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et leurs portraits avaient été affichés. Le gouvernement anglais avait plus que des défiances; la certitude lui était acquise par an de ses espions nommé Sled; en correspondance avec Walsingham, ambassadeur à Paris, il avait appris le départ des Jésüites, il connaissait le but de leur voyage, il savait même la conspiration contre la vie d'Élisabeth, dont Parsons et Campian étaient, à leur insu, les fauteurs et les principaux agents. Le 49 jum 1580, les Jésuites prennent un parti décisif. En mettant le pied sur le sol britannique, ils peuvent ne faire qu’un pas du rivage à la Tour de Londres, et de la Tour à l’échafaud ; mais, en face de pareuls périls, ils croient qu'il ne faut pas tromper les espérances des Catholiques. Parsons assume sur sa tête la responsabilité; il se détermine à ouvrir la voie. Sous an costume d'officier de marine, il aborde à Douvres, il se pré sente au gouverneur. Comme habitué aux formes administratives, il prie cet officier de donner des ordres pour qu'on expédie le plus promptement possible un marchand du nom de Patrice qui débarquera sous peu de jours, et dont il aura besoin à Londres pour des affaires concernant l'État. Le marchand désigné n'était autre que le Père Fdmond. L'assurance et le sang-frord de Parsons furent tels que le gouverneur promit de suivre sæ recommandation : le Jésuite passe sans obstacle, et aussitôt »l écrit à Campian de prendre la mer.
Parsons est à Londres; il visite les Catholiques, il leur fait espérer des jours meilleurs; mais comme il se rencontre partout des gens qui confient à la discrétion d'autrui le secret qu'ils ne savent pas garder eux-mêmes, le bruit de son arrivée se répand ; il parvient aux oreilles des conseillers de la couronne. Les ordres les plus sévères sont intimés sur la côte. Campian et Emerson avaient mis à la voile le 24 juin; d’un moment à l'autre ils pouvaient être arrêtés. Parsons, avec sa rapidité de conception, arrange un plan pour les sauver. À peine sur le quai, Campian est salué comme un ami par de jeunes gentilshommes de Londres; ils l'appellent Edmond, ils le félicitent sur son. retour en face même des officiers d'Élisabeth. Campian n'a pas de peine à saisir que Parsons a organisé cette réception : Hd s'y prête, ct, entouré de ses nouveaux amis, il arrive chez
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Gilbert, l’un d'eux, qui offrait à Parsons une hospitalité alors bien dangereuse.
Avant les Pères Parsons ei Canitias, il y avait déjà un Jésuite en Angleterre : c'était Themas Pound, prisonnier à la Tour de Londres. Pound, né le 29 mai 1539, possédait une grande fortune; il était beau et noble. La reine l'avait remarqué parmi ses courtisans, lorsqu'un faux pas au milieu d’un bal le perdit à tout jamais dans l'esprit de cette princesse. Le courtisan était tombé devant elle; sous un mot amer sorti de sa bouche, Pound se releva chrétien. Henri, comte de Southampton, était son parent; Pouud prend auprès de lui la défense des Cühokhques qui encombrent les prisons; il leur prodigue sa fortune et ses consolations jusqu'au jour où, suspect et coupable lui-même, il est écroué à la Tour. Pound était dans les fers, mais son esprit vivifiant cherchait du fond de son cachot à inspirer aux fidèles la force de résister à la persécution, Pour sanctifier sa captivité, il fait demander par Thomas Stevens au Père Everard Mercurian de l’admettre dans la Société de Jésus. Il a aimé la Compagnie sans la connaître autrement que de réputation; il la supplie par écrit de le recevoir dans son sein, Lors même qu'il n’est pas connu personnellement d'elle. Après trois ans de sollicitations, Pound, toujours prisonnier, vit réaliser le plus chor de ses vœux : le 1° décembre 1578, k Généœal lui annonce qu'il est Jésuite, puis Mercürian ajoute de sa main ces paroles significatives : « Préparez-vous à souffrir, et,
s'il le faut, à mourir sur la croix. »
Pour sceller son union plus intime avec la Société de Jésus, Pound est appelé devant les Hauts Commissaires, afin de subir an nouvel interrogatoire. La profession qu'il a faite secrêtement lui donne unc nouvelle énergie; il parle de sa Foi avec
tant de chaleur que, pour humilier le gentilhomme dans son
orgueil, on le traîne enchainé à travers les rues de Londres. salue du regard la populace qui le couvre d'injures, et il est
#croué à la prison de Newgate, où l'attendait la torture que les
inquisiteurs protestants ont surnommée l'aumône de da veuve. Elisabeth avait dit que par les tourments ou par les promesses il fallait vaincre cette obstination pouvant devenir un stimulant
pour les autres. La torture avait échoué contre la patience du Jésuite; une. bienveillance hypocrite ne réussit pas micux. Pound fut réintégré dans les cachots ; on le fit souvent changer de prison, car partout il portait avec lui cet esprit de vie qui se communiquait par l'action ou par la parole aux autres détenus. Îl y passa trente ans, ne demandant rien aux hornmes qu'une prière, et répandant autour de lui toutes les espérances que son cœur, éprouvé par lant de tribulations, puisait dans le ciel. Pound était digne du martyre, il le subissait en détail. Ce fut à lui que Parsons crut devoir sa première visite.
A peine à Londres, Campian, pressé par les jennes gentilshommes qui l'entourent, leur fait entendre la parole de Dieu. Dans son style, auquel le mystère et le péril prêtent encore plus d'éclat, il les entreient de la perpétuité promise à la Chaire de saint Pierre, des grandeurs de la croix, et de la félicité qui attend le chrétien mourant pour le Christ. Edmond était convaincu ; il persuadait. Ses auditeurs veulent faire partager leur bonheur; le cénacle devient plus nombreux. Le Jésuite, livré aux entraînements de cette jeunesse dont la circonspection n’égale pas l'ardeur, ne savait ni calmer ses transports ni modérer ceux des autres. Îls allaient tous tomber dans les piéges tendus sous leurs pas, lorsque Parsons, le génie du bon conseil, arrive d’une course vers l’intérieur des terres, course entreprise pour ramener à la Catholicité plusieurs familles nobles hésitant entre leur foi et leur ambition. Campian était surveillé, compromis ; Parsons le supplie, il lui ordonne de s'éloigner et de changer tous les jours de nom, de costume et d'habitation, afin de faire perdre sa trace.
Avant de se séparer, ils jugérent qu'il serait opportun de donner aux prètres séculiers de la capitale des explications sur le but de leur mission. A la nouvelle que les Jésuites ont touché le sol anglais, les diverses sectes qui partageaient le Protestantisme s'étaient émues. Le Pape et les rois catholiques avaient ourdi des trames hostiles à Élisabeth, et c'était la Compagnie de Jésus qui devait leur préparer les voies en fomentant des soulèvements parmi la noblesse. Le nom de Jésuite, déjà abhorré par les hérétiques, servait de passe-port à ces rèves que la police
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUSs. 213
occulte d'Élisabeth enfantait dans les Colléges de Rome et de Reims, et qu’elle jetait en pâture à la haineuse crédulité de leurs ennemis. Les Jésuites n'étaient point à Londres dans un intérêt purement religieux : ils ne s'y tenaient cachés que pour réchauffer les turbulences des gentilshommes et les engager dans quelque complot dont les Catholiques prudents porteraient la peine.
IL y avait dans ce parti, ainsi qu'au sein de tous les partis vaincus, des jalousies, des déceptions, et cette lassitude morale qui s’accommode de la honte, si la honte peut lui garantir. quelques jours de repos. Sous Henri VIIL et Édouard VI, tous. avaient combattu, beaucoup étaient morts pour leur Foi; mais le dévouement d'une génération ne trouve guère d'imitateurs dans la génération suivante. Avec les débris que laissent autour: d'eux l'héroïsme et la fidélité, les survivants essaient de reconstruire à leur amour de la paix un temple dont ils ont le malheur de vouloir être les pontifes et dont ils ne seront que les premières victimes. Le sang se tarit dans leurs veines comme l'intelligence dans leurs têtes, comme la bonne volonté dans leurs cœurs. Leur enfance a été bercée de si funestes récits, dans les jours de leur jeunesse ils ont foulé aux pieds tant de cadavres, que ce spectacle a produit chez eux un insatiable besoin de calme intérieur. Fidèles par respect humain ou par un souvenir confus de la probité paternelle, ils sont traîtres en face de l'hérésie: et de l’usurpation, traîtres par inertie, traîtres par besoin de jouissances matérielles, traîtres par égoïsme. Ils ne demandent plus à combattré dans les tortures ou sur les champs de bataille. Le seul mouvement qu'ils s'accordent a pour but de comprimer l'élan de ceux qui ne consentent pas à s'endormir dans cette torpeur ; ieur seule actipn tend à paralyser. Ils n'ont point fait pacte avec les vainqueurs de leur principe, mais ils les encouragent par leur silence, ils les maintiennent en se faisant l'écho des calomnies contre les hommes qui ne veulent pas accepter sans lutte le joug qui leur est offert.
Les Jésuites s'étaient promptement rendu compte de cette double situation, qui après de longs jours d’épreuve décompose les partis. Ils savaient bien que l’hérésie d’un côté, que de l'autre les amis d'Élisabeth se réunissaient sur un terrain de-
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venu comun, et contre un adversaire qu'ils ne devaient plus ménager : cet adversaire, c'était Ie Saint-Siége. Les Péres se montraient ses plus ardents défenseurs; il fallait ruiner leur Institut dans l'esprit des Catholiques tièdes, et faire naître au clergé séculier la pensée que les Jésuites n’accouraient en Angleterre’que pour le dominer. Parsons et Campian sentirent le besoin de déjouer de pareïlles manœuvres; ils assemblérent donc dans une maison solitaire sur les bords de la Tamise les prètres séculiers qui dirigeaient le troupeau catholique. Parsons leur communiqua l'ordre écrit du Général qui défendait à chaque membre de l'institut de se méler, sous un prétexte quelconque, des affaires d'État on de ce qui en aurait la moindre apparence.
Cette déclaration à laquelle les Jésuites promettaient d’obéir sous la foi du serment, était bien faite pour ealmer les plus ombrageuses susceptibilités. Des hommes d'honneur là renou- - velaient en présence d’un clergé que la proscription menaçoit : elle fut accueillie partout avec confiance. Alors Parsons, au nom de la cour romaine, essaya de vaincre les scmipule: de quelques vieux prêtres, qui tenaient beaucoup. à des jeûnes particuliers à l'Angleterre, et qui faisaient consister l’action religieuse dans l’observance de ces pratiques. Les moins âgés, ceux surtout qui avaient été élevés hors du royaume, désiraient qu’on supprimt les jeùnes non approuvés par l'Église. Parsons: fit adopter un moyen terme : il fut décidé qu'on laisserait aux fidèles toute latitude sur ce point, et que les ecclésiastiques ser eonformeraient à l’usage des Chrétiens auxquels ils consacraient. leurs soins.
Dans la même réunion il s'agita une question de vie ou de mort pour les Catholiques. Jusqu'à l'année 1562, ils avaient pu regarder comme licite la fréquentation des temples protestants ; Henri VIIL et Elisabeth les contraignaïient à assister au prêche. Pour: éviter de plus grands malheurs, l'Eglise fermait les yenx sur cette condescendance tacite; mais le contact avec les sectaires enfantait de nombreuses défections. Le doute se glissait dans les âmes, et l’hérésie, abusant de sa force, proclamait inféodé à ses doctrines tout catholique que la peur ou la curio-
sic conduisait dans ses temples. Le péril était unminent; les l'idèles d'Angleterre proposèrent au Concile de Trente de résoudre la difficulté, En 1562, le Synode nomma une commission de dix docteurs. A l'unanimité ils déclarèrent que la fréquentation des temples luthériens ou calvinistes était contraire aux devoirs du chrétien !. Près de vingt années s'étaient écoulées depuis cette décision, que les édits de la reine anéantissaient, lorsque Parsons proposa de la remettre en vigueur. L'assemblée, malgré la situation désespérée des Catholiques, pensa avec le Jésuite qu'il était urgent d’arrèter ce mélange, et l'avis du Concile de Trente vetrouva force de loi. Il entrait dans la politique d'Elisabeth et dans celle du Parlement de montrer l'Angleterre comme ayant renoncé à la Communion romaine pour embrasser le Calvinisme. Aller au prêche, c'était faire acte extérieur en matière de culte et s'associer aux principes de l'Eglise anglicane. En protestant contre cette déduction tirée de leur concours, les Catholiques s'exposæient à des périls sans fin; mais ils répondaient victorieusement à Elisabeth. Cette réponse, Parsons estimait qu'elle était indispensable : elle fut donnée.
Le 45 juillet 1580, Eksabeth fulmina un de ces édits que la faiblesse d’un gouvernement peut excuser, mais que la véritable force n'autorise jamais. Il y était déclaré en termes sauvages : « Quiconque a des fils, des pupilles, des parents hors du royaume, doit, sous dix jours, en faire la déclaration à l'évêque, les rappeler et les lui présenter dans le délai de quatre mois. » S'ils ne revenaient pas, défense était faite à qui que ce fût de leur envoyer de l'argent, sous peine d’encourir l'indignation de la reine et le châtiment qui serait jugé convenable. Ce châtiment était celui réservé aux crimes de lèse-majesté.
1 Un jurisconsulte anglais, le docteur Cook, a prétendu que les Catholiques avaient, jusqu’à la fameuse bulle de Pie V contre Elisabeth, assisté sans scrupule aux offices du culte réformé, et que ee fut à partir de cette bulle seulement qu'ils refusèrent de faiïe acte de présence. La version du docteur Cook a été adoptée par la plupart des historiens. Un simple rapprochement de dates détruit ectte accusation, Ce fut en 1562 que les Catholiques anglais consullèrent le Concile de Trente et se soumirent à sa “icision, La bulle de Pie V fut publiée à Rome le 23 février 1370, el trente-quatre jours après connue et affichée à Londres par Jean Æolton,
L'édit laissait, on le voit, une assez grande latitude dans sont application; mais il ne s'adressait néânmoins qu'à des regnicoles. Un autre, consacré aux Jésuites, était plus explicite ; il les dénonçait comme Missionnaires papistes poussés par la cour de Rome afin d’exciter le peuple à se révolter. La délation ne s'en tenait pas là : quiconque donnerait asile à des Jésuites, à des séminaristes, à des prêtres faiseurs de messes, devait être considéré comme fauteur, comme complice des rebelles, et puni en conséquence. Il en était de même pour-tout anglais qui en aurait connaissance et qui ne se hâterait pas de les livrer aux magistrats. |
En mettant les pieds sur cette prétendue terre de liberté, les Jésuites rétablissaient, par ordre de Grégoire XIIT, l'obéissance au souverain temporel, qu'un autre Pape, Pie V, avait mdirectement, imprudemment peut-être, compromise. Parsons et Campian in’avaient point voulu partir de Rome sans obtenir du Saint-Siége la concession qui devait faciliter leur apostolat, et ecla est si vrai que les Anglicans eux-mêmes l'ont consigné dans leurs annales‘. Mais, pour Elisabeth cf ses ministres, il ne s'agissait pas d'équité. La justice, dans les révolu:ions, n'est qu'un mot invoqué par tous les partis et que tous les partis dédaignent au jour de leur triomphe. La reine savait que les Pères ue la Société de Jésus étaient hostiles à sa suprématie eccltsiastique. Au lieu de les combattre sur ee terrain, elle les attaquait sur un autre. Pour masquer le vide des doctrines anglicanes, elle aceusait les Jésuites d'ourdir des complots menaçant sa personne où son autorité temporelle. C'était faire asseoir la calomnie sur le trône; Elisabeth et William Cécill n'y regardaient pas de si près pour perdre un ennemi.
Edmond Campian et Parsons étaient insaisissables. Le Père Donall, Jésuite irlandais, envoyé par Everard Mercurian au secours de ses concitoyens, fut immolé à la colère de cette princesse. H débarquait en Irlande à la même époque, il est arrêté et jeté dans les prisons de Limerick, sx patrie. On le presse de renier sa foi; on lui fait entrevoir un avenir d'hon—
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5 Camden, #enales regni Elisabeth; anne 1589, Wollingsheal, anne 184.
neurs et de richesses. s'il consent à reconnaitre Elisabeth pour l, souveraine arbitre des consciences et du culte. Donall refuse : on le dirige sur Cork, les mains liées derrière le dos comme an malfaiteur public; on lui fait subir une espèce de jugemeut, et on le condamne à mort. Le dispositif de l'arrêt porte seulement que son opiniâtreté impie à confesser le Catholicisme, malgré les prohibitions de la reine, est l'unique cause du verdict. Donall entend avec bonheur prononcer cette sentence. Le bourreau l'attache au gibet; mais le Jésuite n'a pas encore rendu le dernier soupir que la corde est coupée, qu'on lui ouvre le ventre, qu'on arrache son cœur, et que, dans un de ces mouvements d'épouvantable joie, tels qu'il s'en offre au
milieu des surexcitations politiques, on brûle ces sanglants trophées.
Le supplice du Père Donall était un avertissement pour les autres Jésuites : ils n’en profitèrent pas. Quinze jours après, comme pour défier ie Gouvernement anglais, Parsons mandait au Père Général de lui envoyer cinq autres prètres de la Compagnie, parce que, disait-il, « nous avons tant à faire ici que souvent il ne nous reste de la nuit que deux heures au plus pour prendre un peu de repos. »
Cependant l'édit de la reine inquiétait les Catholiques; ils décident que Parsons et Campian se mettront à l'abri des poursuites en se procurant, chacun de son côté, un asile plus sûr que ceux que la capitale peut leur offrir. Le conseil était sage, il fut agréé ; mais, durant la nuit qui précéda leur séparation, on persuada aux deux Pères qu'il importait à leur honneur, à leur vie, de se justifier de l'imputation que l'édit du 15 juillet fait peser sur leurs têtes. Ils rédigent une protestation dont le double est déposé entre les mains d’un gentilhomme; et, s'arrachant aux embrassements de leurs amis, ils entrent dans cette vie de pr" dont les périls sont de tous les instants.
À la même époque, Parsons écrivait" : « La persécution bouillonne, elle sévit dans tout le royaume. Nobles et roturiers,
Lettre de Parsons à Cheruwrde sur les persécutions d'Angleterre (582).
femmes el enfants sont trainés en prison ; là, ils ne peuvent nt entretenir leurs amis ni recevoir l’aumône. Pas un rayon de soleil ne pénètre dans leurs cachots ; de mauvais pain, de l'eau à moitié pourrie, c'est la plupart du temps tout ce qu'on leur donne. Et les prédicants, les soi-disant réformateurs disent encore, impriment, représentent à la reine qu'on à trop de douceur, que ces ménagements envers les Papistes sont une cruauté énvers le royaume, une faute qui ne devrait plus se tolérer. » É
La persécution était venue ; elle ne s’adressait plus à des Chré tiens isolés, à des prêtres abandonnés; elle frappait à chaque porte, elle enveloppait tous les rangs, tous les individus. Tant qu'elle n'avait sévi qu'avec réserve, la masse des Catholiques anglais avait hésité, chancelé peut-être. Il en coûtait d'affronter les fureurs à froid des Protestants et de jeter leurs familles au milieu dé ces luttes, dans lesquelles le courage d’un enfant doit triompher de la force d’un homme. Cet état d’atonie aurait pu, à la longue, multiplier les apostasies, car les convictions les plus vives s'affciblissent peu à peu sous la main du temps, lorsque des crises inespérées ne les contraignent point à se retremper dans le sang des martyrs. Le chrétien est comme le soldat, sa valeur s’engourdit si on ne lui offre pas d'ennemis à combattre, de dangers à courir.
William Cécill avait trop de perspicacité pour ne point envisager ainsi les choses; il conseillait à la reine de modérer ses emportements et de laisser faire le temps, qui use si vite les partis et les opinions ne trouvant plus d’aliment que dans leur croyance; mais Elisabeth voyait dans chaque. catholique un ennemi personnel. Un catholique était pour ek3 un satellite du prêtre de Rome, et ce prêtre de Rome l'avait humiliée dans son orgueil de reine, dans les tristes mystères de sa naissance. Le désir de la vengeance l'emporta sur les habiletés d’une tolérance que sa sagacité regrettait de ne pouvoir mettre à exécution. Le Saint-Siége avait . diverses reprises, maudit la fille et l'héritière de Henri Vul. Les Catholiques, de leur côté, témoins de h licence de ses mœurs et pénétrant avec toute d'Angleterre dans l'intimité de sa vie voluptueuse, n'osaient pas
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s'habituer aux bassesses de convention dont ses flatteurs l'entouraient. Ils ne saluaient point l'amante du comte de Leicester du surnom de reine-vierge. Ils n'adoraient pas ses caprices ; ils n’applaudissaient point à ses hypocrites amours. Leur silence désapprobateur était pour Élisabeth, saturée d'adulations, un remords permanent qui troublait la joie de ses banquets, qui dépoétisait le charme de ses fêtes. Élisabeth, en sa double qualité de princesse régnante et de suprême arbitre de la religion anglicane, se croyait au-dessus des devoirs vulgaires. Elle avait imposé le culte de sa personne à ses courtisans ; chacun devait s’estimer heureux de l’accepter. Cette déification du vice couronné, que de grandes qualités politiques légitimaient aux yeux de plusieurs, n’avait pas convenu aux Catholiques mis hors de la loi par les mesures tortionnaires du gouvernement angjlais. Ils ne vénéraient pas la femme qui les tourmentait ; elle découvrit dans ce sentiment une affectation de mépris entretenue par la présence des Jésuites; elle se révéla donc encore plus implacable.
L'édit de la Reine était un appel à la délation et à la tyrannie : la tyrannie vint seule. Les Catholiques, proscrits des cités, traqués dans les campagnes, se créèrent des retraites dans les. bois ou au fond des marais; ils errèrent poursuivis comme des bêtes fauves par les agents d'Élisabeth, qui, à toute heure de la nuit ou du jour, assiégaient les demeures pour se livrer aux investigations d’un zèle de subalternes. On faisait la guerre aux hommes ; on: n'épargnait pas non plus les médailles, les crucifix, les chapelets, les Agnus-Dei, et tous les objets qui nourrissent la piété. Les: pasteurs étaient, par leur courage, dignes de la persécution, les Jésuites avaient relevé leur moral; le troupeau ne craignit pas de déployer la même persévérance. Du 45 juillet au 31 août 1580, cinquante iuille Catholiques furent décrétés de prise de corps, accusés, incarcérés, privés de leurs biens que l'on confisquait; et, sur les registres de l'écron, leur seul crime est de n'avoir pas assisté aux offices et aux prêches protestants. La liberté religieuse, tant sollicitée par les hérétiques, était comprise et appliquée de la même maniére à Londres qu'à Genêve. Les hérétiques se soulevaient dans les
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Pays-Bas à la seule pensée de l'inquisition espagnole; et, par tout où la force leur donnait le droit, une inquisition plus for- . midable, car elle ne procédait que de leur caprice, s’établissait. Comme à toutes les époques où il y eut, par la multiplicité des dangers, surexcitation de dévouement et dé foi, Parsons et Campian, qui souffraient des souffrances des autres et de celles qui leur étaient personnelles, trouvaient dans celte interminable série de fatigues les consolations dont leur aposiolat avait besoin. On recueillait avec avidité leur enseignement, on aimait le Calvaire sur lequel à chaque instant on se félicitait d'être monté. Le peuple, les seigneurs du plus haut rang se pressaient la nuit dans les obscures retraites où Parsons et Campian se réfugiaient. Là, de même qu’au fond des Catacombes de la vieille Rome, le chrétien se disposait au martyre en s’échauffant au feu de l'é sr inspirée de Campian. Dans une lettre de juin 1581, le docteur Allen rend aux deux Jésuites ce témoignage : « Les Pères, dit-il, ont gagné plus d’âmes en ‘Angleterre dans l'espace d’une année qu'ils n'auraient pu le faire ailleurs durant toute leur vie; on estime qu'il s'y trouve dix mille Catholiques de plus que l'an passé. »
Ce témoignage n’est pas le seul qui, en dehors des documents judiciaires, constate les succès de la mission. Au rapport de Richard Smith‘, un chanoine de Cadix, prisonnier en Angleterre, disait : « Je n'aurais pas voulu échanger ma mésaventure contre un chapeau de cardinal, parce que j'ai connu chez les Anglais ce que c’est que le vrai catholique; auprès d'eux j'ai appris que la Foi devient plus éclatante là où règne la persécution. »
Les Catholiques de Londres avaient bésoin des conseils de Parsons. Le Jésuite accourt à leurs prières; mais, en apprenant que le pouvoir ne cesse d'incriminer leurs intentions et de leur prêter des plans en désaccord avec le but de la Société de Jésus, Parsons se décide à publier la déclaration que Campian et lui ont rédigée au moment où l'édit du 15 juillet les. indiquait comme des fauteurs de complots. Cette déclaration
Richard Smith, Epitre dédicaloire de la Vie de Madeleine vicomtesse de Montaigu.
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paraît, elle est aussitôt répandue dans le royaume. A l'Université d'Oxford, où Campian avait laissé même parmi les Protestants des enthousiasmes et des souvenirs de gloire, son écrit qui posait si nettement la question fut accueilli par ‘tous comme un acte de logique et de probité. Au milieu des haines de parti la controverse exerçait sur les esprits studieux un irrésisthle empire : on ne cherchait sans doute pas la vérité, mais on aimait à voir le talent en saillie; le génie d'un adversaire vaincu devenait un trophée décerné à l'opinion triomphante. Pour ceux qui avaient jusqu'alors douté de la présence du Jésuite en Angleterre, le fait était avéré; on lui transmit le vœu des Catholiques et des Protestants qui se réunissaient pour l'engager à composer un ouvrage sur les matières en discussion.
L'opuscule intitulé les Dix Raisons parut ! au commencement d'avril 1581. Un des meilleurs écrivains du temps, Marc-Antoine Muret, l'appelle * « un livre d’or, véritablement écrit par la main de Dieu, » et Camden, l'historiographe et le flatteur d’Elisabeth 3, avoue que « c’est une composition charmante, mais féminine. » Cet ouvrage signé d’un proscrit, et tombé de la plume d'un Jésuite, avait un tel parfum de délicatesse et d’érudition, qu'à la première lecture il conquit les suffrages de tous les hommes éclairés. À Oxford, il produisit un salutaire effet de réaction en faveur des Catholiques. Les prédicants n'avaient rien à opposer à la dialectique pleine d'énergie et de douceur du Jésuite ; ils y répondirent en faisant de ce livre une affaire d'Etat, et en le dénonçant comme la base d'un complot ourdi entre le Pape et le roi d'Espagne pour faire périr la reine. IL n'était pas possible d’atténuer ou de nier l'effet produit, on résolut de s’en venger sur l’auteur. De nouveaux ordres encore plus rigouréux que les premiers furent donnés pour s'emparer à tout prix d'Edmond Campian.
Dans la nuit du 29 avril, des visites domiciliaires sont pra= tiquées simultanément à Londres chez toutes les personnes sus-
1 Ce livre avait été imprimé à vingt milles de Londres, dans le château el par les soins de Jean Stonar el de sa famille.
2 Libellus aureus, vere digito Dei scriptus.
Camden, #nnales regni Élisahethæ, 1580,
pectes de Catholicisme. On pénètre de vive force dans leurs demeures. Campian et Parsons ne se trouvent nulle part; mais un de leurs complices dans le sacerdoce et dans les bonnes œuvres, Alexandre Briant, est surpris. Un calice trahit son état. Briant, jeune homme de vingt-huit ans, est condamné à la question. On lui fait endurer les tourments de la soif, de la faim; on lui enfonce des aiguilles dans les ongles. A chaque torture nouvelle on l'interroge sur l'asile où sont cachés Parsons et Campian. « de ne vous le dirai pas, répond-il, et ce n’est pas que je l'ignore : je les ai vus, j'ai habité sous le même toit qu'eux. Faites-moi endurer tous les supplices qu’il vous plaira ; vous n’en saurez jamais davantage. »
Cependant il se présente au secrétaire d'État Walsingham ‘un homme qui, après avoir renié la Religion catholique, va en livrer les ministres au bourreau, si le gouvernement veut accepter ses conditions. Elles étaient dures pour la morale et pour la justice du pays. Georges Elliot avait ajouté à des crimes précédents le rapt et l’assassinat ; mais, il se faisait fort de découvrir Campiar:; mais, pour sanctionner sa promesse, il offrait d'avance la tête de son bienfaiteur. Ce bienfaiteur se nommait Jean Payne; il était prêtre. En attendant mieux, Walsingham souscrit aux conditions que lui dicte Georges Elliot. Il eut la vie sauve, une fortune en perspective, et, pour arrhes du marché, Jean Payne mourut sur l'échafaud. Elliot fut un personnage aux yeux d'Élisabeth. Elle le munit de lettres de commission: elle randa aux gouverneurs de ses provinces d'obéir aux ordres qu’il leur intimerait ; puis cet Iscariote d'Angleterre se mit en route, sans plan arrêté, sans bases certaines, sans présomptions même, s’abandonnant au hasard et espérant tout de lui.
Rober’ Parsons pressentait quelque calamité. Pour en détourner l'effet, il avait enjoint au Père Campian de se retirer dans le comté de Norfolk, où son nom seul était connu. La famille Yates habitait le château de Lyford, et bien souvent elle avait désiré recevoir les enseignements du Jésuite. Son itinéraire le conduiseit non loin de là ; il obtint de Parsons la permission de visiter ces gentilshommes, dont la demeure, à cinquante milles
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de Londres, était une des citadelles du Catholicisme. Vingtquatre heures lui sont accordées ; il arrive, 1l parle, il console, il va partir, lorsque, sur le bruit de sa venue, plusieurs fidèles du canton le font. prier de leur consacrer le dimanche. Campian accède à leur vœu.
Ce jour-là même, 16 juillet 1684, Elliot frappait à la porte du château des Yates. Un serviteur de la famille avait eu des relations avec lui, lorsqu'il passait pour honnête homme. Elliot l'entretient du bonheur qu'il éprouverait en assistant aux saints mystères. Îl est introduit dans la chapelle, ct le prêtre qu'il aperçoit à l’autel, et le prêtre qui, dans la chaire defférité, fait descendre les bénédictions du Ciel sur ses auditeurs, c'est Campian, c’est le Jésuite. Elliot n'avait pas de temps à perdre. IL court à la ville voisine, rassemble les troupes dont il a besoin, et revient en toute hâte à Lyford. Le château est sur le point d’être cèrné, lorsque Campian, avec un calme héroïque, s’écrie : « C’est moi que l’on cherche. À Dieu ne plaise que d’autres, avec ou à cause de moi, soient enveloppés dans la mort; » et il sort seul afin de se livrer aux agents d'Élisabeth. Madame Yates s'oppose à ce dévouement, qui accuserait son courage et celui de ses parents. La persécution leur a enseigné l'art de cacher les proscrits, de les faire en quelque sorte invisibles. Il y a d'impénétrables asiles dans les murs, dans les angles des appartements, dans le tronc des vieux arbres. Ces asiles ont sauvé beaucoup de prêtres, ils sauveront encore le Jésuite. Le Jésuite obéit à cette voix, que l'émotion du danger rend plus persuasive.
Ellint commence ses explorations. La journée s'écoule, et il n'a rien découvert. Le lendemain, de nouvelles perquisitions ne sont pas plus heureuses. Il se retirait désespéré ; tout-à-coup, en descendant l'escalier, il frappe par hasard sur le mur avec un instrument de fer. Le mur rend un son creux; Elliot ordonne une dernière recherche. Le mur s'écroule sous le poids des massues ; et Campian, les mains levées vers le ciel, apparaît; deux autres ecclésiastiques étaient avec lui; ils avaient partagé son refuge, is partagérent sa captivité.
Élisabeth fit chanter sa victoire par cette populace qui, de
temps immémorial, n’a jamais su qu'outrager le malheur et jeter l'opprobre au vaincu. Campian était pour elle un ennemi personnel; aux yeux de la plèbe de Londres, il représentait le principe de l'unité catholique qu'elle avait brisé, et celui des souverains étrangers qui, disait-on aux Anglais, voulaient asservir leur patrie. Le samedi, 22 juillet, au moment du marché, le convoi parvient aux portes de la ville. Une émeute d'enthousiasme pour Élisabeth, d'injures pour Campian, a été organisée. Les mains attachées derrière le dos, les pieds serrés par des cordes, le Père est placé sur le cheval le plus haut de l'escorte. Pour gieux le «lésigner aux vociférations et aux coups, on lit sur son chapeau en caractères gigantesques : « Edmond Campian, séditieux Jésuite. » IL sourit à cette multitude, il prie pour elle; mais, par un de ces sentiments qui consolent d’être homme, même au milieu d'une pareille orgie de la force, » peuple a subitement porté sa colère sur un autre objet : cruauté! se change en justice. Elliot a voulu j jouir de son succès ; il s'est mêlé à la foule : la foule oublie le Jésuite pour flétrir le traître. IL ne s'élève plus une clameur contre Campian, c'est le Judas que l’on maudit.
Il n'avait pas compté sur une pareille récompense. Plus tard, Walsingham, sans daigner tenir ses brillantes promesses, lui fit jeter quelques pièces d’or comme une aumône. Alors Elliot se vit en butte à tous les mépris, et, d'ignominie en ignominie, il tomba si profondément dans la dégradation que, vivant, il fut dévoré par la vermine.
Le Jésuite, cependant, venait d'étre déposé à la Tour de Londres. Opton, lieutenant de la prison d'État, le place dans un de ces cachots souterrains où il n’est pas possible de se tenir debout, où l'on ne peut se coucher qu'en repliant les jambes sur le corps. Neuf jours s'écoulent pour Campian dans ce supplice préventif. Le: 2 août, à la nuit, on le conduit à l'hôtel de Robert Dudley, comte de Leicester et favori de la Reine. Le’ comte de Bedford et deux secrétaires d'Etat l’assistaient. Le prisonnier était en face de quatre gentilshommes qui peut-être avaient aineuté contre lui la plèbe de Londres. Ils se respectérent assez pour respecter le désuite, pour le traiter avec les
égards dus à la conscience et au talent. Le peuple encore une fois était réservé par la calomnie au rôle d'insulteur.
Leicester, au nom d'Elisabeth, demande à Campian de lui avouer en toute franchise de quelle mission lui et Parsons ont été chargés par le Pape. Campian répondit avec tant de clarté qu’un nouveau personnage intervint. C'était la reine Elisabeth. Les grâces de la jeunesse avaient fait-place sur son visage aux soucis du trône, et à cette ambition qui dévore si rapidement la beauté. Avec ce ton d'autorité qu'elle affectait pour démontrer à tous que le sang des Tudor coulait véritablement dans ses veines, elle se dirige vers Campian. Là, comme si elle eût voulu faire ratifier sa légitimité par le Jésuite : « Me croyezvous vraiment, lui dit-elle, la reine d'Angleterre? »
Campian fitun geste affirmatif. « Eh bien! reprit-elle avee cette accentuation particulière qu'elle donnait à chacune de ses paroles, je vous offre la vie, la liberté, la fortune, les grandeurs, si vous consentez à me servir. — Je serai toujnurs votre sujet, répond le Jésuite; mais avant d'être Angiais, je suis Chrétien. et Catholique. »
Elisabeth en savait assez, elle se retira. Quelques jours après le Père Edmond était introduit dans la salle basse où l’on torturait. Les magistrats avaient préparé les questions qu'on devait lui proposer. Les voici : ‘à
« À l'instigation ou sur l'ordre de qui et dans quelles vues êtes-vous à Londres? Quels .sont ceux qui vous ont nourri et aidé? Comment avez-vous fait imprimer le livre des Dix Raisons? Où et en présence de qui avez-vous célébré la messe ? Quels sont les individus que vous avez convertis du Calvinisme à la Religion catholique? Quels sont les péchés de ceux dont vous avez entendu les confessions? Quel est votre sentiment intime en bien ou en mal sur la bulle de Pie V?»
Le chevalet, les magistrats et les bourreaux étaient prêts. Le Jésuite ne rompit le silence que pour répondre à une question. « Dans les demandes que vous m'adressez, leur dit-il, il y en à plusieurs qu'un honnête homme, qu'un prêtre ne doit pas comprendre. Il en est une que ma conscience me permet d'éclaireir; je vais le faire. Mon opuscule des Dix Rai-