‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 40 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Situation du l'Angleterre sous Henri VU et pendant la minorité J'Édousrd VI. — La servitude deus la liberté de religion, — Marie Tudor, — Curactère de celle princesse. — Causes de son intlexibilité, — Les pouvoirs législatifs, les gruuds ct le peuple catholiques avec elle, — Elisabeth. — Son portrait et va politique en religion, — Williom Cecil, — Bulle de Pie V contre Élisabeth, — Edit eu réponse à cette bulle, — Marie Stuart et Elisabeth. — Leurs rivolités. — Les Jésuites en Écosse, — Elisabeth leur interdit l'entrée de ses Etats. — Les Anglais catholiques dinigrés, — Foudation du Collège de Douai, — Le docteur Alleu. — Les protestants saccagent le Collége de Douai, — 11 est trausféré à Neims par le cardiuul de Lorraine, — Allen et lex Jésuites, — Séminaire en- Glais à Rome, — Divisions qui y éclatent. — Témoignage du cardinal Barunius. — Espious d'Elisabeth dénoncés par l'historien de Thou. — Les complots qu'ils inventeut, — Crédulité calculée des ministres anglais. — Peine de mort contre les Jésuites. — Les Pères Edmond Campian et Robert Parsons. — Mission d'Angleterre, — Le Jésuite Thomas Pound. — Les tortures qu'il subit. — Divisious entre les catholiques anglais. — Causes morules de cette division, — Edits de la reine et persécution contre ses sujets catholiques. = Campian ct Parsons à Londres, — Le Pire Donall tué eu 1rlande, — Politique de Cecill, — Dévouement des Catholiques. — Les Dix Raisons du Père Cumpian, — Le secrétaire d'Etat Walsingham et l'apostat Georges Elliot. — Elliot vend Campian- — Campian en présence d'Elisabeth, du comte de Leicester et du comte de Bufort, — Campian au chevalet, — On le force à discuter, envore tout meurtri avec des iwinistres auglicans. — Briaut et Sherwin, — Lettre interceptée du . V'ére Campiau à Pound.—Campien et ses compagnous devant la cour de justice de Westminster. — On ne veut pas les juger comme prêtres, mais comme conspiraleurs, — Le jury en maticre politique, - Bodiu et le duc d'Anjou à Londires. — Supplice du Père Campian. — La harangue du Jésuite au pied de la polence, — Lettre de l'ambassadeur d'Espagne à Philippe 11 et à sa sœur. — Lettre de Parsons, — Les lords Paget, Catesby, de Southampton et d’Arundel poursuivis. — Marie Stuart et le Père Walsh, — Couseil tenu à Paris sur les affaires d'Écosse, — Les Pères Gordon et Creilton. — Exécution du père Thomas Cuttam, — La torture de la fille de Scavinger. — Percy, comte de Northumberland, et Arundel meurent pour la foi dans les cachots d'Elisabeth. — Les Jésuites périsseut à York sur l'échafaud, — Cecill et son ouvrage intitulé : Justitia Britannica. — L'historien Camden mis en opposition avec Cexill. — Les Jésuites de France, le Pire Matihicu entre autres, s'opposent à ce qu'un envoie d’autres Pères en Angleterre, — Le docteur Allen repou:se avec force leurs motifs, — Elisabeth essaie de la clémence. — Au licu de tuer, elle déporte. — Journal de la Tour de Londres. — Complot de Parr. — Ses insitrualions aux Jésuites. — Ses dénonciations à Elisabeth, — Sa fin. — Coalumnies Janséuistes, — Le Père Bellarmin et l’Académie anti-bellarminieune, foniée par Elisahcth, — Discorde daus le séminaire anglais, à Rome, fomeutée par les ministres d’Elisabeth, — Le Père Westou et le complot d'André Babinglonu. — Exécution de Marie Stuart, — Nouvel édit contre les Jésuites, — Jacques Stuart les protège. — 11 retombe sous le joug d’Elisabeth. — L'Ecosse et l’lrlinde, — Les Ecossais battent les Anglais. — Les Jésuites sont accusés par Elisabeth d'a voir préparé le succès. — Mort d’O’Calan, — Supplices de Cornelius, de South well et de Walpole, — Mort d’Elisabeth.

uis que Henri pour faire asseoir l’adultère sur Île Depuis Henri VIIL pour f l'adultère sur le trône, s'était séparé de la Communion romaine, l’Angleterre,

ce royaume jusqu'alors si catholique; et qui, par l'éclat de sa \ foi, avait mérité le surnom d'ile des Saints, se livrait à toutes les débauches de l'intelligence. L'apostasie avait été commandée par le monarque. Les corps constitués, les grands et le peuple se précipitérent dans la servitude, non par entrainement ou par

{ #% conviction, mais par lâcheté ou par cupidité. Au milieu de cet va empressement d'une nation à renier son Vieux eulte, parce qu'il mé plait à un roi de répudier sa femme, il se leva néanmoins une r partie de cette même nation pour protester contre de semblaw# bles attentats. 11 y avait en Anglercrre un saint que, depuis n l'année 1170, on vénérait comme le martyr de la Religion ils } catholique et des libertés anglaises : c'était Thomas Becket, jen assassiné au pied de l'autel par les courtisans du roi Henri Il. Di- Le prince n'avait fait que désirer sa mort, et cette mort étendit Lu sur le reste de sa vie un voile de deuil. Henri VIE alla plus NE loin que le père de Richard Cœur-de-Lion ; il ordonna que les jun È cendres de saint Thomas de Cantorbéry fussent jetées aux vents. vel L'Eglise universelle avait adopté le culte du martyr; Henri VIH, : du par une loi, déclara nul l'acte de canonisation ; il confisqua le pts trésor de la cathédrale de Cantorbéry. Afin de colorer d'un 2h 1 prétexte de bien public la spoliation des monastères, Henri VII vs avait annoncé que cette confiscation mettrait les finances du Ds É royaume dans un tel état de prospérité que désormais il n'y wes ' aurait pas besoin de prélever d'impôts. Au témoignage de Jean sr À Stow, écrivain protestant’, sous ce régne d’exactions et de pillé : 1 lages, le Parlement, dans l'espace de quelques années, improra 3 visa plus de lois fiscales qu'il ne s'en était voté pendant les orce } cinq cents ans qui avaient précédé.

Vs Henri VIIL évoquait des sectaires ; son arbitraire empruntait nies quelque chose à la violence de ses passions. Le Parlement le “tes constitua chef de l'Eglise anglicane ; on subit tous ses caprices. je Les Catholiques, qui ne consentirent pus à humilier leurs croyances sous le joug, furent les ennemis de son trône. Ils “+ étaient fidèles à leur Dieu ; Henri les accusa de trahison envers sa personne, La persécution s’organisa contre eux; elle dura le

1 Priface de ln Chronique de Jean Slow,

jusqu'à la mort de cet homme. Le 28 janvier 4546, Heari VII expira, laissant l'Angleterre en proie aux factions et dans toutes les difficultés d’une régence.

Tant que le monarque vécut, il comprima les passions dont lui-même avait développé le germe. Le bourreau était st suprème justice, le dernier mot de son autorité; et il faisait atissi sommairement trancher la tête d’une de ses maîtresses que celle d'un de ses sujets. Il avait des magistrats aussi bien pour les uns que pour les autres. La minorité d'Edouard VI, fils de Jeanne Seymour, permettait aux idées d’anarchie de prendre enfin leur essor. Thomas Cranmer, prêtre que l’apostasie porta de l'obscurité au siége archiépiscopal de Cantorbéry, s'était fait le courtisan le plus audacieux du monarque ; il ne se contenta pas de l’absoudre de ses vices, il s’efforça de les imiter’. Le duc de Somerset, protecteur du royaume, était calviniste. Cranmer, luthérien, mais plus dévoué au pouvoir qu'à sa nouvelle conscience, se mit à favoriser le Calvinisme. Henri VIN n'avait cherché à briser l'unité que pour prêter à ses adultéres un vernis de légalité ecclésiastique. Le tyran mort, chacun s'adjugea le privilége qu'il avait pris dans le sang. On avait: obéi en esclave à cette main de fer; lorsqu'on la sentir glacée, chacun essaya de se façonner un dieu, un culte à sa guise. Les hommes de toutes les conditions, les femmes de toutes les classes se firent une étude de travestir la Bible, défigurée en langue vulgaire, pour la commenter, pour l'appliquer au gré de leur enthousiasme ignorant. La confusion s'établit dans les chaires. Henri VIT avait corrompu le Clergé et le Parlement. Après lui, la corruption descendit dans tous les rangs; elle s’assit à la porte des Universités. Ce fut la promiscuité de l’intelligence et de l’abâtardissement. Chacun essaya d’ébranler le tronc commun et de porter la main sur la clef de la voñte. Luther n'avait enfanté qu'une hérésie; les sectaires à sa suite en créèrent par milliers. « Les Calvinistes, dit Bossuet quand il peint cette rapide succession de la réforme, les Calvinistés, plus hardis que-les Luthériens, ont servi à établir les Sociniens,

1 Godwin, in Henr, VI, Stapleton, 7'ie de Cranmer, liv, 1. Reismeth, liv. vu, chap. NXAVE,

ST ue ur de en pra fait enta , Le iste.

nou- \tères acun avait:

lacée, .Les es les ée en u gré s les ment.

S; elle l'inler le voûte.

a suite quand nistés, iniens,

AL AAUR

qui ont été plus loin qu'eux et dont ils grossissent tous les jours le parti. Les sectes infinies des Anabaptistes sont sorties de cette mème source, ét leurs opinions, mélées au Calvinisme, ont fait naître les Indépendants, qui n'ont point eu de bornes ; parmi lesquels on voit les Trembleurs, gens fanatiques qui croient que toutes leurs réveries leur sont inspirées, et ceux qu'on nomme les Chercheurs, à cause que dix-sept cents ans après Jésus-Christ ils cherchent encore la Religion et n'en ont point d'arrêtée. »

On chassa d'Oxford et de Cambridge les professeurs catholiques. Pierre Martyr, Martin Bucer, Bernard Ochin et les novateurs de France, d'Allemagne et de Genève furent acceptés par ces vieilles écoles anglaises comme les régulateurs du dogme et les dispensateurs de la morale. Dans des cérémonies fünébrés où le burlesque le disputait à l'odieux, ôn condaïnna à l'oubli, souvent même au feu, les œuvres théologiques de saint Thomas d'Aquin, de Pierre Lombard et de Scoit; puis on composa à la hâte de nouveaux articles de foi. Au nom de la liberté, on avait méconnu l’autorité des Conciles généraux, et il fallait se soumettre à des décrets que, sous peine de mort, le Parlement forçait d'accepter comme émanation de l'Esprit- Saint.

Ces folies religieuses, nées de la monstrueuse alliance contractée entre le libre arbitre et l'obéissance passivé que, par unie exception assez commune chez les Révolutionnaires, on confondait dans l'application, ne devaient enfanter que calanutés et désordres : le protecteur en fut une des premières victimes. Le duc de Northumberland le fit périr sur l'échafau, et, le 6 juillet 1553, Edouard, qui n'avait connu de la royauté que les misères, expirait empoisonné. Pour sa patrie, pour lui

phétique des saintes Ecritures ; « Malheur àu pays dont le

monarque est enfant!

Le seul héritier légitime d'Henri VII monta sur le trône. C'était Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon et du roi

1 Eccles., chap. x, +. 16.

NA : Q . , ° Le Pa comme pour tous les rois mineurs, $e réalisait la menace pro- ;

d'Angleterre. Marie avait trente-huit ans. Epouse de Philippe 11 d'Espagne, elle était catholique, et catholique d'autant plus ardente qu'elle sentait le trône miné sous ses pieds. Les cruautés de son père, les crimes commis durant le règne d'Edouard, son union peut-être avec Philippe Il, donnérent à son caractère quelque chose de sombre et d'implacable. Pendant de longues années, elle avait vu les lords et les citoyens de son royaume prostituer leur foi à tous les schismes et à tous les cultes. Elle crut que, par les mêmes moyens de terreur, il serait aussi facile de les ramener vers l'Unité catholique. Elle dédaigna donc la persuasion pour dominer par la force; elle fut intolérante, parce qu'elle était la fille de son père, parce que surtout elle apprenait par l'expérience que les Anglais étaient trop avides et trop courtisans pour ne pas se prêter à tous les escla-

vages. Son père, le terrible roi, avait commandé à cette nation de professer la veille la religion qu'il inventerait le lendemain. Cette nation si fière avait obéi; Marie fit comme son père. Elle dit aux Anglicans de revenir au culte catholique ; les masses y adhérèrent, car les masses ont toujours eu peur de la force morale. Elle dit au Parlement d'être catholique : ce grand corps, qui comme toutes les assemblées délibérantes, accepte le rôle qu’on lui assigne en le flattant ou en l'enrichissant, ce grand corps avait passé de la Rose Blanche à la Rose Rouge, proscrit ou exalté, selon le succès du jour, les York ou les Lancastre, flétri le vaincu et législativement adulé le vainqueur. Il voyait une reine dévouée au Saint-Siége; il revint à sa foi première, et, calviniste dans le cœur, il fabriqua des décrets contre les Calvinistes.

Sous le règne de cette princesse, il y eut des conspirations, des bûchers et des victimes. Pour les uns elle est, elle sera longtemps la sanglante Marie; pour les autres, elle n'a été qu’une femme aspirant à comprimer un royaume dont de fréquentes apostasies avaient usé l'énergie. Elle était reine par le droit de sa naissance, elle voulut être catholique de fait. Si les moyens qu’elle employa ne sont pas toujours dignes de sa religion, ils fürent toujours au niveau de ce siècle, où, comme dans toutes les révolutions, la vie des hommes n'est compiée

lus ui rd, ère ues ime Elle fadonc nte, rtout trop sClaation main.

, Elle sses V mocorps, e rôle grand roscrit astre, voyait iére, tre les

ations, e sera ’a été le frépar le Si les a roli= omme mpiée

pour rien. Elle fut sans pitié envers ceux qui persévérèrent dans leurs doctrines novatrices ; mais si elle eût vécu plus longtemps, il est permis de croire qu'elle aurait dominé son époque, et imposé sa volonté immuable à un peuple qui alors acceptait tout de la puissance royale. Sous Henri VIIL et Edouard VI l'Angleterre était une espèce de marché public où chacun proposait, vendait ou achetait une religion. Marie chassa de ce bazar plus de trente mille sectaires etrangers qui s’y étaient installés pour trafiquer de leurs idées ou le leurs rèves ; elle fit condamner au feu Cranmer, qui, par ses complaisances, avait condamné le roi son père à la honte. Après cinq ans de règne, c'est-à-dire de luttes, elle succomba à la peine, mourant dans toute $a chasteté de femme, dans sa ferveur de chrétienne, mais avec l'exécration du Protestantisme et celle de certains historiens, qui trop souvent ont épousé les préventions des sectaires. A l'héritière d'Henri VIIE morte le 17 novembre 1558, succéda Elisabeth, fille d'Anne de Boleyn. Zwinglienne sous Edouard, Catholique sous Marie, la nouvelle reine, qui, malgté sa cauteleuse réserve, avait plus d’une fois trempé dans des complots calvinistes contre sa sœur légitime, et qui pour cela. s'était vue emprisonnée à la Tour de Londres, inaugura son pouvoir par un parjure. Marie avait rétabli le serment solennel de défendre la Religion catholique, de maintenir la liberté de l'Eglise et les droits concédés au Clergé par le saint roi Edouard le Confesseur. Elle le prèta, et l'acte de ce serment, signé .de sa main, fut déposé sur l’autel'. Poussant plus loin la dissimulation, elle fit demander au Souverain-Pontife sa bénédiction apostolique pour commencer son rêgne sous les auspices du Saint-Siège. L'Angleterre était revenue à sa foi antique; Elisabeth, pour s’affermir sur le trône, crut avoir besoin des Cutholiques, et avant de se prononcer elle espéra paralyser leur. intentions.

Plus jeune, plus belle, plus brillante que Marie, elle réunis sait la plupart des avantages qui font les grands rois. Elle avuit le génie qui conçoit et la raison qui mûrit les projets. Ses

1 Camden, 4nnales regni Blisabcthe, anno 15,

il à:

plans apparaissaient aussi vastes que sa pensée était profonde. Elégante dans ses manières, habile dans la connaissanee des hommes, elle joignait à la majesté royale la culture de l'esprit et l'amour des lettres. Subordonnant ses passions à la raison d'Etat, ellé était reine dans les faiblesses même de la femme. Elisabeth ne consultait jamais la sensibilité de son cœur. Dans les plaisirs comme dans les affaires, elle n’en appelait qu’à sa tête : mais le désir de dominer, et, lorsqu'elle exerça l'autorité souveraine, l'instinct du pouvoir, lui firent comprendre que pour les Catholiques, elle ne serait peut-être jamais qu'une usurpatrice. Le Pape Clément VIE après avoir connu les déréglements d'Anne de Boleyn, avait déclaré Elisabeth illégitime et inhabile à succéder. Marie Stuart, petite-nièce de Henri VIH, pouvait donc aspirer à ceindre la couronne. Elisabeth n'était pas.sans crainte sur le parti que la France, que l'Espagne et les Catholiques anglais allaient adopter. Afin de conjurer l'orage dont elle se croyait menacée, ella s'adressa à la cour de Rome. Quand son autorité fut sanctionnée, elle ne songea plus qu'à mettre la main à l'œuvre ébauchée. par Henri VIIL. Elle abjura lé Catholicisme ct elle contraignit ses sujets à l'abjurer avec elle.

William Cécill, baron de Burleigh, était un de ces ambitieux qui ont autant de souplesse dans l'esprit que de dévotion au pouvoir, Il avait passé, comme une monnaie à l'effigie du monarque, dans la poche de tous les gouvernements qui s'étaient suecé£é depuis Henri VIEIL N'ayant d'autre mobile que sa fortune politique, il se faisait un jeu des religions et des serments. Ses convictions se basaient sur ses intérêts, mais elles ne l’entrainaient pas vers la cruauté. Son astuce empruntait le langage de.la modération. Négociateur habile, ministre brillant, il répugnait à l’effusion du sang, aimant mieux corrompre les hommes que de les tuer. Il avait traversé les péripéties de la minorité, servant le plus fort et escomptant en secret la faiblesse qui, un jour, pouvait disposer de l'autorité. Aussi, après cette vie de prostitution intellectuelle, le voit-on suns étonnement offrir ses services à Marie et au cardinal Polus. Cécill, dédaigné par la reine, s’attacha à la destinée d'Élisabeth ; il la suivit

de.

des prit ison me.

Jans à sa orité que l'une léréitime VIH, j'était ne et orage tome.

qu'à abjura avec

bitieux on au mo- Btaient a forvents.

> l’enngage répupmmes orité, iblesse s cette ement aigné suivit

sur les marches du trône. Il connaissait de longuc date les moyens à employer pour faire du Parlement anglais un sénat de complaisance. 11 mit eh jeu la corruption, et, à la Chambre des Lords, l’Anghcanisme l’emporta de trois voix sur la Religion catholique‘.

Par une de ces inconséquences trop fréquentse dans les partis, les Dévoyés de l'Eglise acceptérent alors avec empressement ce que naguère ils avaient combattu. La position était changée, ils essayérent de changer le principe. Quand Marie parvint au trône, ils annoncèrent en chaire, ils firent publier dans des opuscules qu'elle était inhabile à régner parce qu'elle était femme, et ils appuyérent leurs dires sur les textes de la Bible. Lorsque Elisabeth donna des garanties à leurs espérances, les mêmes textes des livres saints qui avaient-exelü: la Catholique à cause de son sexe, furent arrangés, expliqués en faveur de l'Anglicané. Le Parlement déclara qu'elle aurait le gouvernement de l'Eglise d'Angleterre, avec une autorité qui ne relèverait que de Dieu seul. Des hommes du monde, des laïques, lui conférèrent le droit d'ordonner, de constituer à son bon plaisir tout ce qui aurait rapport aux choses, aux faits, aux personnes ecclésiastiques. Ainsi, à quelques années d'intervalle, cette singulière suprématie, inventée par l'orgueil britannique, était tombée des mains de Henri VII sur la tête d’un enfant de neuf ans, et elle allait s'abriter sous la quenouille d’une femme. *

Les Evèques d'Angleterre n'avaient pas eu le courage, au mois de février 1535, de flétrir la confiscation des biens du Clergé régulier; Henri’ VIII ne s’attaquait qu’à des religieux sans défense, les Prélats le laissèrent dépouiller les couvents : mais quand il fallut recorinaître Élisabeth pour gouvernante de . l'Eglise anglicane, le haut Clergé protesta. Par sa lâcheté, il avait affaibli les ressorts de la Foi. Personne n'osa s'appuyer sur ces fragiles roseaux que le souffle de la colère dé Henri VII avait si souvent agités. On déserta leur cause comme eux-mêmes avaient déserté celle des monastères. Ils étaient sans force

1 Philopatro, sect. 1, n. 32. Sander. de Schisnr. ang., y. 377. De visib. mo. narch,, BV. vu, n. 4598,

196 CHA, Ve —- HISTOIRE,

morale, sans appui dans les populations; Élisgbeth répondit à leurs protestations en les chargeant de chaines.

Cévill avait bien pu séduire des Lords et des Évèques, mais il n'était pas aussi facile d'amener les Catholiques et les Puritains à cette espèce de culte bâtard, transaction parlementaire entre les doctrines de Luther et celles-de Calvin. En eflety le fond de l’Anglicanisme appartient au sectaire de Noyon; la hiérarchie extérieure est de l'apostat de Wittemberg. Les Puritains se rattachaient à l'Arianisme en passant par les idées démocratiquest. Mais Élisabeth savait que, lorsque ces prédicants d'égalité sociale étaient fatigués de déclamer contre les titres, ils linissaient assez souvent par en accepter. Les Paritains ne devenaient donc pas un embarras réel pour son gouvernement. Les Catholiques, au contraire, épurés au creuset des persécutions, s'étaient préparés au martyre. Ils acceptaient bien Élisabeth comme reine d'Angleterre; leur soumisSion politique n'allait pas jusqu’à prendre la fille de Henri VII pour l'arbitre suprême de leur conscience religieuse. Ils lui demandaient le droit de prier dans leurs églises selon le rite romain, et elle refusait avec opiniâtreté. Résister au bon plaisir d'Élisabeth, c'était s’ exposer à la captivité ou à la mort. L'empereur d'Allemagne, les rois de l'ranee et d'Espagne, le Pape Pie IV lui-même avaient, en 1561, fuit auprès d'elle plusieurs démarches afin d'obtenir que les Catholiques ne fussent pas incessamment sous le poids des tortres et des confiscations : ils ne purent rien gagner. Durant huit années, la crainte d’une réaction la rendit intolérante et sanguinaire. Par sa bulle en date du 25 février 1370, Pie V antorisa tous les soupçons d'Élisabeth. Cette bulle, œuvre dn lordelier Peretti, qui fut depuis le Pape Sixte-Quint, ne ménagpait ni la fille, ni la femme, ni la reine. C'était un de ces actes qui entraient aussi bien dans le caractère plein de résolution lu Souverain-Pontife que dans les impétuosités réfléchies de Peretti. On y lisait :

« Le nombre des impiesa tellement prévalu sur Ja terre qu'il

1 L’Histotre des sectes proleslâples confirme celle remarque. Aux Etas-Unis le Puritanisne a porté les fruits Les plus abon.lants de Socinianisme et d’Arianisme, sous le nom de religion des Ufijhires. La ville de Boston, la place forte du Puritunisime, renferme ur :rand n@inbre de temples d'Unilaires,

hie ratatiga , is eve- Les ons, beth allait rême it de avec poser is de 561, e les s torurant te et Pie V e du énaactes ution es de

qu'il

Unis le anisn, u Puri-

ny a point d'endroit qu'ils n'aient infecté du poison de leur pernicieuse doctrine, étant aidés en cela par Élisabeth, soi-disatit reine d'Angleterre, mais’ véritable esclave de ses crimes, qui les assiste de tout son pouvoir, et qui fait servir ages’ États d'asile aux plus dangereux hérétiques. Après avoir usttÿé.l6 trône d'Angleterre, elle a osè prendre le titre de souverain ehef de l'Eglise dans ce royaume, et elle s'est arrogé toute l'autorité et la juridiction de ce titre éminent; mais ce n'a été que peur replouger son pays dans l'apostasie dont il venait de sortir par bts soins qu’on avait pris de sa conversion sous le règne de Marie, d’illustre mémoire. Elle a enchéri sur la désertion de Henri VHI son père, et a renversé tout l'ouvrage de sa sœur, qui, avec l'assistance du Saint-Siége, avait si. heureusement réparé les brèches que cet apostat fit à l'Eglise ; elle a interdit le culte catholique, changé le conseil royal, qui était composé des principaux seigneurs du royaume, pour leur substituer des:gens in connus qui fussent à sa dévotion; elle a opprimé les premiers paree qu ‘ils étaient catholiques, et a tiré les seconds de la poussière parce qu'ils favorisaient l'hérésie qu'elle avait embrassée:; elle a fermé la bouche aux prédicateurs orthodoxes, a:rémpli les chaires de ministres d'impiété et d'erreur: elle a shboli: le sacrifice de la Messe, les litanies, les jeûnes, la distinctien des jours et des viandes, le célibat des prètres, et généralemenit toutes les cérémonies de l’Église, auxquelles elle a substitué des livres qui contiennent des hérésies évidentes, des mystères impies, des institutions qu'elle a fait composer sur le modèle de ceiles de Cal-. vin pour son instruction et celle de ses peuples; elle a chassé les Évèques de leurs sièges, les ecclésiastiques de leurs bénéfices, établissant des sectaires dans leurs places et dans leurs eures ; elle a pris connaissance des causes ecclésiastiques et: a défendu aux Prélats, au clergé et au peuple de reconnaître l'Eglise romaine, d'obéir à ses ordonnances et à ses canons; elle a contraint plusieurs personnes à se soumettre à ses détestables édits et à lui prêter le serment de suprématie dans le temporel ét le spirituel, et à renoncer à l'autorité du Pontife romain; elle à décerné des peines contre ceux qui refusaient de lui obéir, et puni par de rigoureux supplices les fidèles qui ont persévéré

dans l'unité de la Foi et dans l'obéissance due au Saint-Siège ; elle a fait arrêter les prélats, dont plusieurs sont morts d'ennui et de misère dans leurs prisons. Tous ces faits sont de notoriété publique; sans qu'on puisse ni les excuser ni les justifier, ni les éluder oh aueune manière. D'ailleurs, l'impiété va tous les jours en äugmentant, la persécution contre les fidèles redouble ; et lu joug de l'affliction s'appesantit de plus en jlus par l'assistance et à l'instigation de la susdite Elisabeth, hérétique endurcie, qui n'a voulu écouter ni prières ni réemontrances, ni de la part des princes catholiques, ni de la part du Saint-Siège, dont elle a émpèché les Nonces de passer dans son royaumé. En cette extrémité, que nous reste-t-il à faire? Il faut prendre les armes que la nécessité nous met en main, et les employer, quoique malgré nous, contre une opiniâtre dont les ancêtres ont rendu de si grands services à la Religion,

» ‘Appüyé donc de l'autorité de celui qui nous a élevé sur le trône souverain de Ja justice, quoique nos forces ne répondent pas à un si grand fardeau, et en vertu de la plénitude de la puissance catholique, nous déclarons la nommée Élisabeth hérétique, fautrice des hérétiques, et nous disons qu'elle et ses adhérents ont encouru la sentence d’excommunication et sont retranchés du corps de Jésus-Christ ; qu'elle est même déchue de son prétendu droit à la couronne d'Angleterre, dont nous la privons, aussi bien que de tous autres droits, domaines, priviléges et dignités. Nous absolvons les seigneurs et les communes du royaume, ses sujets et tous autres, du serment de fidélité qu'ils peuvent lui avoir prêté, leur défendant d'obéir à ses ordonnances, mandements et édits, sous peine du même anathème dont nous l'avons frappée, et parce qu'il serait difficile de porter cette bulle partout où elle fera besoin, nous voulons qu'on ajoute la même créance aux copies signées par un notaire ou par un Évèque qu'à l'original. »

N'ayant pas pour conséquence immédiate une guerre de la Catholicité avec Élisabeth, guerre que la position de l'Europe rendait impossible, cette bulle devenait pour l'Angleterre un nouveau brandon de discorde. Elle plaçait les Catholiques dans l'alternative ou de se révolter contre la reine où d'encourir

l'excominunication lancée contre ceux qui obéiraient à ses ordres. Un jeune gentilhomme nommé Jean Felton fut assez audacieux pour l'afficher à Londres : il mourut dans les supplices réservés aux coupables de lèse-majesté. Il importait d'étoutfer ces accusations dans son empire, Élisabeth publia un édit par lequel elle défendit sous peine de la vie « de la traiter d'hérétique, de schismatique, d'infidèle, d'usurpatrice; en un;mot, de lui donner aucune des qualifications que Pie V lui prodiguait dans sa bulle; que personne, sous les mêmes peines, n'eût la hardiesse de nommer qui qne ce fût pour héritier de sa couronne, ou de dire qu'après la mort de la reine le sceptre appartiendrait à celui-là, à moins que ce ne fussent les propres enfants de la reine; que personne n'eût à faire venir dans le royaume, à y porter, garder ou distribuer des Agnus Dei, des chapelets, scapulaires ct autres pieuses bagatelles inventées pour amuser le peuple, le tout sous peine de prison arbitraire; que personne n'eût la témérité de demander à Roine l'absolution pour le crime d'hérésie, sous peine d'êtré traité comme criminel de lèse-majesté; que personne n'osât, sous les mêmes peines, se charger directement ou indirectement de tout ce qui s'appelle bulles, brefs apostoliques ou autres rescrits faits au nom du Pape ou de ses ministres. Elle défendait pareillement “’entretenir aucune liaison ou correspondance avec la cour de Rome ni avec aucun officier ou ministre du Pape, et autres qui seraient à son service, à l'égard des choses qui seraient

: préjudiciables à la couronne ou aux intérêts de Sa Majesté ; que

personne enfin, sous peine de confiscation de biens, n'allât sé tablir dans les pays étrangers, et principalement dans les États du Pape. » +

La tyrannique violence de ce décret répondait à l'inflexible sévérité de la bulle. La bulle resta comme non avenue; il n’en fut pas ainsi de l'édit. La cour de Rome fournissait à Élisabeth un prétexte nouveau pour être intolérante; Élisabeth le saisit. Les prisons s'élargirent, ies échafauds se dressérent; mais ces vengeances ne tranquillisaient point son esprit. I v. avait en Écosse une princesse que la France, l'Espagne et l'Allemagne. semblaient disposées à mettre en avant contre elle; cette prin-

suu CHAP, V..—— HISTOIRE

cesse, c'était Marie Stuart, toujours catholique, toujours malheureuse par ses passions, mais excitant toujours l'enthousiasme par ses talents et par sa beauté. Camden, l'historiographe officiel d'Élisabeth, a dit‘: « Marie était une femme d’une extrême fermeté en religion, d'un courage élevé et invincible, belle au possible, judicieusement prudente. » Entre ces deux femmes il existait des rivalités de toute nature : Marie, veuve à la fleur de l'âge, avait espéré qu'en donnant sa main à Henri Stuart Darnley, fils du comte de Lennox, elle apaiscrait les troubles que les dissensions religieuses provoquaient. Cette union ne fut pas heureuse, et Henri Stuart, après avoir égorgé David Rizzio sous les yeux mêmes de la reine d'Écosse, périt à son tour. Au rapport des historiens ?, ce jeune homme fut étranglé par le comte de Bothwel, que Marie osa épouser trois mois après. Deux Jésuites, le Père Edmond Hay, recteur du collége de Paris, et Thomas, Darbishir, étaient chargés par le Pape d'accompagner en Écosse Vincent Laureo, Nonce apostolique. Comme les Péres Gaudan et Everard Murcurian, qui les ÿ avaient précédés, ils devaient examiner la situation des aflaires et étudier les moyens les plus propres à préserver la Religion Catholique des attaques de toutes les sectes. Le Nonce, obligé par Ja situation des choses de séjourner à Paris, avait fait partir les deux Jésuites pour sonder le terrain. Le terrain n’était pas tenable; car, au milieu des fautes qui dévouaient sa vie privée à la haine des Puritains et des familles protestantes d'Écosse, Marie ne savait même pas être reine. Forte du prestige que sa beauté exerçait autour d'elle, on la voyait se livrer à tous les caprices de son imagination, qu’elle acceptait comme des réalités. Cette femme, plus infortunée que coupable, en cherchant à flatter les partis, se les aliénait tous, parce qu'il s'agissait beaucoup moins d'une questign de personnes que d'une question de principes. Le Père Hay, arrivé à Édimbourg au commencement de l'année 1967, vit le mal, et, après deux mois de séjour en Écosse, il abandonna ce pays.

4 Camden, #nnales regni Elisabethæ, anno 1587.

2 De ‘Thou, liv. xL, Lavrey, Histoire d’.ingleterre, t. 11, pag. 121. Buchanan, Historiu rérum Scotarum, lib. xvur. Rapin de Thoiras, Histoire d'Angleterre. iv. AVI, Mémoires de Melvil. :

vupar ciel me au sil r de en que pas sous rapnie Jeux s, et gner Pèdés, r les | des ation uites , au s Puavait brçait son Aime, parhoins ipes.

’ansse,

ana, lerre.

Élisabeth n'avait pas comme lui le secret de la position. Elle n'ignorait pas que le Père Hay avait eu à Londres des entre vues avec les chefs catholiques, avec l'Évêque même de cette capitale. Elle savait que les Jésuites étaient les sentinelles avan cécs du Saint-Siége. Quand le Saint-Siége formula contre elle un acte d'excommunication, elle crut ne ponvoir mieux faire que d'interdire à tous les membres de la Compagnie de Jésus l'entrée de ses Etats sous peine de crime de lèse-majesté. L'Angleterre protestante menaçait les Jésuites de ses chevalets et de ses tortures, c'était leur donner l'avant-goût du martyre. Ils ne tardérent pas à affronter l'inquisition d'Élisabeth.

La plupart des Catholiques anglais se dérobaient par la fuite à la colère de la reine. Ils portaient dans les autres royaumes leur courage, leur amour de la gloire, leurs pensées élevées, la générosité de leurs sentiments, et cette fleur de beauté qui faisait dire à saint Grégoire le Grand, la première fois qu'il vit à Rome quelques-uns de ces enfants de la vieille Albion : « Ce sont bien des Anglais; mais ils sont comme des anges, parce qu'ils en ont le visage, et que c’est ainsi que dans les cieux on’ est le concitoyen des anges ‘. » A la vue de tant de miséres d’exil si noblement supportées, le docteur, depuis cardinal William Allen, conçoit le projet de fonder à Douai un Collége où seront élevés, aux frais de la Catholicité, les jeunes gens que la persécution a chassés de leur patrie. Le Collége de Douai prospéra. Chaque année il faisait passer en Angleterre ses éléves les plus intelligents et les plus courageux, qui grossissaient le nombre des adversaires d'Élisabeth. La reine et Cécill étaient impuissants contre cette maison ; ils lâchèrent sur elle les Protestants de Flandre. Le Collége de Douai fut mis à sac. Malgré les prières d’Élisabeth auprès du roi de France Henri UL, il fut transféré à Reims, où le Cardinal de Lorraine, archevêque de la basilique de Saint-Remi, offrit aux Anglais une magnifique hospitalité. Le Pape Grégoire XIIT ne restait pas en arrière du mouvement imprimé. Un Collége anglais était fondé à Rome

%« Bene Angli quasi Angeli; quia et angelicos vultus habent et tales in calis angelorum decet esse concives. »

(Joannes Diaconus, in Vita sancti Gregorii, lib. 1, cap: XXL)

sous ses auspices, Les Jésuites dirigeaient ces müuisons, ct, le 26 octobre 1578, William Allen écrivait au Général de la Compaguie :

« Les calamités de: notre long exil nous ont constitués débiteurs envers tous en Jésus-Christ; néanmoins, les bienfaits que votre sainte Société a rendus à notre nation ont toujours été plus précieux et, à vrai dire, plus salutaires que tous les autres services. Je conserve un doux souvenir du grand nombre de nos compatriotes échappés à la ruine éternelle ou reçus dans votrd Ordre, Combien, à Louvain, à Douai et à Rome, se sont sauvés principalement par vos conseils, votre charité et votre consolante autorité! De sorte qu'après Dieu, le Saint-Père Grégoire et ses premiers ministres, c'est à vous, on peut le dire, que notre patrie (si l'Angleterre doit jamais redevenir notre patrie) sera éminemment redevable de ce reste de semence dans le champ du Seigneur. Mais, de tant de services rendus par vous, le plus grand, et celui qui embrasse tous les autres, c'est d'a voir récemment donné pour maîtres à nos jeunes gens les hommes de votre Compagnie les plus propres à cette tâche.

» Pour moi, autant que cela m'a été possible et convenable, prètre séculier comme je le suis, j'ai toujours cherché à faire en sorte que nos jcunes gens, pour les études, la discipline et les mœurs, fussent dirigés exclusivement comme la Compagnie dirige ses élèves. Votre méthode est ce qu'il y a aujourd'hui de plus expédient pour les sciences, de plus sincère pour la piété et de : lus apte à exciter le zèle pour la conquête des âmes, objet de notre plus ardente sollicitude. Nos Bretons eux-mêmes, par je ne sais quelle inelination (si je ne me trompe toutefois, c'est de Dieu qu'elle leur vient), se sont partout montrés empressés à fréquenter vos écoles, et se sont mis: à imite mœurs, »

Le Crllég: 1rglais était à peine fondé à Rome que des divisions éclatèrtnt parmi les proserits que (Grégoire, XII y réunissait. Is avaient tous une même foi, tousies mêmes souffrances, tous le mèrie #spoir: raais le: tribulations épronvées, la perspective de Fexil où du mart;rs ne purent jamais les engager à oublier leurs préventions nationales. Le Collège était dirigé

on aire que trie) js le ous, d’ae hom-

able, faire

cet agnie

i de piété mes, mes, efois,

eu

diviinisnees, peri ager irigé

par un prètre de la principauté de Galles. Lorsque lex Anglo- Saxons s'établirent, par la conquête, dans l'aneienne Bretagne, les habitants de ce pays émigrérent vers la province de Galles; ils nourrirent contre leurs vainqueurs une de cés antipathied'origine que les siècles eux - mêmes semblent vivifier. Le recteur était gallois ; les Anglais regardèrent au-desso:.… de leur dignité d'obéir à un homme dont leurs pères avaient dépouillé le: actes. La susceptibilité britannique fut poussée si loin qu'ils désertérent la maison au nombre de trente-trois, et que pour subsister, ils se mirent à mendier par la ville. Le Pape voulut voir ces jeunes gens; il leur .enjoignit de déclarer à qu

ils croyaient que la direction de l'établissement dût être remise. Ils proclamèrent à Funanimité que la Compagnie de Jésus était seule capable de les gouverner.

Le désuite Robert Parsons était pénitencier à la basilique de Saint-Pierre ; il proposa d'appeler le docteur Allen et d’obliger les élèves, par un serment solennel, à se consacrer à l'état ecclésiastique et à se dévouer au service de la Foi, même dans la Grande-Bretagne. Le 23 avril 1579, fête de saint Georges, patron de l'Angleterre, le Collège se rouvrit. Les cinquante jeunes gens que le Pape y entretenait aux frais de l'Eglise; et dont dix étaient déjà engagés dans les saints Ordres, prêtèrent le serment en présence de Speziano, protecteur. de la nation anglaise, du Provincial de Rome, et du Père Bellarmin. L'Angleterre avait donc, à Reims et au centre de la Catholicité, deux forteresses battant en brèche ses hérésies et conservant dans son sein le germe de la Foi. « Les autres Collèges, dit Pollini !, étaient des séminaires d'arateurs, de philosophes, de jurisconsultes, de ihéologiens, de médecins; quant à ceux-là, ils sont et doivent être ainsi nommés en toute vérité des séminaires de martyrs. »

Et le cardinal Baronius, dans sa belle latinité, s'écriait en parlant de saint Thomas de Cantorbéry ?: « Notre siècle, en cela plus fortuné, a mérité de voir un grand nombre de Thomas’,

1 Fra Girolæmo Pollini, Kb. 1, cg. xx1.

32 Martyrologe dix eardinal Rarovius, 90 décembre.

4 1Ly eut pour le moins trehle-deux Thomas martyrisés sous Henri VIII ct Elisabeth. (Note du cardinal Baronius.)

304 CUAT. V. — HISTOIRE

le saints prètres et de lords couronnés, si je puis parler ainsi, d’un plus beau martyre et honorés d’un doubletitre de gloire, puisqu'ils ont succombé par une héroïque mort, non seulement pour défendre la liberté de l'Eglise comme saint Thomas de Cantorbéry, mais encore pour soutenir, pour rétablir et pour accroître la Foi ‘:tholique. Il a vu entre autres ceux que, daus «a saint bereail, la sainte Compagnie de Jésus a cngraissés pour le martyre comme d’innocents agneaux, victimes agréables à Dieu; ceux que les Collèges de Rome et de Reims, ces asiles sacrés, ces tours élevées contre l'aquilon, ces puissants boulevards de l'Evangile, ont envoyés au triomphe et conduits jusqu'à leur couronne. Courage! courage! jeunes Anglais, qui avez donné votre nom à une si illustre milice et qui avez fait vœu de verser votre sang. Certes, vous m'enflammez d'unc sainte émulation, lorsque je vous vois choisis pour le martyre, destinés à en revêtir la pourpre resplendissante, et je me sens heureux de dire : Que mon âme meure de la mort des justes, et que mes derniers moments soient semblaoles aux: leurs! »

Les deux Colléges de Rome et de Reims, dont la Compagnie de Jésus avait la direction, ont bien mérité de l'Eglise l'éloge que fait d'eux le célèbre Baronius. Chaque jour des nouvelles plus alarmantes les unes que les autres leur étaient annoncées. lei, les prêtres mouraient sur le chevalet; là, on leur enfonçait des aiguilles sous les ongles ; plus loin, on en soumettait d’autres à l’action de l'huile bouillante. Mais ces tourments, dont les Jésuites ne déguisaient point la violence, ne faisaient qu'enflammer l’ardeur des Anglais. Au fond de leur principe catholique il y avait une pensée de patriotisme ; ils savaient que la Foi se grave dans les cœurs par le muctyre : ils sy dévouaient pour la conserver à ia terre de leurs affections. Le sang n'a pas coulé en vain.

À Rome et à Reims, on voyait même de jeunes Anglais qui avaient déjà soutenu leurs combats pour l'Unité, et qui, athlètes éprouvés avant l’âge, venaient dans ces Collèges pour enseigner à mourir. Ils initiaient leurs condisciples aux tortures subies, ils parlaient de ces elaies ignobles sur lesquelles les hérétiques avaient traîné leurs membres; ils montraient leurs

insi, oire, ment s de pour daus ais SÉS sables asiles oule- ; jus- , qui ez fait d'unc artyre, je sels justes, urs! »

pagnie l'éloge uvelles pncées .

fonçait d’au- , dont qu'enatholi- » la Foi t pour as coulé

lais qui t qui.

es pour ortures les les

t leurs

oreilles, leurs fronts marqués d'un fer rouge; ils racontaient les horreurs de la prison, et à ces détails des cris de joie s'élançaient de toutes les poitrines. 11 y avait d'affreux périls à braver; tous s’empressaient de solliciter comme une faveur leur départ pour Londres.

Cette ardeur de prosélytisme, entretenue par les leçons des Jésuites et par les persécutions de ses ministres, devait inquiéter la reine Élisabeth. Il: n'existait qu'un complot tacite en faveur de la Foi catholique, un complot dans lequel on s’engageait à donner sa vie pour sauver l’âme de ses frères ; on persuada à la fille de Henri VIE qu'il pouvait bien s’y trouver autre chose, Son caractère était soupçonneux. On lui fit enten-dre que ses jours étaient menacés, et ce furent les Protestants qui, au dire de l'historien de Thou, inspirérent à Élisabeth de semblables terreurs relativement aux Jésuites. De Thou s'exprime ainsi, malgré sa partialité ! :

« Sur les nouvelles qu'on recevait de toutes parts des tronbles qui s'élevaient ct des conspirations que les prètres tramaient par un faux zèle pour la Religion, on commença à re- “hercher en Angleterre les personnes suspectes avec d'autant plus de rigueur que les Protestants des Pays-Bas prenaient plus de soin d’exagérer les choses pour diminuer ce que la renonciation qu'ils venaient de faire à l'obéissance envers Philippe Il pouvait avoir d'odieux. La reine, craignant d'être assassinée, avait envoyé au séminaire de Reims quelques jeunes gens de confiance pour l’informer de ce qui s'y passait. (était le eardinal de Lorraine qui avait fondé cette Maison, et le cardinal de Guise l'avait considérablement augmentée pour faire plaisir à la reine d'Ecosse, dont ces princes étaient parents. Ces espions, dont les uns se disaient chassés d'Angleterre, et les autres qu'ils s’en étaient bannis eux-mêmes, ayant été admis dans les séminaires, tâchaient de découvrir tout ce qu'on y savait de plus secret ; ils avaient soin d'en informer la reine et de lui marquer le nom les chefs de la conjuration et de leurs complices. Elle en avait envoyé d’autres à Rome, où l’on méditait contre elle des projets dans lesquels il entrait de plus grands ressorts. »

1 Histoire universelle de M, de Fhou, t. van, p.40 de la traduction, année 4380 e

De +:

Ainsi, au témoignage du président de Thou, des espions, que l'hypocrisie faisait catholiques, s’introduisaient dans les ; maisons de la Société de Jésus. Ils avaient ordre-de {percer les 1 mystérieuses trames qui s'Y préparaient contre Elisabeth, et ils L dénonçaient les principaux conjurés que l'hospitalité, accordée à Ctre gratuit, leur permettait de connaître. Ils étaient payés pour dépister des conspirateurs, pour éventer des complots; et, comme les affidés des polices: occultes, lorsqu'un complot ne se présentait pas à eux tout fait, ils l’organisaient sur le panier. Ils adressaient aux agents d'Elisabeth le résultat de leurs pré- L: tendues investigations. Îls savaient tout naturellement les moyens employés pour débarquer sur la côte d'Angleterre ; ils les révélaient, et le prêtre, accouru au nom de la charité apostolique, tombait entre les mains de soldats apostés ; il y tombait convaineu'par avance d’attenter à la vie d'Elisabeth. La source de 3 toutes les conspirations imaginaires dont ce long règne fut té- 1 moin se manifeste dans le passage emprunté à de Thou.

On conspirait contre la reine d'Angleterre dans les Maisons des Jésuites de Rome et de Reims; mais c'était sa police, protestante dans le cœur, et eatholique pour tromper la reine et 4 perdre la Compagnie, qui ourdissait ces plans, Quelle que soit h. la répulsion que ces manœuvres souterraines fassent naître dans les cœurs, il ne faut cependant pas se laisser dominer par elle lorsqu'on écrit l’histoire. Eu flétrissant ce qu'il y a de vil dans vet espionnage qui viole le foyer domestique et qui s'initie à la vie privée pour transformer chacun de ses actes en autant de machinations, il reste à voir si, dans toutes les révélations faites à Elisabeth, il s'en rencontre quelques-unes basées sur. des documents qui méritent créance.

Nous avons lu les pièces relatives aux condamnations juridi ques qui punirent de mort les Catholiques, les prêtres anglais et les Jésuites. Aucun de ces documents ne pourrait soutenir l'exanen le plus superficiel ; tous sont entachés de fraudes ; tous sont l’œuvre des espions.

Élisabeth avait porté peine capitale contre chaque dJésuite qui pénétrerait dans son royaume : elle les y appelait done. Allen sollicitait depuis longtemps le Général de la Société de

ions, s les er les et ils ordée payés Is; et, ot ne apier.

's prénoyens s révéolique, it conarce de fut té-

Maisons e, proeine el ue soit re dans par elle il dans tie à la tant de élations

res sur.

juridi anglais soutenir es ; tous

Jésuite t donc.

été de

fonder une mission en Angleterre. Les motifs que ce savant docteur faisait valoir étaient plausibles ; le Général, quoique désireux d'ouvrir à ses frères un nouveau champ à arroser de leurs sueurs et de leur sang, apportait néanmoins une extrême réserve dans l’accomplissement de ce vœu. Les Catholiques anglais invoquaient les Jésuites comme des sauveurs; mais les sectaires du royaume et les ministres d'Élisabeth devaient en ue cas sévir avec encore plus de violence, Cette raison forçait Mercurian à hésiter. Ils n'’ignoraient pas d'un autre côté que les Péres de l'Institut, une fois entrés en Angleterre, jouiraient auprès des Catholiques d’une influence qui préjudicierait à celle des autres clercs, et que ce serait préparer peut-être de sourdes rivalités dont les hérétiques ne manqueraient pas de tirer parti contre la Compagnie. Mercurian voyait juste ; mais, après avoir pesé les avantages qui résulteraient pour la Foi et les inconvénients auxquels la Société allait s’exposer, il ne crut pas devoir plus longtemps résister aux instances des Fidèles, dont Allen était l'organe. Le Saint-Siège lui-même ordonna, et la mission d'Angleterre fut créée en 4579.

Allen, dans son Apo/ogie', raconte avec quel enthousiasme cette nouvelle fut accueillie par les Jésuites. « Du moment, ditil, où il fut connu parmi les Pères de la Société que quelques-uns d’entre eux seraient envoyés en Angleterre (on aura de la peine à le croire, et pourtant que Dieu me soit témoin de la vérité de ce que j'écris), des Jésuites d’un grand savoir, anglais et autres, se jetèrent aux pieds de leurs supérieurs. Ils demandèrent les larmes aux yeux la permission d'aller se mesurer avec les Protestants dans leurs Universités, ou la grâce de mourir en confessant la Foi du Christ. »

Claude Aquaviva et les membres les plus distingués de l'Ordre briguaient comme une faveur le droit d'affronter les supplices d'Élisabeth; mais Everard Mercurian pensa que, pour une semblable lutte, les Anglais devaient être préférés à tous autres. Les Péres Edmond Campian et Robert Parsons furent choisis pour chefs de cette mission. Campian, né à Londres le 25 jan-

1 Apolngie pour les prétres de la Compagnie de Jésus et le séminaire unglais, chap, Vi,

vier 1540 d'une famille catholique, possédait au suprême degré tous les dons qui constituent l’homme éminent. Esprit droit avec une imagination brillante, cœur chaud, intelligence rapide, il était encore doué d'une éloquence entraînante. Etudiant et professeur à l’Université d'Oxford, il s’y acquit un tel renom que ses condisciples et ses élèves s’honoraicnt d'être appelés Campianistes. Mais, au milieu des diverses sectes qui se disputaient l'Angleterre, Edmond ne prit parti ni pour le Catholicisme ni pour les Protestants. Cheney, Evêque anglican de Glocester, se l'attacha par les liens de l’amitié, et Campian consentit à recevoir le diaconat des mains du prélat. À peine revétu de cette dignité, Edmond comprend qu'il n’est plus qu'un apostat; et cet homme, jusqu'alors indifférent à toute religion, se relève catholique. Il se réfugie en Irlande, il se condamne aux auslérités et au travail; il compose l'histoire de ce pays dévoué à toutes les sublimes misères qu'enfante la constance dans la Foi, puis, en 1569, quand l'Irlande devenait encore suspecte à Élisabeth, Campian, secrètement averti par le viceroi Henry Sidney, s'échappe de Dublin. Il erre dans le royaume, il erre sur l'Océan, il erre partout, poursuivi par les sbires d'Élisabeth, et enfin il arrive à Douai. En 1573, à Rome, il est admis à faire son noviciat dans la Compagnie de Jésus, puis on le dirige sur Vienne et sur Prague. Ce fut dans cette dernière cité que sa nomination vint le surprendre. Il avait à demander la bé- . nédiction du Souverain-Pontife et celle de son Général : il prit à pied la route de la ville éternelle et se joignit à Robert Parsons. Parsons, né en 1546 d'une famille obscure, avait su profiter des facilités qu'offre l'Angleterre pour acquérir la seieuce des lettres. Graduëé dans l'Université d'Oxford, sous la présidence de Campian, il avait lui-même enseigné la rhétorique ; mais afin de prendre ses degrés à cette Académie àl s'était vu, quoique catholique dans le fond, obligé de prêter un serment par lequel il reconnaissait la junidicticn spirituelle de la reine. Ce serment fut le remords de toute sa vie. Il laissa plus d’une fois percer ses tendances religieuses; cette manifestation le força à se retirer d'Oxford. En 1575, il entra dans la Compagnie de Jésus ; et, cinq ans après, le 18 avril 15RQ, il partait avee Campian.

egré droit pide, nt et OM pelés , disathonm de | con e requ'un ligion, damne e pays istance encore e vice aume, sbires ,ilest puis On ère cité

la bé-

il prit à Barsons.

profiter uee des ésidence ais afin quoique ar lequel serment s percer

se retie Jésus ; ampian.

Robert Parsons était plus jeune qu'Edmond; il n'avait pas, comme lui, toutes les séductions de l'esprit et du cœur, cette puissance oratoire que l'empereur Rodolphe Il agmirait à Vienne, et que l'archevèque de Prague a si souvent exaltée dans ses lettres. Le Père Parsons, sans être aussi brillant qu'Edmond Campian, était un homme d'une profonde instruction, d'une rare dextérité dans le maniement des affaires, ainsi que dans la connaissance du cœur humain. Le Général l'avait désigné pour supérieur de la Mission; mais, afin de ne pas donner prise aux colères de l’Anglicanisme, Grégoire XIIT, à la sollicitation des Jésuites, fit une déclaration explicative de la bulle de son prédécesseur Pie V. Le Pape manda aux Catholiques d'Angleterre de reconnaître Élisabeth pour leur souveraine, et de lui obéir « en tant que l’obéissance est due à un prince temporel. » La limite entre le double devoir de chrétien et de sujet était nettement tracée. Everard Mercurian joignit ses avis aux conseils du Pape, et il recommanda « non-seulement de ne jamais s'iminiscer dans quelque chose ayant trait à la politique, mais encore de ne pas écouter les personnes qui voudraient en discourir avec EUX. »

La Mission se composait de Parsons, de Campian, d'Emer-

son, coadjuteur temporel, de Rodolphe Sherwin, de Luc Kirby et d'Edouard Risthon, du Collége anglais, qu'accompagnaient quatre autres prêtres et deux jeunes gens encore laïques de la même nation. Ces douze hommes firent à pied tout le trajet. A Milan, le cardinal Charles Borromée les accueillit avec respect ; à Genève, ils allèrent, à la faveur d'un déguisement, proposer à Théodore de Bèze des arguments auxquels sa puissante dialectique ne put répondre ; à Reims, ils se reposèrent des fati gues passées dans le sein de leurs frères; et, à l'approche de l'Océan, ils se divisérent en petits groupes pour ne pas éveiller les soupçons. Les uns devaient s'emharquer à Calais, les autres dans les ports voisins. [ls avaient surmonté les difficultés de la route; mais le danger n'était pas là, il les attendait au rivage.

Parsons et Campian étaient depuis long temps signalés à la vigilance des ministres d'Élisabeth. Sur toute la côte leur nom

Page 1