d'Alarcon et Georges Serrano. Le Père Hoffée se vit chargé des fonctions d'Admoniteur, et Manare fut nommé visiteur dans les provinces du Nord. C'était une réparation dont le Souverain- Pontife prenait lui-même l'initiative en déclarant que les Pères qui l'avaient accusé et ceux qui n'avaient osé l'absoudre étaient allés au-delà même de l'Institut.

La Congrégation rendit soixante-neuf décrets, deux avant l'é-

lection, soixante-sept après : quelques-uns seulement sont remarquables. Le dix-neuvième surtout a prèté aux adversaires da la Compagnie autant d'arguments que de prétextes pour grandir outre mesure le pouvoir du Général. Ce décret porte que le Gé4 néral a le droit de déclarer ou d'expliquer le sens des Constitus tions, de telle sorte cependant que ces déclarations ou explications n'ont point force de loi universelle, mais qu'elles servent seulement de direction pratique dans le gouvernement.

Par le vingt et unième décret il fut résolu que le Général, avant de mourir, désignerait le Vicaire-Général à qui le pouvoir scrait confié jusqu'à l'élection.

Ces décrets semblent donner une plus large extension à l’aulorité du Général. Le vingt-septième la circonscrit sur des points presque aussi fondamentaux. Ainsi, il décide que, hors le temps des Congrégations, le Général ne pourra dissoudre les Maisons ou les Collèges de l'Ordre sans avoir la majorité des suffrages parmi les Assistants, les Provinciaux, le Procureurgénéral et le secrétaire-général de la Compagnie. Deux des plus anciens Pères de chaque province doivent en outre être consultés. Ce conseil permanent est chargé de résoudre à la majo< rité ces questions de vie et de mort pour les maisons et pour les collèges.

Quand les membres de la Congrégation annoncérent au Pape que Claude Aquaviva était nommé, Grégoire XIIT, qui comme tous les vicillards, ne croyait qu'à l'expérience et à la sagesse cachées sous des cheveux blancs, témoigna un profond étonnement. « Quoi! mes Pères, s’écria-t-il, vous avez choisi pour vous gouverner un jeune homme qui n'a pas encore quarante ans! » Les Jésuites connaissaient Aquaviva; ils sourirent de la stupéfaction si naturelle du Pontife, et ils le prièrent de confirmer l'élection. Le Pape s’en rapportait à leur prudence, il souscrivit au vœu de la majorité. Le Saint-Siége et la Congrégation n’eurent qu’à se féliciter d’avoir placé à la tète des désuites un homme qui, à travers les circonstances les plus orageuses, sut, par sa fermeté, jeter un nouvel éclat sur la Compagnie.

Claude Aquaviva, fils du prince Jcan-Antoine Aquaviva, duc

me

à. "ae.

EPA)

d'Atri, et d'Isabelle Spinelli, naquit au mois d'octobre de l'an-

née 1543. Il n'avait encore que trente-sept ans, mais chez lui la maturité devançait les années. Renonçant au monde, à la cour romaine, à toutes les espérances que son nom et ses talents faisaient concevoir, il était entré dans l'Institut. Depuis ce jour, il avait tellement grandi en piété, en vertu et en science, qu'il devint une des colonnes de son Ordre. Les obscurs travaux auxquels il s'était livré, son ardeur à réprimer les saillies d'un caractère impétueux fanérent promptement cette grâce du jeune homme que chacun admirait. Ses cheveux noirs avaient déjà blanchi sous l'étude et la réflexion; mais ce que le nouveau Général avait perdu en beauté, il le rachetait par un extérieur plein de dignité et par la mäle expression de son visage, sur lequel se reflétaient toutes les nobles pensées. Ses yeux brillants, sa parole animée, sa douce gravité donnaient à l'ensemble de cette physionomie un charme puissant : c'était une des plus majestueuses images du calme dans la force et de l'autorité tempérée par la bienveillance. Il y avait chez Aquaviva ce mélange de qualités contraires qui souvent se paralysent dans leur action, mais qui de temps à autre font mieux ressortir les natures privilégiées. Energique et conciliant, doux et sévère, habile et franc, humble pour lui, fier quand il s'agissait des droits de l'Eglise ou de la dignité de sa Compagnie, le Père Claude réunissait tous les contrastes, et savait dans une mesure parfaite mettre à profit tant d'avantages personnels ou acquis. Son nom n'avait pas encore franchi la frontière d'Italie, car, comme un grand nombre d'autres Jésuites distingués, la volonté des supérieurs attachait Aquaviva à l'administration intérieure. Îl n'était connu que de ses frères, que de ses égaux dans l’obéissance : il va se révéler dans le commandement.

Page 1